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PEUX JOLIS LIVRES D'ETRENNES

Le jour de Fan approche qui est chez nous le vrai jour des étreDnes i— comme au bon vieux temps. La coutume — une excellente coutume :elle-là — s'établit de plus en plus chaque année d'offrir de beaux livres mx. enfants. N'oublions pas que l'Action française possède dans sa ùbliothèque les plus beaux livres qui aient été écrits en ces dernières Innées, à l'usage de la jeunesse de chez nous. Et nous signalons partiulièrement le Dollard et le Comment ils ont grandi de Joybei le Boulanges. Jn connaisseur et Tan de nos meilleurs critiques, M. le chanoine Emile /hartier écrivait à l'auteur : "J'ai retrouvé améliorées, dans Comment Vis ont grandi, les qualités qui m'avaient frappé dans Dollard. La notasse du sentiment, en s'exerçant sur des sujets variés, s'est encore iccrue. La phrase a pris plus de consistance, la langue plus de fermeté. • le choix des sujets atteste une connaissance assez rare des goûts de enfance. Vous aurez la récompense promise à tous ceux qui ambition- 1 3nt de faire du bien aux petits : vous leur en ferez beaucoup et vous le rez à beaucoup, car tous voudront lire vos pages si nobles, si vivantes bien mises à leur portée". On pourra, du reste, demander notre italogue spécial pour livres d'étrennes.

Dans les numéros de juillet et de septembre derniers, Y Action française a cité, de Pierre Lasserre et d'une réponse de la Chambre de Commerce de Lyon, des extraits d'une actualité qu'il semble fort à propos de souligner.

En même temps paraissait dans Y Enseignement Primaire de septembre, un article de M. l'abbé Courchesne, traitant de la nécessité d'une culture générale, d'une manière que ne devraient pas ignorer ceux de chez nous qui cherchent quelle orientation il faut donner à l'enseignement en vue de le rendre pratique. En passant, le distingué professeur de pédagogie de l'École normale supérieure Laval formule un vœu auquel nous nous joignons de tout cœur : celui de voir reprendre une large diffusion de l'article publié sur la même question par le R. P. Adélard Dugré, S. J., dans Y Action française d'août 1919, et dont il a été fait un tirage spécial par l'Œuvre des Tracts, sous le titre : "L' École canadiennefrançaise".

Nous n'avons donc pas l'intention d'éditer rien de neul aujourd'hui. Seulement nous croyons qu'un clou plant( à la bonne place doit être enfoncé jusqu'à la tête, et, ai commencement de l'année scolaire, nous revenons cogne: quelques coups, espérant revenir plus tard encore et invi tant tous les bons ouvriers à cogner à leur tour.

Le clou à enfoncer aujourd'hui est celui-ci : L'écol élémentaire doit être exclusivement consacrée à donner 1 culture générale qui servira de base aux développement intellectuels de l'enfant; et cette culture fondamentale s fait en utilisant les multiples ressources fournies par 1

langue maternelle, la seule qui à cet âge le forme à penser. Par conséquent négliger d'asseoir et de fortifier cette base en fixant à l'école un but utilitaire hâtif ou en introduisant trop tôt une langue seconde, c'est fausser l'éducation à sa source. Ce qu'il faut à la base, c'est l'éducation générale par la langue maternelle.

Nous établirons cette vérité pédagogique par des témoignages précieux qui nous sont venus en foule depuis quelques années; car ce n'est pas chez nous seulement que ces questions préoccupent.

Nous avons tous suivi la belle lutte menée en France contre l'enseignement moderne, qui se présentait sous le camouflage du classique. Les hommes d'affaires, les Chambres de commerce de là-bas se sont levés unanimement pour proclamer que la culture générale est l'unique moyen de préparer des hommes de valeur dans le domaine des affaires : commerce et industrie, aussi bien que dans le domaine des professions dites libérales, et que c'est par une culture plus soignée de la langue maternelle que cet objectif sera atteint. L'utilité des études classiques est motivée par cette raison qu'elles favorisent davantage la culture française. "En ! apprenant le latin et le grec, nous apprenons le français. Le latin et le grec sont les deux portiques de notre langue", déclare la Chambre de Commerce de Lyon, que nous allons •citer à l'instant.

