I — FOI ET SCIENCE
"Personne", écrit le Dr Page, "s'il a, souscrit à un credo, à un formulaire quelconque, en théologie ou en philosophie, ne peut être un chercheur impartial de la vérité, ni juge sans parti-pris, relativement aux opinions des autres... Un credo que l'on fait serment de défendre, oppose non seulement une barrière aux recherches ultérieures, mais encore et par \oie de conséquence, fait tomber le blâme et la défiance sur tout ce qui paraît le contredire."
Formulée avec un tel dédain de la nuance et une absence aussi complète de distinctions, l'objection mérite à peine d'être relevée. Ainsi donc il me serait interdit d'être mathématicien, physicien, chimiste parce que j'adhère à un système philosophique et à un credo religieux ? Mais quelle barrière ma croyance à l'Incarnation du Verbe peut-elle opposer à mes recherches scientifiques? Comment ma conviction philosophique de l'existence du monde extérieur et de la possibilité de le connaître pourrait-elle faire dévier mon étude des faits? S'il fallait rayer du nombre des savants impartiaux tous ceux qui ont, sur les questions philosophiques ou religieuses, des convictions ou, ce qui revient au même, des préjugés irréductibles, ce nombre serait considérablement amoindri.
Ces quelques réflexions suffisent, il me semble, à mettre en relief l'exagération de certaines formules du genre de celle que nous venons de citer; elles ne suffisent pas à résoudre le problème un peu plus complexe d'un conflit possible entre la science et la foi. Ce conflit pourrait se produire d'une double façon: ou bien, parce que la foi et la science s'excluraient nuituellement; ou bien, parce que l'une et l'autre aboutiraient à des conckisions particulières
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opposées. Nous allons examiner successivement chacune de ces deux possibilités.
La science telle qu'elle s'est peu à peu constituée depuis Bacon et Descartes a pour objet les phénomènes et leurs lois. Le reste lui échappe, est en dehors de sa compétence. Or ce reste, c'est la réalité physique et ses causes réelles qui appartient à la philosophie, c'est le mystère divin et la révélation qui en a été faite à l'homme qui est l'objet de sa foi. Il semble donc qu'il n'y ait, sur ce point, aucune possibilité de conflit entre la science, la philosophie et la foi. Et pourtant ce conflit a existé. Il forme l'une des pages les plus instructives de l'histoire de la pensée moderne (|ue je vais résumer à grands traits.
Ce n'est — comme on pourrait le croire — ni la philosophie, ni la religion qui ont porté la lutte sur le terrain scientifique; c'est la science qui, enivrée de ses succès réellement merveilleux, a voulu supplanter à la fois la philosophie et la l'eligion.
Deux courants ?jien distincts se formèrent. Le f)remier — le courant positiviste — n'admettant d'autre certitude que la certitude expérimentale, déclara avec Comte que ''l'absolu est inaccessible à l'esprit humain". Et, par absolu, il entendait le monde mystérieux des causes et le monde plus mystérieux encore du divin. Le second — le courant scientiste — soutint avec Taine "que l'ordre des causes se confond avec l'ordre des faits", et, partant, relève de la science. C'est pourquoi Renan pouvait écrire dans l'avenir de la science: "Oui, il viendra un jour où l'humanité ne croira plus, mais où elle saura; un jour où elle saura le monde métaphysique et moral, comme elle sait déjà le monde physique."
