AUTOUR D'UN MOT D'ORDRE
La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal nous invite à célélbrer notre fête nationale, le 24 juin prochain, d'une manière pratique. Elle ne déconseille pas les démonstrations extérieures accoutumées, mais elle désire surtout que nous nous préparions à cet événement en faisant une toilette française à nos demeures.
Les journaux ont déjà noté l'a propos de l'usage du français dans le commerce, la finance et l'industrie, et ils ont raison. N'oublions pas cette vérité que M. Orner Héroux rappelle sans cesse à ses lecteurs dans Le Devoir : ce sont les détails qui comptent dans la vie d'un peuple. Mgr Béliveau et Mgr Latulippe attachent beaucoup d'importance à cette vérité capitale.
Beaucoup ont compris la justesse des conseils de ces observateurs perspicaces et ont déjà suivi leurs conseils. Mais, hélas! un trop grand nombre dédaignent encore les détails. Espérons et souhaitons que tôt ou tard tous admettront la nécessité d'un mouvement d'ensemble, sans faiblesse, au service de "Sa Majesté La Langue Française." Dès que nous serons tous décidés à emboîter le pas à la suite des vaillants éclaireurs que sont les membres de L'Action Française, il n'y a aucun doute sur le succès de l'ensemble des intérêts français chez nous.
Pour donner une toilette française à nos demeures il y a beaucoup à faire. Il faudrait enlever de nos portes les mots "Letters" ou "Newspapers." et des robinets 1rs mots "hot" et "cold," pour les remplacer par les termes français correspondants: "Lettres/' "Journaux," "chaud" et "froid.'' On dira peut-être qu'il est difficile de les trouver.
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La plus grande difficulté réside plutôt dans l'apathie de nos compatriotes qui négligent sans excuse les "détails."
Nos architectes et nos constructeurs canadiens-français se doivent, les uns dans la préparation de leurs plans, et les autres dans leur mise à exécution, se doivent de substituer les indications françaises aux inscriptions anglaises. Que les propriétaires qui font construire des logements ou des édifices publics exigent de leur côté l'emploi du même idiome !
Mais où l'ambiance anglo-saxonne nous a causé le plus de tort, sans parler des anglicismes et des tournures à l'anglaise dont elle est chez nous responsable, c'est bien dans l'ameublement. Que voit-on la plupart du temps? Un piano, un gramophone de marque anglaise ou américaine des chansons étrangères de mauvais goût ou des romances langoureuses, ou les disques qui les reproduisent, des "jazz band" enfin tout le matériel d'une école de musique que déteste à bon droit M. Frèd. Pelletier, et bien d'autres.
Les murs de nos résidences sont souvent ornés de jolis tableaux, mais la légende explicative est-elle toujours française ? Nous y voyons encore des calendriers anglais, mais il y a progrès de ce côté. Il ne faut pas en tout cas nous arrêter à mi-chemin, mais continuons la lutte entreprise.
Pénétrons plus avant dans les demeures, nous apercevons des boîtes et des assiettes à pain qui nous offrent du "Bread," des récipients qui nous invitent à y prendre du "Flour," du "Sugar," du "Sait," etc. N'en est-il pas ainsi pour les conserves et les différentes denrées servant à notre alimentation?
Enfin je crois que l'on peut soutenir que les neuf-dixièmes de tout ce qui sert à notre alimentation, à notre vêtement, à l'amusement de nos enfants et à l'ameublement de nos maisons sont de provenance anglaise ou américaine.
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Que celui qui en doute observe autour de lui et il fera cette triste constatation. Quel desastre du point de vue de notre indépendance économique !
Il est pourtant facile de remédier à cet état de choses déplorable, si toute la race voulait s'en donner la peine et agir avec ensemble. Que chacun de nous fasse sa petite enquête autour de sa maison, comme de Maistre autour de sa chambre, qu'il note ses observations et entreprenne courageusement les changements nécessaires aux exigences de la toilette française à sa demeure! Le mot d'ordre est donné, respectons le mot d'ordre!
C'est le temps des déménagements et des "grands ménages;" donnons donc tous un vigoureux coup de balai à tout ce qui n'est pas français et mettons y à la place des articles de marque ou de source française. Ces derniers ne manquent pas; il y a, par exemple, les phonographes "Casavant," les pianos "Pratte" et "Langelier," les poêles "Légaré," les conserves "Raymond," etc.
Il faut que la poussée soit telle que les fournisseurs I fassent pression sur les manufacturiers, et que ces derniers | produisent l'article qui satisfasse nos goûts avec nos besoins. ! Les manufacturiers et les marchands canadiens-français profiteront économiquement d'un tel mouvement; les compagnies d'assurances et les banques n'en ont-elles pas déjà ressenti les bienfaits ? Delà sorte cette campagne aura donc un double effet: développer dans nos demeures une atmosphère toujours plus française, et favoriser l'industrie canadienne-française, en la dégageant peu à peu des liens qui la privent de l'indépendance économique à laquelle elle m pourtant bien droit.
Roch BERGERON.
