L APOSTOLAT DANS L OUEST CANADIEN
failed largely. Ce sont les prêtres d'origine latine travaillant au milieu des Ruthènes qui auraient fait cet aveu.
Ainsi donc, d'après ces journaux, l'œuvre de l'Église catholique dans l'Ouest canadien, depuis trente ans, aurait abouti pratiquement à un échec; l'Église perdrait dans ces régions des milliers de fidèles chaque année; cinquante mille Ruthènes seraient déjà perdus pour nous et Mgr Lange vin aurait inutilement dépensé beaucoup d'argent pour les sauver.
Nous sommes autorisés à déclarer que Mgr McNeil n'a rien dit d'injurieux pour la mémoire de Mgr Langevin ou pour les prêtres qui, sous sa direction, se sont livrés à l'apostolat parmi les catholiques du rite ruthène. Tout au contraire, il a loué le généreux effort de Mgr Langevin, si conforme à l'esprit catholique. Il a mis en contraste de cet effort sincère, l'apathie de ceux qui, dans le passé, se sont contentés de regarder agir les autres et qui, encore actuellement, restent en-deçà de ce qu'ils devraient faire.
Cela met hors de cause Mgr l'archevêque de Toronto, dont nous connaissons la largeur d'esprit. Mais les rapports tendancieux que nous avons reproduits, peuvent laisser une impression fausse et répandre l'opinion que le clergé canadien-français s'est montré inférieur à sa tâche dans l'Ouest. Comme ce n'est pas la première fois que cette insinuation se fait jour, il importe1 de mettre les choses au point.
D'abord, comment pourrait-on dire que l'argent dépensé par Mgr Langevin, l'argent provenant des quêtes ou celui que contribua, si largement, la corporation archiépiscopale de Saint-Boniface, a été dépensé inutilemenl ? Il a porté et il porte encore des fruits abondants. A Winnipeg, l'église des Pères Basiliens, longtemps l'unique châteaufort de la foi au milieu des Ruthènes de l'Ouest, reste encore
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aujourd'hui leur église la plus importante. Tout près de cette église il y a un monastère de religieuses ruthènes qui donne, depuis plus de douze ans, une éducation profondément chrétienne à plus de trois cents enfants. A Sifton, l'église bâtie sous Mgr Langevin est encore la plus belle du district et le foyer le plus intense de vie religieuse dans cette région. C'est aussi sous Mgr Langevin que fut fondée, encore à Sifton, une maison religieuse qui est devenue un orphelinat important. Jusqu'au départ de M. l'abbé Sabourin, il y eut là une école apostolique qui, toute modeste qu'elle fût, comptait trois ou quatre fois plus d'élèves ruthènes que n'en contient certain collège récent de la Saskatchewan, qui a coûté plus de $135,000 aux catholiques du pays.
Et maintenant, les prêtres passés au rite ruthène avoueraient qu'ils ont échoué dans leur entreprise apostolique : est-ce vrai ? Le R. P. Delaere, qui travaille au milieu des Ruthènes depuis plus de vingt-trois ans, et M. Sabourin, qui a passé dix ans parmi ces mêmes populations, ont dit et répété à tous ceux qui ont voulu les entendre que, pour le présent, le grand moyen de sauver de ces peuples ce qui peut en être sauvé, c'est de leur donner des prêtres parlant leur langue et appartenant à leur rite. Loin de "confesser l'inutilité de leurs efforts", ils ont toujours demandé du renfort à grands cris. Si bien que le R. P. Delaere écrivait, le 18 juillet 1917, du mode d'action de Mgr Langevin, qu'il "serait temps de le commencer, s'il n'existait pas encore".
