‹ L'Action canadienne-française (volume 4)Chapitre 90 sur 123 · ERRATUM · texte numérisé non relu

ERRATUM

En toute justice nous devons cette rectification à M. l'abbé Groulx : il avait écrit, p. 400 de notre dernière livraison: «Ils (ces conseils) nous sont commandés par une grande espérance. » — Le prote lui a fait dire: «par une grande expérience.» — La nuance en vaut la peine.

A UAUBE D'UNE VOCATION

Des épisodes gracieux entourent, à ses premières heures, la vocation de Marguerite Bourgeoys. Il s'en dégage un charme prenant. Il semble que s'irise devant nous, que brille dans sa diaprure chatoyante, quelque fin vitrail des siècles de foi. Les scènes candides baignent dans une lumière joyeuse et crue.

C'est tout d'abord le cadre d'un couvent, à Troj^es, cette ancienne capitale de la Champagne. Des religieuses, jeunes, riantes et vives, sont groupées au parloir autour de M. de Maisonneuve. Au milieu d'elles on reconnaît, à une certaine parité de traits, la sœur du fondateur de Montréal, Sœur Louise de Sainte-Marie. A cet instant, de merveilleux récits d'outre-mer sont racontés. L'on écoute avidement. Un peu de rêve voile les doux yeux des nonnes. Le désir des lointains et mystiques voyages traverse leurs âmes. Elles frémissent. La cruauté iroquoise, les tristesses, les transes, les fatigues que l'on souffre là-bas, leur font entrevoir la possibilité d'un lent martyre. « Qui d'entre nous, songent-elles, refusera cet appel à la vie héroïque ? » Elles écoutent. . . Leurs cœurs brûlent d'émoi. . . La voix du narrateur cesse soudain. Alors, vibrantes, harmonieusement d'accord, les moniales supplient qu'on les conduise sur la terre canadienne. Paul de Chomedey sourit. Il hoche la tête. Non, il ne faut pas de cloître dans la colonie naissante de Ville-Marie. Son regard se fixe sur la préfète de la Congrégation des externes, Marguerite Bourgeoys, présente à l'entretien. « Celle-ci, fait-il doucement, en désignant laj eune femme, me suivra bientôt par-delà les mers.» Et docile, Marguerite Bourgeoys acquiesce à ses paroles.

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Une onde fine d'envie glisse sur les ph^'sionomies féminines <{ Oh ! Sœur Marguerite, soupire -t-on, vous ne deviez vous rendre qu'avec nous au Canada. » Et la jeune préfète subtile, souriante de répartir : « Ai-je donc promis, mes sœurs, si vous tardiez trop, de ne pas y aller sans vous ? »

Sœur Louise de Sainte-Marie demeure à l'écart. Elle est grave et pensive. « Dieu, se dit-elle, exauce toujours nos vœux, mais, hélas ! c'est en toute liberté qu'il le fait Voilà la réponse divine à notre demande, à la prière gravée jadis en lettres d'or sur l'image de la Vierge. Avec quelle ferveur, nous avons remis ce gage d'espoir entre les mains de mon frère de Chomede3^ Nous ne nous lassions pas de murmurer :

Saitite Mère de Dieu, pure vierge au cœur loyal,

Gardez-nous une place en votre Montréal.

Sœur Louise de Sainte-Marie détourne ses yeux limpides, des larmes s'y enchâssent.

— Quelques mois plus tard, le Saint-Nicolas a fait voile. Il vogue vers la pleine mer. Déjà, Saint-Nazaire, le port d'où l'on s'est embarqué, n'est plus, à l'horizon, qu'une mince ligne noire, telle l'estompe d'un fusain délicat. Marguerite Bourgeoj's appuie sa belle tête sereine contre l'une des ouvertures du navire. Avec mélancolie, elle regarde fuir les côtes de France. Sa main, un instant immobile, plonge à demi dans des dentelles précieuses. Autour d'elle, la brise soulève doucement de fines pièces de lingerie. Ce sont là, rassemblés, des objets confiés à sa garde par Madame de Chuly, la sœur de M. de Maisonneuve. L'aimable grande dame se préoccupe de la mise de son îvho, même dans un coin perdu de la Nouvelle-France. La jeune femme tressaille tout à coup. Elle a un geste sauveur. Une vague énorme, rapide, venue d'on ne sait d'où, entraîne d'assaut ces merveilles. Ses efforts demeurent vains. La

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vague, victorieuse, fuit avec son riche butin. Déjà très loin, elle écume, satisfaite, élevant et abaissant tour à tour, ces patients chefs-d'œuvre de l'art humain.

