CONTRE L'INTERNATIONALE
On continue la lutte contre la domination étrangère sur notre organisation du travail. La province de Québec entière ioit seconder ces efforts. Nos syndicats catholiques et nationaux méritent son approbation et son encouragement.
La récente grève des typographes à Québec mit le feu aux poudres. En certains milieux on n'avait pas paru se rendre compte du mal causé par V Internationale ni apercevoir le danger où nous mettrait cet aveu d'infériorité. Depuis des années, des ordres émis à Chicago et à Indianapolis font mouvoir nos ouvriers, en particulier, nombre de Canadiens français. On n'avait pas paru prévoir les redoutables lendemains que nous réservait un semblable état de choses.
La grève des typographes québécois ouvrit les yeux. Des attitudes énergiques ont été prises; des mots décisifs ont été prononcés. N ous félicitons V honorable M. L.-A. Taschereau des paroles fermes et nettes qu'il a dites à ce sujet. Il convient d'appuyer l'approbation que lui adressa le Conseil central des Syndicats catholiques et nationaux par son ordre du jour du 24 février 1922. Ainsi que le suggère cette résolution, hâtons "la délivrance définitive du travail canadien de la tutelle américaine" . Que patrons et ouvriers se donnent pour mot d'ordre : Contre V Internationale.
L'Action française.
Vol. VII No. 3.
"Un citoyen français, établi sur la tr£ dition de la France, peut, s'il a l'âm droite et l'esprit net, essayer, sans outre cuidance, de se rendre un compte préc de l'avenir de sa nation. Il n'aurait qu' donner sa démission de citoyen si on h contestait ce droit."
Charles Maurras.
Le Canada, conquis, devint colonie de la couronne an glaise, d'abord, puis ensuite colonie autonome, obligé à L seule défense de son territoire, en route, disait-on, vers Pin dépendance, terme normal de son évolution politique. Plu tard, sournoisement entraîné sur la pente impérialiste 01 l'attendait Chamberlain, le Canada contribua en hommes e en argent à la guerre d'Afrique qui fut le 'principe de si glissade, et, de là, roula jusqu'au fond de l'abîme ouver entre les années 1914 et 1918, sacrifiant légions et milliard à la solidarité impériale et ne remisant ses atours de guerr à l'armistice que pour garantir l'intégrité territoriale d< l'Empire aux quatre coins du globe.
En attendant que de nouveau le clairon nous appelL aux armes, ne pourrions-nous pas nous demander, puisque l'enquête de V Action fra?içaise nous y invite, 1. quel est no tre status colonial actuel et s'il vaut d'être maintenu; 2. s les liens qui unissent les colonies à l'Empire sont imbrisa blés et, en admettant la négative, si, 3. nous serions justi fiables de dénoncer le pacte de 1867, advenant la séparatioi du Canada d'avec la métropole, et enfin 4. s'il nous res terait alors d'autres solutions que l'annexion aux Etats-Unis ou la constitution dans l'est canadien d'un état indépendaq dont Québec constituerait le noyau central.
1. On s'est préoccupé depuis quelques années déjà et surtout durant la dernière guerre, de l'évolution qu'il fallait, disait-on, faire subir aux relations constitutionnelles des différentes parties de l'Empire entre elles. Dès 1910, Monsieur Duveen (Lectures and Pamphlet, cité par Ewart, Kingdom Papers, volume 1, page 48) constatant les progrès du Canada s'écriait avec angoisse: "Le Canada sera dans la possession de pouvoir un jour nous refuser son concours dans n'importe quelle guerre dans laquelle nous pourrons nous trouver engagés en alléguant qu'il n'est pas de son intérêt de se jeter dans le conflit. C'est cette éventualité que je veux rendre impossible."
Plus tard, en pleine guerre, le 20 juin 1916, Sir Lionel Philips, parlant au Royal Colonial Institute, à Londres, et se félicitant de ce que la réponse donnée par les colonies à L'appel du Royaume-Uni eût été si splendide, ajoutait: "Mais bien que l'enthousiasme et la spontanéité aient été m plein éveil à l'occasion de cette guerre-ci, il ne s'ensuit pas que les mêmes résultats doivent se reproduire en d'autres occasions alors que l'Empire britannique pourra être întraîné dans la guerre. L'heure semble donc venue de •réer un organisme impérial qui assurera dorénavant une Meilleure organisation et une plus grande certitude d'action soncertée." En juillet 1920, l'United Empire, organe mensuel de l'United Colonial Institute, rendant compte d'un iiscours de Lord Milner, à la Chambre des Lords, où il avait lit qu'il fallait trouver autre chose que le régime alors existant "si l'on voulait que l'harmonie splendide manifestée Innuit la guerre ne disparût pas/' déclarait que l'Empire levrait n'avoir qu'une seule voix et qu'il fallait aviser aux aaoyens de créer une organisation permanente.
