COMMENT ILS ONT GRANDI" DE JOYBERTE SOUL ANGE S
L'Action française enrichit graduellement sa Bibliothèque. Editions de tout genre se succèdent avec une régularité qui témoigne du bon renom de cette maison. La toilette de chaque ouvrage répond d'ordinaire au genre de matières qu'il traite. Deux in-octavo cependant viennent de paraître; Autour du métier (abbé Dubois, et Comment ils ont grandi (Joyberte Soulanges) auxquels pour ma part j'eusse accordé de moindres dimensions. Il est vrai que "l'in-octavo est déjà le père des petits formats, des livres et des pamphlets rapides, légions innombrables d'esprits invisibles qui vers l'an 1530 filèrent dans la nuit." (Michelct) Il est vrai encore que l'ampleur des marges dénote chez les éditeurs la prédominance du souci artistique, tandis que leur louable dessin d'offrir ces volumes en récompenses de fin d'année justifie l'adoption du format réputé savant. Nos écoliers paraissent doublement heureux quand ils peuvent rapporter sous leur bras un très gros livre à la maison.
De réels progrès s'accusent dans ce deuxième ouvrage de Joyberte Soulanges, l'auteur de Dollard raconté à la jeunesse; ils ne proviennent pas du fait que l'écrivain, cette fois, visa l'âge mûr presque autant que l'âge tendre: le moindre initié sail combien difficile il est de parler à des mioches, sans austérité 7ii mièvrerie; ces progrès se manifestent pur la trame plus serrée du récit, un tour mieux
"comment ils ont orandi" 125
cadencé de la phrase et en général un goût littéraire mieux averti. Quand on songe au peu de temps écoulé entre les premières velléités d'écriture et l'affrontement du public, il faut mettre en balance une âpre volonté de vaincre unie à un persévérant labeur, si l'on veut comprendre les étapes de ce généreux talent et expliquer aux lecteurs comment ils ont grandi. Mais c'est l'ouvrage et non pas son auteur, que j'ai à leur présenter dans ces quelques paragraphes.
Comme il s'agissait d'inculquer des notions assez courantes, l'habile narratrice les relève et les appuie d'une érudition familière et surtout leur insuffle une vie neuve, à force de sincérité et de zèle patriotique. Le premier entretien, qui sert d'avant-propos à tout le volume, fait songer à un ardent catéchiste qui n'aurait plus qu'une heure pour préparer ses enfants à la première communion. Du | reste, ce sera la première communion de Jean à sa grande et à sa petite patrie. L'une et l'autre lui sont peintes à traits larges, précis, éloquents.
Plus loin, c'est L' école de Françoise où une mise en scène 'animée et pittoresque fixe des souvenirs lointains et pleins de charmes, et nous révèle l'emprise des idées patriotiques sur des âmes d'enfants, pour peu que l'écrivain ou l'orateur possède cet instinct communicatif, naturel à ceux qui aiment passionnément leur terre natale. Dans le chapitre intitulé Héroïsme d'enfant, domine encore cette note exaltée et saine tout à la fois. N'est-ce pas François Hertel 311 personne qui nous visite sous la pieuse figure d'un petit contemporain? Enfin, d'un bouta l'autre du recueil, circule une flamme qu'un vent brusque soulève parfois en panache et qui retombe ensuite au niveau égal sans jaunis s'éteindre complètement.
J'en conclus qu'il faut savoir lire ces pages et s'adapter ui sentiment qui les fit naître, non pas pour passer à tra-
121) L'A CTION Fit AN C À I S E
vers, — car il n'est pas question d'ennui une seconde, — i mais pour en fixer le mérite et les bien situer dans cette littérature patriotique dont les produits se multiplient de jour en jour. Elles y font figure des plus honnêtes. L'auteur sera jugé plus sévèrement quand il délaissera les sentiers pour la grande route, exhibant des oeuvres d'une seule venue sur des sujets unifiés. Mais il saura alors se hisser à la hauteur des circonstances, dérouter une fois de plus la critique et rallier tous les suffrages autour de ses grandes et légitimes ambitions.
M. Joseph Dubois a fourni les dessins dont un bon nombre, surtout parmi les culs-de-lampe, sont d'une remarquable ingéniosité.
M.-A. Lamarche, O.P.