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POUR LA SAINT-JEAN-BAPTISTE

Voici que bientôt les mois d'été ramèneront la fête de Saint-Jean- Baptiste et les longues files d'automobUistes étrangers. Proposonsnous donc de célébrer remarquablement le premier Patron et de recevoir convenablement les visiteurs.

La Saint-Jean-Baptiste passe trop inaperçue dans les trois-quarts de nos paroisses rurales. On a tort de ne pas profiter du 24 juin pour insuffler ime bonne leçon de patriotisme à notre peuple et surtout aux nombreux enfants qui partiront peut-être demain pour les usines américaines, préoccupés du seul intérêt pécuniaire. Alors que nos puissants voisins s'exaltent et se chauffent à blanc, le 1er ou le 4 de juillet, alors que les uns jurent de nous écraser et que les autres, ne nous voyant même pas, escomptent les splendeurs toujours plus grandes de l'avenir, nous, les faibles, en proie à la défection, au coulage et à la routine, nous ne ramasserions pas nos forces, nous ne stimulerions pas nos rares bataillons à soutenir la lutte un contre quarante, nous ne mettrions pas nos sans-grade, tous ces volontaires de la cause, qui ne demandent qu'un mot d'ordre, nous ne les mettrions pas au courant des dangers qui les menacent, des efforts qui les attendent, du but où ils doivent viser, du sommet où ils doivent parvenir ? Nous ne leiu- dirions pas qu'ils doivent sauver lem-s enfants de la mortalité infantile et plus tard de la tuberculose ? Nous ne les instruirions pas de la manière d'établir leurs grands garçons sur des terres neuves, sans jamais les laisser venir à Montréal ou s'exiler aux États-Unis? Nous ne lewc dirions pas les périls de corps et d'âme qui guettent leurs filles tentées de s'engager comme servantes, coutiu-ières ou commis dans les grands centres ? Nous n'enseignerions pas à faire la Nouvelle-France toujours plus belle en améliorant les vieilles paroisses, et toujom-s plus grande en colonisant ces terres, grandes comme la France, que sont les millions d'acres de l'Abitibi, de la Matapédia et de la Gaspésie? En un mot, nous ne crierions pas à nos gens qu'ils ont tons un devoir national à remplir et que si tous font Iciu" part, depuis les députés et ministres jusqu'au dernier laboureiu-, la patrie sera grande et prospère, selon le proverbe : « Si chacun balaie devant sa porte, toute la rue sera nette ? »

Organisons donc la célébration de la Saint-Jean-Baptiste dans toutes les paroisses. Ce n'est pas nécessaire d'échafauder laborieusement.

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des chars allégoriques : une messe solennelle, le matin, avec sermon par quelque prêtre du collège voisin en vacances; l'après-midi, chants nationaux par les enfants des écoles, discours patriotiques et pratiques par des orateurs du cru et par d'autres, s'il le faut, auxquels on aura demandé de parler sur tel ou tel sujet précis afin d'éviter les redites et les phrases creuses : Patriotisme éclairé, Colonisation, FidéUté à la Terre, Ame française, Correction du langage. Zèle pour l'Éducation, Mise en garde contre certains fléaux, routine, désertion, luxe, etc. Voilà autant de sujets sur lequel il faut toujoiKS entretenir l'âme populaire, si l'on veut qu'elle s'intéresse à la Cause et qu'elle accomplisse sa tâche.

Il pourrait encore y avoir des jeux, des courses d'enfants, des concours sportifs, même entre deux paroisses voisines. Quelqu'un suggérait naguère vme distribution des prix, pour toutes les écoles de la paroisse, à faire dons l'église, ce qui serait une glorification, une consécration de l'étude, et un touchant symbole de notre éducation tout imprégnée de foi. Les drapeaux flotteraient dans le sanctuaire parmi les images saintes, et les couronnes de feuilles d'érable des élèves les plus méritants seraient ensuite offertes à Dieu pendant une bénédiction du T.-S.-Sacrement, comme cela se pratique, je crois, au collège Sainte- Marie.