Et en effet, à la suite de la Chambre de Commerce de

Paris, celle de Lyon, dans sa séance du 14 octobre 1921, l

j constate sans ambages que le système utilitaire inauguré il

|y a 20 ans, a eu pour résultat : "qu'on ne sait plus le français

et qu'on n'a pas appris davantage les langues vivantes...

( 'est une véritable douleur — poursuit-on — pour ceux

1 Rapportée par l'Action française de septembre 1922.

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qui aiment notre belle langue, que de la voir écorcher de plus en plus par notre jeunesse; avant même de penser aux langues vivantes,... il est indispensable de leur faire apprendre mieux la langue française". Cette réponse était faite aux professeurs de langues vivantes dont plusieurs, là-bas comme ici, confondant la formation de l'homme avec l'étendue des connaissances acquises, estiment sa valeur par ce qu'il sait et non par ce qu'il est.

On peut donc dire en France de si élémentaires vérités sans déchaîner des tempêtes de protestations, bien qu'on n'ait pas autant de raisons que nous de défendre les droits de la langue. Et cela se dit, remarquons-le bien, au nom des intérêts du commerce et de l'industrie, qui seraient d'après quelques-uns de chez nous, du ressort exclusif de l'anglais. C'est que les Français sont convaincus que l'étude approfondie de la langue apprend à penser, développe et fortifie l'intelligence, donne enfin la formation humaine indispensable à qui doit exercer un art, une profession ou un simple métier.

Que diraient donc les Chambres françaises de commerce si elles avaient à se prononcer sur le cas d'enfants qui n'apprennent pas même les termes français du commerce et de la comptabilité !

Voici encore un Français, Pierre Lasserre, cité par Y Action française de juillet 1922, qui s'autorise à dire qu'il y a grand danger à "une assimilation intensive trop précoce des langues qui n'ont pas de parenté avec la nôtre, comme l'anglais et surtout l'allemand; le développement de l'intelligence en est compromis et y perd de sa franchise; on pense dans une langue et non dans deux. Un bilinguisme mental est peu favorable à la force et à la clarté de l'esprit."

Mais ce n'est pas en France seulement qu'on comprend

l'importance d'une culture générale précédant la culture pratique ou utilitaire.

Une enquête conduite aux États-Unis, le pays pratique par excellence, par quatre présidents (Cleveland, Roosevelt, Taft, Wilson), des ministres, des sénateurs, des gouverneurs d'États, des financiers, des industriels, des professeurs d'Universités, etc., a abouti à la conclusion que le moyen le plus efficace d'assurer une éducation pratique est d'établir d'abord une solide base de culture générale. Dans le volume qui rapporte ces travaux, 2 on lit la conversation suivante entre un père qui vient confier son enfant à un collège, et un professeur de chimie : " Vaut-il mieux que mon fils se spécialise dans la chimie physique, la chimie organique ou la chimie inorganique ? — Donnez à votre fils une saine et large éducation; la spécialisation viendra d'elle-même. " (P. 63-64).

La raison, pour les pratiques Américains comme pour les idéalistes Français, est toujours la même : il faut d'abord assurer la solide formation de l'esprit à tous ceux "qui doivent plus tard passer leur vie à des travaux exigeant une activité mentale plutôt qu'une activité physique", (p. 235)

Et ces conclusions ont été formulées à la suite d'observations contrôlées : "Je ne suis pas sûr de la cause, mais je suis sûr du fait", dit l'un d'eux (p. 168).

Nous conseillons ce livre à tous ceux qui veulent sincèrement s'éclairer sur la valeur de l'éducation "pratique".