lie scientisme qui fut le rêve de quelques savants aventurés sur le terrain philosophique ou de quelques philosophes parlant au nom de la science, achève de s'éteindre. Des philosophes comme Boutroux ou M. Bergson, des savants comme Poincaré, Duhem, Claude Bernard, en ont tour à tour et victorieusement montré la vanité. Il n'en est pas ainsi du positivisme qui reste plus ou moins latent dans l'esprit d'un grand nombre de savants contemporains. Habitués à contrôler leurs affirmations et à dirimer leurs controverses par le témoignage irrécusable des faits, ils en arrivent à douter de tout ce qu'ils ne voient pas ou ne touchent pas; ils en arrivent à douter du pouvoir de la raison à faire un choix parmi les opinions philosophiques et les credos religieux. Ne pouvant atteindre Dieu au moyen de leurs télescopes, ni l'âme humaine au moyen de la dissection ou de l'analyse chimique, ils sont convaincus, ou bien qu'ils n'existent pas, ou bien que nous n'avons aucun moyen certain de le savoir. Ce n'est pas ici l'endroit de démontrer qu'il y a d'autres certitudes que celle des faits ; que la certitude de la foi ou celle de la raison, si parfois elles ne nous satisfont pas autant, n'en restent pas moins en elles mêmes supérieures à la certitude fondée sur l'expérience. Il y a là autant de problèmes que les savants dont nous parlons, n'ont pas sérieusement étudiés et sur lesquels, par conséquent, ils n'ont pas droit de se prononcer. En tout cas, quand ils dogmatisent ainsi, ils cessent de parler en savants — puisque ces problèmes-là ne relèvent pas de l'expérience — ; ils parlent en philosophes et supposent à leurs conclusions vme certitude qu'ils refusent à la raison, à laquelle cependant ils les empruntent et sur laquelle ils les basent.
 ce conflit géïK^ral, entre la science et la foi, au sujet de leurs méthodes respectives, s'ajoutent des conflits particuliers au sujet de telle ou telle conclusion. Évidemment ce n'est ni la mathématique, ni la physique, ni la chimie, ni la minéralogie, ni l'astronomie qui peut venir en opposition avec la foi. Jusqu'ici les principales objections nous sont venues des sciences qui traitent des origines, à savoir: la géologie et les sciences de la vie. Les unes portent sur l'histoire primitive du monde telle que racontée par la Bible; les autres ont rapport à la création de l'homme, à l'existence et à la spiritualité de l'âme.
Il ne peut être ici question de discuter chacune de ces objections. Nous allons nous contenter de donner le principe qui peut, dans la plupart des cas, suffire à les résoudre. ''Toutes ces objections", écrit le R. P. Zahm, ''sont basées sur des malentendus, ou de fausses interprétations. Le conflit, tout au plus, est un conflit d'individus, un désaccord entre savants et interprètes catholiques. Il provient, erreur commune de nos jours, de ce que l'on confond à tort les théories, les conjectures et les divagations des savants avec la science vraie, avec les connaissances positives, avec les certitudes démontrées, choses cependant bien différentes, et de ce que l'on regarde comme l'enseignement autorisé et impératif de l'Église, les opinions, les h^^pothèses et les explications provisoires des théologiens et des commentateurs individuels." ^
Voici quelques exemples qui serviront à illustrer ce principe. Quand les théologiens du Saint-Office défen-
^ Le Concile du Vatican déclare dans le même sens: "Dieu ne peut se nier lui-même, ni le vrai contredire au vrai. L'apparence vaine de cette contradiction naît le plus souvent de ce que ou les dogmes de la foi ne sont pas compris ou exposes selon la pensée de l'Eglise, ou bien de ce que des opinions hypothétiques sont regardées comme des décrets de la raison."
daietit à Galilée d'enseigner la rotation de la terre, sous prétexte qu'on lisait dans la Bible que Josué avait arrêté le soleil, ils adoptaient là une fausse interprétation des livres saints. Les faits de ce genre, qu'on met sans cesse en avant pour faire ressortir la prétendue opposition de l'Église à la science, sont extrêmement rares. Par contre, la liste serait interminable des théories scientifiques qui ne durent leur vogue temporaire qu'à leur opposition au credo catholique. Que de généralisations hâtives inspirées non par les faits, mais uniquement par l'esprit sectaire. Après avoir, dans un article de la Revue scientifique de 1881, démoli une à une les preuves du transformisme, M. Contejean, constatant que cette théorie peut seule nous permettre de supprimer le miracle, écrit en terminant: ''Voilà pourquoi, en dépit de ma longue et sévère critique du transformisme, mes préférences lui sont acquises." Haeckel avait déjà écrit sur le même sujet: ''Le darwinisme est sans doute insuffisant, mais, malgré cela, ce qui doit contribuer à le faire admettre, c'est qu'il exclut l'intervention de Dieu." Je choisis ces citations entre mille autres semblables.