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Sans prolonger la liste des citations, on peut affirmer que de toutes parts dans les milieux impériaux on cherchait le moyen de trouver un organisme central permanent de représentation impériale qui pût lier à ses décisions tout le commonwealth britannique. M. Curtis reprenait à son compte la vieille formule de la fédération impériale, qui, si elle nous attachait de plus près à la politique anglaise nous donnait au moins une représentation égale à notre importance dans l'ensemble de l'Empire, sans pouvoir nous créer plus de liens ni nous imposer plus de charges que nous n'en avons actuellement. M. Borden, qui ne voulait pas de la Fédération impériale mais qui se rendait compte que notre situation dans l'Empire devenait "intolérable," appuyait à la Conférence de 1917 une résolution proposant la révision et le rajustement des relations constitutionnelles des différentes parties de l'Empire, en vue toujours de resserrer les liens entre la mère-patrie et les colonies. Mais les maîtres veillaient. Quand M. Curtis ou M. Lash se morfondent à vouloir créer en blanc et en noir la constitution d'un parlement impérial, il se trouve un Milner pour leur en apprendre tout le danger en leur disant que ce serait "violemment briser avec le passé et effrayer notre peuple prudent et pratique." Mais quand M. Hazen, notre ancien ministre de la Marine déclare à Londres — 18 mai 1917 — ■ que ce qu'il a toujours compris par les mots Fédération impériale "c'est un rapprochement plus étroit dans les liens de l'union, de l'amitié, de la sympathie et de l'entr'aide, et le maintien de l'empire commun de la Grande-Bretagne et des Dominions," les maîtres sourient et laissent ensuite adopter sans sourciller la résolution de 1917 parce qu'ils savent bien que si certains hommes trouvent la situation intolérable, il en est d'autres qui paraissent s'en accommoder, et qu'avec du temps et une formule heureuse bien des choses finissent par
s'arranger De 1917 à 1921, quatre années s'écoulèrent
et quelles années! La guerre, l'armistice, la paix de Versailles, la Ligue des Nations, dix traités, et enfin la Conférence de juin, juillet et août derniers qui réunit à Londres les ministres des nations-soeurs sous la présidence de M. Lloyd George et qui apprit au monde entier et surtout aux coloniaux ébahis qu'enfin l'unité impériale était désormais accomplie. La formule avait été trouvée, les maîtres gagnaient la partie. Ils la gagnaient parce qu'ils ont le secret du grand art qui consiste à ne rien brusquer, à mettre le temps qu'il faut aux longs travaux d'approche, à amuser la galerie au moyen de parlotes savantes pendant que de la coulisse ils manoeuvrent les acteurs et préparent les substitutions de décors. L'Empire est fédéré autour de la doctrine de "l'unité diplomatique" et l'organisme central est créé dans la "Conférence des Premiers Ministres et des Représentants du Royaume-Uni, des Dominions et de l'Inde," — beaucoup plus un cabinet qu'une conférence, dit le Round Table — cabinet qui élabore la politique étrangère de l'Empire et qui promet au gouvernement anglais chargé d'exécuter cette politique que toutes les forces de l'Empire seront à sa disposition dans la poursuite de cette politique. La fédération est réalisée sans que rien paraisse avoir été changé à l'ordre qui existait hier. Aucun bouleversement constitutionnel n'est intervenu et cependant cette doctrine de' l'unité diplomatique, c'est l'assentiment donné par les Dominions de prendre part à toutes les guerres que le cabinet anglais déchaînera, sans que les parlements coloniaux aient à être consultés. Le rapport officiel ne dit-il pas que la discussion des membres de la Conférence "revealed a unanimous opinion as to the main Hues to be followed by British policy and a deep conviction that the ivhole iceight of the Empire shouldbeconcentratedbehind a unitedunderstanding
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and common action in foreign aff airs ?" Où voit-on làqu'ilsoit question de consulter les parlements des Dominions et où trouve-t-on que la situation "intolérable" se soit améliorée ?
Mais, au fait, pourquoi donc la résolution de 1917 n'a-t-elle pas été au moins discutée ? M. Lloyd George s'en est expliqué aux Communes anglaises le 18 août 1921, après la Conférence. "It would be a mistake, a-t-il dit, to lay down any rules or to embark upon définitions as to what the British Empire meant. To do so would be to limit its utility, would be, I think, to weaken its unity. It is an undefinable thing that makes the British Empire united, potent."
Et le Gallois a raison. Définir, éclaircir, codifier, enchaîner la réalité, dans un texte loyal et clair, ce serait donner des limites et des frontières au contrôle britannique, l'affaiblir par conséquent. S'en tenir au contraire à "l'indéfinissable," c'est permettre au verbalisme et à toutes les exagérations oratoires de prendre le pas sur le tangible, le palpable, le réel; c'est permettre aux maîtres de la politique anglaise de dire aux Dominions "qu'ils sont sur un pied de parfaite égalité avec le Royaume-Uni en dignité et en responsabilité, qu'ils sont en somme nations indépendantes," quand, dans le concret, le Canada ne peut seulement pas nommer un ambassadeur à Washington, et que l'Angleterre se réserve le droit d'orienter la politique étrangère des Dominions et de décider seule, et pour eux, de la paix ou de la guerre.
