‹ L'Action canadienne-française (volume 3)Chapitre 8 sur 232 · Robert · texte numérisé non relu

Robert

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à la Croisée des chemins, ^ il nous faut commander notre avenir, convaincus de la Valeur d'Idéal^ de cet État français. L'indépendance acquise, où trouver les points d'appui nécessaires? C'est en Amérique que sont nos intérêts; jetons d'abord les yeux vers les républiques latines du Sud. ^ L'indépendance nationale supposant l'indépendance économique nous devrons faire des alliances commerciales avantageuses, empêcher les Américains de s'emparer de nos richesses matérielles, développer nos propres ressources. ® Enfin, la préparation intellectuelle est nécessaire ; dans le domaine intellectuel, nous pouvons conquérir la supériorité sur les races qui nous entourent. "^ Organisons la vie intellectuelle pour en répandre les bienfaits sur nos frères dispersés, ^ pour faire contre-poids à l'influence étrangère chez nous, ^ Cultivons avec méthode, avec discipline, avec acharnement, le sens national, ^ ^ appui de nos énergies morales.

En face d'un tel programme, exposé avec tant de vigueur et si lourd de conséquences pour notre race, il serait presque criminel de faire la sourde oreille. Il y va de nos destinées futures, il y va de notre rôle de demain. Tous ceux qui ont à coeur la survivance et le progrès de notre race trouveront un grand profit à lire ces articles, à les faire lire et à les commenter. C'est, encore une fois, une question vitale pour nous, et l'on peut s'étonner que la presse du pays, sauf de rares exceptions, ait gardé làdessus le silence le plus prudent. Sans doute, le sujet semble aujourd'hui oiseux à nos gros bonnets de la politique, de la finance et du journalisme. Mais demain, alors que l'idée aura pris corps davantage, grâce aux labeurs du petit

2. Durand. *. Penier.^ ". Bruchesi. •. Pelletier & Vanicr. ', Forest. ^. Villeneuve. '. Bruchard. i®.

Perrault.

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nombre, ils se jetteront ardemment sur elle, pour la traiter comme leur, ainsi que le veut l'histoire de tous les jours.

Il ne sera pas dit que la jeunesse, elle, Tespoir de la race, se désintéresse de l'avenir et n'élève pas sa voix pour appuyer ceux qui aujourd'hui travaillent pour elle. ''Avoir les applaudissements de la jeunesse, a-t-on écrit, c'est la consolation de cev^xqui vieillissent." Qu'on lui permette alors d'applaudir et d'approuver.

Dans l'article qui ouvrait l'enquête sur notre avenir, M. l'abbé Groulx, après avoir esquissé les grandes lignes de notre destin futur, écrit ces mots: ^'Ce destin, nous l'offrons surtout à la jeunesse de notre race, à la jeunesse pensive, architecte et ouvrière des grandes choses."

La jeunesse canadienne-française est, semble-t-il. trop soucieuse de sa dignité et de son rôle à remplir, trop attachée à son idéal pour ne pas accepter l'offre qui lui est faite. Française et catholique, elle est trop généreuse pour se refuser à l'action. Voyons un peu ce qu'elle pense de l'avenir politique du Canada français, sur quels motifs elle appuie sa croyance et quelles idées elle peut fournir à ce vaste projet.

En premier lieu, il est certain que les jeunes, au moins ceux que la politique générale intéresse, et ils sont plus nombreux qu'on ne le croit, approuvent hautement V Action française d'avoir repris l'idée d'un État français et de l'avoir mise devant l'opinion. Cette idée n'est pas inopportune; elle vient à son heure. Et qui peut dire s'il n appartiendra pas aux jeunes d'aujourd'hui de réaliser le rêve ?

La plupart sont d'avis que la Confédération canadienne

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ne peut durer dans les circonstances actuelles ; ils invoquent à peu près^ les raisons connues : chemins de fer, tendances à la centralisation, diminution de notre influence politique. La conduite des Provinces de l'Ouest apporte un motif puissant. La fissure s'accentue chaque jour dans le bloc fédératif et l'on dit même — dans les coulisses — que Londres s'alarme de la rupture possible, probable, inévitable, entre l'ouest et l'Est. Les politiciens par leur conduite passée ont préparé cette rupture. Au lieu d'attirer vers l'Ouest des éléments sains de population, au lieu d'amener les immigrants à prendre une mentalité canadienne et à se conformer aux lois de l'histoire et aux traditions du pays, ils ont méconnu ces grandes vérités. Ils aimaient mieux persécuter dans leur langue et dans leurs coutumes, les fils des découvreurs, les seuls vrais Canadiens, en tous les cas, les premiers par l'âge. En sorte qu'aujourd'hui, il existe chez nous trois mentalités, la mentalité américaine, maitresse des provinces de l'Ouest, la mentalité anglo-saxonne qui règne dans l'Ontario, et la mentalité canadienne-française à l'Est. Comment concilier les trois ? Le problème fait peur et ce n'est certes pas la bonne entente unilatérale, prêchée dans les banquet», qui le résoudra.