Voici donc deux savants qui, sous prétexte qu'ils connaissent la biologie et la paléontologie, tranchent sans broncher des problèmes aussi complexes que celui du miracle et de l'existence de Dieu. Voici donc deux des partisans les plus résolus de la liberté des recherches scientifiques qui s'affichent esclaves de préjugés sectaires, qui, en vertu de ces préjugés, défendent une théorie que les- faits leur paraissent contredire. Et l'on reproche à l'Éghse de ne pas se courber devant cette science-là !
Certes l'Église a eu de tout teinps, un profond respect pour la vraie science; elle a accordé à ses enfants une absolue liberté de recherches; ces recherches, l'histoire en témoigne, elle les a encouragées, aidées de toute son immense
influence. Sans doute, quelques nouveautés scientifiques ont pu se heurter à une certaine résistance de la part de quelques théologiens isolés, comme elles se heurtaient d'ailleurs à la résistance du monde savant de ce- temps-là. Ce sont là des conséquences inévitables, et sans aucune importance. Mais on ne peut citer un seul fait vraiment établi que l'Église ait rejeté; et l'un des meilleurs indices de la vérité de sa doctrine c'est qu'aucun de ces faits ne s'est jamais trouvé en contradiction avec son enseignement officiel. Sans doute, on aurait souhaité davantage de l'Église, on aurait voulu qu'elle acceptât toutes ces théories hâtives que la génération suivante devait défaire, et, comme elle ne le faisait pas, on a parlé d'obscurantisme, d'opposition à la science. Ici, il faut distinguer: quand c'est son dogme qui est en cause, l'Église se confiant dans la parole de Dieu répond par un anathème aux attaques ; elle laisse sans crainte passer l'orage, elle sait que l'édifice que l'on dresse contre elle s'écroulera un jour. Quand il s'agit de faits qui pourraient l'amener à modifier certains points secondaires et libres de son interprétation des livres saints, par exemple, elle procède quand même avec une prudente lenteur. Elle n'a ni la hâte, ni la fièvre des gens qui ne vivent qu'un jour. Sachant que Dieu lui a donné les siècles pour existence, consciente du trouble qu'une fausse précipitation pourrait jeter dans l'âme de ses enfants, elle attend que la lumière se fasse pleine, entière. Elle marche avec la science, mais elle n'a pas le droit de se compromettre avec toutes les théories scientifiques.
Ce qui fait ressortir encore davantage cette sagesse de l'Éghse c'est le peu de confiance que les vrais savants mettent dans leurs théories proprement et uniquement scientifiques. Si, d'après Poincaré, la science n'a, comme explication des phénomènes, (^ue des hypothèses commodes,
pourquoi T Église se hâterait-elle d'adopter sur nos origines, par exemple, des affirmations que les faits n'imposent pas, qu'ils démentent même parfois et qui, en tout cas, s'inspirent d'une fausse philosophie et de tendances rationalistes? Il faudrait, pour cela, qu'elle mît l'autorité souvent contestable de tel savant, ou de tel groupe de savants, audessus de la parole de Dieu. On ne peut pas exiger cela d'elle.
Une autre raison qui amène un certain nombre de savants à croire que les données de la science contredisent celles de la foi, c'est qu'ils ignorent complètement ces dernières. J'en apporte une preuve choisie encore entre mille. Il s'agit, cette fois, de l'âme et de ses rapports intimes avec le corps qu'elle informe. ''Voici un homme", écrit M. Perrière, ''(]ui, étant constipé, a des hallucinations; comment expliquer ou même comprendre que l'âme, substance spirituelle logée dans le cerveau, ait le délire et voie des fantômes, en un mot qu'elle perde son essence, à savoir, la raison, parce que certains résidus de la digestion séjournentdans le tube intestinal ? Cela est absolument incompréhensible; c'est le comble de l'absurdité." Non, ce qui est le comble de l'absurdité c'est qu'un savant se mêle de parler de la spiritualité de l'âme quand il en sait moins sur ce sujet qu'un élève qui a fait six mois de philosophie thomiste ! Ce qui est incompréhensible, c'est qu'il semble croire, ou que nous ignorons cette objection vieille comme la philosophie, ou que nous sommes gens à nous contenter de n'importe quelle réponse. Ce qu'il y a de plus imxpatientant pour ceux qui ont passé leur vie aux prises avec ces difficiles problèmes, c'est de lire des écrivains qui n'ont guère autre chose qu'un bagage littéraire ou scientifique, trancher les questions les plus abstruses de la philosophie ou de la religion avec la calme
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assurance de gens qui n'en savent même pas assez pour se douter qu'ils sont ridicules. On ne pardonnerait pas à un théologien de parler physique ou chimie sans y apporter une certaine compétence, mais pour parler religion, il semble qu'il ne soit plus requis qu'un peu d'audace dans l'affirmation. Que les savants restent dans le domaine de l'expérience; qu'ils tirent des faits les conclusions que les faits imposent; qu'ils laissent la théologie aux théologiens, et il n'y aura pas de conflits entre la science et la foi. Voici le conseil que Virchow donnait aux naturalistes allemands réunis en congrès, à Munich, en 1877: '^Tous les essais tentés pour transformer nos problèmes en affirmations doctrinales, pour faire de nos hypothèses les bases des conceptions de l'esprit humain, et, en particulier, tout effort tendant à déposséder l'Église, et à remplacer ses dogmes par une religion de l'évolution, tout effort de ce genre, soyez-en sûrs, Messieurs, aboutira fatalement au naufrage; et ce naufrage exposera, en même temps, aux plus graves dangers la situation générale de la science."