Voici le témoignage d'un Anglais d'Angleterre, le professeur Rippman, M. A., au sujet des familles qui se hâtent d'apprendre à leur enfants une langue étrangère : "C'est oublier que les premières années de la vie sont importantes

Value of the Classics. Princeton, University Press, 1917.

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au point de vue de l'étude de la langue maternelle qui est intimement unie à l'acquisition des idées". 8

Veut-on des témoignages plus près de nous ? Mgr le Recteur de l'Université de Montréal déclare qu'au jeune ouvrier on peut donner "quelque chose de mieux" qu'une spécialisation en vue d'un métier particulier : c'est "une formation générale qui permet à l'ouvrier de multiplier ses chances de succès". 4

Monsieur Laureys, le directeur de l'École des Hautes Études Commerciales, dans son magistral travail sur "Notre enseignement commercial et technique", constate la faiblesse des élèves qui arrivent chez lui après avoir suivi un cours commercial "complet". Et il donne pour raison principale que dans ces cours "complets" on n'attache pas assez d'importance aux cours de culture générale, qui, seuls, donnent à un jeune homme un développement intellectuel suffisant. On enseigne trop de ces matières qu'à tort on appelle pratiques..." 5

Le même auteur fait remarquer plus loin que "les cours spécialisés et appliqués aux affaires ne donnent de bons résultats que si la base est solide. C'est pourquoi — ajoutet-il — les écoles primaires et les collèges doivent s'appliquer à faire cette base aussi forte que possible, et pour cela soigneusement écarter la spécialisation de leur enseignement. La culture générale est indispensable, c'est d'elle que doit s'occuper l'enseignement primaire et moyen" (p. 535). Tout ce travail d'un expert devrait être médité par ceux qui se scandalisent de nous entendre réclamer que les premières

3 Rapport présenté au Illème Congrès international d'éducation familiale de Bruxelles, 1910.

4 Action française, mai 1918.

6 Action française, septembre 1921, p. 530. Cet article a été tiré en brochure distincte à la bibliothèque de l'Action française.

années d'études de l'enfant soient toutes consacrées à sa culture générale.

Avant de nous séparer de M. Laureys, citons encore de lui cette affirmation que "la langue maternelle doit être le véhicule de l'enseignement de toutes les matières, non seulement à l'école primaire, mais à tous les degrés. Les autres langues doivent s'apprendre par surcroît. C'est la seule manière de conserver à notre enseignement son caractère français et ce sera d'ailleurs la vraie façon d'apprendre à l'enfant la chose dont il aura le plus besoin : à penser".

La méthode contraire, qui consiste à enseigner dans la langue seconde les mathématiques, la comptabilité ou d'autres branches, est, d'après lui "une profonde erreur pédagogique". C'est un mauvais moyen d'apprendre et la langue seconde et les matières ainsi enseignées, et un efficace moyen d'empêcher l'enfant d'apprendre sa langue maternelle. "La preuve manifeste de cette assertion est faite depuis dix ans à l'École des Hautes Études Commerciales". 6 Encore une page plus loin : "Je tiens à retenir l'attention du lecteur sur trois points : le premier, c'est qu'à l'École des Hautes Études Commerciales, au contraire de ce qui se fait dans la plupart des collèges commerciaux, tout s'enseigne en français et je ne crains pas d'affirmer qu'une grande part des succès futurs que les diplômés de cette école ne manqueront pas de remporter, devra être attribuée au fait qu'ils ont reçu cet enseigneïnent commercial supérieur entièrement dans leur langue maternelle, tout comme il est donné aux étudiants de France et de Belgique".

Dans un travail livré à Y Action française pour répondre à la question : Comment servir, M. l'inspecteur général des Écoles catholiques signale ce danger et donne aux institu-

« Ibid., p. 538.

