L'AGRICULTURE ET LE QUÉBEC
Deux de nos collaborateurs ont déjà eu l'occasion, dans les publications mensuelles de VEcole sociale populaire de parler de l'agriculture, l'un, le R. P. Alexandre Dugré, S. J., sous le titre : "Les avantages de l'agriculture", tract no 51, l'autre, le R. P. Adélard Dugré, S. J., son frère, sous celui de "La désertion des campagnes, ses causes, ses remèdes", tract no 50. Ces publications datent de 1915 et de 1916. Elles sont cependant encore d'actualité. On ne se souciera jamais trop de montrer à nos compatriotes les avantages que leur offre l'agriculture.
Le but de cet article est de faire voir que l'agriculture, comme toute autre industrie doit, au risque de rendre la vie des champs peu agréable et peu rémunératrice, évoluer et adopter des méthodes nouvelles. A un système routinier, préjudiciable à la classe agricole, doivent succéder des procédés modernes d'intensive production.
Le P. Alexandre Dugré avait raison d'écrire (tract no 51,. page 5) "Le temps n'est plus ou finira bientôt où un agriculteur se contentait de semer comme semait son grand-père, où l'on arrachait péniblement à la terre des demi-récoltes, des demi-vies et des demi-avenirs. Une nouvelle génération se lève qui fera pousser du blé, des fruits, et des légumes jusqu'au dernier pouce de terrain".... "Le retard, on peut bien dire la faillite qu'ont subie chez nous l'agriculture et la colonisation depuis soixante ans et plus, en laissant s'exiler de régions fertiles les deux tiers des fils do cultivateurs; le discrédit humiliant où la terre végète et d'où on a peine à la relever vient de la négligence de la dépu-
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lation à s'occuper des choses agricoles, de la fausse tournure de renseignement qui n'oriente qu'aux affaires et de la formidable routine des fermiers qui ne savent tirer du sol que des produits inférieurs ou des demi-rendements." (Idem page 10).
Notre directeur, M. l'abbé Lionel Groulx, (Vers l'Emancipation, page 260), fait remonter à la cession et plus particulièrement au temps de l'acte de Québec, à l'année 1774, alors que l'on préparait notre avenir à Londres, la mauvaise orientation donnée à l'éducation agricole : "Dans un temps, écrit-il, où ne s'imposait plus, avec autant de force, le besoin d'une éducation militaire, où l'ère parlementaire n'était pas encore ouverte, où l'entraînement général conviait les activités aux choses de l'agriculture et du commerce, en un temps où se découvrait un idéal nouveau, est-ce témérité de le présumer? la seule culture classique eut paru moins opportune, les programmes se seraient orientés d'euxmêmes dans le sens des besoins du pays et par le labeur éclairé d'une élite appropriée, les Canadiens auraient pris, dans l'agriculture et le commerce, le rang qu'ils ont encore à conquérir, et qui sait? notre noblesse eût peut-être été sauvée."
La province de Québec devrait occuper un plus haut rang, au point de vue des rendements agricoles. Devronsnous toujours, en agriculture, nous contenter des dernières places ? Dans d'autres sphères, nous sommes les premiers. Au point de vue de l'administration de la chose publique, nous n'avons qu'à nous féliciter, ce qui ne veut pas dire qu'il ne nous reste rien à apprendre des autres : on peut toujours apprendre du voisin. De toutes les provinces du Canada, le Québec est la seule (on ne parle pas du gouvernement fédéral, sous le régime unioniste) qui ne nage pas dans les dettes et les déficits. C'est une situation qu'on ne saurait
trop mettre en lumière. Au chapitre de l'instruction publique, de l'assistance aux écoles, du nombre des naissances, de la moralité, du peu de criminalité, de la voirie, le Québec arrive en tête des provinces de la Confédération. Au sujet de la colonisation, le Québec fait grandement depuis un an ou deux. Mais au point de vue agricole, un réveil s'impose. Le gouvernement provincial doit redoubler d'efforts. Il est bien disposé, certes, mais l'opinion publique exige davantage. Elle demande des réformes, de Paide. Le ministère de l'agriculture devra dépenser largement pour faire de nos fermes expérimentales des modèles du genre, des exemples frappants et visibles de bonne administration agricole, de bonne gérance, par l'emploi justifié de méthodes nouvelles, de procédés modernes et d'un système scientifique de culture. Ainsi démontrera-t-il que l'agriculture rapporte amplement pour que nos cultivateurs y trouvent prospérité, joie et bonheur.
Les tableaux de statistiques agricoles prouvent indiscutablement que la fertilité du sol diminue de façon alarmante, qu'elle n'est plus ce qu'elle était il y a 5 ou 6 ans, et que dans certains cas, elle est moindre que ce qu'elle était il y a 20 ans. Le Financial Times du 10 septembre 1921 constatait ce fait en commentant le rapport mensuel de septembre de la Banque Royale. M. Léo Brown, surintendant des fermes de démonstration du ministère de l'agriculture du Québec, dans un bulletin no 14, page 15, dit à ce sujet : "Tous les cultivateurs s'accordent à dire que la plupart des vieilles terres de la vallée du Saint-Laurent, autrefois si productives sont bien loin de donner maintenant les plantureuses récoltes qui ont réjoui et enrichi leurs ancêtres. Les rendements d'aujourd'hui, tous l'admettent, valent à peine la moitié de ceux de jadis". En ce qui concerne la province de Québec, l'annuaire statistique du
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Québec, année 1920, fournit à la page 237, les rendements moyens par acre jusqu'à l'année 1919 inclusivement. Si nous comparons ces chiffres avec les rapports donnés dans les journaux pour l'année 1921, nous pouvons voir que les rendements de la saison dernière sont fort en arrière des rendements maxima atteints antérieurement. Nous donnons ces chiffres dans le tableau suivant :