‹ L'Action canadienne-française (volume 5)Chapitre 133 sur 175 · LE PREMIER CONGRES · texte numérisé non relu

LE PREMIER CONGRES

parents; ils expriment le vœu que la grande presse fasse une 3ublicité moins malsaine aux crimes et que les magistrats sévissent contre tout abus dans ce sens. On accepte d'appuyer les instances qui se font auprès du Souverain Pontife iemandant l'établissement d'une fête de Jésus-Ouvrier; )n endosse la campagne contre le blasphème entreprise 3ar l'A.C.V.C.

Les syndiqués catholiques n'oublient pas qu'ils sont ïanadiens : ils demandent le maintien du tarif de 35% sur a chaussure étrangère, ce qui est un excellent moyen de carder nos manufactures en activité et de donner du pain i nos ouvriers. Ils n'oublient pas non plus qu'ils sont pour a plupart de race française : ils demandent donc qu'on •econnaisse la Saint- Jean-Baptiste comme fête légale. On le souvient de leurs revendications récentes pour la monnaie ît le timbre bilingues. La C.T.C.C. désire que des séries le conférences soient données aux cultivateurs pour leur nontrer, sous son vrai jour, la vie dans les villes : travail inervant à l'usine, chômage, air malsain, dangers de toutes sortes. C'est une manière pratique et intelligente d'en- •ayer la désertion des campagnes.

Nous n'en finirions pas d'énumérer les résolutions nombreuses adoptées au cours du Congrès de la C.T.C.C. Ce |ableau donne une idée suffisante de la besogne utile qu'on jxpédie au cours de ces congrès. Les ouvriers délibèrent Lvec plus de savoir-faire et d'intelligence qu'on ne se l'imal;me. Leur connaissance de la procédure, leur habitude dos ssemblées délibérantes, la sincérité de leurs discours, tout 'unit pour rendre intéressantes et lumineuses les séances 'un congrès.

L'énumération presque sèche que je viens de faire de uelques-unes des résolutions adoptées au congrès de lontréal ne donne qu'une imprécise idée de l'atmosphère

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vivifiante qui y a régné. La charité chrétienne a sans cesse présidé aux discussions qui ont été amicales et libres de toute attaque personnelle. On sent que les principes de la sociologie catholique ont pénétré l'âme de ces travailleurs et l'ont transformée. La présence des aumôniers n'accroît pas peu le sérieux des délibérations. On voit que la grande famille ouvrière canadienne-française est à l'aise avec ses prêtres qui représentent l'Église, la plus grande protectrice du travail. C'est la tradition, quelque peu rompue par l'internationalisme neutre, qui se reprend dans le syndicalisme ouvrier d'esprit catholique et à base nationale. Li classe ouvrière s'est en quelque sorte ressaisie de ses égarements et elle revient toute belle à sa foi et à son patriotisme.

La Confédération des Travailleurs catholiques du Canada n'est pas une organisation parfaite; je l'ai dit au commencement de cet article: elle est encore à ses débuts, elle n'a pas un demi-siècle d'existence et de progrès, elle n'a qu'un an de vie. Malgré sa jeunesse, elle est une force puissante, une force qui compte et surtout une force qui grandit. Les progrès du syndicalisme catholique sont constants. Nos congrès annuels montreront au public nos effectifs grossissants et notre emprise sur la classe ouvrière de plus en plus profonde et solide. Le jour n'est pas éloigné, où dans une communauté d'idées splcndide, les travailleurs catholiques de notre province, tous unis dans les syndicats catholiques et nationaux, donneront au monde le plus grandiose exemple de soumission aux principes chrétiens dans leurs revendications professionnelles et dans toutes leurs activités syndicales.

Gérard Tremblay, Secrétaire général des syndicats

catholiques et nationaux de Montré*

jG catalogue Des nombreuses infiltrations étrangères signalées ,| . au dernier congrès de l'A.C.J.C, celles qui nous

viennent du commerce et de l'industrie ont été pariculièrement dénoncées. Elles sont en effet parmi les plus pernicieuses, îlles exercent une action sourde et délétère. Elles opèrent constamlent. Elles atteignent tout le monde.

Or l'un de leurs principaux véhicules, c'est le catalogue. Modes, ports, remèdes, ferronnerie... articles de bureau, chaque branche de ommerce et d'industrie a maintenant sa brochure de propagande, — our ne pas dire son volume, — où s'entassent les termes anglais. Souent l'équivalent français nous est inconnu. Avec l'objet qu'il reprémte, le mot étranger se fixe dans la mémoire. C'est fini. Vous ne en délogerez plus. Et non seulement vous ne l'en délogerez plus, mais va croître, il va se multiplier. Le père ou la mère le prononceront à la îaison. Les enfants et les serviteurs le répéteront. Us le jetteront à dus les vents, au milieu de leurs compagnons de jeux, chez les fournis- 3urs, à l'atelier... Semence funeste qui tombera dans d'autres esprits t, là aussi, lèvera en fruits amers d'anglicisation. Ainsi, de génération en énération, se contamine la rare. Ainsi se façon ne- t-elle — car les mots e sont pas, comme plusieurs le croient, des choses mortes, mais bien des rments actifs — une mentalité anglo-saxonne.