Définir, ce serait limiter "l'utilité" de chacune des colonies qui consiste, comme l'a dit Lloyd George le 15 février 1921, en annonçant aux Communes qu'il allait convoquer la Conférence, "à être prêt à répéter le grand effort du passé;" définir, ce serait affaiblir "l'unité" de ce contrôle sur les relations étrangères des Dominions qui reste concentré dans des mains anglaises. Définir, ce serait montrer en un
texte nu où se trouve la souveraineté — Londres — -etla dépendance — • les colonies — et c'en serait fini de l'Empire. Définir, ce pourrait encore être la fédération et le partage de la souveraineté que Londres ne peut accepter. Voilà pourquoi la résolution de 1917 fut jetée au panier, l'idée de la fédération à la Curtis diluée dans les brouillards de la Tamise, et pourquoi aussi tout cela a été remplacé par la doctrine de "l'unité diplomatique" de l'Empire qui implique l'unité militaire et économique. Au fond, c'est la fédération impériale sans l'avantage de la représentation, c'est-à-dire le servage pur et simple imposé de Londres à des ministres comme on en connut un qui sans mandat commit le Canada au soutien de la politique étrangère de l'Angleterre et ne voulut même pas pendant une élection générale au cours de laquelle il sollicitait la direction de nos affaires, que la question impériale devînt "an issue" devant le peuple canadien, ou comme cet autre qui maintint M. Borden à Washington où il était fonctionnaire du gouvernement anglais et censé représenter le Canada sans que jamais ni le parlement canadien, ni la nation aient pu savoir ce qu'il faisait à la Maison Blanche et pourquoi il était là.
La question qui se pose alors, est celle-ci: Notre pays, après être passé du rang de Colonie de la couronne à celui de colonie autonome, doit-il de nouveau laisser enchaîner son âme et ravaler son corps pour toujours au rôle de colonie de la couronne, domaine d'exploitation au profit des populations du Royaume-Uni? Déjà le Canada ne s'appartient plus. Notre domaine public n'est plus la propriété du peuple canadien, il est devenu domaine impérial, propriété do l'Empire "as a whole," c'est-à-dire du Royaume-Uni. L'on n'entend plus parler, en haut lieu, que d'Impérial Development Board institué "pour la meilleure utilisation des ressources de l'Empire;" d'Impérial Resources Development
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Committee créé "pour développer les ressources des Dominions britanniques aux fins de pa}rer la dette de guerre;" d'Impérial Maritime Council fondé "pour l'exploitation des immenses ressources inutilisées de l'Empire" en imposant d'une surtaxe, dans les ports impériaux, les importations étrangères. Pendant la guerre, un ministre canadien a engagé la signature de son pays en reconnaissant par écrit que notre nickel et notre amiante sont d'importance vitale "to the Empire as a whole," que nos mines doivent être considérées comme "Impérial assets" à la disposition des "Empire requirements," et le premier ministre du temps — M. Borden — a lui-même proposé la création d'un Impérial Minera] Resources Bureau pui s'emploie à découvrir comment les produits de notre sous-sol pourront le mieux servir aux besoins de l'Empire. L'Empire! Les ressources de l'Empire ! Les besoins de l'Empire ! Mais le nom du Canada a-t-il donc été biffé de la carte ? Ne sommes-nous donc que des fermiers sur une terre dont le Landlord est à trois mille milles de distance? Devons-nous donc nous laisser exproprier ainsi par persuasion ? Et devrons-nous toujours sacrifier et notre vie et nos biens parce que ce serait "trop que de demander à ces petites îles — ■ les Iles Britanniques — d'entreprendre sur toutes les mers la défense de ce gigantesque empire," selon l'expression même de Lloyd George aux Communes anglaises le 15 février en expliquant pourquoi il convoquait la Conférence de juillet 1921 ?
Il ne paraîtra pas exagéré, j'imagine, de dire après cela que notre politique s'est abandonnée follement sur la pente où l'avait fait glisser Chamberlain et qu'elle touche maintenant le fond du gouffre. Il n'y a pas de système de fédération impériale qui puisse vraiment nous sortir de l'impasse dans laquelle nous sommes engagés. Les issues sont fermées. L'autorité sera centralisée à Londres — sous une forme ou
sous une autre — et la servitude sera notre lot, 'ou, par la force même des choses, l'autorité s'émiettant, l'Empire se désagrégera. Allons-nous croupir là où notre siège est actuellement fait ou allons-nous nous servir de la conscience même de notre déchéance comme d'un palier d'où repartir pour monter l'autre pente, celle que nous commande de gravir le sentiment de notre dignité d'hommes libres et qui conduit à la délivrance ?
2. L'autre pente. . . .Pourrons-nous jamais commencer son ascension si les liens qui unissent les colonies à l'Empire britannique sont imbrisables ? Mais c'est déjà exagérer que d'écrire "les liens" quand il n'y a qu'un lien: l'allégeance au Roi, et c'est se tromper au surplus que de croire comme trop se l'imaginent que l'Empire anglais a "les promesses de l'éternité."
