L'ÉTAT FRANÇAIS ET SA VALEUR D IDEAL POUR NOUS
répandre les idées qui sont le prolongement glorieux de notre ame . z
Ce qui est vrai pour la France, l'est également pour nous. Nous devons jalousement garder chez les nôtres la communauté de langue pour établir ces liens plus étroits et plus intimes qui doivent exister entre les citoyens d'une même patrie. Et quand cette langue est sa majesté la langue française, elle a des droits spéciaux de survivance.
Dans sa conférence sur le génie latin, Brune tière fait remarquer que les nations se font d'elles-mêmes. "Rome," dit-il, "a conquis la Gaule en la civilisant, en l'associant moins de cent ans après Auguste, à l'empire du génie latin. Si nous sommes devenus des latins, c'est que nous l'avons voulu, et la preuve, Messieurs, c'est que nous ne sommes pas plus tard devenus des Germains, ni des Arabes, deux conquérants dont il s'en est peut-être établi sur notre sol autant et plus que de Romains. Nous ne sommes pas devenus non plus des Anglais. Fidèles à notre premier choix nous avons latinisé, pour le nationaliser tout ce que nous avons pu réaliser depuis lors de progrès ou d'acquisition de toute nature, intellectuelle ou morale, politique ou sociale' .
Etablis sur les bords du Saint-Laurent et passés par la conquête sous le régime de l'Angleterre, nous ne sommes pas encore anglicisés. Toute notre histoire depuis 1763 s'explique par la persistance de notre effort à maintenir, à revendiquer, à défendre notre caractère français, notre latinité, contre les envahisseurs du dehors ou les ennemis du dedans.
Ne devons-nous pas un jour recueillir le fruit de tant de travaux ? Canadiens français, nous avons notre patrie,
2 Janvier, Exposition do la morale catholique, La charité, Carême
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nous avons notre langue. Nous croyons que la Providence nous appelle à former au Canada un Etat français, parce que l'Amérique du Nord devrait avoir elle aussi, sa France, avec son idéal propre et ses aspirations, avec la langue française qui emprunte son élégance, sa clarté, sa simplicité aux Grecs et aux Romains, mais qui emprunte sa force, son vif éclat, les tours les plus frappants de son intelligence, les images les plus sublimes à la Bible où elle puise à pleine main. Pendant quinze siècles, elle s'est imprégnée de christianisme. Elle est essentiellement catholique. Elle possède encore une pensée, une volonté, une vie catholiques. Nous voudrions la faire progresser dans l'Amérique du Nord.
Nous avons conscience qu'en développant notre "intégrité française," nous travaillons à développer "notre intégrité catholique". Le progrès de l'une est intimement lié au plus complet épanouissement de l'autre. Elle n'est plus à refaire ici la thèse de la langue, gardienne de la foi. La première des langues dites romanes, née directement du grec et du latin, est de trop pure essence chrétienne pour ne pas continuer de prêcher chez nous la doctrine du Christ que ses vocables ont annoncée aux fidèles, redite aux aïeux à tou es les phases de leur histoire. Aujourd'hui elle n'a pas seulement à vivre sur ses conquêtes, elle aspire à les étendre; elle veut accroître ses forces pour faire face à ses destinées.
Au surplus, la foi qui remporte les victoires, paiera amplement de retour la langue française qui se met à son service.
Les catholiques de France reconnaissent que le plus beau présent, après la foi, que la Rome chrétienne ait fait à leur pays, c'est la culture latine. Par elle, admettent-ils leur est parvenue la civilisation attique transportée sur les bords du Tibre, idéalisée par l'Evangile. Notre foi vécue
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nous aidera à conserver cette civilisation supérieure sur notre territoire français. C'est elle en effet qui crée la plus forte unité entre nos compatriotes. Des observateurs sérieux, auxquels pourtant cette vision surnaturelle manqua, n'ont pu s'empêcher de le constater avec une froide impassibilité. L'un d'eux s'est un jour inquiété du dilemme suivant. 3 "Ou bien les Canadiens français resteront étroitement catholiques, et alors ils auront dans leur isolement un peu archaïque, quelque peine à suivre la rapide évolution du Nouveau-Monde; ou bien ils laisseront se détendre les liens qui les unissent à l'Eglise, et alors, privés de la cohésion merveilleuse qu'elle leur donne, plus accessibles aux pressions étrangères, ils verront peut-être de graves fissures se produire dans le bloc séculaire de leur unité". Ce que nous voulons retenir de cette constatation, ce sont les services que la foi nous a rendus en conservant notre unité sociale.
Qu'elle ne perde rien de sa vigueur à l'heure où plus que jamais nous devons mettre en culture tous les éléments constitutifs d'une nationalité qui prend conscience d'ellemême!
Au surplus, Taparelli lui-même souligna "les avantages inestimables que la nationalité retire des liens par lesquels elle est unie à l'Eglise ainsi que la noblesse de cette dépendance à laquelle elle soumet les élans de son patriotisme en le sanctifiant dans les eaux du baptême".
