UN NOUVEL ABONNÉ
A TRAVERS LA VIE COURANTE
Chez un ^^u" l'enseigne fraîchement peinte s'étalait un nom bien COîffeUT français qu'encadraient deux inscriptions : Salon de coiffure — Barber Shop. Du bilinguisme, ça m'aUait : j'entrai. La figure avenante du patron, l'allure dégagée des garc.ons me dirent que je ne, me trompais pas, que j'étais chez un compatriote. Salle comble. Les neuf chaises sont occupées. Je m'assieds sur un banc. Quelques revues sont là, à la disposition des clients qui attendent. Je prends la première : Life. Merci ! L'ne deuxième : Baseball Magazine. Que diable ! voici un coiffeur qui n'encourage guère les publications canadiermes. Mais voyons les autres : Popular Mechanics, The Journeyman Barber, etc., et«. Elles sont toutes de la même espèce, toutes made in United States.
Et cependant quel puissant véhicule d'idées est la presse, quelle machine incomparable pour modeler les esprits ! Est-il prudent d'en user ainsi sans discernement?
Salon Je ruminais ces choses quand j'entendis un vigoureux
an5.lciis ^^^f> Please. Je levai la tête. C'était un employé canadien-français qui m'interpellait ainsi. Après la voix des h\Tes, la voix des hommes. En vérité, j'étais bien tombé ! J'obéis quand même, mais confortablement assis dans la chaise d'opération, je promenai mes yeux de côté et d'autre. Hélas ! du bihnguisme affiché sur l'enseigne extérieure, aucune trace visible. Depuis les multiples bouteilles aux formes variées contenant poudres, onguents et parfums, jusqu'aux pancartes suspendues çà et là, soit pour faire connaître ces produits, soit pour annoncer que « From January lst,thisshop uill close saturday nighl al 10.30,y> tout était en anglais. Une exception toutefois que je finis par découvrir : un modeste calendrier étalait dans un coin ses feuilles aux noms français.
Entre eiLx, et avec les clients qui le désiraient, les employés — je le constatai — parlaient français, mais l'allure de la boutique était franchement anglaise. Les hommes qui la fréquentent sont cependant des deux langues, elle est située elle-même dans un milieu mixte, plutôt français qu'anglais : pourquoi alors cet exclusivisme, pourquoi surtout cet amoncellement de revues américaines ?
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Revues Je m'arrête à ce dernier point. Car nous touchons
GtnéïicCliiîeS ^^ ^^® véritable plaie. Elle n'est pas particulière aux coiffeurs, bien que presque tous en souffrent. Elle atteint aussi bon nombre d'hommes d'affaires, de médecins, de dentistes surtout. Ceux-ci en effet ont fréquenté les universités des Etats-Unis. On dirait qu'ils en ont rapporté le goût des pubUcations américaines, ou encore que, les ayant vues dans les salons de leurs confrères de Boston, de Philadelphie ou de New- York, Us croient de bon ton de les imiter. Quoi qu'il en soit, le magazine américain sévit dans leurs saUes d'attente. De braves personnes le rencontrent là poiu" la première fois. Elles le feuillettent machinalement : affaire de tromper les heures. Et bientôt l'aventure romanesque ou pohcière, qu'illustrent d'impertinentes gravures, secoue leurs nerfs, trouble leur âme, déforme lem- esprit.
Ce mal n'est pas spécial à notre métropole. Un prêtre, qui l'avait constaté ailleurs qu'à Montréal, vient de le dénoncer en ces termes, dans l'Action catholique : « Vous entrez chez im avocat, chez un médecin, chez im dentiste, chez un industriel; qu'est-ce que vous trouvez trop souvent pour passer le temps en attendant que d'autres chents arrivés avant vous aient défilé dans le biueau du maître? D'abrutissants ou ineptes magazines anglais ou américains : des tas de Motion Pictures, de Life, de Punch, de Munseij's, de Pholoplay, de World, et autres épaisseurs du même acabit et de même langue. Pour ce qui est de la bonne lectiu-e française instructive, saine, amusante, elle brille par son absence. »
Le Tefnède a nos lecteurs de réagir énergiquement contre
oui s' ifHÙOSe ^^ ™^^' ^'^ ^'^^ sentent eux-mêmes coupables,
qu'ils « nettoient » sans tarder leurs salles d'attente;
si, au contraire, ils n'ont rien à se reprocher qu'ils aident alors leurs
amis à s'amender.
