LES RENOUVELLEMENTS
L'année achève. Nous espérons que nos amis voudront bien immédiatement renouveler leur abonnement.
Une excellente coutume à prendre, ce serait de joindre à ce renouvellement un ou plusieurs abonnements nouveaux. Souvent, on n'aurait pour cela qu'à dire une parole opportune.
Que nos amis veuillent bien y songer !
A TRAVERS LA VIE COURANTE
$5.00 Au rez-de-chaussée de l'hôtel des postes, rue Saint-
UÙWGïds Jacques, à Montréal. Tout près de l'entrée principale se trouvent deux guichets pour la vente des timbres-poste. Depuis quelques mois, au-dessus du dernier une pancarte est suspendue avec cette inscription: S5.00 upwards. — Ah ! remarquait l'autre jour un brave homme dont la connaissance de l'anglais est rudimentaire, pour $5.00 il faut aller en haut ... Et il se dirigea vers l'ascenseur.
Comme un employé passait: "A quel étage, monsieur, les timbres ?" demanda-t-il.
— Mais ici même.
— J'en veux pour $5.00.
— Deuxième guichet.
— Mais c'est marqué: En haut !
— L'autre sourit. En haut. . . en haut de $5.00 !
— Vous ne comprenez pas ? Cela veut dire que quand on veut des timbres pour $5.00 ou plus, on s'adresse à ce deuxième guichet. Est-ce clair ?
— C'est clair, maintenant que vous me le dites. Mais ce ne l'était pas sur votre pancarte. Si c'était écrit en français, on ne se tromperait pas !
— Cela ne me regarde pas ! repartit l'employé. Et il tourna les talons.
Mais ça regarde tout de même quelqu'un, ça regarde certainement, par exemple, le maître de postes. Et comme ce fait est absolument authentique, qu'il a même dû se produire plus d'une fois, une réforme s'impose. Est-il si difficile de mettre à côté de l'inscription anglaise une inscription française ? Il en est ainsi pour presque toutes les autres affiches de l'édifice. Celle-ci ne devrait pas faire exception.
A la, bibliothèque Même remarque pour la bibhothèque mu-
TTÎUniciùClle nicipale. Les affiches bilingues y existent,
nous le savons. Mais n'en manque-t-il pas
quelques-unes? "Samedi dernier, m'écrit un ami, je suis allé visiter
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la bibliothèque municipale. Dans la salle d'entrée, il y a un grand comptoir sur lequel on trouve des formules en anglais seulement — Suggestions to Book Commiltee — et aussi des fiches indiquant le numéro du siège du liseur et l'ouvrage qu'on lui a prêté. A voir toutes ces feuilles en anglais on a bien vite l'impression d'être dans une bibliothèque exclusivement anglaise, et cette impression fut pénible pour moi. J'ai pensé vous en avertir afin que vous en disiez quelque chose dans l'Action française, si vous le jugez à propos."
Certainement qu'il est à propos de parler de ces choses, de signaler ces manquements. Si nous le faisions plus souvent, il y aurait moins d'abus.
Au ChâtêQU Aussi sans scrupule je pubUe cet- extrait d'une JPnniPSGV autre lettre reçue presque en même temps. "Au
château Ramesay, qui est sous la direction de la Société numismatique de Montréal, dont les membres sont en partie canadiens-français, il n'y a pas de catalogue imprimé en français. Les objets qu'on y a groupés sont cependant pour la plupart d'origine canadienne-française. Et il n'y aurait pas moyen d'avoir un catalogue rédigé dans notre langue ! Je crois le contraire et c'est pourquoi je vous écris ..."
Hôtel des postes, Bibliothèque municipale, château Ramesay, non, il n'est pas tolérable qu'en ces endroits situés en pleins centres canadiensfrançais, où nos compatriotes sont obligés de se rendre souvent, où nous conduisons nos visiteurs — tels Jofîre et aussi l'amiral Chocheprat . . . — il n'est pas tolérable que la langue française soit injustement traitée. Les détails que nous venons d'indiquer ont pu échapper aux autorités. Nous espérons qu'il suffira de les leur avoir signalés.
Un OfltttïieYl Deux autres lettres dans mon courrier, l'une d'un UfîîliflëUe t)rave cultivateur de Saint-Bruno, l'autre d'un marchand d'Acton Vale. Le premier avait fait une commande chez un manufacturier de Galt, dans l'Ontario. Savez-vous quelle réponse il reçut? Je transcris textuellement. "Owing to your letter having been written in French we hâve to send it to Montréal to he translated, which accountfor the delay in forivarding this repair".
Était-ce la première fois que cet Ontarien recevait une lettre en français? Ce ne sera pas, dans tous les cas, la dernière, me dit mon correspondant, car il faut que je lui écrive de nouveau, mais je vais lui
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proposer, afin de supprimer les délais, de prendre à son service un jeune homme bilingue qui pourra lui être très utile . . . Excellente idée que rOntarien aurait eue lui-même si ses clients du Québec lui écrivaient constamment en français.
Ufl€ bonne Le marchand d'Acton Vale, lui, était en proie à une IPCOn légitime indignation. Il porte en effet un nom bien
français, il fait affaires avec une compagnie de Montréal dont le gérant est canadien-français et il reçoit cependant de cette compagnie une lettre rédigée en anglais du premier au dernier mot. Mais attendez im peu. Lorsqu'on s'appelle, écrit-il en substance à ce gérant, X . . . comme vous, et Y . . . comme moi, il faut manquer totalement de patriotisme et de fierté pour m'adresser une lettre ainsi écrite en anglais ! Humblement le gérant s'excusa. Il y avait eu probablem.ent erreur . . . malentendu ... on ne recommencerait pas . . . etc. La leçon avait porté.
Pays de Si dures soient-elles parfois, ces leçons sont
lonQUe ûnëlttise nécessaires. Il faut en effet secouer sans retard et énergiquement ce vernis anglais dont on veut recouvrir notre éducation, nos mœurs, nos relations commerciales et sociales. Autrement il adhérera si fortement à nos vies que nous ne pourrons plus nous en débarrasser. Et nous aurons alors vraiment figure d'Anglo-Saxons. Déjà ne masque-t-il pas aux yeux de plusieurs nos traits ethniques ? Je Usais dernièrement, dans la Réforme sociale de Paris, la chronique du baron Angot des Rotom-s : Le mouvement économique et social. Il parlait ce mois-là, des finances britanniques et de la coopération agricole au Canada. Aussi n'avait-il pas hésité à écrire, comme sous-titre : Pays de langue anglaise !
Et nous voilà, une fois de plus, classés par les Français eux-mêmes. Le temps est passé oiî Etienne Lamy nous saluait comme "des fils de France" et au nom de sa patrie glorifiait "notre commun langage." Nous ne sommes même plus un pays biUngue. Nous sommes — un baron français vient de l'écrire — un pays de langue anglaise !
Mais après tout qui donc l'a induit en erreur, ce brave baron, si ce n'est nous-mêmes ? Nous recueillons ce que nous avons semé. Ce sont les fruits amers de nos faiblesses, de nos concessions, de notre inertie. Puisse leur goût acre nous ramener aux saines traditions de nos aïeux, à leur fier patriotisme !
Pierre Homier.