On n'entend que plaintes chez gens d'affaires. Crises financières, faillites, chômage, rien no manque à ce sombre tableau. Les optimistes apportent leurs consolations : Quand les affaires reprendront... tout ira mieux ! Mais Quand reprendront-elles? Pas avant que la liquidation des entreprises gonflées, maladroitement ou malhonnêtement conduites ne soit complète; pas avant que toutes choses ne soient rentrées dans Tordre économique. Les affaires ne se replacèrent pas toutes seules en une meilleure situation; il sera bon que hommes pratiques et penseurs se préoccupent de ces problèmes. Connaître les conditions de la crise, rechercher les moyens de l'atténuer, c'est l'une des nécessités de l'heure. Plusieurs des nôtres s'y emploient. A leurs idées ajoutons celles d'écrivains étrangers. Les relations sont si fréquentes entre les différents pays, la situation économique d'un peuple réagit si fortement sur celle de son voisin qu'il est utile de regarder au delà de nos frontières.
Quel est l'état des affaires en Europe ? Sa reconstruction matérielle est-elle possible? On ne saurait se désintéresser de ces sortes de problèmes. A la conférence de Gênes, il fut question d'un consortium où le Canada fut invité à prendre place. Quelles idées avons-nous touchant la situation économique que firent aux pays européens la guerre et la paix ?
Deux livres aideront nos lecteurs à compléter à ce sujet leur information : "Le déclin de l'Europe" et "La recons-
truction économique de l'Europe". l Ces deux ouvrages se complètent sur plus d'un point; tandis que le premier fait voir l'affaiblissement de l'Europe, le second indique les moyens de lui redonner vigueur et puissance.
Que l'Europe soit sur son déclin, M. Demangeon n'en doute pas. Son domaine se démembre; il se produit un déplacement de fortune. Sur des territoires différents, à des titres divers, les héritiers de l'Europe sont les Etats-Unis et le Japon. Ce déplacement du centre de gravité du monde n'est pas un fait nouveau. Il commença avec la naissance des foyers de haute puissance que constituent les Etats-Unis et le Japon. "Cette évolution, écrit M. Demangeon, dure déjà depuis un demi-siècle; elle ne doit rien, dans ses origines, à la guerre; mais la guerre l'a précipitée et consolidée". La guerre accrut F "évolution économique qui fermente à l'intérieur des sociétés et dont le dénouement paraît être conforme à l'idéal de justice du plus grand nombre des hommes." M. Demangeon considère, dans son livre, ce déplacement de fortune non pas du point de vue social, mais du point de vue international.
La guerre, à son dire, eut trois effets directs sur l'économie européenne. L'arrêt de la production obligea l'Europe d'acheter à l'étranger, achats qui l'endettèrent et la rendirent débitrice de ses anciens créanciers. La destruction des biens la força à se reconstituer, l'Europe perdant ainsi les moyens de créer de nouvelles richesses à échanger. La mort de millions d'hommes a tari une source d'énergie. Depuis l'époque des grandes découvertes, l'Europe avait imposé à l'Univers sa direction économique. La fin du
Le déclin de l'Europe par A. Demangeon, maître de conférences de géographie à la Sorbonne; La reconstruction économique de l'Europe, par Georges Valois.
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dix-neuvième siècle révéla la vitalité et la puissance de certaines nations extra-européennes. La guerre de 1914-191 8, précipitant l'essor de ces nouveaux venus, diminuant les vertus productrices de l'Europe, fit passer la fortune de celleci aux mains des peuples de l'Amérique et de l'Asie.
En matières alimentaires, l'Europe tombe sous la dépendance des autres pays; les rendements de son agriculture s'abaissent, la production s'accroit ailleurs. Au chapitre des récoltes, nulle part l'essor ne fut plus rapide que dans l'Amérique du Sud. L'achat de denrées de consommation et d'articles manufacturés a valu à l'Europe d'énormes dettes. Quelques pays — la France, en particulier, — ■ ont d'autres charges résultant des dommages, des destructions, des pillages. Certaines régions de l'Europe ont donc vu leur épargne passer entre les mains de leurs fournisseurs ; il leur reste à payer leurs créanciers et à réparer leurs ruines. A cette situation malaisée s'ajoute le "déchet humain". La guerre a supprimé pour l'Europe plus de huit millions et demi d'hommes. Comptons aussi les morts prématurées, songeons au ralentissement du mouvement des naissances. Comment pourra se réparer cette perte de capital humain ? Il y a raréfaction de la main-d'œuvre. Il existe un autre aspect du problème. "L'influence, que depuis des siècles l'Europe exerce dans le monde, ne procède pas seulement de la puissance de ses ressources matérielles : elle repose aussi sur l'abondance de son personnel humain". De vastes pays se sont peuplés d'Européens. "Ce trop plein d'hommes, qui a engendré le plus puissant mouvement de colonisation de l'histoire, va-t-il continuer à s'écouler de notre vieux continent ?" M. Demangeon croit que l'Europe ne peut plus "assumer cette fonction de semeuse d'hommes". Le nombre des émigrants diminuera. Puis, "le niveau social des immigrants s'abaisse tellement que la nation amé-
ricaine craint de ne plus pouvoir les assimiler". Pensons à ce fait, ici au Canada. Elevons contre le flot de l'immigration une barrière suffisamment haute pour qu'elle arrête les étrangers ignorants, incultes, ou tarés. Non seulement le rôle de l'Europe comme productrice d'hommes décline, mais M. Demangcon pense même que maints récents arrivés retourneront en Europe. "Un renversement d'influence se préparc : c'est l'Amérique qui vient en Europe ; la marche de la civilisation change de sens".
Non seulement l'Europe ne pourra plus coloniser, mais en maints pays sa suprématie sera de plus en plus contestée. M. Demangeon, en des pages fort intéressantes, raconte les efforts qu'accomplissent les races indigènes pour secouer la tyrannie européenne.