Une dernière preuve, une preuve de fait, que la foi n'entrave pas la liberté des recherches scientifiques, c'est qu'il y a eu et qu'il y a encore des savants catholiques. Différents auteurs en ont dressé la liste, ^ et il appert que le nombre des croyants dépasse de beaucoup celui des incroyants. On a recueilli leurs témoignages et l'on a pu se convaincre que, loin d'être un obstacle, la foi a été pour eux une lumière autant qu'une force. Ils ont suivi de près les progrès de la science et ils n'y ont jamais trouvé
2 Antonin Eymieu, La part des croyants dans les progrès de la science au XIXe siècle] R. P. Zahm, Science catholique et savants catholiques] etc.
un motif sérieux de douter de leurs croyances. Voici le témoignage qu'apportait l'un d'entre eux à une enquête de la Revue des jeunes: ''Dans l'étude des sciences, je n'ai jamais rencontré une seule raison vraiment grave de douter du christianisme; tout au contraire, j'y ai trouvé de fortes raisons de m'attacher plus fermement à mes croyances." Puis après avoir réfuté, en quelques mots, les objections que l'on fait à la religion au nom de la science, il concluait en ces termes: ''objections et réponses varieront un peu, au fur et à mesure que se développera la science et que se précisera l'exégèse. Il me paraît évident que le christianisme n'aura jamais rien à craindre d'une discussion semblable." ^
Après avoir démontré que la vérité religieuse ne met pas obstacle au progrès de la science, je voudrais maintenant établir qu'elle est, selon un mot connu de Newman, "une condition du savoir".
Je ne prétends pas évidemment que l'on ne peut devenir un grand savant si l'on n'a pas la foi. Ce que j'affirme, c'est d'abord que la foi met dans l'âme du croj^ant des dispositions intellectuelles et morales tout-à-fait favorables à l'étude fructueuse des sciences. Ce que j'affirme, c'est, en second lieu, que l'édifice scientifique repose sur un certain nombre de principes que la philosophie chrétienne peut seule défendre eflficacement. Je m'explique très brièvement.
Ce qui a le plus contribué à discréditer la science au siècle dernier, ce qui a, à plusieurs reprises, retardé sa marche en avant et paralysé ses efforts, c'est le mépris