Au début, avant que l'on eut constaté l'impossibilité d'avoir assez de prêtres de Galicie et avant que Rome eut approuvé le passage de prêtres latins au rite ruthène, les districts de Sifton, au Manitoba, et de Yorkton, en Saskatchewan, étaient devenus des centres de schisme et d'héré-
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sie. Quelques années de travail de la part des prêtres parlant la langue ruthène et se conformant au rite ruthène, modifièrent complètement la situation. Les districts de Sifton et de Yorkton devinrent des centres catholiques. Déjà en 1912, Mgr Langevin écrivait à M. l'abbé Sabourin :
"L'œuvre des prêtres latins passés au rite ruthène est évidemment bénie de Dieu, car, d'un côté, les Révérends Pères Rédemptoristes font des merveilles, à Yorkton, et à cent milles à la ronde, à Brandon et partout où ils visitent les colonies ruthènes, et d'un autre côté, Sifton où résident MM. les abbés Claveloux, Gagnon, et bientôt M. l'abbé Jean, est un centre de plus de vingt-cinq missions ruthènes, où vous êtes reçus à bras ouverts, et où non-seulement vous maintenez la foi, mais où vous établissez des habitudes de piété et la pratique de Y enseignement du catéchisme qui tendent à affermir la foi de ces braves catholiques du rite ruthène peu accoutumés à ce zèle sacerdotal qu'ils apprécient hautement.
"Si nous croyons les rapports nous venant de Galicie par la voie des journaux et par la correspondance de prêtres ruthènes bien renseignés, je ne crains pas d'affirmer que nos «Ruthènes de l'Ouest et de tout le Canada sont moins exposés pour leur foi que dans leur propre pays tourmenté par le schisme russe. Après tout, les conquêtes des Presbytériens ont été fort maigres, et leurs rapports, exagérés et mensongers, ne sont heureusement pas appuyés sur la réalité des faits. Ainsi à Sifton, où il s'est fait un travail acharné de prosélytisme depuis plusieurs années au moyen d'un hôpital bâti par les Presbytériens, de sommes d'argent considérables fournies par les hérétiques et aussi par les schismatiques russes, il n'y a guère que cinq familles ruthènes passées à l'hérésie.
"C'est ma conviction profonde que vous gagnez du terrain tous les jours et que vous finirez par sauver ceux qui tiennent à conserver la foi catholique, et c'est le plus grand nombre. Vous savez que le Rme Père Filas, Protohégumène des Basiliens réformés, du rite ruthène, a pleine confiance dans l'œuvre des prêtres latins passés au rite ruthène, et il m'a écrit que c'était le grand moyen de conserver les Ruthènes dans le giron de la Sainte Église. Votre œuvre est donc plus que viable, elle est en pleine prospérité, et si vous étiez dix ou douze, en ce moment, vous auriez du travail toute l'année, car il faudrait autre chose que des visites passagères des missions, une résidence de plusieurs semaines dans chaque colonie
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importante devient nécessaire pour instruire les enfants et fortifier l'influence catholique.
"En outre, il faut penser au recrutement du clergé ruthène dans le pays même, en instruisant les enfants.
"Déjà le budget des Ruthènes pour le diocèse montre ce que nous avons fait pour eux au Petit Séminaire à Saint-Boniface; mais il faudrait en outre une petite école apostolique pour préparer les enfants au Petit Séminaire, et la place la plus favorable à cette école est le village de Sifton, où l'église si monumentale avec ses trois clochers byzantins, et un couvent de religieuses ruthènes à côté d'un vaste presbytère montrent le catholicisme triomphant.
"J'approuve volontiers ce projet excellent et je demande au divin Maître de bénir tous ceux qui voudront bien contribuer à cette œuvre d'apostolat qui est la plus vitale en même temps que la plus laborieuse."
En septembre 1909, après avoir envoyé deux prêtres sur les lieux pour se rendre compte du travail accompli, la Church Extension s'offrait à seconder ceux qui étaient à la peine et demandait au clergé de langue anglaise de se joindre aux Canadiens français et aux Belges qui se partageaient alors tout le labeur.
Mgr Budka, en juin 1917, disait que, s'il y avait tant de catholiques à Sifton et clans les environs, c'était dû au travail accompli par les prêtres que Mgr Langevin avait fait passer du rite latin au rite ruthène. Il avouait aussi jour au R. P. Daly, C. SS. R., en présence du R. P. Delaere, C. SS. R., que le district ruthène le mieux organisé de tout le pays, c'était celui de Yorkton confié aux Rédemptoristes C'était en 1916.