"Au cours de son expansion universelle, écrit-il, l'Europe trouva l'un de ses moyens d'action les plus énergiques et les plus fructueux dans l'exploitation des peuples dits inférieurs : sur leur propre terre elle appliqua leur force à travailler et à produire pour elle". Une révolution, va se produire dans les rapports entre les Européens et les autres hommes. L'Europe voit surgir le problème des races. Que deviendra la domination européenne dans les pays de colonie et de protectorat? Il "s'agit d'un procès entre la civilisation européenne et les civilisations indigènes que l'Europe tient asservies."
Chez les autres peuples de la terre, l'européen fut "avant tout, marchand; il s'agissait pour lui d'acquérir des biens et d'accroître ses richesses". En certains pays, il extermina les indigènes; "dans l'Australasie et dans l'Amérique du Nord, régions de climat tempéré où il put vivre et faire souche, il a fait place nette". "Par contre, dans 1rs pays chauds, il n'a pu trafiquer qu'avec leur collaboration, parce qu'elles (les races indigènes) sont adaptées
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au climat et seules capables de travail corporel : il s'est implanté là comme directeur de la production et guide de l'exploitation". On veut repousser cette tutelle; il y a, dans certains pays, friction vive entre Européens et non- Européens. Les idées d'émancipation se répandent parmi les races assujetties à l'Europe; "elles appartiennent à un mouvement universel qui ébranle la fortune de l'Europe et la suprématie de la race blanche. Aucune colonie européenne n'est à l'abri de cette effervescence". Révolte des nègres aux Etats-Unis, foyer de nationalisme et d'émancipation indigène en Egypte, insurrections dans l'Inde, font connaître aux Européens cette nouvelle attitude. "Une révolte de l'Inde qui chasserait les Anglais, ébranlerait les fondements de l'Empire britannique; elle changerait la carte du monde". Il semble que cette événement doive se produire. "On assiste dans l'Inde au lent travail qui prépare une solidarité nationale en face de la domination européenne". L'autonomie partielle que l'Angleterre accorde aux Hindous ne fera que les aider à travailler dans l'intérêt de leur pays et pour une complète indépendance.
Mais ce déclin de l'Europe ne profitera pas seulement aux races indigènes soumises jusqu'ici à sa domination. Les Etats-Unis et le Japon seront au premier rang des bénéficiaires. "L'unité de la terre s'était réalisée sur un plan européen; plusieurs plans qui s'ébauchent vont dissocie] cette œuvre; certaines parties de la terre s'uniront sur m plan américain, d'autres sur un plan japonais; il n'y aun plus unité, mais pluralité d'influences". M. Demangeoi montre, en face de l'Europe appauvrie, deux pays en traii de devenir les maîtres du monde, la République américaine et le Japon. Puissances financières, puissances maritimes, les Etats-Unis et l'Archipel japonais paraissent devoir rem-
placer l'Europe dans son rôle d'agent financier, commercial, manufacturier, colonisateur.
L'Europe a-t-elle donc fini son règne ? M. Demangeon se console en écrivant que la grandeur des peuples se fonde sans doute sur le territoire qu'ils occupent, mais aussi "sur le nombre des hommes, sur leur état de civilisation, sur leur progrès mental, sur leurs aptitudes à dominer la nature". Mais il note qu'il s'"agit ici plutôt de valeur que de grandeur". L'Europe, à son dire, perdra son rang dans V "échelle des grandeurs", mais conservera, grâce à sa forte originalité, "une place toute personnelle dans" l'échelle des
valeurs".
Quelle que soit la réalité des causes du déclin de l'Europe, M. Georges Valois appelle de tous ses vœux sa reconstruction. Il y travaille de son mieux. A preuve son récent ouvrage, recueil d'études composées en 1921 et 1922.
Il faut commencer cette reconstruction, écrit M. Valois, par la Belgique et la France. "Ensuite, on verra, on ira de l'ouest à l'est, pour regagner petit à petit les terres européennes à la civilisation. Mais la méthode qui con- ' siste à commencer par la fin, c'est-à-dire par l'Oural et les régions de la Caspienne, et avec le concours des Ravageurs cette méthode est bien faite pour achever de miner l'Europe que l'on prétend reconstruire. C'est la méthode de Cannes : si elle est celle de Gènes, l'Europe peut commander ses vêtements de deuil". La reconstruction européenne est une affaire, disent les uns. Pour la France et la Belgique, c'est un acte de justice, répondent les autres. 11 est "très imprudent d'opposer la Justice à l'Intérêt", ajoute M. Valois. Lorsque 'Ton ne peut faire que ce qui est juste soit tort, il faut faire que ce qui esi fort soit juste". Rappelons que "la base de la reconstruction économique europé-
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enne, c'est l'ordre politique, c'est l'ordre social, et que la base de l'ordre politique et de l'ordre social n'est pas dans le pommeau de l'épée, mais dans la tête ci dans le cœur de chacun". Il y a, au jugement de M. Valois, deux plans possibles de reconstruction de l'Europe : l'un, d'origine allemande, vise la Russie; l'autre, l'Europe centrale. Celui-ci est le meilleur.