M. Paul LeFaivre, ministre plénipotentiaire, fait dans un petit volume qu'il vient de publier à Paris : Soleil levant, Soleil couchant, cette observation ramassée qui rend un son de vérité singulièrement aigu pour ceux qui savent entendre : "Si sincères que soient nos voeux pour nos amis anglais, il serait puéril de se faire illusion. L'Angleterre offre depuis longtemps le spectacle inquiétant d'un tour de force dont la réussite ne se maintenait que grâce à un ensemble de consentements, de soumissions et de sacrifices, auquel succède aujourd'hui un ensemble presque égal de chicanes, de protestations et de révoltes."
Et Mot sieur LeFaivre ne pensait pas ici seulement à l'Irlande, à l'Inde, à l'Egypte. Il songeait assurément à l'Ile même, travaillée intérieurement par une crise sociale qui menace de jeter bas tout l'édifice anglais.
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Jusqu'aux élections de 1918, le parti ouvrier avait cru qu'il balaierait le pays, s'emparerait du parlement et pourrait ensuite façonner la société à sa guise, par la méthode constitutionnelle qui est si typiquement anglaise. Car on n'ignore pas que le Labour Party ne vise à rien moins qu'à la transformation radicale de l'ordre de choses actuellement existant: abolition de la Chambre des Lords; opposition à toute autre forme de Chambre Haute, élue ou non, qui cacherait le moindre élément d'hérédité; contrôle démocratique de l'industrie; nationalisation des terres, des chemins de fer, des canaux, des mines, des pouvoirs électriques, des ports, des compagnies d'assurance sur la vie, en un mot, pour employer les paroles de l'Hon. Arthur Henderson, ministre pendant la guerre, membre du syndicat des Fondeurs, et l'un des plus modérés parmi les chefs ouvriers: "Labour will seek to build up a new order or society rootedin equality, dedicated to freedom, governed on démocratie principles."
Oh, sans doute, si le programme est révolutionnaire, cela ne veut pas nécessairement dire que demain l'ouvrier anglais descendra dans la rue pour y dresser des barricades ou pour y asseoir des mitrailleuses dans le dessein d'écharper tous les bourgeois et de pendre tous les titrés du premier au dernier. La méthode constitutionnelle est tellement incorporée à toute la vie anglaise qu'elle pourra peut-être servir de soupape de sûreté aux révolutions sociales qui s'élaborent, si les "classes possédantes" savent y mettre le prix, qui sera onéreux. "Par des méthodes pacifiques, ou par l'assaut direct, écrit l'ancien ministre Henderson, déjà nommé, la société devra passer sous le contrôle démocratique, et le choix de la méthode ne dépend pas d'abord de la démocratie." La menace dresse ici la tête de façon trop évidente tout de même pour qu'il faille l'ignorer dédaigneusement quand on la trouve au bout de la plume d'un modéré. C'est que
Henderson, comme ses collègues, se rend bien compte que si l'action parlementaire est trop lente au gré des masses ouvrières qui ont appris à avoir de la dent durant la guerre, la démocratie, passant par-dessus leurs conseils de modération, cherchera dans la révolution le "short-cut" qui la conduira à la réalisation de son programme. "La révolution, si la démocratie doit y être acculée, sera une véritable guerre civile. Et cependant, ajoute Henderson, c'est, sans erreur possible, l'alternative devant laquelle nous nous trouverons si nous abandonnons le sentier des changements sociaux par la méthode constitutionnelle." Mais depuis que ces lignes ont été rédigées — 1918 — bien des événements sont survenus qui empêcheront peut-être qu'on entende le langage de la raison et qu'on veuille se prêter plus longtemps aux jeux assez stériles de la balançoire parlementaire. La paralysie a gagné l'industrie anglaise, immobilisé le commerce et permis à la plaie du chômage de s'étendre dangereusement. D'un autre côté, l'insurrection irlandaise et le succès — relatif si l'on veut quant à l'idéal rêvé, mais considérable si l'on envisage le chemin parcouru depuis seulement les beaux jours de Redmond — le succès des rebelles auxquels les travaillistes ont maintes fois témoigné de la sympathie, ne peut manquer d'avoir causé une impression profonde sur les classes ouvrières affamées et impatientes de secouer le joug capitaliste. Et quand on se rappelle qu'un écrivain américain, Meyer Bloomfield, n'a pu s'empêcher d'écrire dans son livre The New Labor Movement in Great Britain, après enquête sur place, que "si après la guerre il y a quelque ralentissement dans l'industrie et quelque cause qui permette aux sans-travail de se rassembler au coin des rues et d'y organiser des processions derrière un drapeau rouge, les ministres anglais pourraient bien avoir à faire face à un problème aussi considérable que celui de la guerre elle-même,"
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il est certes permis de se demander, en présence de trois millions de chômeurs, si le régime insurrectionnel irlandais n'aura pas appris à la démocratie ouvrière lasse d'attendre d'un parlementarisme conservateur et traditionnel le renversement de l'ordre social existant, qu'on peut plus facilement, soi-même, paralyser ur gouvernement, renverser une monarchie et s'emparer brusquement de toutes les avenues du pouvoir.