Et maintenant voici le témoignage plus récent d'un homme connu de tout le Canada ecclésiastique. Mg: André Szeptycki écrivait au R. P. Delaere, vice-provincial des Rédemptoristes belges de l'Ouest canadien, le 14 novembre 1921 : "Très Révérend Père, je pars pour les États- Unis, un de ces jours. 2 Avant de quitter le Canada, je désire
2 Cette lettre a été publiée dans les Cloches de Saint-Boniface, janvier 1922.
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vous adresser mes sincères remerciements pour votre hospitalité et mes souhaits de succès dans votre travail et de triomphe sur toutes les difficultés oue vous éprouvez en vous dépensant pour le bien du peuple ukranien au Canada.
"Ne vous étonnez pas qu'il y ait parfois beaucoup de difficultés; que cela ne vous peine pas. Notre peuple sent le besoin d'avoir des prêtres de sa nationalité, c'est vrai. Mais il est vrai aussi qu'influencé par ce désir, il n'estime peut-être pas à sa juste valeur le dévouement des étrangers qui ont sacrifié leur pays, leur peuple, leur famille, afin d'apprendre une langue étrangère, passer à un rite tout différent, se faire apôtres de gens inconnus et travailler à ce qu'ils gardent la foi. Votre sacrifice ne sera pas sans porter des fruits devant Dieu, et même avec le temps il sera apprécié par le peuple ukranien pour lequel vous avez sacrifié votre vie. Sous peu nos gens se convaincront que vous ne cherchiez ni vous-même, ni votre propre bien, lorsqu'il y a vingt ans vous avez commencé cette mission. Oui, ils se convaincront combien précieux pour l'Église est votre travail comme on s'est convaincu en Galicie, pendant la guerre, combien avantageux pour l'Église et pour la nation fut le travail d'autres nations qui se sont jointes à nous et ont travaillé de concert avec nous..."
Mgr Szeptycki raconte les services rendus aux Ukraniens pendant la guerre par des Rédemptoristes belges et un prêtre canadien-français, puis il continue :
"De cette façon nous nous sommes convaincus que c'est un appoint précieux pour l'Église et la nation. Lorsque des étrangers épousent notre cause et veulent travailler de concert avec nous pour tous nos intérêts. Dans les temps si durs de la guerre nous étions fiers en Galicie que des hommes de différents pays voulussent s'associer à nous; lorsque nous pensions que le temps approchait où il faudrait
travailler à mettre en mouvement notre activité nationale (et Dieu fera se lever cette heure), nous appréciions très fort l'aide de ces étrangers, nous la jugions nécessaire. Tout cela a gagné à vos confrères Rédemptoristes de la viceprovince de Galicie la sympathie et l'estime de tous...
"En Galicie les Rédemptoristes donnent des missions et le peuple avide de ces exercices spirituels accourt vers eux de toutes parts. Là où la mission se donne, on en accepte d'autres à donner chez les curés du voisinage, qui tous désirent avoir le même travail fait chez eux. Ces missions se multiplient donc et c'est la raison pour laquelle vos instantes prières n'ont pas abouti à obtenir le secours d'aucun de ces Rédemptoristes ruthènes de Galicie. Mais je suis convaincu que, dans quelques années, vous n'aurez pas besoin de ce secours, car vous aurez des prêtres sortis de votre juvénat de Yorkton, des Canadiens ukraniens. Je puis seulement exprimer le désir que ce juvénat produise le plus grand nombre de saints prêtres, de zélés missionnaires, de bons prédicateurs, qui pourront satisfaire à tous les besoins spirituels du district confié à votre congrégation. Lorsque je suis allé à Yorkton, j'y ai vu les juvénistes, je leur ai parlé, j'ai vu quelle bonne formation vous leur donnez, et je ne doute pas qu'ils soient un jour de bons prêtres.
"Comme vous voyez, très révérend Père, il n'y a pas à douter que l'œuvre commencée par vous réussira. Elle est en bonne voie; on l'appréciera comme elle le mérite. Les difficultés que vous rencontrez sont permises par la Providence divine pour que le sacrifice de vos confrères soit plus complet..."
Nous insistons : c'est que nous sommes en présence d'une opinion qui semble s'accréditer de plus en plus et qui paraît préjudiciable aux intérêts de l'Église.