Au nom de l'ordre, M. Valois dénonce les agents de dislocation. Le bblchevisme n'est pas un phénomène économique, mais un phénomène politique. Il met en péril la civilisation européenne elle-même. Le bolchevisme est l'organisation, en un système universel, des appétits de destruction qui demeurent au cœur de l'homme, que les sociétés s'ingénient à contenir mais qui, parfois, brisent, en. une génération, l'œuvre d'ordre des siècles". Fermons l'Europe à la propagande soviétique. Pour se sauver que la Russie se débarrasse du gouvernement des Soviets, régime politique incapable de la conduire. Tant que ce gouvernement dirigera les affaires de la Russie, même les secours fournis par les autres nations à sa population en détresse ne serviront à rien. Défions-nous à ce sujet de l'Allemagne. Première protectrice des bolchevistes, elle cherche à tirer parti de tous les événements, heureux ou malheureux, qui se passent en Russie. M. Valois est opposé à la forme de syndicalisme que représente la Confédération générale du Travail. Celle-ci "est une organisation de classe, fondée pour la lutte des classes et pour l'établissement de la dictature du prolétariat". Elle "n'est pas une formation professionnelle, c'est une formation de guerre civile ou sociale qui constitue une armée qu'elle recrute par profession". Elle est aujourd'hui "le seul obstacle au développement du syndicalisme, à sa participation à l'organisation de l'économie nouvelle".
Après diverses études liées aux problèmes d'ordre économique (chômage et production, inflation et déflation, bonne et fausse monnaie, banques et impôt sur le capital), M. Valois touche aux moyens d'action propres à reconstruire la fortune des nations européennes. Pour "réunir en un seul faisceau les forces actives de l'Europe", M. Valois adresse trois émouvants appels : aux intellectuels, aux peuples travailleurs, au Souverain Pontife. Les intellectuels, dit-il, sont les maîtres de l'avenir de l'Europe. "Selon ce qu'ils décideront, selon ce qu'ils enseigneront, ou l'Europe pacifiée reprendra la tête de la civilisation, ou elle sera détruite de fond en comble, du nord au sud. C'est fini de rire... Intellectuels, les idées que nous lançons dans le monde ce ne sont pas choses de bibliothèque ou de salon. Ce sont ou bien de grandes bienfaitrices ou bien de terribles ennemies de l'humanité." Que les intellectuels soient prévenus contre le péril des salons littéraires; qu'ils le soient aussi contre cet autre péril que constituent "les assemblées où l'on met en contact les intellectuels et les hommes d'affaires". Il ne faut pas, certes, que l'intelligence s'isole de l'industrie. Mais il faut que le contact s'établisse entre représentants de corps organisés, alors que les industriels y gagnent des idées générales, les intellectuels des vues plus justes sur le rôle des chefs d'industrie. Les résultats sont moins heureux quand les rencontres se font "entre personnalités n'engageant qu'elles-mêmes, dans des conditions qui créent une sorte de vie mondaine. L'intelligence a eu le dessous; elle est entrée dans la servitude des hommes d'argent". "Si l'homme d'affaires esl un homme de première utilité dans une nation, il est parmi ceux qui sont les moins qualifiés pour donner dos directions à l'esprit". Aux intellectuels revient la fonction d'être les vigilants gardiens de
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L'esprit devant les hommes d'affaires afin de ramener ceux-ci au service de la nation.
Aux peuples, M. Valois rappelle que le salut est dans le travail. Il les convie à s'associer afin d'écarter la guerre, d'organiser la paix du monde. Pour les y aider, il proclame d'essentielles vérités, celles-ci, par exemple. La reconstruction est d'abord une oeuvre de l'esprit. "C'est l'esprit même de l'Europe qu'il s'agit donc de reconstruire tout d'abord, si l'on veut que la reconstruction matérielle aboutisse." Redonnons aux peuples européens une doctrine éprouvée qui serve de base au travail, l'idée de la propriété individuelle des biens et du produit du travail de chacun. Ajoutons, du reste, que l'idée de la propriété individuelle n'acquiert ses pleines vertus que lorsqu'elle apparaît comme un bienfait social, "lorsque l'homme qui possède est regardé, sans que son droit propre soit nié, comme l'administrateur social des biens qu'il possède." L'Europe a été fondée sur cette idée même que "la propriété, bien qu'elle soit rigoureusement individuelle, est une charge sociale." Avec l'organisation du travail reposant sur l'idée de la propriété individuelle, la nation apparaît comme un ensemble de corps organisés. Recréons donc d'abord les conditions intellectuelles et morales nécessaires au travail, puis, cette "réfection intellectuelle étant décidée," commençons la reconstruction matérielle.
Mais pour mettre tous ces projets à exécution, il faut la collaboration, il faut l'union des efforts. Quelle est la nation qui appellera les autres à une coopération? M. Valois invite les peuples à solliciter, dans ce but, "l'intervention d'une puissance qui nous dépasse tous par sa nature et par son objet, la seule puissance qui, attentive à notre prospérité matérielle, nous rappellera toujours que notre plus grande obligation est de l'ordre de l'esprit, et que rien
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ne nous sera donné si nous l'oublions." M. Valois a rédigé cet appel au Saint Père qu'il remit aux Associations professionnelles françaises. Il demande aux hommes et aux groupements des divers pays de le reprendre en leur nom. Les adhésions individuelles ou collectives à cet appel pour la reconstruction intellectuelle et économique de l'Europe, ne manqueront pas de toucher le Souverain Pontife. Pie XI pourrait-il demeurer insensible à la lecture de ces pages empreintes de tant de mesure et d'ordre, marquées d'une si haute spiritualité ? La paix des âmes est signée, mais la paix des âmes n'est point faite, y avouent les peuples de la terre. Nous craignons le réveil des forces obscures qui nous jetèrent les uns contre les autres. La seule vraie paix est celle de l'esprit. Seule Votre Sainteté peut appeler toutes les âmes à la vraie paix. Assemblez donc les peuples aux pieds de son Siège. C'est de vérité que ces peuples ont faim autant que de pain. La défiance demeurera partout aussi longtemps que les nations n'auront pas entendu la parole suprême qui rappelle à tous la mission de l'homme, des peuples et des Etats. Autour du Siège romain, se doit ordonner la réfection du monde. Les nations s'uniront pour l'oeuvre de paix si elles y sont appelées, non plus par l'une d'elles, non plus par le Fer ou par l'Or, mais par la Parole du Successeur de Pierre.
