LA JEUNESSE ETUDIANTE ET V AVENIR POLITIQUE
Pendant, qu'à travers le monde, passe un grand souffle de liberté, que les pays nés de la guerre, travaillent au développement de leur jeune personnalité et s'efforcent de prendre rang parmi les nations plus âgées, quelques hommes, prévoyant le jour où leur petite patrie, par la force des choses ou par quelque événement formidable, aurait aussi sa place au rang des nations libres, interrogent l'avenir, à la lumière du passé.
Et voici qu'à l'horizon, paraît la petite voile blanche qui jadis jetait l'espérance dans le coeur de Tristan. Elle glisse dans la lumière! Le rêve d'indépendance qui dormait sous le front de la race, s'éveille et grandit.
Les collaborateurs de V Action française qui, de janvier 1922 à janvier 1923, ont étudié le problème angoissant de notre avenir politique, avaient sans doute en vue le bien à retirer d'une telle enquête. Convaincus que nous en sommes arrivés à la croisée des chemins, ils s'adressent à leurs compatriotes et les conjurent de regarder l'avenir, de l'étudier, de le comprendre pour le préparer. Et parce que nous sommes d'un peuple qui a grandi, par miracle, sous le ciel d'Amérique, nous nous devons à nous-mêmes, nous devons à nos morts et nous devons à ceux qui prendront notre place, de prêter l'oreille à ce qu'ils nous disent. ''Le devoir de l'homme," écrit le cardinal Mercier, ''se concentre sur un point: l'action du moment présent." L'action du moment présent est, pour nous Canadiens français, la préparation de l'avenir.
Que sera cet avenir? Comment le préparer? Les collaborateurs de V Action française nous le disent dans leurs
52 l'action française
articles. Sans doute, ils ne prétendent pas avoir épuisé la question comme l'idée qui l'a fait naître. Mais ils continuent l'oeuvre de quelques esprits clairvoyants. Ils creusent le sillon plus avant.
Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'on parle d'État français et d'indépendance, de rupture du lien colonial ou du lien fédératif. ''La petite fleur d'espérance" dont parle Tardivel n'est pas retournée vers la mère patrie quand le drapeau fleurdelisé ''ferma son aile blanche." Elle a vécu, chez nous, à l'ombre d'un rêve vers lequel on étendait parfois la main.
Verrons-nous naître l'État français indépendant? La Confédération se brisera-t-elle un jour ? Cette seconde supposition doit être étudiée en premier lieu, puisque, admettant la rupture du lien colonial, il nous faudra choisir entre elle et l'État français, et cet État français ne peut naître sans la disparition du régime actuel. Depuis Alexander Galt, l'un des Pères de la Confédération, qui voyait dans ce nouveau régime ''un premier pas sur la route qui doit conduire à la séparation d'avec la Grande-Bretagne," jusqu'à M. Alexandre Taschereau, premier ministre de Québec qui parlait en avril 1921, d'entailles faites au pacte fédératif et de la possibilité d'indépendance, l'idée a suivi son chemin. L'indépendance acquise, devrons-nous rester dans la Confédération, nous Canadiens français de Québec, ou formerons-nous un État à part ? Autre idée qui n'est pas nouvelle et que les collaborateurs de V Action française ont étudiée. Pour eux, il n'y a plus de doute: la Confédération canadienne va disparaître dans un avenir plus ou moins rapproché. Au reste, ils ne sont pas les seuls à le croire; pour qui veut prendre la peine d'étudier notre politique actuelle, la même conclusion s'impose. On reproche surtout à la Confédération, fondée sur le respect des droits de
LA JEUNESSE ÉTUDIANTE ET l' AVENIR... 53
chacun, d'être actuellement un obstacle à notre développement, comme peuple d'origine et de mentalité françaises.
Chaque jour, à raison du mode de représentation parlementaire, notre influence politique diminue. Et nous 3' aidons nous-mêmes, par nos concessions. Il n'y a pas encore très longtemps, à Ottav\^a, lors d'une convention libérale, un jeune député s'écriait, après avoir souligné quelques-unes de nos concessions anciennes: ^^Assez d'apathie, assez d'indifférence, notre dignité politique, notre fierté nationale nous commandent... de ne pas sacrifier notre devoir, de conserver à notre race la dignité et la fierté qui sont les éléments nécessaires du rôle qu'elle a à jouer dans notre pays."
Même malaise dans le domaine des intérêts matériels. Ne voit-on pas que les habitants de l'Est sont obligés, grâce à la funeste politique des chemins de fer, de payer des déficits qu'ils n'ont pas créés ? ^ Et la question de l'immigration ? Et l'Ouest, où un esprit vraiment canadien est loin de se dév lopper ?
C'est donc dans la conviction que nous deviendrons vm jour ou l'autre, les seuls maîtres de nos destinées, que les collaborateurs de V Action française exposent les moyens à prendre pour ne pas manquer l'heure de la Providence. Prêtres, religieux, avocats, journalistes, ils étudient notre situation actuelle, soulèvent le voile de l'avenir, indiquent les obstacles à l'Etat français et la façon de les surmonter.
En premier lieu l'idée d'indépendance, pour un peuple, repose sur un fondement philosophique. ''Un peuple a le droit de tendre à l'autonomie complète et, si possible, à la souveraineté d'un État." ^ Et puisque nous en sommes
K Durand. Action française.