‹ L'Action canadienne-française (volume 4)Chapitre 99 sur 123 · NUANCES · texte numérisé non relu

NUANCES

Mlle Charette débute avec grâce dans le monde des lettres. Son volume de chroniques rappelle la gerbe sjinbolique, que tient en ses mains fines, l'adolescente conviée à sa première fête. Cette vision de jeunesse fleurie s'évoque dès que l'on ouvre le livre délicat. L'auteur ' penche son ardent et méditatif visage sur les fleurs dont, sans doute, elle se pare et s'entoure volontiers. Et violettes, marguerites, tulipes blanches, chrysanthèmes tendent vers elle leurs mélancoliques ou pâles corolles. D'un léger trait de plume ]Mlle Charette les anime. Elle scrute leur charme frémis-sant. Elle le définit. C'est merveille de l'entendre. Aux violettes de serre, s' épanouissant sous l'œU d'un jardinier savant, elle reproche avec douceur leur « air de mystérieuse audace », qui les rend, semble-t-il, « d'une autre famille que leurs timides sœurs du printemps ». Les pétales d'une marguerite, effeuillée d'un joU geste ancien, apparaissent à l'écrivain ainsi que « des doigts uniformément longs et blancs, autour d'un cœur jaune ». Et quelle délicate ironie voile l'apologue où est narrée la révolte, par un soir de printemps, des hautaines tulipes blanches. « Sûrement, fait l'auteur toute triste, sûrement, les fleurs ressemblent aux hommes ! »

Quel saisissant regard Mlle Charette pose sur les choses ! Sur ce qui bruit et chante, brille et se colore, s'agite et frissonne. Sa vision se reflète dans des mots qui fixent le mouvement et l'attitude des êtres. Habilement, les vocables s'agencent, se rapprochent et s'opposent. Travail d'artiste, de chercheuse de syllabes harmonieuses et fines. Son don plastique nous étonne parfois. Elle modèle les formes fuyantes

1 N'uaiices,''p&T Yvonne Charette. — Édité au Devoir. 60 sous, plus 5 sous pour le port. ('Distributeur pour le commerça : Ser\-ice de librairie de 1 Action française, 32,Immeuble de La Sauvegarde, Montréal.)

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des choses eu d'emblématiques figmes dont elle perçoit et nous révèle le sens. La grande ombre de Verlaine, invoquée au début de l'ouvrage, la guide, sans doute, à travers « la forêt de sj^mboles ». • Peut-être aussi, « les doigts longs et blancs » de la lettrée s'attardent-ils souvent aux pages de l'auteiu* de « Sagesse ». Elle subit l'ascendant de ce beau génie .du repentir... littéraire. Elle s'en libère cependant. Avec un tact discret, elle s'éloigne, allant puiser à d'autres sources sa moralité saine. Mlle Charette, et c'est là, il me semble, ime note personnelle, originale, entend sans cesse une autre voix, une voix austère, limpide et grave. Son âme se rythme aux lois dune morale très élevée. Elle est doucement dominée, disciplinée par sa foi de chrétienne. Et alors, avec quelle sérénité apaisée, sans ce charme légèrement capiteiux qui 'a distingue parfois, Mlle Charette nous parle d'actes dé.sintéressés, fraternels et pacifiants !

L'auteur de Nuances nous donnera sans doute bientôt, — ses essais littéraires nous rendent exigeants, — une œu\Te plus ample, plus forte, où elle gardera ce même souci de la forme délicatement ornée.

Et je ne puis clore ce mot d'appréciation sans lui dire avec quel plaisir attendri j'ai lu le billet intitulé : En tricotant. . . « Et la laine mauve, chante l'auteur, glis.se sur l'ambre clair ». En tricotant ! Mlle Charette sait-elle combien son geste, à la couleur près, rappelle un geste coutimiier d'autrefois? A-t-eUe songé à nos mères grandes, nouant dextrement, elles aussi, les mailles innombrables? Les revoit-elle, les bonnes aïeules, celles de nos campagnes, allant, par les routes odorantes, bordées de trèfle rose, les « yeux rivés au tricot », qu'elles regardaient. . . sans voir, elles aussi ! Xos grand'mères, souvenons-nous, se rendaient « en tricotant » chez la voisine, se refusant ainsi à distraire la moindre parcelle de leur temps. Et la laine, grise ou noire, glissait alors sur leurs aiguilles d'acier, qui recevaient. — tout comme l'ambre, — les reflets lumineiLx. Elles rêvaient beaucoup moins que leurs petites filles, nos aïeules. La beauté des matins et des soirs les jm'lii l sans que jamais elles songeassent à le dire. ]\Iais comme leur activité paisible, leur silence même se cadençaient et chantaient. Ils semblaient i'.hymnc s;ior<' du travail qu'elles ne .savaient plus interrompre.

Marie-Claire D.weluy.

Forcément ajourné : Un article sur les Silhouelles paj-oUsisales du K. P. Louis Lalande, S.J.

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