Croit-on que M. LeFaivre ne pensait pas à cet aspect de la question anglaise quand, écoutant les bruits qui montent de l'Empire britannique, il percevait nettement l'immense rumeur d'un ensemble de chicanes, de protestations et de révoltes ? Imbrisable, le lien colonial ? Mais une commotion sociale en Angleterre qu'une étincelle pourrait faire éclater, suffirait seule à rompre la chaîne qui retient les unes et les autres des colonies aux quais de Londres, laquelle chaîne, du reste, est tendue comme jamais encore ne le fut.
Qu'arrivera-t-il demain qui nous imposera peut-être l'obligation de prendre une décision? C'est le secret de Dieu, mais on ne peut s'empêcher de noter que l'amputation que vient de subir le Royaume-Uni par la libération de l'Irlande prouve aux yeux de l'univers deux choses : d'abord que l'allégeance à l'Angleterre du nouvel Etat libre est bien précaire qui repose sur sept siècles de tortures, de luttes et d'espérances toujours vivantes vers la liberté souveraine; ensuite que la puissance centralisatrice d'Albion, malgré des apparences fastueuses, est bien affaiblie qui ne peut plus imposer l'ordre anglais à quatre millions d'Irlandais campés à une portée de fusil de ses côtes. Déjà, dit-on, les Ecossais s'agitent. A Londres même ils ont manifesté en faveur d'un Scots Free Stato, pendant de Tlrish Free State, et dans le journal Plain English du 7 janvier dernier, un Ecossais, positif comme tous ceux de sa race, constatait, chiffres à l'ap-
pui, que "liberté paye mieux que vassalité." L'Inde et l'Egypte tendent de toutes leurs forces à rompre le cercle de fer qui les retient dans l'Empire et l'aube de la liberté leur apparaît d'autant plus radieuse que leur sensibilité exaspérée a plus vite et mieux perçu la signification profonde de la "séparation de corps et de biens" anglo-irlandaise que la Grande-Bretagne a dû accepter. Comme le duc de Northumberland dans la National Review de janvier 1922, l'Inde et l'Egypte "contemplent non seulement le premier acte d'une nouvelle tragédie irlandaise, mais aussi le premier acte d'une plus grande tragédie : le dissolution de l'Empire britannique." L'Afrique du Sud vient d'entendre prêcher la doctrine de la séparation d'avec l'Angleterre, et si la semence est en terre, qui dira qu'elle ne germera pas? L'Australie fera la guerre contre la mère-patrie, s'il le faut, a-t-elle déjà dit, pour se préserver de l'immigration jaune qui ne voit pas de raison pourquoi on l'exclurait du nord australien, grand comme la France, très colonisable et demeuré vide jusqu'ici. La Colombie-Anglaise n'entend pas avoir d'autre politique que celle de l'extrême-ouest américain, férocement anti nippon, et l'on donne comme un fait établi, en certains milieux, la rumeur qu'advenant danger, les forces navales canadiennes et américaines agiraient de concert contre un ennemi commun. Et derrière tout cet immense faisceau de difficultés qui se présentent toutes à la fois à l'attention des maîtres de l'Empire, surgit l'angoissant problème que le traité du Pacifique du 11 décembre 1921 n'a fait que masquer et auquel il faudra pourtant faire face un jour ou l'autre, celui de l'égalité des races blanches et de couleur. Cinquante-six millions de Japonais qui se sont attribué le rôle de libérateurs de l'Asie attendent depuis 1899 le moment de faire reconnaître, en fait, le principe de l'égalité des races. L'heure son-
nera peut-être bientôt des décisions qui accorderont au Japon la libre entrée de ses sujets sur les "chasses" actuellement réservées aux blancs, ou qui déchaîneront l'Asie frémissante.
Faut-il conclure que tout cela est bien loin, que l'Angleterre en a vu d'autres et que l'Empire saura passer à travers la crise ? Peut-être, si l'on envisage séparément chacun des éléments de désintégration. Mais convient-il de les penser isolément quand on les voit agir tous ensemble à la fois, et convient-il d'affirmer à la légère que cette formidable action concertée de forces destructives ne finira pas par avoir raison du seul lien qui unisse les colonies à l'Angleterre, lien si ténu qu'ici même, au Canada, les Anglo-Saxons ont voulu le rompre pour une simple question de piastres et de sous en tentant l'annexion aux Etats-Unis ?
3. Mais si cette éventualité d'une rupture se produisait, l'éclatement des cadres impériaux pourrait-il entraîner la dislocation de la confédération canadienne, et n'aurionsnous pas raison de dénoncer le pacte de 1867 ?
