EXAMEN DE CONSCIENCE NATIONAL, OU INVENTAIRE AVEC ACTIF ET PASSIF
Un proverbe dit que si chacun balaye devant sa porte, toute la rue sera nette. De même, si chaque Canadien a le courage d'examiner, et de corriger ses défauts; puis d'entreprendre des œuires nationales, toute la race ira bien et marchera vers l'avenir.
I — Partie négative — Défauts à faire disparaître — Défauts personnels ou sociaux, défauts généraux ou particuliers à certaines localités. Ne pas craindre démettre le doigt sur la plaie, et de préciser. Notonsen quelques-ims pour doimer une idée :
Corrigeons donc tous notre langage. Nous aimons notre langue, nous le crions partout, et nous la martyrisons, hélas ! nous la bafouons dans notre manière de la parler. Quand des fanatiques nous accusent d'avoir im patois, nous bondissons, et pourtant. . . n'3' a-t-il pas trop de négligences dans notre prononciation ? Nous avons bien des bouches
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molles, nous avons ceux qui prononcent comme au XVIIe siècle moé, aouèr (avoir), père, brcîs, etc. . . N'est-il pas traître à sa langue celui qui dit : « Quiens, j'cré bin qu'y a faite frette, c'te nuitte ! » Horreur ! Je sais bien que partout le bon peuple, anglais, français, italien ou autre, se permet de ces fautes, mais nous, nous n'avons pas le droit de torturer ainsi notre langue, si attaquée, si isolée . . . Défendons-la en public, dans nos revendications, et dans notre particulier, en la parlant bien.
Ne la faisons jamais servir à proférer des grossièretés, des canailleries, des jiu-ements . . . Cette belle langue, divinisée à l'usage de l'Eglise et des missionnaires, ne la laissons pas profaner dans des discours honteux ou blasphématoires. Lavons-nous de l'accusation d'être une « race de sacreurs »... Dernièrement, dans une manifestation populaire au Sacré-Cœur, le prêtre faisait dire à la foule, devant le Très-Saint-Sacrement : « Seigneur, bénissez la langue fraiiçaise ». Quel beau geste ! Restons à cette hauteur : parlons dignement une langue hénie.
Evitons les critiques indignes, les attitudes de coqs de village, qm s'opposent à toutes les mesures progressives du curé ou du con.seil municipal. Gardons-nous d'un sans-gêne exagéré en public, en voyage, en chemin de fer, dans les villes mixtes . . . Qu'il est triste parfois de voir le débraillé des rares individus qui parlent français sur un train, un bateau, etc. Grâce aux campagnes anti-alcoohques du moins, les spectacles d'ivrognerie disparaîtront . . . Ces défauts de tenue ne nous sont certes pas particuliers, mais nous devons nous en guérir pour l'honneur de la politesse française. Soyons partout des gentilshommes. Que d'autres points à signaler !
II — Partie positive — Œuvres à étabhr — Elles sont légion. Chacim peut les découvrir dans les besoins locaux. A la cami^agne, gardons nos gars, retenons, faisons revenir les déserteurs. Enseignons comment trouver des fermes pour tous. Certaines villes instituent des fêtes du Retour, et les annoncent siu-tout dans les journaux franco-américains. Un mouvement s'accentue vers nous, aiLx États-Unis, profitons-en. Francisons les noms de rues et de plusieurs paroisses des Cantons de l'Est, et d'ailleurs. Prenons notre part des immigrants qui s'établissent dans Québec : enseignons-leur le français. Améliorons nos écoles : fondons des bibliothèques scolaires où les enfants apprennent à lire les pul)lications qui les aident plus tard, et les ouvrages du terroir. Fondons des bourses pour les enfants pauvres de la paroisse, qui se sentiraient une vocation : les Acadiens ont une cinquantaine de ces
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bourses. Embellissoos nos fermes, nos rues, nos parcs, nos routes, tout, pour que nos jeunes s'j^ attachent et que les étrangers nous respectent.