‹ L'Action canadienne-française (volume 3)Chapitre 91 sur 232 · UNE RENCONTRE · texte numérisé non relu

UNE RENCONTRE

J'ai fait une rencontre — et qui soudain m'arrête —

Plus touchante pour moi Que le luxe dont brille un cortège de fête

Ou l'escorte d'un roi :

Par le chemin, tremblante et courbée, une aïeule —

Mais à l'air triomphant — Dans l'ambulant berceau suspendu, pousse, seule,

Une petite enfant.

Et deux guère plus grands — attachés à sa robe,

La suivent chancelants , Sa main parfois découvre un front que leur dérobe

Le lange aux longs plis blancs.

Eux penchés vers leur sœur oublient, sous cet empire,

Fatigue et pauvreté :

Celle que Von doi lotte offre un premier sourire

A ce groupe enchanté...

Puis repartant tous trois, leurs pieds saignent aux roches:

0 sueurs ! Poids du jour !...

Pourtant voilà leur toit : tant de bonheurs sont proches

Et que promet l'amour !

Ah ! comme à chaque pas, le long de cette course,

S'égosille l'oiseau, La pâquerette brode une étoile, la source

Filtre — claire — de l'eau !

Et tout l'argent de l'aube avance en cette marche

Avec l'ombre du soir; Et dans un monde vieux m'appara'H une autre arche

D'avenir et d'espoir...

Vieille grand' tnère, élève encore une famille

Pour d'autres aux tombeaux...

Ayez force et vertu, garçons bruns, blonde fille,

Pour le pays si beau !

M .-José Marsile,

Oak Park, 111.

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