‹ L'Action canadienne-française (volume 5)Chapitre 58 sur 175 · SUR UNE PREFACE DE CHARLES MAURRAS · texte numérisé non relu

SUR UNE PREFACE DE CHARLES MAURRAS

Nos lecteurs connaissent le rôle que tient en France, au point de vue des idées, le directeur de Y Action française, de Paris. De sa pensée et de son œuvre, M. Henri de Maublanc faisait récemment une intéressante critique, icimême, dans une conférence à l'Université de Montréal. Pour faire mieux apprécier la pensée et l'œuvre de l'auteur de Y Enquête sur la monarchie, nous croyons utile de résumer la remarquable préface qu'il mit au livre de Marius André : La fin de l'Empire espagnol, reproduite dans la Revue de V Amérique latine (livraison du 1er février 1922). Maurras précise dans cette étude sur les forces latines ses idées touchant république et monarchie, génie latin et catholicisme.

Maurras félicite Marius André d'avoir "substitué la vérité historique à l'entreprise de sophistication qui a été florissante durant près de cent ans". Il ajoute :

"Le vrai vaut par lui-même. Mais il y a des vérités amères et des vérités douces. Il y en a d'utiles, il y en a de dangereuses. Il y en a qu'il faut réserver pour les sages et d'autres qui conviennent à la nourriture de tous. Où donc allons-nous mettre les vérités restituées par Marius André ? Sont-elles pour la huche à pain ou pour l'armoire aux poisons? Vérités favorables au catholicisme, vérités favorables à l'idée d'organisation, à l'idée do réaction politique, intellectuelle, morale, quel en sera le retentissement sur les rapports des Latins d'Amérique ri des Latins d'Europe? Seront-elles ou non favorables à la bonne entente du monde latin?"

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Il convient de resserrer les liens qui unissent les diverses parties de ce monde latin. "Bientôt, écrit Maurras, tous ceux qui parlent français, au Canada, en Belgique, en Suisse, dans nos colonies, se sentiront appelés et mobilisés pour cet effort général d'association à nos frères de langue et d'intelligence".

Il faut que cet effort dure et trouve le succès. Les divers peuples latins marcheront désormais dans une voie moins encombrée. "L'énorme obstacle matériel de la puissance allemande, l'énorme préjugé intellectuel de la primauté germanique étaient faits pour briser beaucoup de bonnes volontés". Les peuples latins furent trop divisés. La guerre ne parvint pas à faire "l'union complète de la latinité." "Ni je ne m'étonne, ni je ne m'irrite, ni je ne me plains, cela serait trois fois indigne d'une philosophie politique," constate Maurras. "Ne parlons pas Espagne, ni Amérique, ni France. Parlons du monde latin comme d'un même corps à organiser". La chose est-elle possible?

Au moyen-âge, la latinité fut consciente et prédominante dans les élites scientifiques, politiques, morales. "La réforme religieuse du XVIème siècle arrêta toute évolution en ce sens. Du moment que l'Europe était coupée en deux par Luther, il fallait renoncer au magnifique rêve de prolonger l'esprit romain aux frontières du genre humain."

La tendance à rétablir la paix romaine universelle continua d'exister chez un certain nombre de peuples modernes. A preuve, les tentatives, les traités qui "inclinent à la vieille fraternité unificatrice." L'idée survécut à "la Révolution qu'on appelle Française". Napoléon l'adopta. Elle demeure. L'esprit révolutionnaire est son. ennemi. Comprenons le génie latin; ne renions pas, "au nom du latinisme, l'essentiel du legs commun aux Latins". A ce titre Maurra: combat les idées révolutionnaires. Est-ce à due qu'il voit-

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