OUr enrayer Quel moyen de combattre ce mal ? En définitive,

* I un seul : interdire au catalogue anglais l'entrée de

nos demeures. La chose, nous l'avouons, n'est

is toujours facile. Ils sont légion, ces catalogues. On y trouve des

enseignements utiles, indispensables parfois. Et d'ailleurs ils se glis-

mt à votre insu, sous toutes les formes, dont quelques-unes des plus

libtiles. Qu'importe ! Cette attitude s'impose. Tant que nous ne

adopterons pas, tant que nous ne serons pas décidés à la maintenir

I toutes circonstances, nous n'aurons rien fait pour enrayer ce mal.

Telle est la première résolution à prendre. Combien se sentent, le

BUT assez ferme pour l'adopter et la mettre à exécution, même si le

Itaiogue est luxueusement édité, même s'il est orné de magnifiques

Hvures, même s'il contient des choses utiles? L'occasion esi excel-

lite de sonder son patriotisme, d'en éprouver la trerm;

1$<> l/ ACTION FRANÇAISE

Une méthode Mais il y a plusieurs maniérée de bannir un cata-

constxuctive ^°^ue ^e c*iez S01 ■ ce^e> Par exemple, qui consiste à le jeter simplement au panier, et celle, plus compliquée, qui le retourne à l'expéditeur avec une petite note sur l'opportunité d'employer, dans le commerce, la langue de ses clients...

Cette deuxième méthode — ai-je besoin de le dire — est de beaucoup préférable. Elle est vraiment opérante. Elle est surtout constructive. Que quelques centaines s'en servent en môme temps, et c'est le désarroi chez le commerçant ou l'industriel dédaigneux de notre langue. C'est mieux que cela, s'il est homme d'affaires. C'est la réparation, aussi rapide que possible, de sa bévue. C'est l'impression d'un nouveau catalogue. C'est la substitution, dans des milliers de foyers, d'un excellent vulgarisateur de termes français à un perfide agent d'anglicisation.

L'effort N'y a-t-il pas là, en vérité, un résultat qui compte?

nui roiifp ^* comment se fait-il qu'un si grand nombre parmi les

nôtres — parmi les convaincus, parmi les partisans du

parler français, parmi les lecteurs de cette revue — hésitent, tremblent,

et finalement reculent devant ce geste nécessaire?

Ah ! l'effort, l'effort qui coûte ! Que nous avons besoin de professeurs d'énergie, d'excitateurs de fierté nationale ! Puissent-ils surgir avant que nous n'ayons les reins complètement brisés !

Quelques De ces quelques considérations on peut facilement

I conclure quels encouragements méritent les industriels

^ et les marchands qui nous donnent d'eux-mêmes des

catalogues français ou bilingues. J'en ai là cinq ou six sur mon bureau, les uns reçus récemment, les autres il y a déjà assez longtemps : J. D. Camirand & Compagnie, les Pianos Lesage, la Slater Shoe, la Dominion Rubber System, ia maison William Davies, et surtout la maison Orner Deserres, dont le catalogue bilingue d'accessoires d'automobiles est vraiment remarquable.

Or voici ce qu'une importante firme anglaise de Montréal écrit à l'un de ses clients : "Nous avons essayé une année de publier un catalogue français en ayant eu beaucoup de dépenses et bien du travail en triant tous les noms de notre immense clientèle afin d'envoyer un catalogue français à toute personne portant un nom français et un catalogue anglais à ceux ayant un nom anglais. Malheureusement ce fut sans succès car plusieurs personnes de notre clientèle française nous firent des remarques peu agréables nous disant que tenant un commerce

anglais, il était nullement nécessaire de vouloir se faire passer comme tenancier d'une maison française en envoyant des catalogues dans cette langue, etc. Inutile de vous dire comme nous fûmes peines de toutes ces critiques que nous reçûmes après avoir eu tant de travail et de dépenses dans l'intention de donner pleine satisfaction à notre estimée clientèle française. Or depuis ce temps nous avons trouvé préférable d'imprimer le catalogue dans la langue anglaise seulement".

Leçon à tirer Nous n'enquêterons pas pour savoir si ces protestataires furent vraiment nombreux. On nous dit qu'il y en eut. Cela suffit. Cela suffit pour démontrer l'opportunité de féliciter et d'encourager les éditeurs de catalogues français. S'ils reçoivent quelques lettres de protestations — et à quoi ne pas s'attendre de certaines mentalités faussées — ils n'en seront pas alors trop émus. Ainsi nous faut-il être toujours sur la brèche, constamment à veiller et à lutter. Nous avons des domaines à sauvegarder, nous en avons aussi à reconquérir. La moindre faiblesse, le moindre répit peuvent nous être funestes. Ne nous plaignons pas trop de cette situation. Voyons-en plutôt le beau côté. La vigilance et la lutte continuelle trempent les caractères et élèvent les âmes. Or c'est de caractères trempés et d'âmes élevées que se composent les races fortes, auxquelles Dieu réserve de hautes destinées. Pierre HOMIER.

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