C'est qu'en effet l'Eglise renferme en elle-même des éléments très puissants pour conserver et perfectionner cette unité de race, de territoire, de langue, d'institutions d'où doit résulter l'unité sociale qui fait vivre un peuple et lui crée une personnalité nationale.
• Le Canada, (Les deux races), André Siegfried
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Principe de l'ordre, elle respecte tous les droits; avec son sens profond de la tradition, elle protège dans chaque peuple les éléments de sa nationalité. Benoît XV n'était que l'écho de la grande voix de ses prédécesseurs quand il défendait notre langue nationale.
Avec son esprit de conquête, l'Eglise fait pénétrer son influence dans les institutions civiles et politiques. Elle introduit partout cette unité dont elle est dépositaire, de parle droit divin : unité de croyance, unité d'espérance, unité d'intérêts et d'affections, unité qui pénètre les intelligences et les volontés par un ensemble de dogmes et de préceptes qui s'emparent de l'âme et la dirigent vers sa fin suprême. Et précisément, "cherchant d'abord le royaume de Dieu et de sa justice" elle travaille par surcroît au bonheur temporel des peuples.
Au tombeau de Pasteur, on lit gravées sur la muraille, ces paroles que ce grand chrétien prononça sous la coupole de l'Académie :
"Heureux qui porte en soi
Un Dieu, un idéal de beauté,
Et qui lui obéit Idéal de l'art, Idéal de la science,
Idéal de la patrie, Idéal des vertus de l'Évangile".
Cet idéal fut continuellement devant les yeux de l'illustre savant: il le soutint aux heures difficiles pour accomplir ses glorieuses destinées. Puisse-t-il être celui de chacun des nôtres. Car, suivant la remarque de Roosevelt, "un homme est sans valeur s'il n'a pas en lui une haute dévotion à un idéal".
Mais si l'idéal est nécessaire à chaque individu pour que ses forces arrivent à leur perfectionnement et donnent leur maximum de rendement, il n'est pas moins urgent que chaque nation ait son idéal pour diriger ses efforts aux
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heures les plus sombres de son existence, et coordonner toutes ses pensées, toutes ses affections, toutes ses activités. Canadiens- français, Sursum corda ! Quel est votre idéal? Qu'est-ce que la divine Providence vous réserve? Avons-nous le soin de tenir devant nos yeux un programme de vie pour montrer à la volonté ce qu'elle doit vouloir? Il s'agit de nous préparer en faisant le devoir de chaque jour, sans faiblesse, sans forfanterie, le front haut, et le cœur à la bonne place. Toutefois, pour orienter nos destinées, nous devons tenir compte du passé. Nous devons l'existence à une nation dont Léon XIII a pu dire : "La très noble nation française, par les grandes choses qu'elle a accomplies dans la paix et dans la guerre, s'est acquis envers l'Eglise catholique des mérites et des titres à une reconnaissance immortelle et à une gloire qui ne s'éteindra jamais". Montrons-nous dignes de notre mère sur les bords du Saint-Laurent. Gardons notre vie propre. Développons-la avec énergie. Cultivons toutes les qualités ancestrales qui nous donnent un caractère particulier. Ainsi, "nous maintiendrons", dit Mgr Paquet, "sur les hauteurs le drapeau des antiques croyances, de la vérité, de la justice, de cette philosophie qui ne vieillit pas parce qu'elle est éternelle ; nous relèverons, fier et ferme, au-dessus de tous les vents et de tous les orages; nous l'offrirons aux regards de toute l'Amérique comme l'emblème glorieux, le symbole, l'idéal vivant de la perfection sociale et de la véritable grandeur des nations".
Abbé Philippe Perrier.
L'ENTAILLAGE
Un soleil radieux étale ses diamants Sur les mares songeuses, et sur le toit de tôle; La rustique cabane ouvre ses deux battants: Le canadien paraît, sa vrille sur l'épaule.
Dans V immense forêt où vivent tous les bois L1 homme a choisi V érable à Vécorce rugueuse; Lui pousse jusqu'au co ur la longue tige et voit Ruisseler de V aubier la liqueur savour use.
Il souffle dans le trou obstrué qui reluit, Enfonce du marteau la brune goutterelle. Le sang canalisé goutte à goutte jaillit Et tombe, en résonnant dans l'oblongue gamelle.
Plus loin V homme reprend son oeuvre de bourreau: Chaque érable reçoit une ronde blessure; De ces veines ouvertes un succulent ruisseau Grossit de son ding, dong, le sylvestre murmure.
Dans la brume du soir, j'écoute la chanson De la goutte qui perle et tombe en la chaudière; Le vent fait frissonner l'érable et ce frisson Chasse de ses rameaux la sève printanière.
A jets continuels comme le poulx qui bat Va s' épuisant la vie, en l'érable qui saigne. — Si par amour du gain, homme, tu ne crains pas De, trouer l'arbre cher. . . sa vaillance t'enseigne
Que ton âme française, est faite de ce bois Qu'on blesse librement, qu'on entaille et mutile;
On l'a voulu tuer déjà combien de fois !
Elle revit toujours; leur haine est inutile.