S'ils admettent la possibilité d'une rupture du lien fédératif, les jeunes ne croient pas tous à la rupture plus ou moins rapprochée du lien colonial. Plusieurs sont satisfaits de la protection que nous accorde le drapeau britannique; ils ne souhaitent pas de changement. Ceux-là, qui ne rejettent pas toutefois l'idée d'un État français, oublient, ce nous semble, de se poser une question : croient-ils que l'Angleterre laissera se développer sans obstacles un tel État? La chose est fort douteuse. D'autres prévoient une augmentation du sentiment impérialiste et un resserrement du lien qui nous unit à l'Empire. Pourtant les der-

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niers événements d'Europe semblent justifier chaque jour ce qu'écrivait en décembre 1921, l'ancien Président de la République française: ''Le monde est rempli d'impérialismes qui se jalousent, se combattent sourdement, et se dénoncent les uns les autres." Et si dans l'Ouest comme dans l'Est, se développe peu à peu une mentalité canadienne, tout au moins anti-impérialiste, pense-t-on que le lien impérial sera assez solide pour résister ? L'on nous répond alors: ''Vous nous apportez là des conjectures, et nous vous apportons des faits. Il vaut mieux que le Canada demeure uni à l'Angleterre, car nous ne sommes pas assez forts pour être libres." Cette objection, un étudiant la soulignait en mars dernier, dans le Quartier Latin: "Je doute fort que nos reins de coloniaux habitués au bât puissent s'en passer, et je crains que cette idée d'indépendance soit une utopie." ^ L'objection est sérieuse; elle n'a que le tort de ne pas tenir suffisamment compte peut-être de la situation actuelle. L'appui de l'Angleterre vaut quelque chose, si l'on veut; mais à la condition que l'empire soit encore debout demain ou après-demain. Or qui oserait lui promettre un long avenir, à la vue des récentes victoires du travaillisme radical ?

Disons plutôt que l'État français indépendant sera possible en proportion de nos efforts futurs et de nos progrès. Le collaborateur du journal universitaire vient luimême confirmer cette assertion, quand il écrit: "Quoi qu'il doive advenir de notre race, il est une chose qui demeure la même: c'est le devoir que nous avons de nous préparer... Et cette préparation de la race entière ne résulte que de la préparation de chacun de ses membres." Voilà la réponse! Voilà la condition nécessaire et le gage de succès, après,

*®. Noire avenir politique — Pierre des Aulnes, 9 mars 1922.

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bien entendu, le secours d'En-Haut. Se préparer ! N'est-ce pas ce que nous disent les collaborateurs de V Action française ? C'est aussi ce que pensent bon nombre d'étudiants; c'est ce qu'ils expriment en indiquant certains moyens à prendre. On parle beaucoup de progrès, et ce mot est l'un de ceux dont on a le plus souvent abusé en ces derniers temps. Pour pouvoir réaliser notre rêve et en faire autre chose qu'une utopie, il faut évidemment que nous progressions en bien des domaines. Or que faut-il entendre par progrès? Le vrai progrès? ''Le vrai progrès, écrivait Bunetière, le progrès durable n'est possible qu'en accord avec la tradition, dans le sens de la tradition et par le moyen de la tradition."

Soyons fidèles à la tradition, c'est-à-dire à notre histoire, à nos coutumes, à notre âme ; dirigeons tous nos efforts vers le développement d'une mentalité canadienne-française, en harmonie avec nos besoins; selon le mot d'un des nôtres ''formons des compétences" qui, dans tous les domaines: économique, social, littéraire, etc., occuperont les premières places et entraîneront à leur suite les esprits soucieux de notre avenir; fidèles à notre tradition séculaire, nous aurons progressé.

Les étudiants d'aujourd'hui seront les chefs demain. Quelle force pour la race, quelle puissance pour le futur État indépendant, si, dans toutes les branches des connaissances humaines, ils se tiennent au premier rang! Bon nombre d'étudiants nourrissent cette ambition et, en ce qui regarde les sciences trop longtemps négligées, ils disent à la suite de Pasteur: "La culture des sciences dans leur expression la plus élevée est peut-être plus nécessaire encore à l'état moral d'une nation qu'à sa prospérité matérielle" D'autres se tournent vers les problèmes économiques; le servage où la finance étrangère tient leur race, repu-

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gne à leur jeune fierté; et ils ne porteront pas le joug avec la résignation de leurs aînés. Le même travail leur paraît s'imposer pour la réfection de l'esprit national. Il est à refaire. Qui sait ? peut-être même tout simplement à faire, si tant est qu'il n'a jamais existé. Les jeunes ont là encore un rôle magnifique à remplir. Plusieurs le comprennent; quelques-uns agissent. Que font les autres? Les' autres suivront s'ils sont entraînés par l'exemple du petit nombre. Déjà, semble-t-il, un réveil s'annonce. Beaucoup seraient surpris du changement qui s'est opéré. La fondation d'un cercle d'Action française à l'Université de Montréal est peut-être un signe des temps. Qu'on suive également d'un peu près notre journal, le^^Quartier latin;" il y a là, si modeste soit-il, le souffle d'un esprit nouveau. Pour que le changement continue, il convient de répéter ce que disait le général de Castelnau à des étudiants français au lendemain de la guerre: ''Mes amis, vous les vivants, serrez vos rangs comme les morts de Douaumont." Ah! oui, serrons les rangs! Nous avons nos morts, nous aussi, et nous n'avons pas le droit de les trahir. On demande de nous une longue préparation. Qui pourrait s'y refuser? Quel que puisse être notre avenir, il importe de travailler pour qu'il soit brillant, pour qu'il soit digne du futur État libre, si la Providence le veut ainsi; en tous les cas, pour qu'il soit digne de nous.

Jean Bruchesi e.e.d.

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