3 Pierre Termier, Le témoignage des sciences, Revue des jeunes, 10 décembre, 1921.
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qu'elle a affecté à l'égard des disciplines supérieures. Pour un trop grand nombre de savants, il n'existe qu'une seule vérité, la vérité scientifique. Dès lors les dogmes de l'Église, loin de servir à orienter, à guider les recherches, deviennent plutôt l'objectif contre lequel il faut concentrer tous les efforts. On perd ainsi en attaques présomptueuses et vaines, en constructions fragiles et éphémères, un temps et des recherches qui auraient pu profiter à la science. Dans Sept leçons de physique générale, voici le conseil que Cauchy donne aux savants: ''11 doit rejeter, sans hésiter, toute hypothèse qui serait en contradiction avec les vérités révélées. Ce point est capital, je ne dirai pas dans l'intérêt de la religion, mais dans l'intérêt des sciences, puisciue jamais la vérité ne saurait se contredire elle-même." Mais ce sont là des principes qui ne s'imposent qu'aux croyants. Aussi Cauchy pouvait-il ajouter: ''Oui, Messieurs, on est forcé de le reconnaître, de même qu'en réglant le cœur de l'homme et lui interdisant les faux plaisirs, la religion ne fait que lui ouvrir une nouvelle source de joies ineffables et préparer son bonheur; de même, en imposant à l'esprit du savant certaines règles, elle ne fait que contenir son imagination dans de justes limites, et lui épargner le regret de s'être laissé abuser par de faux systèmes ou de funestes illusions." Dans le discours qu'il prononçait naguère à l'occasion de la proclamation des miracles du Vénérable Bellarmin, Sa Sainteté Pie XI faisait une remarque identique: "Bellarmin ne se contente pas de nous montrer que la foi et la science peuvent vivre en bonne harmonie, il nous apprend quel profit la science tire de la foi, le besoin même que la science a de la foi, ne fût-ce qu'à raison de la piété et de la pureté que la foi seule peut restaurer et sauvegarder. Car une science sans pureté et sans piété ne peut aboutir à rien d'autre qu'à la vanité."
J'ai ajouté, en second lieu, que la philosophie chrétienne était la seule à fournir une doctrine de vérité sur laquelle puisse reposer l'édifice scientifique. Il y a, en effet, un ensemble de principes que la science suppose et sans lesquels elle n'est plus possible. Ce sont, en particulier, la croyance à la vérité, l'affirmation de la valeur de notre intelligence, la certitude de l'existence du monde extérieur et l'immutabilité des lois physiques. Or, je vous le demande, quel est, en dehors du thomisme, le système moderne qui n'est pas bâti sur la négation de quelqu'une de ces vérités ?
En outre, les conclusions de la science ont besoin d'être fécondées, interprétées, prolongées par la métaphysique traditioimelle. La réalité est une. Par delà les phénomènes, il y a les entités spirituelles dont ils ne sont que l'apparence extérieure; par delà les lois, il y a les causes auxquelles doit se rattacher toute explication dernière du monde. Privée d'une saine métaphysique, ou bien la science s'isole dans la seule étude des faits et des lois, ou bien elle tente, par elle-même, de résoudre le problème de l'univers. Dans le premier cas, la science séparée de la connaissance des principes et des causes qui doit la vivifier sans cesse, risque d'aboutir au dépérissement et à la mort. L'esprit humain est mutilé et la civilisation s'en va vers le matérialisme. Dans le second cas, on donne pour explication dernière du monde des théories incomplètes ou fausses qui embarrassent la science au lieu de la servir. Dans les deux cas, les progrès de la science restent des progrès partiels et l'unification du savoir humain en est d'autant retardée.
 ces conceptions incomplètes et tronquées de la science, on me permettra d'opposer, en terminant, celle d'un croyant contemporain qui est en même temps un
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sav^ant: ''La science, je veux dire l'ensemble des sciences, est à mes yeux comme une de ces vastes et somptueuses cathédrales que le moyen âge a semées à profusion sur le sol de notre France. Ce sont des croyants qui en ont dressé les plans et jeté les bases; d'autres y ont travaillé ensuite, qui n'avaient plus la même foi, ou le même amour; et parmi ceux qui en complètent aujourd'hui- la décoration, ou qui réparent les injures faites par le temps à l'édifice sublime, beaucoup ne savent pas le sens profond de ce poème de pierre à la gloire du Christ, de sa Mère et de ses Saints. Mais des voûtes noircies, des hautes verrières aux lueurs étranges, des roses multicolores où le couchant allume l'incendie, une impression tombe, forte et douce. On est entré insouciant, parfois railleur; peu à peu, dans la pénombre silencieuse des nefs, on est pénétré de pensées graves. L'âme croyante et l'âme incroyante sont émues, l'une et l'autre; celle-là se sent portée à croire, à espérer, à aimer davantage; celle-ci doute de son doute, et se demande, dans un grand frisson, si ce n'est pas Dieu qui vient de lui parler." *