^Marguerite Bourgeoj's serre convulsivement ses mains ^ mpuissantes. Un peu d'angoisse lui vient au cœur. Que va-t-on dire ? Elle se raidit. Il lui faut sur l'heure révéler

I accident. Elle monte. ]M. de ]\Iaisonneuve est demeuré Scul à l'avant du navire. A la vue de la jeune fille, un peu d étonnement. de l'inquiétude se lisent dans son regard.

II s'approche. Délicatement, il interroge des yeux. ]Mais aux premiers mots qu'il entend, le voilà rasséréné, un bon rire, un rire frais et gai le secoue. « Voyons, sœur ]SIarguerite, fait-il, les choses ne sont-elles pas mieux ainsi ? Xous voilà tous deux débarrassés du soin de ces babioles ».

Qu'eussiez-vous dit, Madame de Chuly, qu'eussiezvous dit en entendant de telles paroles ? Sans doute, vous eussiez tancé l'irrévérencieux, le doux gentilhomme qu'était ce frère que vous chérissiez !

— Au Canada, l'automne, en cette année 1653, déploie toute sa magnificence. Québec rutile. Sur son roc puissant, il se drape, impérieux et superbe, dans la pourpre de ses érables, et le velours sombre de ses pins. Il apparaît, aux yeux de Marguerite Bourgeoys, merveilleux de coloris, de beauté hautaine et dominatrice. On y débarque. Les humbles maisons de bois des colons se détachent misérablement, ici et là, dans le décor royal de la nature. « Tout est si pauvre que cela fait pitié, s'exclame sœur Marguerite». Elle surmonte l'impression pénible ciu'elle en ressent. Sa vaillance doit demeurer entière. Chez les Ursulines, où vient la rencontrer Jeanne ]\Iance, où elle cause avec Marie de l'Incarnation et Madeleine de la Peltrie, son apaisant

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et clair visage lui crée des amitiés. Elle refuse cependant de séjourner dans ce milieu d'ardente spiritualité. Sa place est marquée ailleurs. Elle le déclare. M. de Maisonneuve lui a» confié, — comme jadis à Jeanne Mance, — le soin de la nouvelle recrue de Ville-Marie. Ses mains veilleront aux provisions des soldats. Marguerite Bourgeoys ira loger dans la basse ville, au magasin de la Compagnie de Montréal.

Sous ce toit, un délicieux spectacle s'offre bientôt à nous. C'est l'heure de la ration. Marguerite Bourgeoys, gracieuse et digne, apparaît à la porte de la salle d'armes. Elle plie légèrement sous le fardeau des comestibles. Les soldats accourent. Ils s'empressent autour d'elle. Ce sont de rudes gaillards, au franc parler, aux regards hardis. Leurs rires cessent, le respect raidit les attitudes, dans les yeux toute lueur mauvaise s'éteint. L'on vénère cette jeune femme à la haute conscience. L'on se nourrit, tout autant que du pain qu'elle offre, des conseils qui tombent de ses lèvres, étonnés qu'à suivre ces avis, une douceur pénétre les cœurs. Marguerite Bourgeoys s'émeut de leur estime, et plus tard, se remémorant ces heures, elle dira : « Les soldats de la recrue étaient devenus doux comme de vrais religieux, ce qui me donnait bien de la joie d'aller avec eux à Ville-Marie. Ces cent hommes étaient changés comme le linge mis à la lessive ».

A cette transformation, si pittoresquement décrite, Marguerite Bourgeoj^s contribua par sa grâce miséricordieuse, et le rayonnement de son âme ardente et désintéressée.