Par quoi remplacer ces revues? Nous n'avons guère, il est vrai, de publications de ce genre, mais puisqu'elles sont de mauvais goût, ne le regrettons pas. .Aucun chent ne se rend chez tel coiffeur ou tel dentiste à cause d'elles. Il en use parce qu'elles sont là, sous sa main. Il ne se plaindra pas si on les lui enlève. Qu'on ne lui donne rien plutôt! Mais on peut donner quelque chose, quelque chose qui fasse du bien, qui affine le goût, qui élève l'âme, qui sème de bonnes idées, qui crée de généreux sentiments. Je ne parlerai pas de nos publications religieuses qu'on trouvera peut-être trop sérieuses pour ces miheux. Im pourtant. . . Mais il y a des revues profanes, V Action française, par
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exemple. Tous ceux qui connaissent cette revue en raffolent, paraît-il. Elle plaît en effet par sa variété, par son actualité, par son sens patriotique, par la vie saine dont elle déborde. Qui l'a lue une fois veut la lire chaque mois. Eh bien ! voilà une belle occasion pour nos amis de faire de la propagande. Qu'ils en mettent quelques exemplaires dans leurs salons. Leiu-s clients ne s'ennuieront pas en les lisant. Ça agira même sur leur moral et, par répercussion, sur leur physique. Ils seront mieux disposés, plus en train pour régler leurs affaires, à demi guéris même si ce sont des malades. Qui s'en plaindrait? Pas, à coup sûr, le médecin ou l'avocat, ou l'homme d'affaires qui vont bénéficier des bonnes dispositions de leurs clients, encore moins l'Action française dont le groupe de lecteurs augmentera, et par suite le rayonnement de son action.
ExÙéïîêHCêS ^^ ^^^ ^^ *^^ ^^ cette revue peut s'appliquer à
hûurûijçûç quelques autres de chez nous, à certaias almanachs aussi. L'Almanach de la Langue française, VAlmanach de l'Action catholique constituent de véritables magazines, intéressants ceux-là, et d'une haute tenue littéraire et morale. A chacun de voir ce que son milieu demande, ce qui lui plairait davantage. Mais qu'on ne le juge pas plus léger qu'il n'est, et incapable de supporter de la saine littératiu-e. Un essai loyal vaut d'être tenté. Il donnera, je crois, des résultats étonnants. Que d'urgentes réformes, que d'excellents projets qui réussiraient on laisse ainsi malheureusement tomber à l'eau, sans faire d'efforts sérieux pour les réaliser, sous le prétexte commode et faux que ça ne prendra pas, que ce n'est pas pratique. Sans sortir de notre domaine, n'a-t-on pas parlé ainsi quand il s'est agi de donner des noms français aux biscuits et aux bonbons ? — et cependant c'est maintenant un fait accompU; — quand il s'est agi d'opérer la même transformation pour les termes de métiers en usage chez les ouvriers ? — et la chose est actuellement en bonne voie d'exécution !
Non, la difficulté ne rend pas telle réfome ou tel projet impossible. S'ils sont excellents en soi, elle ne devrait avoir comme résultat que de stimuler davantage nos énergies.