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teurs la direction suivante : "A tous les degrés du cours établir la langue française reine et maîtresse, ne jamais lui substituer une autre langue comme moyen d'enseignement. A tous les degrés du cours enseigner toutes les matières du programme en français et non commettre la grande erreur pédagogique d'enseigner l'arithmétique, l'histoire ou la géographie en anglais à des élèves canadiens-français". 7 Dans son excessive délicatesse M.Magnan omet de mentionner la comptabilité, mais son intention est manifeste. Voici un autre témoignage d'un homme de chez nous, M. Léon Lorrain, professeur à l'École des Hautes Études Commerciales, et secrétaire de la Chambre de Commerce de Montréal : "Rien ne serait plus faux ni plus funeste que de prétendre que chez nous l'enseignement du français est beaucoup moins important au collège commercial que dans le cours classique". 8 Et dans une lettre à l'auteur de cet article, le même M. Lorrain écrivait : "Professeur à l'École des Hautes Études commerciales, je suis mieux que bien d'autres en mesure de constater et de déplorer la faiblesse de l'enseignement du français à l'école et même, d'une façon générale, au collège commercial. Le plus triste, c'est que l'on semble prendre pour acquis, soit que le français est assez bien enseigné, soit qu'il n'est pas nécessaire de le connaître davantage dans les affaires". Aussi, ajoute-t-il?... ne parle-t-on "que de l'importance de l'anglais dans le commerce,... comme si l'école primaire pouvait donner une connaissance utilisable de l'anglais". Nous livrons cette dernière réflexion à la méditation des gens sérieux qui croient que l'école élémentaire peut faire apprendre au bambin assez d'anglais pour qu'il fasse sa vie dans le monde.

7 Action française, février 1920, p. 52-53.

8 Léon Lorrain : La valeur économique du français, p. 15.

Dans une lettre subséquente qui autorisait la publication de la précédente, M. Lorrain affirmait davantage : 'Mon expérience, dans le monde commercial aussi bien que lans les milieux universitaires, me convainc chaque jour lavantage qu'il est bien plus urgent, à tous points de vue, l'améliorer renseignement du français que de répandre )artout des éléments d'anglais".

Ne voulant pas abuser de l'hospitalité de Y Action 'rançaise, nous arrêtons là ces témoignages de compétences lui pourraient se multiplier à l'infini. Nous ne résistons pas -outefois au plaisir de citer encore ces paroles si sensées d'un îomme d'affaires de Montréal, rapportées par La Rente qui irrive à l'instant : "...Car enfin, qu'est-ce que les affaires? Elles ne sont pas des mathématiques, à proprement parler. Les principales qualités que l'on doit développer et cultiver ;hez quiconque désire conduire et diriger une maison d'afaires sont le jugement, la sagacité, la perspicacité, l'intuiion, l'inspiration... Et selon moi, il n'y a, somme toute, jue la culture générale pour assouplir l'esprit, lui donner la ertilité voulue et lui ouvrir les horizons qui lui permettront l'atteindre aux grandes conceptions..." Dommage qu'il 'aille tant de citations pour faire admettre une chose aussi simple !

Que faut-il conclure de là ? C'est que les tenants d'un système d'éducation soi-disant utilitaire, qui remplacent la culture générale par une foule de particularités réputées pratiques, sont les moins pratiques des hommes, et qu'ils dussent notre éducation dans la mesure où ils font préva- .oir leur système.

C'est que, voulût-on faire des commis, des commerçants, des industriels, il faut accentuer l'enseignement du français qui donne la formation première, qui apprend à penser : "La clarté, la bonne disposition des arguments et la

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netteté des conclusions, voilà les qualités principales que nous exigeons pour la lettre de commerce", déclarent les membres de la Chambre de Commerce de Lyon. Et le sous-directeur de l'École des Hautes Études de Paris : "Plus l'instruction reçue pendant les années d'enfance sera de nature à élargir le cercle des idées, non seulement à meubler l'esprit, mais à l'orner, plus la formation technique, qui viendra ensuite, tombant sur un terrain préparé à souhait, aura de chances de donner des fruits." 9

Nous ne parlons ici que du point de vue de la formation intellectuelle, et nous taisons les poignantes défaillances du caractère national, glanées par Pierre Homier dans ses excursions à travers la vie courante, défaillances dont chacun de nous est témoin plus qu'à son tour; mais défaillances auxquelles tout patriote de cœur doit vouloir appliquer un remède efficace, en exigeant qu'on intensifie dans l'éducation la culture française qui inspirera plus de confiance dans nos ressources ethniques, plus de fierté pour notre sang, plus de respect, de vénération pour notre belle langue bafouée surtout par les nôtres qui la laissent sacrifier ou qui la sacrifient parce qu'ils ne la connaissent pas assez pour s'éprendre de sa beauté.

