POUR LA DÉFENSE DE NOS LOIS FRANÇAISES
« Quelle magnifique construction intellectuelle ! » c'est le mot d'un professeur de droit de l'Université de Lille au sortir de la conférence de M. Antonio Perrault, le 15 jan\ner dernier. C'est encore le mot qu'on se redit à soi-même, quand, après avoir entendu la conférence, on relit attentivement : Pour la défense de 7(0S lois françaises.
Que de choses substantielles, vigoureusement ordonnées, noblement en... 3, en ces soixante-onze pages du jeune ])rofe.sseur de Laval. Que nos pères aient aperçu dans nos lois l'un des éléments de la nationalité, '"•■l'stoire de leurs luttes poiu* les m.aintenir le prouve surabondamment. Cette vive clairvoyance n'a pas manqué à nos ancêtres de 1760. Le droit représente bien autre chose que les vaines procédures, les combats ruineux du Palais de justice. 11 est intimement mêlé à la vie individuelle, familiale, sociale. A côté de la rehgion et de la morale, il apparaît comme un facteur essentiel de la paix et de la justice; il possède une valeur morale et économique, il garantit l'usage des facultés d'action. Le droit se manifeste dans les lois. « L"n peuple dont l'histoire retient le nom, a sou droit incarné, cristallisé dans les textes. » Là, des principes universels se rencontrent, communs à tous ks peuples. Mais chaque peuple ajoute à ce premier fond immuable im élément qui jaillit de son âme propre, qui exprime sa mentalité, qui est le « produit de son histoire » et qui fait ainsi des lois nationales une chose sacrée. Or le peuple canadien-français possède des lois qvii lui sont propres. Dans le domaine législatif que lui ont réservé les constitutions, il a gardé, en l'adaptant aux évolutions de sa vie, le vieux trésor apporté de France. Ce droit, issu de la coutume de Paris, la plus parfaite des coutumes françaises, se rattache à l'antique et auguste »êrpus jnris des Romains, pendant que le Common law venu de la Grande-Bretagne et adop tépar nos huit provinces anglaises, est i)lutôt d'origine et d'inspiration teutonique. Cette différence d'origine suffit à elle seule à faire pressentir quel élément de supériorité, quelles vertus latines emporterait avec elle
1 F&it partie delà, série verte delà, Bibliothèque de l'Action française. Prix : 25 sous l'exemplaire.
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la disparition de nos lois françaises. Le droit romain élevé et pnrifié par le droit canonique, clarifié par le vieux droit français, c'est la plus parfaite expression de la loi humaine, c'est la raison écrite. En ses préceptes, en son ordonnance brille une lumière d'ordre, de clarté, de précision; il porte en lui la discipline intellectuelle de la plus haute sagesse. Le Common laiv c'est l'œuvre fragmentaire, c'est la mosaïque de pièces rapportées, sans viies d'ensemble, sans le lien dominateur des principes généraux, c'est un groupement de faits juridiqiies, de faits particuliers accumulés sans logique, au hasard des années et des événements. Et cependant c'est ce Common law que, depuis cent cinquante ans, l'on travaille à substituer à ce qui est devenu notre Code civil. La constitution fédérative a porté le premier coup à l'arche de nos lois en accordant au pouvoir fédéral des matières réservées jusque là aux législatures des provinces. Aujourd'hui des associations de légistes et d'avocats reprennent une attaque sournoise et travaillent à l'uniformisation des lois canadiennes. Contre ces tentatives, notre devoir nous commande non seulement de défendre nos lois françaises, mais il importe également de les faire connaître et de les illustrer par de lumineuses études juridiques; il importe de les faire évoluer selon leur esprit, selon les besoins de notre race et de notre province. Défendre ce qui nous fut légué par la tradition doit nous être un motif de fierté, l'un de nos buts de vivre. C'est le signe d'une humanité supérieure que la volonté de ne pas subir l'étranger, de n'accepter, selon le mot de Barrés, que ce qui s'accorde avec notre sentiment intérieur.
Voilà résumée bien superficiellement une belle et solide étude de philosophie du droit. M. Antonio Perrault vient d'écrire de très fortes pages et de prononcer des paroles de vie que voudi'ont recueillir non seulement nos étudiants et les hommes du métier, mais les profanes eux-mêmes qui en seront charmés et éclairés. Tous y fortifieront leur volonté de tenir, de ne rien sacrifier du vieil héritage national. Ici comme ailleurs, ils verront qu'en défendant notre patrimoine nous ne cédons pas à un simple goût de la bataille, aux vaines satisfactions d'un orgueil de race; nous défendons une supériorité. Ils apprendront aussi à connaître l'un des beaux talents de la jeune génération. Quand M. Antonio Perrault défend avec une émotion à peine contenue l'ordonnance majestueuse, la logique supérieure du di'oit romain, nous découvrons avec bonheur, au grand air de son travail, qu'il est lui-même un héritier de cette tradition intellectuelle, le fils de cette latinité. Il y apparaît jusqu'en son style où brillent avant tout les valeiu"s de l'intelhgence, les qualités de clarté, de soUdité et d'élégance, vertus exclusivement latines
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et françaises. Et l'on se prend à songer, non sans beaucoup de regret, aux œu\TCS que de tels travailleurs poiuTaient léguer à leur race, si seulement l'on vivait dans im pays où les intellectuels auraient le loisir de penser.