C'est sur ces idées morales et religieuses que M. Valois termine son étude d'économie politique. M. Dcmangcon commence la sienne par cette affirmation que la guerre démontra avec force le rôle des facteurs économiques dans la vie du monde, que ce qui mène d'abord les hommes, c'est la sécurité des moyens de vivre, la conquête du bien-êl re ma-
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tériel et le souci du paie quotidien, que la recherche du progrès économique se place en tête des aspirations des peuples, que l'on croit toujours que le moyen d'être heureux est de posséder la force économique. Pour M. Demangeon, la guerre, par sa destruction de tant de richesses, précipita l'Univers dans cette course à la fortune; le travail matériel dominera dans les aspirations des hommes; "il y aura là,
pour un temps indéterminé, une régression de l'esprit;.
c'est dans la mesure où ses mains collaboreront à cette oeuvre (de reconstruction matérielle) que se déterminera la valeur sociale d'un homme."
M. Valois, lui, veut que "la valeur sociale d'un homme" se détermine aussi par autre chose. Une loi demeure au-dessus des pierres et des sacs de blé, au-dessus du bois et du métal. Les nombres, au moyen desquels l'on compte ces richesses, "obéissent à d'autres nombres, invisibles, mais plus réels. Dans cet âge du Fer, que nos oeuvres soient dominées par cette pensée que la paix ou la richesse des cités réside, non point dans les nombres qui représentent les choses crées par notre main et que dénombrent les calculateurs, mais dans ces nombres qui représentent nos biens spirituels."
Pensée profonde que doivent méditer en tous pays intellectuels et politiques, économistes et hommes d'affaires.
Antonio Perrault.
LIVRES DE PRIX. — Voici venir la fin de l'année scolaire. Collèges, couvents, commissions scolaires, parents donneront des livres à nos écoliers et écolières. Choisissons, de préférence, pour ces récompenses, des ouvrages canadiens-français. On encouragera ainsi nos auteurs, on encouragera ('gaiement nos maisons d'édition et de reliure. A la lecture de ces livres traitant des choses de chez nous, nos enfants sentiront grandir leur patriotisme et leur amour de notre race.
Dans un article précédent, nous avons écrit que pour obtenir une grande production il était nécessaire de rendre le sol neutre, en d'autres mots d'en éliminer l'acidité. C'est le moyen de le mettre en condition physique suffisamment bonne pour lui permettre de retirer des engrais chimiques, et même du fumier, tout le bien qu'on est en droit d'en attendre. Voyons ce que sur cette question pensent certains agronomes des Etats-Unis et du Canada.
Un agronome de l'Iowa, E.-U.,- le professeur P.-E. Brown, dans un bulletin du collège d'agriculture de cet Etat, No 150, page 5, affirme que la moyenne des agriculteurs, loin de cultiver la terre, font 1 office de mineurs et minent le sol d une façon inconsciente et criminelle. Au lieu de maintenir le sol dans un état propre à conserver la fertilité, ils en soutirent aveuglément tout ce que certaines récoltes peuvent leur rapporter sans s'arrêter un seul instant à l'idée que les éléments de fertilité que ces récoltes enlèvent ne reviendront plus jamais, s'ils négligent de remettre à la terre ce qu'elle a si généreusement fournie. Ils minent ainsi leur ferme et s'aperçoivent un bon jour qu'elle ne rend plus; alors ils l'abandonnent et laissent derrière eux un sol appauvri, improductif et désolé qu'ils quittent pour aller ailleurs, sur un sol vierge, recommencer leur travail de destruction. A la page 33, il constate qu'aujourd'hui il es1 reconnu universellement qu'un sol acide1 n'est pas un sol fertile et que des moissons récoltées sur un sol semblable ne fournissent pas de rendements satisfaisants. Dans un bulletin 228, de l'Université de Kentucky, à la page L22,
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on lii ce qui suit. "C'est une erreur communément partagée de croire que la fertilité est simplement due à la présence dans le sol des éléments nutritifs de la plante (azote, potasse, acide phosphorique et chaux). Pour que les récoltes puissent utiliser avec profit ces éléments nutritifs, il est essentiel que le sol soit bien constitué, et souvent beaucoup d'argent et de temps sont dépensés en pure perte par le fait d'étendre des engrais sur des sols en mauvais état physique."