Confessons ici après tant d'autres, que nous ne voyons pas très bien où l'immense squelette canadien pourrait puiser la force cohésive nécessaire pour se maintenir debout. Notre État politique a été taillé à même un continent, àl'arbitraire. Certaines parties du pays n'avaient encore vu que de hardis trappeurs fouler leur sol d'un pied rapide, que déjà nos gouvernants leur assignaient des frontières et les collaient aux anciennes provinces, quitte à les peupler à la vapeur d'éléments hétérogènes, sans liens spirituels entre eux, sans sduci d'adaptation économique des divisions entre elles. On peut affirmer que l'État canadien a été constitué au petit bonheur
d'une politique bien intentionnée et bien inspirée — les délibérations des Pères de la Confédération le prouvent — mais qui, jusque dans la pensée des continuateurs des "Pères," a été aussi dénuée que possible de calculs de prévisions à longue portée quant à l'économique, et plus encore peutêtre de haute préméditation quant à la psychologie des collectivités.
Les hommes de 1867 rêvaient de constituer ici une nouvelle nationalité. Ni eux, ni surtout leurs successeurs ne paraissent avoir compris "qu'une nationalité est une vocation inexpressible qui dépend des imprégnations qu'elle a reçues." Il eût fallu faire la part du temps, peupler l'ouest graduellement des lentes migrations de l'est qui eussent apporté avec elles leurs coutumes, leurs traditions, leurs aspirations en créant ainsi un milieu social capable d'assimiler, en les encadrant, des apports étrangers soigneusement choisis et amenés chez nous par petites colonies. C'eût été encore question de temps, de doigté, de direction de la part du pouvoir politique que de choisir les "imprégnations" qu'il eût fallu imposer à ces humanités éparses pour développer chez elles la notion précise de l'idée de patrie canadienne, de nation canadienne, de patriotisme canadien, pour éveiller el maintenir chez elles ce "vouloir- vivre collectif" qui aurait peut-être pu triompher de tous les obstacles économiques que nous voyons se dresser aujourd'hui sans pouvoir leur apporter de contre-poids d'ordre moral. Au lieu de cela, au lieu d'essayer de donner à cette nationalité naissante conscience d'un moi national appuyé sur un fond solide de (Unix siècles et demi d'histoire et de possession du sol, on a en cinquante ans écrasé sous une immigration massive de yankces et d'européens les vieux éléments dé la population qui leur son! ('(rangers mentalement, ei aux anciens occupants (lu pays comme aux nouveaux venus on a enseigné par une
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propagande insensée, qui en ces vingt dernières années a acquis une intensité terrifiante, que le devoir d'un patriote canadien consiste à sacrifier le pays canadien à la grandeur de cette abstraction qu'on appelle l'Empire.
Comment pourrions-nous espérer, dans ces conditions, qu'advenant la rupture du lien colonial, la fédération canadienne pût résister aux forces matérielles qui commandent son écartèlement quand l'expérience, contemporaine d'Aristote qui donnait déjà des exemples d'Etats perdus par une immigration d'indésirables, nous apprend qu'il "ne peut y avoir de société vivante et viable sans des facteurs obscurs de cohésion entre les êtres qui la constituent." Mais quoi, sans même attendre qu'une révolution extérieure bousculant le cours des événements se soit produite, l'échéance de notre politique passée nous touche déjà. Cent cinquante ans de compagnonnage laissent ici deux races en présence qui n'ont encore pu s'entendre sur l'interprétation d'un contrat mis un jour à la base de leur vie commune. Une majorité anglosaxonne, signataire au Concordat de 1867, refuse obstinément, voire parfois brutalement, d'exécuter ses obligations quand la prestation qui lui est due lui est offerte partout par l'autre partie. Et au-dessous de cette mésentente permanente issue d'une mésestime instinctive qui agite et trouble l'âme nationale, gronde l'approche de formidables conflits d'intérêts dont un avenir qui nous enserre déjà nous révélera la force et la violence. Les Prairies font bloc autour de quatre grandes questions: libre-échange, transports, ressources naturelles des provinces et immigration. A mesure que la population croîtra là-bas et que, par voie de conséquence, la force politique grandira par-delà les grands lacs, les réclamations s'aviveront autour de chacune de ces questions. Pour l'heure celle des chemins de fer l'emporte sur les autres. Demain ce sera celle de l'immigration. Aux énormes
déficits que nous mettent sur les épaules nos transcontinentaux, s'ajouteront tous les ferments de désordres économiques et sociaux d'une affluence étrangère intensive qui écrasera définitivement sous son poids les vieux éléments de la nation. Il semble donc que le rôle des anciennes provinces soit de payer les déficits des chemins de fer en attendant d'être annihilé comme facteur important de la vie nationale. En somme, comme on l'a déjà fait remarquer ailleurs, c'est un peu comme en 1840 alors qu'on nous faisait payer les dettes d'autrui en nous dépouillant de notre langue et en ne nous donnant pas la représentation parlementaire à laquelle nous avions droit. Aujourd'hui, en effet, après avoir payé pour la construction de chemins de fer qui servent surtout aux autres, dans des provinces où le français est rayé de la vie civile, il nous faut au surplus acquitter des déficits que nous n'avons pas créés, et assister, à chaque nouvelle décade, à la dégringolade graduelle de notre influence parlementaire au bénéfice des populations grandissantes de l'ouest.