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Il y a seize ans, M. Pabbé Burke, rédacteur du Catholic Register and Church Extension, disait au congrès de Chicago: Thèse Ruthenians tuant to acquire English, the idiom which is easy to them and which they will hâve to know anyway to live in an English country like ours. They need Englishspeaking priests who will dévote themselves to their service, learning their language and practising their peculiar religious rite at the outset at least. 3 Les Ruthènes ne demanderaient qu'à apprendre l'anglais. Ce qu'ils voudraient, ce sont des prêtres de langue anglaise, qui se plieraient à leur rite au début.
Ceux qui parlent ainsi ont-ils examiné combien d'étrangers, de foreigners, fréquentent les églises où l'on ne parle que l'anglais, et combien préfèrent les églises où l'on parle leur langue maternelle ? A quelques rares exceptions près, c'est à l'église nationale que l'on va, pour entendre exposer la parole de Dieu dans sa propre langue. S'il n'y a pas d'église nationale, on reste chez soi le plus souvent et Ton ne se présente au prêtre que pour faire baptiser les nouveauxnés, bénir les mariages et confesser les mourants. C'est là un fait, brutal comme le sont tous les faits. Contre lui on ne saurait invoquer l'argument que, dans une période plus ou moins éloignée, tout le monde parlera l'anglais: avant de sauver l'avenir, encore bien problématique, il faut sauver le présent. Or, le moyen de le sauver, c'est de donner aux fidèles des prêtres de leur langue et de leur nationalité. C'est là la pratique traditionnelle de l'Église, même pour les pays de mission; ce fut constamment celle du regretté Mgr Lange vin et des autres évêques canadiens-français, dans l'Ouest et ailleurs. De cette façon ils ont au moins conservé au catholicisme la grande majorité des immi-
* Cf. The Central Catholic and North West Review, Winnipeg, 5 décembre^l906.
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grants catholiques. Une autre politique a prévalu aux États-Unis e1 1rs résultats en ont été lamentables. En L908 le président de la Catholic Church Extension Society des États-Unis déclarait à Toronto: "Après soixante ans d'immigration des pays catholiques de l'Europe, nous n'avons aux États-Unis que douze ou quinze millions de catholiques, quand les statistiques démontrent que nous devrions en avoir trente millions. Où sont les autres?"4 L'apostolat catholique parmi les nègres des États-Unis peut aussi servir d'exemple. Sur treize millions de nègres, il y a là cinq ou six millions de protestants et 35,000 pasteurs de couleur, contre 250,000 catholiques et 4 prêtres noirs.
Nous ne jetons pas la pierre à nos voisins: dans les questions d'ordre surnaturel, la modestie convient à tous. Mais, après ce que nous avons fait, nous réclamons une indulgence au moins égale. Il y eut de lourdes pertes parmi les Ruthènes, paraît-il. Encore faut-il se rappeler quelle sorte de catholiques nous avons perdus. Ces gens nous arrivaient dans une telle ignorance des vérités religieuses, que les prêtres se demandaient s'ils pouvaient recevoir les sacrements validement. A leur arrivée à Winnipeg ils étaient conduits en troupe à l'église Saint-Nicolas, catéchisés pendant quelques jours, puis recevaient les sacrements et étaient dirigés vers les centres où leur foi serait moins en péril. Malheureusement ces Uniates besogneux, toujours enclins au schisme, pour qui le rite est plus important que le dogme, étaient prêts à écouter n'importe quelle diatribe contre l'Église de Rome, contre laquelle ils sont toujours en défiance, prêts à suivre quiconque leur offrait des avantages matériels. Les Méthodistes et les Presbytériens trouvaient là une proie facile. Ils achetaient sans scrupule
4 Les Cloches de Sainl-Boniface, 15 février 1909, p. 45.
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les services de tous ceux qui avaient quelque influence parmi eux; ils ont même approché, parfois avec succès, les séminaristes de Mgr Langevin pour s'en faire des prédicants et des maîtres d'école. Jamais on ne saura toutes les fatigues physiques, toutes les tortures morales, toutes les déceptions que ce grand archevêque éprouva pour sauver ceux qu'il appelait ses chers Ruthènes. Pendant près de quinze ans il tint constamment au collège de Saint-Boniface dix ou quinze séminaristes : il n'en recueillit pas une seule vocation ecclésiastique. Dès que ces jeunes gens avaient assez d'instruction pour se faire de beaux salaires, comme interprètes ou instituteurs, ils lui échappaient des mains.