Pourquoi n'ajouterai-je pas ime dernière réflexion ? Voici que poiu* mieux combattre le régionalisme et s'en moquer à meilleur marché, quelques-uns n'en prétendent apercevoir que les manifestations folkloristes, quand il veut être toute notre \'ie littéraire, l'expression de notre personnalité intellectuelle. M. Antonio Perrault \'ient de démontrer, qu'à propos de thèmes canadiens, l'on peut s'élever jusqu'aux plus hauts problèmes et manier les idées les plus largement humaines.
— Lionel Groulx, pire.
LES RAPAI LIAGES^
M. l'abbé Lionel Groulx a réuni sous ce titre, qui est une déUcieuse trouvaille, dix contes précédés d'un poème liminaire. Le plus bel éloge que l'on puisse faire de cet ouvrage, à l'occasion de sa réédition par V Action française, c'est de rappeler le succès du premier tirage. Huit mille volvunes furent dévorés avec une insatiabiUté telle qu'elle est le très sûr garant de la rapidité avec laquelle s'enlèveront les 25,000 vokmies illustrés par Franchère.
C'est un événement httéraire d'une haute signification que la popularité extraordinaire de ce petit volume qui se distingue surtout par l'ardeur de son régionaUsme, par la fervem- de son culte pour ceux q\ii ont fait la patrie ce qu'elle est.
Le style est vif, direct, sans apprêt, réaliste parfois. 11 peint avec une vérité qui donne l'illusion de la vie. Tout le volume vibre par ailleurs d'une émotion continue qui égale ces récits famiUers à certaines des pages les plus éloquentes écrites sur la noble mission du laboureur.
La réédition des RapaiUages arrive à son heure, répond ù un besoin. Le moment n'est plus où l'on voulait faii'c des lettres canadiennes une pâle imitation des ouvrages étrangers, une plante anémiée et sans racine. On a compris qu'un peuple en lutte ne peut négliger aucm^e arme, surtout la plus puissante de toutes, celle qui assure la vie à la langue, le sel qui la préserve de la corruption.
Et c'est parce que les RapaiUagcs marquent ime réaction contre l'extranéité de notre littératm'e, parce qu'ils puisent Icvu- inspiration dans le sol, qu'ils plongent « dans l'humus des grands érables morts » qu'un tel succès les a accueillis.
^Les Ra pniUagc.-^, hibVuAhcqwô de V A iicion française. Illustrations de J.-C. Franchère. Deuxième éditions (populaire et de luxe.)
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Le conte, récit bref et familier, exige plus de vigueur, de ramassé, d'aptitude chez l'auteur à choisir l'essentiel que tous les autres genres de la littérature. N'y excelle pas qui veut : seuls, les maîtres du style peuvent s'y essayer.
Mais, à regarder de près, sont-ce bien des contes que les Rapaillages ? Ce titre charmant, qui a pour des citadins la saveur d'une fraise des champs, indique quelque chose qui manque d'homogénéité et d'ordre, quelque chose de ramassé un peu au hasard. Or il nous semble qu'il existe une unité parfaite, im hen tangible entre ces divers récits qui sont comme autant de chants du poème de la vie agreste, comme autant de tableaux des labeurs et des joies du laboureur et de sa famille. Les Rapaillages sont presque ime autobiographie, mais dans ces pages se peint, avec l'âme de l'écrivain, l'âme du paysan canadien.
Je ne sais si la lecture de l'herbe écartante vous fera le même effet,
mais j'y ai vu un symbole frappant. La gi'and'mère des Rapaillages lui
prêtait des maléfices qui entraînent des maux physiques effroyables,
mais je crois que cette herbe agit surtout sur les esprits et sur les cœurs.
Elle se trouve à la campagne, siir bien des terres. C'est parce qu'ils ont
pié sur elle que tant de jeimes gens désertent la terre ancestrale et s'en
viennent s'atrophier au point de vue moral et matériel dans l'atmosphère
dissolvante et empoisonnée des villes.
L'auteur des Rapaillages avait pié sur l'herbe écartante, mais il fut retrouvé et pansé à temps; aussi n'a-t-il pas déserté les hautes fonctions de semeur : il s'est fait semeur de la bonne parole évangéhque et de la bonne parole patriotique. Puisse ce grain tomber sur un terrain fécond, puisse-t-on Ure et relire dans toutes les familles ses ouvrages qui ne sont pas seulement, comme tant d'autres livres de nos jours, une belle forme sans âme, mais des excitateurs d'énergie, une prédication mâle et persuasive. Puissent-ils surtout tomber dans le cœm' des jeunes gens insensibles à la beauté et à la hautem' de leur devoir de réserve de la race et de continuateurs des anciens, dans le cœur des jeunes gens qui ne se défient pas assez de l'herbe écartante et qui tournent les yeux vers la grand'ville.
Le petit volume des Rapaillages vaut, à lui seul, comme agent de retour ou d'attachement à la terre, tout un budget de colonisation ou d'agriculture. Quel admirable manuel de lectiu"e pour les petits enfants du rang du Bois Vert et de tous les rangs !
Louis DupiRE.
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