— A Ville-Marie, quelquefois encore elle devait exercer, à l'égard de ces hommes, sa commisération. Les historiens nous ont conservé un trait ravissant. C'est

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un geste de pure tradition. Cette jeune femme à la générosité spontanée, demeure de la lignée des saint Martin de Tours. Écoutez. Le froid, en ce premier hiver passé à Ville-Marie, se montre d'une rigueur excessive. Marguerite Bourgeoys, comme les autres Français du reste, s'étonne de la rudesse sans merci du climat. Et, seuls l'enchantent, par les matins ensoleillés, les paysages de neige, ces fêtes du givre où tout au dehors s'enveloppe de blancheur. Or, un jour de bise très âpre, un soldat se présente chez M. de Maisonneuve. Il demande Sœur Marguerite. Il sait, on le lui a appris, qu'elle dirige la maison du gouverneur de Montréal. Marguerite Bourgeoj's accourt à la voix bien connue du militaire. Elle le trouve tout bleui par le froid, et les yeux si tristes !. . . Elle écoute ses plaintes, le récit de ses tortures en ces nuits d'hiver, (( alors qu'il n'a pas, dit -il, sur quoi se coucher ». Marguerite Bourgeoys rayonne à ces derniers mots. Elle le quitte, revient presque aussitôt, tramant après elle, toute rose de l'effort, un matelas, le sien ! Ce qu'elle se garde bien de dire. Le soldat ne peut croire à sa bonne fortune, et s'empresse à son retour au camp, de raconter l'incident à trois de ses camarades. Voici, qu'à leur tour,eux aussi viennent implorer la pitié de Sœur Marguerite. L'un reçoit sa paillasse, les deux autres ses couvertures. ^Marguerite Bourgeoys en demeure toute réjouie,se voyant dans l'obligation, à l'insu de tous, de coucher sur la dure. Elle a, à cet instant, l'un de ces mots délicieux que trouvent les saints: « Hélas ! dit-elle, personne ne se présenta pour l'oreiller ! »

L'on ne saurait clore la série de ces petits tableaux sans y joindre une scène dernière. Elle se présente, il est vrai, beaucoup plus tard, à une époque où la vocation de Marguerite Bourgeoys s'est nettement afBii-mée. Qu'importe ! Ce petit fait gUssé par l'historien, tel un sourire

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discret, entre deux pages sévères, a le charme aimable de jadis. Il s'encadre bien ici.

Nous sommes en 1670. M. de Maisonneuve, relevé de ses fonctions de gouverneur de Montréal, habite Paris avec .son serviteur Louis Frin. Quoi que fasse Paul de Chomedey, sa pensée revient, incessante et fidèle, vers ses héroïques compagnons de Ville-Marie. Et dans l'espoir de leur offrir parfois l'hospitalité, il tient à leur disposition une chambre garnie « à la façon du Canada », dit-il. Et qui donc, croyez-vous, habitera tout d'abord ce domaine du souvenir ? Marguerite Bourgeoys et l'une de ses compagnes, toutes deux venues à Paris dans des circonstances décisives pour leur Institut. M. de Maisonneuve qui vient lui-même ouvrir la porte aux voyageuses, — son serviteur étant absent, — se montre ravi de la coïncidence. Il est en même temps touché des démarches tentées par les religieuses pour découvrir sa retraite à Paris. La délicate amitié de Marguerite Bourgeoys avait ses exigences.

Paul de Chomedey, dans la joie de recevoir de tels hôtes, fait des largesses. Il dépose sur la table dressée pour le repas, une bouteille de vin qu'il est allé lui-même se procurer. Ainsi que le remarque spirituellement l'abbé Faillon, « ce bon gentilhomme avait un serviteur qu'il servait beaucoup plus qu'il n'en était servi».

Et ce soir-là, la fête du cœur fut complète pour ces âmes qu'unissait une affection bien au-dessus des contingences mesquines et des brisures du temps.

Il semble bon parfois, de revoir nos héros dans cette atmosphère d'intime simplicité; de substituer, à l'attitude hiératique où les fixe, immuables, notre vision, ces mouvements de douceur, de tendresse et de grâce.

Marie-Claire Daveluy.

18 octobre 1919.

A TRAVERS LA VIE COURANTE

Les De revoir une ville, après plusieurs années

TTOis-Rivièl êS deloignement, porte l'esprit à établir une comparaison entre son état actuel et celui d'autrefois. A-tr-elle progressé ou reculé ? Ou encore, est-eUe demeurée immobile ? Tel fut récemment mon cas. Une bonne fortune me conduisit, vers la fin de septembre, aux Trois-Rivières, où j'étais demeuré quelques jours, il y a environ xdngt-cinq ans. On m'avait dit alors que la cité fondée par La\àolette datait de 1634, qu'elle avait été établie après Québec, mais avant Montréal, qu'elle était donc très ancienne. Et c'est l'impression qu'en rapporta mon cerveau d'enfant : petite ville charmante, mais d'un autre âge, conservant pieusement sa physionomie d'autrefois, et se gardant des innovations modernes.