L'acidité du sol est-elle seule alors la cause du manque de fertilité d'une terre ? Non. On admet que pour arriver à une grande fertilité, les cultivateurs ont à leur portée, plusieurs moyens qui doivent tous être employés, lorsque le besoin s'en fait sentir. Ces moyens sont l'assolement, la sélection des semences, l'emploi du fumier, l'usage des engrais pour suppléer au manque des éléments fertilisants, un excellent drainage et enfin et surtout, l'amendement du sol pour rendre la terre propice à une forte production. Parmi tous ces facteurs nécessaires à la bonne production, l'amendement du sol est de très grande importance, et on doit y avoir d'abord recours, si, comme c'est le cas pour le Québec, la terre n'est pas dans un état physique suffisamment excellent pour donner de bons rendements. Il serait en effet inutile de faire de l'assolement, succession méthodique de cultures combinées dans le but d'obtenir du sol les meilleurs résultats possibles sans l'affaiblir, ou de surveiller le choix des semences, ou d'employer avec abondance le fumier de ferme, ou d'utiliser les meilleurs engrais, ou encore de posséder des champs bien drainés, si la terre qu'on cultive n'a pas une bonne texture ou si elle est acide. L'usage ou l'existence des premiers moyens produiront certainement des résultats, mais ces résultats seront fort amoindris, et les rendements seront fort désappointants, si on néglige l'amendement, qui aidera justement aux autres moyens et doublera
leur efficacité, en remplissant dans le sol plusieurs fonctions utiles dont les deux principales sont, la neutralisation d'acides et d'autres substances nuisibles et la modification de la structure du sol. Plus tard, en traitant de l'amendement, nous verrons son effet sur la structure du sol. Contentons-nous d'étudier cette fois les dommages produits par l'acidité contenue dans le sol.
Définissons d'abord l'expression sol acide. C'est un sol où ne se trouve pas l'élément qu'on appelle base, c'està-dire une substance qui, combinée avec un acide, produit un sel. En d'autres mots, un sol est acide quand ont disparu les sels nécessaires pour neutraliser les acides qui se sont accumulés dans le sol par la décomposition des matières organiques qui y sont contenues. Blair et Macy, du Collège d'agriculture de Floride, disent que l'acidité peut être attribuée à la formation d'acides organiques dûs à la décomposition de matières végétales, surtout dans les terres marécageuses. Conner de l'Université Purdue, Indiana, a trouvé que la présence de nitrate d'aluminium dans beaucoup de sols indiquait l'absence de sels capables de capter les acides qui se forment dans la terre. Un allemand Berzelius, en 1839, donna à des réactions chimiques tirées du sol le nom d'acide humique pour une réaction soluble et d'humine pour une réaction insoluble dans une solution alcaline. Cet acide humique est supposé être dû à la décomposition lente du résidu des plantes qui s'accumulent sur le sol. Karraker, de Kentucky, parle ainsi de l'acidité : "L'acidité est un défaut qui se trouve presque toujours dans le sol. Celte condition est due à la présence dans la terre d'acides, ou dv substances favorisant la formation d'acides, ainsi qu'à l'absence do bases ou de composes alcalins. On croit généralement que la décomposition des matières organiques produit des acides. En réalité ceci n'arrive que dans des
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terrains humides, non drainés. Cette décomposition dans la plupart des terres produit peu d'acidité et non d'une façon permanente, et il n'y a pas à craindre alors d'incorporer à la terre de nombreux débris de matières végétales. La condition acide des terrains élevés du Kentucky est duc principalement à la présence de composés acides abandonnés par la pierre des temps anciens et d'où proviennent les sols, et aussi à la disparition de bases qui ont dû se trouver présentes à l'origine. Ces substances alcalines se dissolvent lentement dans l'eau des pluies et sont emportées dans le drainage souterrain. De cette façon tous les sols deviennent lentement acides et, avec le temps, même les sols sur fond calcaire voient leur surface devenir acide à moins que des substances calcaires y soient de nouveau incorporées".
Clinton du New-Jersey fournit 4 raisons de l'acidité. Les sols deviennent acides, dit-il : 1. Parce que la chaux est constamment enlevée par l'eau des pluies; 2. Parce que la chaux est accaparée par toutes les moissons en plus ou moins grande quantité; 3. Parce que la décomposition des matières organiques du sol produit de l'acidité; 4. Parce que certains engrais laissent des acides dans le sol. Le Dr William Frear, de Pensylvanie, s'étend considérablement sur cette question de l'acidité du sol, dans un bulletin No 261, du département de l'agriculture. Il écrit à la page 78 : — "Il est connu depuis longtemps qu'après une succession d'années de culture, des sols originairement neutres ou alcalins deviennent acides." Il explique à la page 81 comment les sols deviennent acides et plus loin à la page 103, que le plus grand degré d'activité se manifeste dans le sol seulement lorsqu'il est neutre ou légèrement alcalin.
Il est donc certain que certains acides finissent par apparaître dans la terre et que leur présence, indiquée par le papier bleu de tourne-sol que les acides ont la propriété
de tourner au rouge, est fort nuisible. II est important pour obtenir une forte production de l'éliminer complètement.
