POLITIQUE
De Maurice Barrés, discours pour la haute intelligence française, Chambre des députés, 10 décembre 1921 :
"Quand nous regardons le monde administratif et gouvernemental, nous voyons toujours la carence d'une pensée de chef, d'un chef d'orchestre, d'un organisateur, d'un homme qui apporte la pensée d'ensemble, celle qui crée la vie".
UNE METHODE de TRAVAIL PERSONNEL.
L'événement nous donne raison. Nous n'avions pas voulu courir l'aventure des humanités modernes : voici qu'on en revient un peu partout et qu'on nous engage à rester dans la bonne voie. Et pourtant nous n'éprouvons aucun orgueil. Les échecs sont là avec la nullité d'un grand nombre de bacheliers. Un maître a récemment signalé deux faits à notre méditation. "Ceux qui ont fini leurs humanités ne continuent pas par eux-mêmes cet enseignement et le stérilisent plus ou moins faute d'usage". Ceux qui reçoivent cet enseignement "le rendent inefficace par leur façon (trop passive) de le recevoir."
Au lieu d'une théorie sur la vie intellectuelle — on la trouvera dans le livre de ce titre du P. Sertillanges — la chronique voudrait attirer l'attention des gens de bonne volonté sur un exemple à la portée de tous. De fait, bon nombre de nos anciens ne continuent pas de parfaire leur culture personnelle, trop pris par la profession et le gagnepain. Mais beaucoup, un plus grand nombre, je pense, parce qu'ils ne savent pas assez s'orienter dans L'immense monde des formes qui s'offrent à leur curiosité. Au lieu de tout jeter là avec des gestes découragés, qu'ils prennent donc la plus simple des méthodes de travail personnel. En voici une que peut suggérer par sa seule division, YAlmanach de la langue française de 1922.
La Vie religieuse et sociale, la Vie nationale, la Vie littéraire et artistique, la Vie économique, mais voilà tout un système pour celui qui cherche un plan d'annotations et d'études ! Vous lisez. Il ne se peut pas que le récit, la
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dissertation, la thèse, le drame, le roman sérieux, n'entrent pas dans l'une de ces catégories d'idées et de faits. Vous lisez — la plume à la main, je suppose, car "lire autrement/' surtout avant la maturité, "c'est rêver". — Vous rencontrez une expression où se trouve la marque du talent ou davantage. Sur une feuille volante, vous notez d'un trait le titre et la page. Plus souvent c'est une peu sée qui vous fait réfléchir, un fait, une synthèse puissante, un jugement historique, une vue profonde sur l'âme, sur le monde, sur Dieu. Vous interrompez votre lecture un moment pour préciser sur votre bloc-note la page où il faudra revenir. Puis, à certain jour, vous vous imposez la tâche de recueillir le butin de la semaine. Vous transcrivez. Expressions et pensées choisies se groupent suivant leur nature afin que, dans une comparaison facile, elles s'éclairent, se complètent, se commentent les unes les autres. Le livre fini, vous en tentez l'analyse, vous en rédigez la synthèse et les réflexions que vous inspire l'ouvrage. Cela fait, il ne vous reste plus qu'à classer vos feuilles dans vos serviettes ou des couvertures de papier fort qui porteront l'un des quatre titres indiqués plus haut. Pour un certain temps, ce travail est austère, mais il devient bientôt un plaisir, surtout quand on a commencé à en recueillir les résultats : l'anthologie personnelle a d'abord exigé une lecture beaucoup moins passive, et puis elle reste là dans vos casiers pour venir au secours de votre mémoire, toujours exposée aux défaillances. L'effort n'aura jamais été inutile.
UAlmanach de la langue jrançaise a d'abord son recueil de pensées de choix sur notre langue. On aimera à les avoir bous la main. Mais c'est plus qu'un herbier. La vie est ce qui importe. La vie de notre langue à l'étranger et chez nous, le mérite de ses apôtres et de ses promoteurs dans notre