Ufie Ville Je m'attendais à la retrouver ainsi l'autre jour.

ÙTO^T€SSive ^^ même, suivant la loi de la \'ie, plus ridée encore, plus vieilKe, plus antique. Instinctivement je pensais, en m'y rendant, à ces villes de province qu'on rencontre en France, aux rues étroites, pleines d'ombre et de paix, à l'allure familiale et im peu endormie, et qui reposent des bruits de la capitale.

Le train stoppe. Des groupes bruyants animent le quai de la gare, cependant que les cornes des automobiles luttent avec les appels du tramway . . . Vraiment ! Sommes-nous bien aux Trois-Rivières ? La réflexion m'a échappé. Mais il n'y a pas à en douter. Un ami est là qui m'entraîne dans sa machine. Et nous filons bon train. Une course à travers la rue Des Forges m'a Aâte fixé. La v-ille des Trois- Rivières — et je devais le constater encore mieux les jours suivants — a secoué sa léthargie d'autrefois. C'est maintenant une cité prospère et qui se développe rapidement.

Fidélité Mais on conçoit qu'une pensée s'empara aussitôt

ÛUX OTÎëÎHêS ^® '^^'^ esprit. Ce développement, dans quel sens s'est-il opéré? Le deuxième poste français établi au Canada a-t-il, en se transformant, renié ses origines? S'est-il anglicisé peu à peu, comme Montréal et Québec ?

Je veux en avoir le cœur net. Aussi durant les quelques jours vécus au-x Trois-Rivières, j'ou\Te les j-eux, je tends l'oreille, je cherche à dé-

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couvrir, derrière les physionomies des hommes et des choses, au fond des conversations, quelle âme palpite, quel idéal commun anime cette collectivité. Je puis me tromper. Ces enquêtes menées hâtivement,en marge d'une autre besogne absorbante, entre deux séances de travail, par des observations prises à la volée, sont parfois décevantes. Il me semble bien toutefois avoir vu juste, et que le vieux fond français, l'héritage de traditions légué par nos pères, s'est conservé aux Trois-Rivières presque intact, résistant victorieusement à l'emprise saxonne.

U élite Sur quoi repose cette impression? Sur les hommes et

SOCîGle ^^^ choses. Les hommes d'abord. Que quelques Trifluviens ou Trifluviennes soient piqués de snobisme, je n'oserais pas le nier — quelle ville, si française soit-elle, peut se dire exempte de ce mal? — mais la majeure partie de la population me paraît avoir conservé ces vieilles vertus françaises qui meurent si vite dans nos grandes villes : distinction naturelle, politesse prévenante, simplicité cordiale et gaie. L'éhte sociale : membres du clergé et des professions libérales, n'y mène pas, certes, une \'ie oisive, mais ce n'est pas non plus une vie affairée, nerveuse, trépidante. On trouve le temps de s'asseoir dans le courant de la journée, de caxiser familièrement et d'autre chose que du cours de la bourse, du prix des denrées et de la vente des immeubles. On parle Uttcrature, art, rehgion, questions sociales. On est resté français, quoi !

J'entre dans l'étude d'un avocat. Ce n'est pas l'austérité froide de nos bureaux montréalais où, juchés derrière un comptoir qui se dresse comme une haute barrière, clavigraphistes et comptables vous dévisagent de la tête aux pieds avant de décider si vous méritez d'être introduits auprès du maître. . . Ici l'avocat lui-même m'ouvre la porte, m'installe dans son bureau, et nous causons de souvenirs d'antan, cependant que son jeune fils saute gaiement sur ses genoux. Chez un confrère voisin, même cordial accueil; j'y reçois, en outre, les bonnes feuilles d'un ouvrage professionnel que celui-ci vient d'écrire, en bon français.