Est-il téméraire d'affirmer que cette situation ne peut durer et que cette lutte d'intérêts finira, et peut-être plus tôt qu'on ne le croit, par modifier la carte politique du Canada ? Où sont donc les forces assez puissantes pour contrebalancer cette aspiration au désagrègement ? Tant que durera le lien colonial il offrira, mais de moins en moins, un tempérament à cette tendance fatale vers la dissociation. Mais vienne sa rupture et c'est tout l'édifice qui craque. Qui donc s'arcbouterait pour le soutenir ? Notre race peut-être, et pourquoi ? Regardons un peu ce qui se passe autour de nous, chez nous, en nous et voyons donc ce que nous vaut la Confédération. De plus en plus toute la vie du pays tend à se centraliser dans la Capitale. C'est le vice fondamental du fédéralisme. Minorité dans le parlement d'Ottawa, grande
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scène parlementaire qui accapare toute l'attention nationale, nous vivons perpétuellement sur la défensive en face d'une majorité ethnique étrangère qui par surcroit a trouvé le tour de nous diviser. Nos énergies les meilleures passent toutes à nous maintenir dans cette posture de défense. Not re pensée est sans cesse tournée vers la Capitale pour prévenir les empiétements, empêcher les abus ou . . . gémir sur les dénis de justice. 1872, 1890, 1892, 1896, 1905, 1912 sont des dates qui marquent, chacune, le point de chute d'une de nos libertés aboutissant d'agitations longues, pénibles, énervantes, qui ont rivé notre force d'attention, de réflexion sur Ottawa. A la dépression morale qu'a subie notre peuple par la Conquête, s'ajoute depujs que, grâce à l'Acte fédératif, il n'y a plus "ni vaincus ni vainqueurs, en ce pays"(!) le spectacle démoralisant du droit bafoué partout sous les yeux d'une race qui en est rendue à croire qu'elle a remporté une grosse victoire si quelque ministre de son sang lui annonce que désormais sa papeterie officielle portera quelques mots de français.
Et pendant ce temps-là, notre parlement provincial ayant tout juste dans notre esprit un peu plus d'importance qu'un conseil de comté, nous nous désintéressions de l'organisation de notre vie, à nous, sur le territoire qui est nôtre, et nous laissions nos ressources naturelles en friche quand nous ne les donnions pas aux étrangers comme Ottawa fai sait des terres de l'Ouest. Brimée partout hors du Québec, traitée en vaincue, en étrangère inférieure pendant les cinquante dernières années, malgré des textes formels et tout un passé de labeurs, de sacrif i ces et de loyauté à ses engage ment s not re race a fait sa large part pour édifier dans le nord de l'Amérique un Canada uni, puissant, prospère. Et si elle a été la première et peut-être la seule au milieu des races diver ses qui se partagent l'aire du Canada à avoir l'idée qu'elh
formait ici une nouvelle nationalité et que le sol où elle avait planté ses racines lui constituait une patrie, pourquoi userait-elle sa vitalité à essayer d'empêcher l'inévitable, quand, face à des lendemains qu'il est possible d'entrevoir gonflés de promesses, son ancienneté, sa continuité, son homogénéité lui donnent conscience d'une permanence qu'elle n'a pa s le droit de sacrifier à une conception politique vermoulue qui travaille contre elle.