Que la Saint-Jean-Baptiste se célèbre d'une manière ou de l'autre, peu importe, pourvu qu'elle ne passe pas inaperçue et qu'on y fasse l'éducation du patriotisme. Mgr Langevin répétait souvent : «Avant « mon arrivée à Saint-Boniface, j'ignorais ce que c'est que le patriotis- « me. » Trop de nos artisans et laboureurs qui ont gagné les plaines de l'Ouest ou les usines américaines ne l'ont jamais su, et se sont déplorablement assimilés, faute d'avoir été mis en garde et de savoir l'éminente valeur de leurs ascendances françaises. L'annuelle fête patriotique est là pour ancrer nos convictions : qu'on la célèbre partout, et qu'on fasse paraître dans les journaux tous les rapports de ces manifestations, qui ne manqueront pas d'être touchantes et originales en beaucoup d'endroits, et qui seront une sonnerie de clairon partout.

L'autre point que je voudrais signaler brièvement regarde l'accueil que les étrangers doivent trouver chez nous, particulièrement chez notre jeunesse. Walter Scott a dit qu'il e:uste entre les jeunes gens de tout pays une sorte de franc-maçonnerie, disons plutôt une sorte de fraternité secrète qui établit vite la bonne entente et l'amitié. Nous voyageons un peu dans les provinces maritimes, l'Ontario et l'Ouest: profitons donc des rapprochements de tables d'hôte, de chemins de fer,

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de promenade, pour ouvrir les idées et les cœurs trop fermés à notr^ égard. Un cigare bien placé commence l'œuvre d'apostolat, une pa" rôle souriante ou ferme — jamais de discussion acerbe — une invitation à venir dans Québec, une rectification sur le patois canadien, la domination cléricale, etc.; parfois de simples points d'interrogation feront jaillir des doutes et briseront cette croûte de préjugés dont on nous écrase.

Recevons aimablement ceux qui viennent ici. Je sais bien qu'à peu près partout les visiteurs ne recueillent que d'excellentes impressions, les comptes-rendus de voyage en font foi ; mais il suffit de quelques rares taches pour briser le charme. Que tous nos villages, du long des routes provinciales siu-tout, soient bien propres, que les parterres, les gi'anges, les cours, les parcs soient bien entretenus; que les enfants et les autres à qui l'on demande des renseignements ne se montrent paS rébarbatifs ou timides à l'excès. . . Un rien attire ou choque des observateiu-s de passage.

Quant à ceux qui viennent passer des semaines à nos stations balnéaires ou dans nos campagnes pour apprendre le français, c'est auprès d'eux surtout qu'on peut exercer une action heureuse. Si les Français de France se préoccupent de se gagner les étudiants étrangers, que ne devons-nous pas faire ici, où nous avons tant besoin d'être sympathiquement connus ?

M. Ernest Lavisse exprimait naguère cette mission de la jeunesse française : « Si j'étais étudiant, comme je ferais la cour aux étudiants étrangers ! je serais aimable avec eux jusqu'à la coquetterie. Je leur ferais les honneurs de la bonne hospitalité française. S'ils vivent entre eux, comme ils font d'ordinaire, je trouverais bien moyen d'aller jusqu'à eux et de leur faire aimer ma compagnie. Puis je les attirerais dans les groupes français, je les égaierais au contact de notre gaieté. Je leur parlerais de leur pays et du mien, des choses qu'ils voient et qu'ils ne voient pas en France. Je plaiderais devant eux notre cause, et je la gagnerais. »

Ne serons-nous pas nos avocats, nous aussi ? Qui ne sait que l'auteur du « Clash » est un ami de cœur de M. Sam Genest, le lutteur d'Ottawa ? Quelle n'est pas l'importance d'avoir des défenseurs, même plus modestes, un peu partout ? Si dix mille Canadiens-français se donnaient la tâche annuelle de conquérir chacun une amilié ontarienne, américaine ou autre, nous aurions bientôt i)artout des légions de défenseurs, véritables artisans do bonne entente. La chose ne vaut-elle pas la peine d'être tentée 'f* Yves.

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