A. tïQVeïS Et maintenant les choses. J'entends par là les rues

les TUeS ^^ ^^^ magasins, les affiches, les tramways, tout ce qui -

constitue la physionomie d'une ville et lui donne trop

souvent, chez nous, un aspect anglais. En cette matière, je voudrais

distinguer : aux Trois-Rivières ce qui relève des citoyens est presque

toujours français, ce qui relève des étrangers est presque toujours anglais. On ne rencontre pas comme à Montréal — ou du moins très rarement — des boutiques aux noms français que décorent des affiches anglaises. J'y ai vu, et même savouré, pour la première fois, des eaux gazeuses, (marque Rousseau), portant des étiquettes françaises, telles que soda à la crème — ce qui ne les empêche pas d'être excellentes — . Sur cinq maisons trifluviennes, dont les annonces couvraient la paroi droite d'un tramway, quatre se servaient du français, et une du français et de l'anglais. Voilà des faits, des détails si l'on veut, mais qui ont leur importance, qui sont révélateurs d'un état d'âme et me paraissent fournir les éléments d'un jugement ferme.

Par contre, l'élément étranger, là comme ailleurs, semble ignorer la langue de la population. Ainsi à côté des cinq armonces dont je viens de parler, il s'en trouvait sept autres au compte d'industriels ou de marchands n'habitant pas les Trois-Rivières. Une seule était rédigée en français, les autres uniquement en anglais. Ce sont les mêmes qu'on rencontre dans nos tramways de Montréal, et il est bien probable que les braves gens qui les paient ne savent pas que leur argent est ainsi dépensé presque en pure perte, qu'il pourrait du moins, si l'aimonce s'adressait à la population dans sa langue, rapporter beaucoup plus. Pourquoi quelque Trifluvien n'écrirait-il pas à l'un ou l'autre de ces gros annonceurs pour leur signaler l'évidente maladresse de leurs agents de pubUcité ?

CoMpG^nicS Ce n'est pas la seule faute d'ailleurs qu'on relève

ètT(lH'^èï€S dans les tramways. Si les avis, à l'intérieur des voitiues, sont bilingues, il n'en est pas ainsi des affiches qui indiquent, à l'extérieur, la route à parcourir. A moins que le mot ne soit nécessairement biUngue, comme Cap et spécial, vous vous trouvez en face d'un Belt Line qui trône seul dans toute sa morgue d'envahisseur. Unilingu&s aussi, sur leiu face principale, les reçus que vous remet le percepteur; xmilingues encore les casquettes des employés oii vous Usez : Three Rivers, Traction No. . . On dit que les Allemands dans Bruxelles envahie affectionnaient ainsi de décorer les fonctionnaires d'inscriptions dont la langue devait rappeler aux habitants la domination germanique . . . Quand on ne peut pas se rendre maître des cœurs, dame ! il reste les casques et les placards !

Même ignorance de notre langue pour de larges annonces étrangères qui couvrent les clôtures, au cinéma dont les affiches révèlent l'origine

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américaine, dans des pharmacies où s'étalent des produits venant auss' des États-Unis : Lister' s Fumigator, Zo adhesive Plaster, etc., etc

COYltïQStC Des démarches énergiques ne pourraient-elles pas.

TévélûtCUy ramener à la raison ces compagnies ? Je le crois. Mais quoi qu'il en soit, leur attitude contribue à mettre en relief la conduite tout opposée des \Tais Trifluviens, en particulier, dans le commerce et l'industrie.

Et de cela il faut féliciter ceux-ci. Quand bien même quelques-uns, cachés sous une raison sociale anglaise, auraient échappé à mes rapides investigations, il me paraît évident que la majorité d'entre eux a résisté, mieux que les Montréalais et les Québécois, à l'engouement anglo-saxon, et est demeuré inébranlableinent fidèle à sa langue.

PqTYÏII les Cette fidéhté, un incident imprévu est venu soudain OUVïiCTS ™® permettre d'en mesurer toute la profondeur au sein du peuple, en même temps qu'il confirmait mes conclusions. C'était durant le banquet donné par les Sœurs de la Providence, aux membres des unions ou\Tières cathoHques réunis en congrès. Sur l'estrade, dans la grande saUe des séances de l'Hôpital Saint- Joseph où les congressistes avaient pris place, un groupe de jeunes orpheUnes égayaient le repas de leurs joj'eux refrains. Tout à coup, un chant vibrant retentit. Les mots, vm peu indistincts dès le début, devinrent \-ite clairs. A mesure qu'ils en comprenaient le sens, les convives émus, cessaient de manger, pris tout entier par l'attrait irrésistible de ces vers bien rythmés dont les fières paroles remuaient leurs âmes. Quand éclata le refrain :

Ils ne Vauront jamais, jamais,

L'âme de la Nouvelle- France!

