‹ L'Action canadienne-française (volume 5)Chapitre 57 sur 175 · MAISON CANADIENNE A PARIS · texte numérisé non relu

MAISON CANADIENNE A PARIS

tien annuel. Une enquête minutieuse que j'ai faite en ces derniers temps me permet d'affirmer qu'un hôtel de 30 à 40 chambres, dans le quartier latin, ferait facilement ses frais chaque année et n'exigerait rien d'autre qu'un déboursé initial. Pour vous donner des chiffres précis; le loyer d'un pareil hôtel, pour une période de 10 à 15 ans s'élève à 12 ou 1 5, 00CT francs par année. Il faudrait, en outre, et c'est le déboursé initial, acheter le mobilier et il y en aurait alors pour la somme de 250,000 à 300,000 francs au cours d'aujourd'hui. Cette somme versée, c'en serait fini pour toujours; la maison subsisterait par ses seuls revenus et facilement comme font tous les hôtels et toutes les maisons de pension du même genre. Il n'y aurait plus pour en faire un bon foyer catholique qu'à trouver le prêtre qui en accepterait l'administration et la direction. Et c'est peut-être l'élément le plus difficile à trouver. Il y faudrait un homme d'un grand tact pour faire accepter sa présence et sa direction par des jeunes gens qui ne sont plus des collégiens et qui ont droit à toute la liberté compatible avec la bonne tenue d'une telle maison; il y faudrait aussi un intellectuel qui se tiendrait en relations avec les professeurs des grandes écoles, saurait concentrer chez lui tous les renseignements dont a besoin un étudiant canadien tombant à Paris, s'il veut s'épargner des tâtonnements et des pertes de temps qui n'en finissent plus; le même homme devrait aussi se ménager des entrées chez les intellectuels catholiques et préparer des contacts entre eux et nos jeunes gens. L'on voit d'ici quelle œuvre admirable deviendrait possible. Une maison d'étudiants ainsi organisée constituerait le plus facilement du monde un foyer de propagande e1 de vie proprement canadienne-française, ce que nous ne pouvons pas attendre de l'autre maison, étant donnés son but et sa population mêlée.

Il nie semble qu'il y a là une œuvre d'une très haute gravité. Dans les conditions actuelles nos jeunes gens laïcs n'ont à peu près aucun contact avec les milieux et les œuvres catholiques de Paris. Ils sont entièrement livrés à eux-mêmes et à l'influence des professeurs qu'ils rencontrent dans les Ecoles de l'Etat. Sans doute, je ne veux pas dire que tous subissent sans réagir. Mais je ne puis pas non plus ne pas entendre autour de moi beaucoup de ces jeunes gens gémir eux-mêmes sur l'extrême facilité avec laquelle un trop grand nombre de leurs camarades se laissent chavirer la tête. Et cependant, qu'on y songe bien; ce ne sont plus comme autrefois de simples professionnels qui viennent se former à Paris; ce sont des publicistes, ce sont surtout des professeurs d'université. C'est donc notre haut enseignement catholique qui est plus ou moins en jeu. Si cet enseignement doit, en effet, donner chez nous sa pleine efficacité, s'il doit y être une grande force sociale, un haut enseignement de vérité, il faudra autre chose, pour en occuper les chaires, que des esprits neutres ou sournoisement hostiles — • je ne mets pas en doute les intentions des fondateurs de la "Maison canadienne" — je veux même leur concéder qu'ils feront tout en leur pouvoir pour en rendre aussi favorable que possible l'atmosphère morale. Mais enfin elle ne sera pas, elle ne peut pas être avant tout, une maison catholique; elle est même créée pour ménager les contacts que l'on sait. E1 s'il plaît à quelques-uns de chez nous de traiter la chose à la légère, je constate que les catholiques américains n'ont pas notre bonace optimisme, eux qui viennent de créer, sur la rue Féron, spécialement à l'usage de leurs étudiant^ catholiques, un club strictement catholique, alors qu'aux coins des rues Fleurus etGuynemer existait déjà Y American university cltib".

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