Ames et Schollenberger, de l'Ohio, disent que le moindre degré d'acidité existant dans le sol est mauvais pour la production et que la neutralité du sol, ou mieux,' qu'une faible alcalinité offre une condition des plus favorables à la poussée des plantes. Johnson, d'Oklahoma, affirme qu'alors même que certaines plantes résistent ou souffrent moins à l'acidité du sol, qu'un semblable état est loin d'être désirable, qu'il explique bien souvent les insuccès de certaines moissons et est la cause directe des faibles rendements. Conner, d'Indiana, rapporte que les expériences de laboratoire et que la pratique démontrent clairement que dans l'Indiana et partout ailleurs, l'acidité du sol est au détriment de la grande production. Frear de Pensylvanie note lue l'acidité a pour effet de diminuer, et bien souvent de iétruire entièrement la vigueur des bactéries que tout sol ioit contenir pour produire. Il fait remarquer qu'il est vrai qu'un agriculteur peut choisir une rotation de culture }ui ne souffrirait pas de l'acidité, mais qu'il est inconcevable qu'un système semblable puisse être adopté sur me terre acide et conduire à un succès financier, pour la ïimple raison qu'un tel assolement éliminerait la culture de noissons les plus en demande. Bachtell de 1 Ohio, assure qu'une agriculture acide n'est pas désirable, que c'est une alternative malheureuse laissée à ceux qui sont dans l'impossibilité de se procurer une base telle que la chaux.
Ajoutons le témoignage de quelques auteurs canadiens.
Dr Frank T. Shutt, agronome d'Ottawa, dans un bulletin No 27, page 4, écrit : "Nous ne devons pas dire aux culivateurs que les rendements sont absolument, entièremenl )t exclusivement dépendants des éléments fertilisants du loi, ni même de la proportion de ces éléments contenus dans
le sol; il y a d'autres facteurs; l'humidité que doil contenir le sol, la température et nombre d'autres conditions qui font qu'une récolte donne le succès ou la faillite". Dans un bulletin subséquent, No 80, page 7, le Dr Shutt rappelle que l'acidité du sol est la cause de bien des insuccès en agriculture : "Àcidity or sourness in a soil is a property or quality distinct ly detrimental to the thrift of most farm crops; lime, and carbonate of lime, combine with and neutralize the soils acids and the excess used renders the soil slightly alkaline, a condition favorable to crop growth. In tins way lime and other alkaline lime compounds may restore, and enhance fertility". Prof. 11. Harcourt du Collège d'agriculture de Guelph (Bul. 238, page 8) dit que la présence d'une base dans le sol est essentielle à la poussée des plantes, et donc qu'il faut éliminer l'acidité. Dr. J.-H. Grisdale, sous-ministre de l'agriculture à Ottawa (Rapport conférence à Winnipeg, page 12), mentionne que la majorité des fermes de l'Ouest ne produisent pas aujourd'hui comme elles produisaient il y a 20 et 30 ans. Les facteurs qui diminuent la fertilité et procurent de faibles rendements sont entre autres la présence des mauvaises herbes indiquant un sol acide et la pauvre condition physique du sol due aux mauvaises méthodes suivies. Prof. James W. Robertson, également d'Ottawa, parle dans le même sens. M. L.-C. Harlow de la Nouvelle-Ecosse prétend que le soin de la terre et le besoin de rendre au sol l'alcalinité perdue doivent être un des principaux buts que doit poursuivre le cultivateur.
Que faut-il penser du sol de la province de Québec M. A.-T. Charron, directeur du laboratoire de la province de Québec, est celui qui est le plus en mesure de nous renseigner sur l'état du sol québécois. C'est à lui qu'on s'adresse pour connaître les traitements que nécessitent les
sols de la province. Chaque année, M. Charron fait rapport sur les études qu'il a eu occasion de faire avec les échantillons qu'on lui fournit. Voyons ce qu'il écrit dans chacun de ses rapports. Celui de 1915, page 20, mentionne que les sols humifères deviennent souvent improductifs, par la présence d'une surabondance d'acide (humique) provenant de la matière organique en décomposition. Ces terres sont sûres, dit-il. A la page 18, il écrit que les diverses variétés de calcaire, qui enlèvent au sol leur acidité, exercent une influence considérable sur la productivité des terrains cultivés. En 1916, M. Charron affirme que la plupart des échantillons de terre soumis à son appréciation accusait une forte acidité. "L'étude de ces résultats est très intéressante. Ce qui frappe d'abord c'est la forte proportion de ces sols qui sont acides. En effet 73% de ces terres accusent une acidité très prononcée."
Le rapport de 1917 fournit l'analyse de quelques sols de l'Ile d'Orléans. Il est remarquable, dit M. Charron, que de ces 16 échantillons de terre, deux seulement ne sont pas acides. Le même rapport donne l'analyse de onze sols de l'Abitibi. Tous à part un, dit M. Charron, accusaient une acidité assez prononcée. En 1918, M. Charron analyse certains sols de Saint-Michel, de Bcllcchasse, ouverts à l'agriculture depuis au delà de 2 siècles. Il n'en trouve que deux d'alcalins. Certains sols étaient fortement acides. Ces constatations lui font dire, page 111: — "L'analyse on effet a démontré que la plupart des sols dont les rendements diminuent sont acides et pauvres en chaux". Le rapport de 1919, sous la rubrique de "Terres arables", donne la vraie théorie sur la fertilité du sol. A certains correspondants qui lui demandaient l'explication du faible rendement de leurs terres, M. Charron explique que "pour que la plante exerce parfaitement ses fonctions, il faut non seulement
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qu'elle trouve dans non habitation une abondance d'aliments convenables dans les proportions requises, mais qu'elle soit confortable et aucunement gênée. Une terre, riche en éléments essentiels de fertilité, peut être considérée par le chimiste très fertile, et cependant ne donner qu'une récolte médiocre, si elle ne possède pas les autres qualités nécessaires au bien-être des plantes". Rendant compte du résultat des analyses faites durant le cours de l'année, M. Charron constate que la plupart des sols analysés sont acides. En effet, 77% des échantillons reçus accusent une acidité considérable. L'examen des sols de la pépinière de Deschambault prouve que tous ont besoin de bases à des degrés divers. Les terres d'une ferme de Vaudreuil démontrent le même besoin. Le dernier rapport de M. Charron est celui de 1920-1921. De nouveau M. Charron est frappé de la généralité de l'état d'acidité des sols qu'on lui fait parvenir pour examen. Des 25 sols analysés durant l'exercice, il n'y en a qu'un qui ne soit pas acide. D'où il juge que bien qu'il ne reçoive généralement que des échantillons de terres qui ne donnent pas satisfaction sous le rapport du rendement, la seule conclusion qu'il puisse tirer de tous ces résultats analytiques, "c'est que les terres qui ne donnent pas des récoltes satisfaisantes sont surtout pauvres en acide phosphorique et en potasse, et souffrent d'acidité et du manque de matière organique".