Redisons ce cri de vaillance :

Ils ne l'auront jamais, jamais !

ce fut dans la salle une longue acclamation. D'elle-même, spontanément, la classe ouvrière manifestait de façon vibrante son attachement profond à la langue et aux traditions des aïeux.

Et je suis revenu des Trois-Rivières, emportant cette fois l'impression d'une ville hautement progressive, et qui sait quand même rester 7 française. Gloire à elle ! et puisse son patriotisme être imité !

Pierre Homier.

15 octobre 1919.

« Noblesse oblige » — Comme nos lecteurs ont pu l'apprendre par la voix des quotidiens, la série des conférences de l'Action française pour la saison 1919-20, qui porte en titre général : «Noblesse oblige », aura tout le brillant qu'on prévoyait : six orateurs des plus estimés ont bien voulu nous prêter leur concours et tout fait augurer un succès égal à celui de l'an dernier. Les conférences seront données tous les deuxièmes jeudis de chaque mois, à partir de novembre, dans la salle de la bibliothèque Saint-Sulpice, réputée poiu- son spacieux aménagement et son excellente résonnance. La première conférence aura donc lieu le 13 novembre; elle sera sous la présidence de M. Athanase David, secrétaire provincial. L'orateur, dont il serait oiseux de faire l'éloge, sera Sa Grandeur ^Monseigneur Georges Gauthier, évêque auxihaire de Montréal, recteur de l'Université de Montréal; il traitera un sujet d'une haute actualité : « La mission de l'Université.» Cette conférence marquera pour ainsi dire l'ouvertiu-e de la campagne en faveur de notre université montréalaise. M. l'abbé Philippe Perrier, curé du Saint-Enfant Jésus, directeur de la Ligue des Droits du français, présentera le conférencier à cette soirée d'ouverture.

Les autres conférenciers seront les su'vants : ils parleront aux dates mentionnées sur des sujets qui seront annoncés en temps opportun :

M. Edouard Montpetit, le jeudi 11 décembre 1919;

Le R. P. Louis Lalande, le jeudi 8 janvier 1920;

M. Antonio Perrault, le jeudi 12 fé\Tier;

M. l'abbé Ohvier Maurault, le jeudi 11 mars;

M. Guy Vanier, le jeudi 8 avril.

Les cartes d'abonnement mises en vente le 20 octobre se sont enlevées rapidement; il en reste encore un certain nombre qu'on pourra se procurer à l'Action française, bureau 32, Immeuble la Sauvegarde, au Devoir, 43, rue Saint-Vincent et autres endi'oits dont la hste sera pubUée dans les jom'naux de Montréal. Cette année, nos amis sont priés d'en prendre note, tous les sièges sont réservés et tous les billets, cela va de soi, numérotés, afin d'éviter tout ennui; les séries se vendent S3, $2.50 et $2.

Après le magnifique résultat de la première série de 1918-19, et grâce surtout à la réputation des conférenciers dont nous venons de donner les noms, l'Action française compte sur un nouveau et grand succès. A cette propagande par la parole, elle ajoutera la propagande par le livre, en publiant la plupart des conférences, sinon toutes, qui , seront prononcées à Saint-Sulpice. De cette façon, nos amis de l'extérieur ne perdront rien de la bonne semence. Nous reviendrons du

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reste sur ce sujet. En- attendant, nous réitérons notre invitation à tous ceux qui pourront assister aux conférences de 1919-20, de bien vouloir différer le moins possible l'achat de leurs cartes d'abonnement.

h'Almanach — Nous tiendrons parole. A la date fixée, le 1er novembre, notre Almanach de la Langue française sera mis en vente partout à travers le pays. Son tirage qui, de 25,000 en 1919, passe à 40,000 cette année, en prouve la popularité et l'utilité. Le sommaire, dont nous ne pouvons donner qu'un faible aperçu, témoigne de la valeur de plus en plus appréciée de la publication. L' Almanach de la Langue française de 1920, tout inédit, contiendra des articles de MM. les abbés Cyrille Gagnon, Ph. Perrier, Edmond Lacroix, de MM. C.-J. Magnan, Victor Morin, Louis Dupire, Emile Miller, Jean Beauchemin, Pierre Homier, Léon Lorrain, et autres; des poésies de Mlle Blanche Lamontagne et de MM. Lozeau et Ferland; trois contes canadiens de Mlle Marie Claire Daveluj^, de MM. l'abbé Lionel Groulx et Jacques Hertel; deux chansons du terroir avec musique : « C'est la belle Françoise » et « Moi, je suis fou de mon pays ». Au calendrier très complet, ont été ajoutés une foule de renseignements ,1a plupart introuvables dans les publications similaires : les évangiles du mois, les saints patrons du travail, les dictons populaires, des grains de sagesse, etc. Pour la ménagère, ont été insérées des recettes culinaires et des renseignements pratiques, en plus d'un vocabulaire de deux ou trois pages sur les termes de cuisine.