A ce simple point de vue de l'éducation pratique, n'est-ce pas pitoyable qu'il faille, suivant l'expression de Mgr Roy, déployer du courage pour proclamer en plein Québec les droits du français ? Dans notre pays, pour assurer sa survivance et se tailler une place honorable au milieu des autres races qui lui font compétition, notre race n'a pas d'autres moyens que de se créer des élites, de s'assurer des compétences dans tous les domaines. Tout le monde l'admet. Comment voudrait-on créer ces élites si l'école

• Cité par M. Laureys, p. 535.

allait commencer par tarir la source féconde de la pensée, en négligeant la langue maternelle qui est à la base de la formation intellectuelle. On bondit d'indignation en voyant que chez nous, même dans les rangs des éducateurs, tout rares qu'ils soient, se trouvent des esprits assez peu avertis pour proclamer, sans tomber sous la réprobation générale, que l'anglais supplée à tout cela. Tous les hommes soucieux de l'avenir de notre race, de son influence, doivent se donner la main pour créer une mentalité telle, que d'aussi odieuses prétentions ne puissent plus s'afficher à l'avenir sans provoquer des soubresauts d'indignation qui fassent entrer leurs auteurs sous terre.

Il y a un heureux retour d'opinion, nous assure-t-on. Sachons donc en profiter pour détruire une mentalité de vaincus dont nous rougirons avant un quart de siècle. Au cours des derniers mois, nous arrivait une nouvelle méthode bilingue de... graphie quelconque, avec le savoureux billet anonyme que voici : "Nulle (sic) doute que cette amélioration vous intéressera". L'amélioration consistait en ce qu'on annonçait comme une nouveauté une méthode qui daignait, pour la première fois, dans le pays où bat le cœur de la race, s'occuper de la ...graphie française. Et l'intérêt pour nous — à part le nouveau sexe du doute — était ! l'aveu candide que jusqu'ici cette matière n'était enseignée , qu'en anglais dans nos écoles françaises...

Faut-il donc mettre l'anglais de côté ? Nous finirons,

il comme nous avons commencé, en citant les autres. "Que

vos enfants apprennent d'abord leur langue, qu'ils se rendent

i capables de s'en servir dans tous les domaines" (R. P. Adé-

j lard Dugré). "Quand cette base solide sera établie, ce ne

| sera qu'un jeu d'apprendre une langue qui n'a qu'un voca-

i bulaire et pas de syntaxe" (abbé Courchesne). Avec Pierre

Lasserre, déjà cité, nous reconnaissons que "le maniement

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des langues modernes est d'une nécessité primordiale (et qui va croissant) dans beaucoup de professions,... mais que ce n'est là (les apprendre) qu'un apprentissage en quelque sorte matériel qu'un jeune homme un peu tenace et débrouillard, parvenu au seuil de sa carrière, mènera vite à bien, et facilement".

Et de même que dans la revision du programme des écoles primaires, en expurgeant la petite école de toute spécialisation, nous n'avions pas l'intention de faire la guerre au commerce, à l'industrie et à l'agriculture, mais au contraire nous voulions leur préparer des sujets plus aptes à se spécialiser et à mieux réussir dans la vie; ainsi en demandant qu'on n'atrophie pas le cerveau plastique des enfants "par une assimilation intensive trop précoce d'une langue qui n'a aucune parenté avec la nôtre", nous savons que l'esprit de l'enfant, ayant pris, par ce fonds solide de culture primordiale qu'assure l'étude intelligente de sa langue, des habitudes d'idées nettes et précises, sera plus en état de s'assimiler rapidement et avec fruit la dose d'anglais qu'il lui faudra pour compléter son éducation.