4. Deux solutions se présentent à notre esprit: l'annexion aux Etats-Unisou l'indépendance. Ecartons la première. Un peuple qui a trois cents ans d'existence, qui a ses coutumes, ses traditions, sa langue, sa religion et qui est aussi fortement racine au sol que le nôtre a mieux à faire que de songer à s'engouffrer anonymement dans le melting-pot yankee. Avant de s'abandonner à cette politique du moindre effort, il a le devoir, s'il ne veut pas se poser en candidat à la déchéance nationale, d'écouter chanter au plus profond de son être le bruissement doux et fort à la fois des âmes de ceux qui nous ont fait ce que nous sommes pour que nous restions ce qu'ils furent, en attendant de réaliser ce qu'obscurément ils avaient rêvé d'être. Il a le devoir de regarder chez lui, de faire l'inventaire de son avoir, de ses forces, de ses "possibilités" morales et matérielles. Il a le devoir de hausser son regard par-dessus la limite des terres où depuis trois siècles il a fixé son habitat traditionnel, de le poser sur le voisinage immédiat, d'y rechercher la probabilité d'alliances possibles et profitables que pourraient suggérer des façons identiques de penser qu'une solidarité historique déjà assez longue a pu développer entre associés éventuels, et que pourrait également favoriser une permanence d'intérêts
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communs. En un mot, avant de se laisser glisser béatement dans la masse diffuse des nationalités de l'Union américaine, notre peuple a le devoir de se demander si le Canada oriental ne lui constitue pas un territoire organique capable d'assurer la pérennité de son identité nationale et d'alimenter les populations qui l'habitent en protégeant leur travail. Des transformations se préparent qui devront nous trouver prêts. Entre ce qui est aujourd'hui et ce qui sera demain, il n'y aura pas de trou béant. C'est pourquoi il importe de se demander si l'on ne pourrait pas formuler une politique sur laquelle penser, afin que sachant où l'on veut aller et jusqu'où l'on peut aller, l'on sache aussi "par quels chemins et par quels véhicules." "Toute agglomération d'hommes, comprise dans un territoire nettement circonscrit et pouvant y vivre d'une vie indépendante, a écrit Proudhon, est prédestiné à l'autonomie." Un Canada oriental indépendant avec Québec comme noyau central implique l'union du Québec, d'un certain territoire à l'ouest de notre province et des trois provinces maritimes. Qui dira, en admettant que la parole de Proudhon soit juste, que le groupement de ces provinces en un état indépendant est impossible et qu'il ne constituerait pas un territoire assez nettement circonscrit pour permettre à l'agglomération d'hommes qui y vit de se développer en toute sécurité. La "suggestion géographique" est assez insistante pour entraîner ces divers éléments vers la fusion dans un même cadre de frontières dont le désavantage sur certaines parties pourrait être neutralisé par une bonne politique de colonisation française où le nouvel état "se poserait en s'opposant," quand, sur d'autres parties, il serait limité par la plus naturelle et la meilleure des frontières, la frontière-côtière.
Quatre à cinq millions d'habitants vivent à l'heure actuelle dans ce qui pourrait constituer le nouvel état. Oncomp-
terait facilement à travers le monde une douzaine de nations indépendantes comme la Bolivie, la Bulgarie,, le Chili, la Colombie, l'Equateur, la Norvège, le Pérou, le Portugal, l'Uruguay, le Venezuela, etc., où le chiffre de la population n'est pas sensiblement supérieur à celui-là, quelque fois même inférieur. Pourquoi l'état français que nous rêvons ne prendrait-il pas rang parmi ces nations quand, par les ressources de son territoire, il pourrait réaliser une économie équilibrée d'échanges intérieurs nécessaires à la vie de sa population. Nous savons ce que nous apportons. L'étude du problème économique entreprise l'année dernière par Y Action française en même temps qu'elle nous a révélé nos points faibles nous a appris quelle est la valeur du facteur humain chez nous, et quelle pourrait être celle de nos ressources si une bonne fois nous pouvions "nous entendre sur le caractère politique et national du Québec" et partir pour nous-mêmes comme disent nos bonnes gens de celui qui s'établit à son compte. Du côté des provinces maritimes, nous savons assez ce sur quoi nous pouvons compter. Communauté de langue et de foi avec les Acadiens, dont le nombre s'accroît sans cesse. Esprit de tolérance et amour sincère de la petite patrie de la part de l'élément anglo-canadien. Voilà pour le matériel-homme. Au chapitre des ressources, une terre fertile en produits agricoles, des pêcheries abondantes, des bois nombreux et surtout du fer, de la houille.
Blé, fer, charbon, c'est la trilogie qui permet à une nation de vivre et de grandir si elle sait s'organiser, c'est-à-diro, selon la définition de Maurras, mettre de l'ordre dans sa vie, de l'ordre qui s'applique à l'action. Pour cela il faut que nous sachions où nous en sommes, ce que nous voulons être, ce que nous pouvons réaliser, par quels moyens. C'est un réalisme que nous propose Y Action française, c'est le "tâche
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de te comprendre et de comprendre les choses," de Goethe. Se comprendre c'est savoir qui l'on est, de qui l'on procède, qui l'on prolonge; se comprendre, c'est pouvoir fixer le motif intérieur de cette espérance collective qui gît au fond de l'âme de sa race; se comprendre, c'est dégager de l'histoire le sens réel et la constance d'un destin façonné au long de trois siècles. Découvrir vers quels aimants se déroulent les forces qui travaillent cette partie du globe où nous vivons, chercher les causes de ces attirances, en prévoir les effets, essayer de modeler la réalité des contours d'une cité nouvelle, puis élaborer des disciplines d'action en adaptant ses moyens à la fin sollicitée, c'est comprendre les choses et c'est se préparer, "lorsque des faits magistraux jailliront des gonds et de l'engrenage," à prendre la tête des événements et à commander notre avenir.
Louis-D. DURAND.
Avocat.
Bibliographie : — Ewart, The Kingdom Paper s; The Republic of Canada; The Statesman (articles); The Round Table; Henderson: The Aims of Labour; Bloomfield: The New Labor Movement in Great Britain; Curtis : The Problem of the Commonwealth; LeFaivre : Soleil levant, soleil couchant; Brunhes et Vallaux: La Géographie de V Histoire; Johannet: Le principe de Nationalité; Bourassa: Hier, aujourd'hui, demain; Que devons-nous à V Angleterre,