VERS LA SUPÉRIORITÉ
1 — Introduction: A l'heure actuelle, le patriotisme, poiu- nous, consiste à nous perfectionner. Perfectionnement sur toute la ligne : comme individus et comme citoyens; dans le domaine économique, intellectuel et moral. Nous devons tendre à faire de nous le groupe le plus accompli de l'.lmérique du Nord. Des Anglais qui nous connai.ssent commencent à appeler notre province « la plus progressive des provinces du Canada » : méritons cet éloge pour notre race elle-même. Nous devons nous perfectionner dans l'agriculture, l'industrie, le commerce, les carrières libérales, les beau.K-arts, etc.
Ce que nous devons désirer, cependant, ce n'est pas de copier des modèles étrangers; restons nous-mêmes et développons nos qualités natives. Nos modèles, ce n'est pas à côté de nous que nous devons les chercher : c'est chez nous, dans notre histoire.
II — A^os caractéristiques : L'amour du sol et de la famille: l'esprit de corps qui fait que nous nous recherchons et que nous aimons à nous grouper; le culte des vieux souvenirs; l'ambition de vivre en paix parmi les siens et d'étal:)lir autour de soi la génération qui continuera l'œuvre commencée; l'attachement aux traditions, à la langue, à la religion; le souci des choses de l'esprit; voilà les dispositions innées que nous avons reçues de nos ancêtres et que nous devons cultiver. Par de meilleur moyen d'assurer notre avenir dans l'ordre et la stabilité. Les meilleurs de nos ancêtres ont été des défricheurs, des constructeurs méthodiques, non des spéculateiu-s fiévreux ou des brasseurs d'argent.
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III — Motjen d'ascension : VÉducation — Tous, ouvriers, agriculteiu-s, hommes d'affaires ou de profession, tous ont besoin d'vme instruction de plus en plus soignée, s'ils veulent monter plus haut. Instruction de l'école d'abord; instruction par soi-même ensuite; instruction poiu-suivie sans cesse par l'étude personnelle et la lecture des ouvrages relatifs à sa profession. C'est le moyen de ne pas retomber au rang des illettrés, de devenir des ouvriers habiles, des agriculteurs progres.sifs, de.s compétences dans sa branche. Sachons estimer l'éducation à sa valeur. De cette estime on tirera trois con.séquences :
1 ° On sera plus porté soi-même vers l'étude et la culture de l'intelligence. Il y a toujours quelque chose à apprendre. Moyen de relever le niveau général, d'être plus poK, plus affiné. Le livre vaut mieux que les conversations de club, ou le spectacle des sports brutaux, pour polir une race.
2° On portera plus d'intérêt à l'éducation des enfants. Les parents doivent veiller à l'assiduité de leius enfants à l'école. Rien de fatal au progrès des élèves comme le manque d'assiduité. Les parents doivent, de plas, s'intéresser au progrès de leurs enfants, les encourager, les stimuler, soutenir l'autorité des maîtres. Enfin, ils doivent les maintenir à l'école aussi longtemps que le permettent leurs moyens, fût-ce au prix de sacrifices considéraljles.
3° On comprendra que les personnes qui se consacrent à l'enseigne" ment méritent, outre notre s\^mpathie, un salaire plus élevé que celu^ de n'importe quelle classe de travailleurs. Nous de^Tions rougir de payer plus cher l'ouvrier qui travaille la pierre fait des meubles ou pétrit le jjain, que celui qui pétrit les cerveaux et forme la mentalité de nos enfants. Qui d'entre vovis voudrait changer de salaires et de métier avec l'instituteur ? C'est une honte que nous ayons si maigrement payé l'enseignement jusqu'ici. Comme tout le reste, l'éducation vaut ce qu'elle coûte. " Mettons-y le prix et la sollicitude qu'elle mérite, et nous ferons un bon placement. D'ailleurs, ce ne sont pas seulement les écoles, ce sont aussi nos collèges et nos universités qui souffrent du manque d'argent. Nous avons, proportionnellement à notre nombre, mi système d'éducation merveilleux. Mais jusqu'ici c'est le dévouement qui en a fait les principaux frais, et nous nous sommes trop facilement contentés d'exploiter le sacrifice des autres. Rappelons-nous ce que dépensent les protestants pour l'éducation. Imitons-les en cela.
Enfin, appliquons-nous à tirer meilleur parti de l'enseignement mis à notre disposition, enseignement primaire ou classique, agricole,
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technique ou supérieiu*; classes du soir ou cours de vacances, conférences agricoles et autres, profitons de tout. Ayons le goût de la lecture, fondons des bibliothèques scolaires et paroissiales, utihsons celles qui existent . . .
J'ajoute un dernier mot : ayons une idée juste de ce que doit procurer l'éducation. Une fausse conception de l'enseignement, à l'heure actuelle, pourrait nous être fatale. Le triomphe de l'école ou du collège, ce n'est pas de bien enseigner l'anglais ou la tenue des livres, ce n'est pas "de faire à nos jeunes gens une mentalité américaine. C'est de former de bons Canadiens, sachant parfaitement lem- langue maternelle, sachant assez l'autre langue pour se faire comprendre de leurs concitoj^ens, mais restant dans la tradition de leurs aînés; semblables à leurs pères, plus parfaits cependant, visant plus haut, mais les estimant toujours et ne les reniant jamais. Avec cet idéal en vue, allons sans crainte. Si nous nous décidons à nous perfectionner ainsi, rious ne serons pas un peuple inférieur et notre avenir est assuré.