Ce sont là, nous disait un éducateur averti, des vérités de sens commun, et il faut lutter jusqu'à ce qu'elles soient admises comme telles par tout le monde.

Que le mot d'ordre de tous nos éducateurs soit donc : L'éducation par la langue maternelle !

F.-X. Ross, ptre

Cette question fait le sujet d'une controverse assez animée depuis quelques années. Rendre le fleuve navigable pour que des navires transatlantiques puissent atteindre les ports des Grands Lacs, est un projet caressé depuis longtemps par les nombreux habitants des États de l'Ouest central Américain qui y voient une solution de leurs difficultés de transport et une diminution dans le tarif de fret. D'un autre côté les adversaires du projet, en majeure partie situés dans l'est des États-Unis et du Canada, prétendent que pareille entreprise est prématurée, impraticable, et ne donnera nullement les avantages qu'en attendent ses partisans. On affirme même que l'amélioration de la navigation dans le Saint-Laurent n'est qu'un prétexte pour hâter le développement des grandes forces hydrauliques du fleuve.

Dans ce court article, nous n'avons pas l'intention de discuter ces opinions, quoique nous n'hésitions pas à nous classer parmi les adversaires du projet. Nous donnerons les grandes lignes du projet tout en signalant quelques points plus particulièrement intéressants pour nous de la Province de Québec.

Navigation Actuelle des grands Lacs à Montréal

Du lac Supérieur au havre de Montréal, il y a une chute totale de 575 pieds que les bateaux franchissent par un système de canaux et d'écluses. Disons d'abord que la distance entre le havre de Montréal et le pied du lac Ontario

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est de 182 milles, et la différence de hauteur de 224 pieds Cette dénivellation est franchie aujourd'hui par des bateau: d'un tirant d'eau de 14 pieds par le système de canaux qu suit :

Canal No d'écluses Dénivellation Longueu

en pieds en millei

Lachine 5 45 Sy

Soulanges 4&1 garde 84 14

Cornwall 6 & 1 garde 48 11

Pointe Farran 1 Sy iy

Rapide Plat (Morrisburg) . 2 11 y2 3%

Galops (Cardinal) 2 & 1 garde 15% 7y2

Du lac Ontario au lac Êrié, il y a une ascension de 32» pieds (247-573), qui est franchie au moyen du canal Welland Ce canal a une longueur de 11% milles et traverse la pé ninsule de Niagara, entre Allenbury et Port Dalhousie. I contient 25 écluses de 370 pieds par 45 pieds où passent de bateaux d'un tirant de 14 pieds.

Vers 1912, le gouvernement canadien a commencé à ce endroit un nouveau canal profond de 25 pieds, muni de sep écluses de 800 par 80 pieds et d'une profondeur suffisant pour la navigation à 30 pieds. Ce canal coûtera enviroi cent millions de dollars ($100,000,000.).

Du lac Érié aux lacs Saint-Clair, Huron et Michigar la dénivellation n'est pas suffisante pour nuire à la naviga tion. Ce n'est qu'à l'entrée du lac Supérieur, à Saul Sainte-Marie, qu'un rapide de 21 pieds doit être franchi pa des écluses, dont quatre du côté américain et une du côt canadien. Ces écluses ont un tirant d'eau de 17 à 24 pie&<:

L'usage de tous les canaux des lacs et du Saint-Laurent est gratuit depuis plusieurs années.