D'après la Gazette du 18 octobre, Mgr McNeil aurait mis en regard de ces échecs les succès des protestants: ces succès ne doivent pourtant pas nous faire envie. Un M. Woodsworth, missionnaire protestant, faisait dans la Free Press de Winnipeg, le 3.1 décembre 1908, l'aveu suivant : "L'éloignement de Rome fut, pour les Ruthènes, l'éloignement de toute religion chrétienne". Away from Rome has meant aliénation from ail Christian Churches.
Non, ne vantons jamais les succès des protestants en apostolat. Il est trop facile de faire des conversions comme ils en font. Ne jugeons pas, non plus, les œuvres apostoliques d'après l'argent qu'on y consacre. Dans le compte rendu de la Gazette on fait dire à Mgr McNeil que la Catholic Church Extension, par une contribution de $170,000, aurait prévenu un désastre complet, had saved the situation from utter calamity. C'est trop. dire. Dès 1909 on avait pourtant mis cette société en garde contre sa propension à s'exagérer l'effet de ses générosités, tout en oubliant celles des autres. Pour un millier de piastres qu'elle offrait alors bruyamment à l'Église de l'Ouest, la corporation archiépiscopale de Saint-Boniface en avançait, cette année-là, 30,000
aux Ruthènes de Winnipeg et plusieurs autres milliers à différentes paroisses; les Rédemptoristes en fournissaient 20,000 aux Ruthènes de Yorkton l'année suivante; et d'autres communautés en fournissaient probablement bien davantage ailleurs. En effet, vers ce temps-là, on publiait ce que diverses communautés religieuses de la province de Québec avaient procuré d'argent à l'Ouest: les Oblats, un million; les Sœurs Grises, un million et demi; les Sœurs des Saints Noms de Jésus et Marie, plus d'un demi-million; les Jésuites, presque autant; et ainsi de suite. Nous trouvons dans les Cloches de Saint-Boniface, 1er septembre 1912, le montant détaillé de l'argent fourni pour l'œuvre des Ruthènes, du 1er mai 1911 au 1er mai 1912, à la demande du concile plénier de Québec. Ce montant s'élève à $47,380. Là-dessus, la corporation archiépiscopale de Saint-Boniface avait avancé $26,560 sans intérêts et donnait $5,000. Les diocèses de la province de Québec avaient fourni $6,200, ceux de l'Ontario et des provinces maritimes $3,200, ceux de l'Ouest $1,700, et des bienfaiteurs particuliers $4,700. Ce tableau représente assez bien ce qui se fait depuis vingt ans. On voit d'où viennent les principales contributions.
Le même discours de Mgr McNeil fait allusion aux émigrés qui vont s'établir n'importe où parmi les protestants, sans s'inquiéter de la proximité des églises catholiques. Dans l'Ouest, cela est vrai des catholiques de langue anglaise qui s'accommodent très bien du voisinage et du commerce des protestants; c'est beaucoup moins vrai des autres catholiques auxquels on procure des prêtres de leur langue; c'est à peu près faux des Canadiens français, qui s'inquiètent avant tout des moyens de pratiquer leur religion et de faire instruire leurs enfants dans des écoles françaises. La conclusion, à laquelle on aurait dû penser
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dans cette assemblée de catholiques, c'est qu'à tout prix il faut maintenir chez les immigrants l'attache à leur langue maternelle et leur procurer des prêtres de leur nationalité. Par là, on prévient l'apostasie et l'athéisme, surtout on empêche les mariages mixtes qui, d'après un relevé récent, sont dix fois plus nombreux, dans l'Ouest, chez les catholiques de langue anglaise que chez ceux de langue française. Malheureusement, c'est là une solution qui n'est pas acceptée de tous les catholiques.
En terminant nous demanderons à nos frères irlandais de se tenir en garde contre ce genre d'éloquence qui procède par affirmations lancées, ces sweeping assertions qui ne tiennent compte ni des nuances, ni des distinctions et qui contiennent autant de faussetés que de vérités. Ce serait un bon moyen d'éviter des malentendus que personne ne désire.