Enfin l'illustration a été particulièrement soignée : la plupart des articles et tous les contes sont ornés de dessins inédits, auxquels s'ajoute toute une série de petites caricatures intitulées « Maux à guérir » et destinées à secouer, sous ime forme gaie, l'apathie partout où elle se rencontre. Bref, nous avons voulu « faire de mieux en mieux » , comme le disaient nos circulaires, et nous croyons avoir quelque peu réussi.

Rappelons que V Almanach de la Langue française de 1920 inaugiu^e sa cinquième année. De plus en plus connu, il est déjà, pour nous servir d'un terme du commerce, « un article fort en demande ». C'est dire que pour éviter les désappointements de l'an dernier,alors que les 25,000 ^ exemplaires furent écoulés en quinze jours, nos amis feraient bien de nous faire tenir leurs commandes sans retard. En dépit de l'augmen- . tation du coût de l'impression, TAhuanach reste à 20 sous l'exemplaire .. (23 sous franco). Des prix très avantageux sont consentis aux propagandistes comme suit :

De 50 à 99 exemplaires, 16 sous; de 100 à 499 exemplaires, 15 sous; ^ de 500 il 999 exemplaires, 14 sous; pour 1000 exemplaires et plus, 12 sous }/2 ( Port en plus dans tous les cas) .

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Comme toujours, les propagandistes peuvent grouper autant de commandes qu'ils le veulent et bénéficier des réductions accordées au chiffre global de leurs commandes. Xoas faisons quand même les expéditions aux adresses individuelles, siu" simple indication de leur part. Ainsi, dans une même région, sept ou huit personnes peuvent s'associer, constituer une commande d'un millier et bénéficier du prix de $125.00; chacune recevra chez elle les cent ou cent cinquante exemplaires qui lui reviendront.

Xous ne ferons cependant qu'une seule facture : à celui qui enverra la commande.

Conférences à Ottawa — En même temps que nous inaugurons à Montréal nos conférences « Noblesse oblige », vme autre série portant sur divers sujets est organisée par l'Institut Canadien français,à Ottawa, sous le patronage de V Action française. Ces séances marqueront un premier et un grand pas dans la voie de l'action par la parole à laquelle nous entendons nous dévouer pour faire connaître et étendre notre œu\Te à l'extérieur. Xous nous étions mis à la disposition de nos amis : l'Institut Canadien français est venu frapper à notre porte et c'est avec grand plaisir, inutile de le dire, que nous lui avons prêté notre modeste collaboration. MM. Emile MUler, secrétaire adjoint de la Société Saint-Jean-Baptiste et professeur de Géographie canadienne à l'Université de ^Montréal, parlera de « l'histoire et de la géographie canadienne », en novembre; M. Jean Désy, diplômé de l'école des Sciences poUtiques de Paris, professeur aux Hautes Études, parlera, lui, de « la plus Grande-Bretagne »,en décembre, et M. Léon Lorrain, notre distingué coUaborateiu-, a pris pour sujet « les trois anghcismes. » Il parlera en janvier.

Et de ce bon grain rien ne sera perdu : ces coaîérences seront comme celles de Montréal, mises en brochiu-es.

Voilà le bilan de la vie de V Action française pour octobre. Ce n'est pas tout : nous avons en plus préparé la série des articles de notre revue pour 1920. Le titre général « Comment servir » fait déjà connaître tout un vaste programme. Dès la li^Taison de novembre, nous serons en état de fournir tous les détails voulus. Révélons pour l'instant que le premier article: «jcomment ser\-ir » le mieux son pays et sa race, quand on est cultivât eiu", sera signé par M. J.-Edouard Caron, ministre de r^4griculture de la province de Québec, et que Mgr L.-A. Paquet clora la série ave'*, le « comment servir » du prêtre.

Intérim.

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