Histoire du Projet

A l'automne de 1919, les gouvernements du Canada et des États-Unis confiaient à la Commission Internationale des Eaux Limitrophes la mission de faire une étude complète sur la possibilité, le coût probable, les avantages, etc., de rendre le fleuve navigable pour des navires océaniques depuis Montréal jusqu'à la tête des Grands Lacs. Pour faciliter le travail de la Commission, les deux gouvernements nommèrent un bureau de deux ingénieurs : M. W. A. Bowden, ingénieur en chef des Chemins de Fer et Canaux du Canada, et le Colonel W. P. Wooten, de l'armée américaine, avec mission de choisir la route la plus pratique.

Cette Commission fit une enquête dans les principales villes américaines et canadiennes situées dans le rayon d'influence du projet. Ici, à Montréal, le Board of Trade, la Chambre de Commerce, la Fédération des Armateurs, quelques ingénieurs et autres citoyens exposèrent leurs vues, en grande majorité adverses au projet.

Les ingénieurs, après une étude de diverses routes à canaliser, ont recommandé dans un rapport en date du 1er juillet 1921, le trajet suivant comme le plus avantageux et le plus économique. Il est divisé en cinq parties :

La première division s'étend du havre de Montréal à la tête du lac Saint-Louis, — un canal qui suit la rive nord du fleuve jusqu'à Verdun; puis, à travers Verdun et la Côte Saint-Paul jusqu'à la tête du canal Lachine, 13 milles de longueur et dénivellation de 45 pieds, franchie au moyen de trois écluses, dont une régularise la hauteur de l'eau dans le canal. Puis, la route traverse le lac Saint-Louis jusqu'à Melocheville, comté de Beauharnois, et au pied des rapides Cascades. Dans cette distance de douze milles, il sera

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nécessaire de draguer un volume considérable de roc po obtenir un chenal d'une profondeur de 25 pieds.

Dans la deuxième division, qui s'étend de Melocheville au lac Saint-François, il y a une dénivellation de 83 pieds qui serait franchie au moyen de deux écluses principales, et d'une écluse régulatrice de l'eau dans le canal. Ce dernier aurait une longueur de 13 milles Yi e^ suivrait un long détour à travers les terres du comté de Beauharnois pour atteindre le lac Saint-François dans la baie Hungry à quelques milles au sud de Valley field.

La troisième division traverse le lac Saint-François jusqu'à la tête de l'île Saint-Régis, en aval de Cornwall, UDe distance de 28 milles. Une faible partie de cette section devra être creusée, la rivière étant profonde presque partout.

La quatrième division aurait une longueur de 48 milles depuis l'île Saint-Régis jusqu'à la pointe Chimney, en aval de la ville d'Ogdensburg, N. Y. Elle nécessite la construction d'une série de barrages au rapide du Long-Sault et ses environs, par lesquels la surface d'eau sera maintenue à la cote 231 pieds au-dessus du niveau de la mer. Un autre barrage à l'île Ogden, Waddington, N. Y., élèverait la surface du fleuve à la hauteur du lac Ontario, soit à la cote 247 pieds au-dessus du niveau de la mer. Cette partie nécessitera trois écluses, dont l'une à Cornwall fera l'entrée d'un canal de 7 milles Y2 de longueur creusé dans la rive nord, une autre au nord de l'île Sheek (en face de Mouline tte, Ont.), et la troisième à Waddington, N. Y. Cette dernière, l'écluse de tête du système, serait en territoire américain.

Dans cette quatrième division, il est recommandé de faire l'aménagement d'une force hydraulique de 1,464,000 chevaux, au moyen de deux usines génératrices : l'une sise au pied de l'île Barnhart où un débit de 190,000 pieds cubes par seconde serait utilisé sur une hauteur de charge de 74

)ieds; l'autre à la tête de File du Long-Sault, côté sud, où in débit de 20,000 pieds cubes par seconde serait utilisé iur une hauteur de charge de 29 pieds.

La cinquième division, longue de 65 milles, en palier ivec le lac Ontario, est une partie du fleuve où l'eau est profonde et qui requiert d'être améliorée dans la partie des Vlille-Iles seulement.