A.HS.licisftlC Aussi je n'hésite pas à dénoncer aujourd'hui un
à rciptPT ™^^ ^^ haute fortune, condamné déjà comme indigne
•' de \'i^Te par maintes autorités, qui continue quand
même à circuler librement dans les meilleurs milieux, et que notre respect pour la langue française nous oblige à guillotiner le plus tôt possible. C'est le trop fameux Révérend pris dans le sens d'abbé : Révérend J.-A. Bérubé, Révérend Hector Lamalice. N'ai-je pas aperçu
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l'autre jour, son \nlain visage, en pleine Université française, trônant richement sur une plaque de cuivre ou de marbre, comme s'il était un des maîtres de cette forteresse ! Or ce Révérend est un anglicisme de la plus" belle eau. Jamais on ne dira en France Révérend Thellier de Ponche\-ille, Révérend E. Duplcssis, Révérend G. Letourneau. On réserve ce titre aux religieux : Révérend Père Jan\aer, Révérend Père de Grandmaison. Dans le sens où nous l'employons nous faisons de tous nos prêtres des ministres protestants ! Larousse le dit clairement. Après avoir indiqué la première signification du mot Révérend, celle qui s'applique aux religieux, il ajoute cette autre ; « Titre que les Anglais donnent à leurs pasteurs ». Nous en avons d'ailleurs maints exemples ici: Révérend J. A. McDonald, Ra'erend Herbert SjTnonds, etc,. Rejetons donc cette expression dans ce qu'elle a de fautif, appelons nos prêtres du nom bien français d'abbé, comme la Ligne des DroiU du français, qui a l'honneur d'en compter deux parmi ses directeurs, le fait à la deuxième page de sa re\'ue : Abbé Philippe Perrier, abbé Lionel Groulx.
A.U Polois ^ r* îinii me signale, comme je termine cette chronique d€ justice ^^ sceau qu'on emploie au Palais de Justice de Montré a pour marquer les livres. Il ne contient que ces mots : Advocales' Library. Ceci me rappelle que passant, le mercredi des cendres, devant l'annexe du même Palais, j'y lus à la porte une large pancarte, unique elle au.ssi, et unilingue : Closed. Légal Holiday. On chercherait d'ailleurs en vain ce mot : Palais de Justice dans l'Index téléphonique, c'est Court House qui s'y étale, suivi d'vme série d'indications intéressantes, mais toutes encore, dans une seule langue, la langue anglaise.
Le gouvernement qui jjréside aux destinées de notre province et doit veiller à ce que chaque classe de citoyens soit traitée avec équité, a-t-il donné par dérision le nom de Palais de Justice à son immeuble de la rue Saint-Jacques ?
Pierre Homier.
La vie de V Action frauçaise est si abondante que nous voilà contraints d'ajourner à la jjrochaine livraison une chronique bibliographique^ et une étude sur les noms de bonbons et de biscuits composées poi celle-ci. Et nous ne pouvf)ns <pie signaler au.ssi le succès continu
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uns coni'érences, dont la dernière a été donnée par M. Armand Lavergne, sous la présidence d'honneur de M. Victor ^Morin, président général de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. A peine pouvons-nous signaler encore la publication de nos dernières brochures de la série orange (dix sous l'exemplaire, SI la douzaine, $8 le cent, $70 le mille, port en plus) : La Race supérieure (avec allocution de Mgr Béliveau) du R. P. Louis Lalande, S. J., dont neuf mille exemplaires sont déjcà vendus, la Valeur économique du français (avec allocution de M. le sénateur Belcourt)) et Si Dollnrd revenait... de M, l'abbé GrouLx, qui viennent de paraître. Notons rapidement aussi l'apparition de Paul-Êmile Lainarche, Œuvres-Hommages (SI franco, $10 la douzaine, $75 le cent, port en plus), la réédition des Refrains de chez nous et la prochaine publication de Potir la Défense de nos lois françaises, de M. Antonio Perrault, et de la Naissance d'une race, de M. l'abbé Groulx.
On voit que notre service de publications ne chôme point. A nos amis d'accélérer la diffasion. Nous les prions de vouloir bien, dès maintenant, s'occuper de VAlmanach, qui sera vendu aux mêmes conditions que l'an passé : 20 sous l'exemplaire, $15 le cent, $115 le mille, et pubhé beaucoup plus tôt. Il faut se hâter de réimir les commandes poiu fLxer un tirage suffisant.
L'une de nos prochaines manifestations pubUques sera le pèlerinage au paj'S de Dollard. Nous y reviendrons.
Jean Be.^uche^.ux.