M. Léo Brown, surintendant des fermes de démonstration du Québec, dit que pour la culture du trèfle, il faut éviter les terrains acides ou aigres. M. H.-M. Nagant, professeur à Oka, traite de l'amendement du sol dans un bulletin spécial, No 61. Il y est dit que l'alcalinité du sol est nécessaire à une foule de microbes utiles qui ont pour mission de convertir l'azote de l'humus de la terre en nitrate assimilable. Dans certains sols, très pauvres en chaux et
donc fortement acides, l'état alcalin est nécessaire, indispensable même. Commentant les expériences faites depuis de nombreuses années, sur les rendements, les engrais, l'acidité du sol, par les stations agricoles des états de Pcnsylvanie, de l'Ohio, d'Indiana, de New-Jersey, d'Illinois, de Massachusetts, etc., M. Nagant rapporte qu'une conclusion générale et unanime est formulée par les éminents agronomes qui dirigent ces stations : "C'est qu'en fait de fertilisants complémentaires, l'acide phosphorique et les amendements calcaires, conjointement avec le fumier, sont à la base du maintien et de l'augmentation de la fertilité du sol."
Je crois qu'il n'en faut pas plus pour démontrer l'avantage de l'amendement en culture agricole, et les dommages que peuvent causer la présence de l'acidité dans le sol et l'existence de la mauvaise condition physique de la terre. C'est pourquoi il est important que les cultivateurs s'occupent tout d'abord de ces deux questions, quittes à diminuer plutôt la superficie de leurs terrains ensemencés et à prendre le temps nécessaire pour améliorer leur sol et éliminer l'acidité qui s'y trouve en quantité plus ou moins considérable.
En agriculture il est moins important d'avoir d'immenses étendues sous culture que de retirer de forts rendements sur de moindres espaces. 11 est certain que dans le premier cas, en voulant faire trop grand, on risque de négliger la qualité pour la quantité, tandis que dans le second, l'activité du cultivateur est concentrée à obtenir sur un petit terrain, dans le même temps, avec moins de maind'œuvre et de dépenses, un résultat aussi élevé, parfois plus élevé, que sur un vaste champ. En d'autres mots encourageons la culture intensive plutôt que la culture extensive. si Pierre réussit à retirer d'un arpent un rendement double de
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celui de l'arpenï cultivé par Paul, il est clair que Pierre retirera de sa culture un bénéfice aussi considérable que Paul; mais Pierre n'a vaut ensemencé qu'un arpent, alors que Paul pour arriver au même résultai dut en ensemencer deux, il est également clair que Pierre a pu consacrer moins de temps à sa culture que Paul, que Pierre a pu se livrer à d'autres travaux qui lui ont rapporté d'autres bénéfices, et (lue les risques de son temps, en cas d'accidents, de gelées, de grêle, de dommages, ont été moindres sur un arpent que sur deux, que les réparations à apporter aux dommages occasionnés se sont faites plus vite par le premier que par le second. En ces années où le temps est de l'argent, il est évident qu'il est plus profitable d'obtenir de très forts rendements plutôt que de chercher à doubler le nombre des terrains en culture. Plus nous allons, plus ce sera profitable au cultivateur de retirer de son sol 60 boisseaux à l'arpent cultivé au lieu de 30 boisseaux par arpent pour deux arpents cultivés.
Ces quelques considérations nous amènent à espérer que les efforts de tous ceux qui ont pour mission d'encourager l'agriculture se porteront vers cet idéal des forts rendements. Qu'on recommande, par tous les moyens possibles, l'élimination de l'acidité du sol et la pratique de tout ce qui peut contribuer à améliorer la terre. Que l'objectif en vue soit les résultats obtenus dans les vieux et progressifs pays d'Europe, où la culture se fait cependant depuis des siècles, où le travail de la terre est intense, où l'appauvrissement du sol devrait être plus marqué que chez nous, mais où l'emploi de méthodes scientifiques et rationnelles a doublé et même triplé les rendements qui, il y a 50 ans à peine, tout comme chez nous, s'en allaient à vau-l'eau. Travaillons tous ensemble à faire obtenir les mêmes chiffres que ceux des pays européens les plus avancés; de la sorte,
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nous verrons des problèmes troublants, la vie chère, la désertion des campagnes, le dégoût de l'agriculture, le mécontentement des classes agricoles, disparaître par suite de l'aisance, du confort, des profits, de la vie facile et agréable qu'apportera à l'agriculteur l'augmentation des récoltes du Québec.
Louis Hurtubise,
Ingénieur consultant.