Les écluses mentionnées dans le projet décrit ci-haut, turont chacune une longueur de 800 pieds, une largeur de £0 pieds et une profondeur minimum de 30 pieds. De orte que l'amélioration recommandée pour une navigation à 25 pieds, peut être portée plus tard à 30 pieds sans interrompre le trafic.

Coût

Les ingénieurs de la Commission ont estimé que cette amélioration entraînera une dépense de deux cent cinquanteleux millions sept cent vingt-huit mille dollars ($252,728,- )00), y inclus l'aménagement de la force hydraulique au Long-Sault : 1,464,000 HP. Ceci entraînerait une dépense annuelle de deux millions cinq cent soixante-deux mille dollars ($2,562,000).

Il en coûterait près de huit millions additionnels pour endre cette voie navigable pour des navires tirant trente )ieds.

Cette estimation ne porte que sur une partie du projet puisqu'elle ne considère aucune des améliorations nécesaires dans les Grands Lacs et les chenaux ou les rivières qui 3S unissent, de même que le creusage des ports à une proondeur de 25 à 30 pieds.

Jusqu'à 1920, quatre-vingt-dix havres américains ont té améliorés dans les Grands Lacs à un prix de quatre-

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vingt-cinq millions huit cent dix-sept mille dollars ($85,- 817,000). A la même époque, le Canada avait amélioré soixante-dix havres des lacs au coût de ($43,500,000) quarante-trois millions cinq cent mille dollars. 1

Or, la plupart de ces havres ont été creusés à 21 pieds. Les citoyens de la Province de Québec qui paieraient leur large part, et à qui on n'a pas encore démontré en quoi le projet peut être à leur avantage, doivent se demander quelle dépense entraînera le creusage de ces ports à 25 ou 30 pieds. Il n'y a aucun doute qu'à la suite de la canalisation du Saint-Laurent, cette amélioration sera requise. Déjà, certains partisans de la canalisation ont lancé le cri : "Every lake port an océan port". — "Chaque havre des lacs doit être un port océanique". A quel prix ?

Quand on sait que la plupart de ces ports doivent être protégés par de longs brise-lames très coûteux, que les canaux dragués sont exposés à se remplir, que la profondeur de 25 pieds n'est atteinte, notamment dans le lac Érié, qu'à une distance de près d'un mille et même au delà, 2 on ne trouve pas exagérés les chiffres de cinq cent millions et plus donnés par certaines autorités, entre autres: M. E. H. Outerbridge, président de la Commission du Port de New- York.

Forces Hydrauliques

On a vu que la Commission Internationale recommande l'aménagement au Long-Sault d'une force hydraulique de l,4b4,000 chevaux. Cette énergie serait produite dans la partie internationale du fleuve et serait divisée également

1 Voir rapport de la Commission Internationale "St-Lawrence Waterway", 1922, page 44.

2 Voir "Report Board of Engineers", U. S. 1900.

entre les deux pays. Les autres forces hydrauliques sont situées entre le lac Saint-François et le lac Saint-Louis, et aux rapides de Lachine et Laprairie. Elles sont totalement dans la Province de Québec qui en réclame la propriété.

Les premières peuvent être aménagées pour 1,560,000 chevaux, à un coût estimé à cent cinquante et un million six cent quatre-vingt-huit mille dollars ($151,688,000), et la seconde pour 860,000 chevaux avec une dépense de quatrevingt-trois millions sept cent quatre-vingt dix-sept mille dollars ($83,797,000). 3 Mais la valeur de cette dernière force est grandement diminuée aux périodes des hautes eaux du printemps.

Le développement immédiat de ces forces n'est pas recommandé mais il y a danger que la rivière étant internationalisée, on conteste à Québec une partie de ses droits.

Le Saint-Laurent est sous le contrôle du Canada pour une longueur de onze cent milles. Allons-nous consentir à partager ce contrôle avec nos puissants voisins pour leur aider à réaliser un projet qui ne peut nous bénéficier ? L'opinion négative est quasi-unanime dans notre province.

Olivier LEFEBVRE.

8 Chiffres du rapport Wooten-Bowden.

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