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LA PETITE FILLE QUI VOULAIT PARLER FRANÇAIS

Notre ami Lozeau a bien voulu, au nom de V Action française, saluer îvllle Marie-Thérèse Ai'chambault, la courageuse enfant qui, à Ottawa, le 24 septembre dernier, soutint si courageusement les droits de sa langue. Nous voulons consigner ici, d'après le récit publié dans le Droit du 1er octobre par M. J.- Albert Foisj% ce fait qui appartient maintenant à l'histoire de la résistance française au Canada. Nous citons l'essentiel de l'article de M. Foisy:

"La scène se passe dans les bureaux de la compagnie des Tramways d'Ottawa. Les actews sont les commis de cette compagnie et une petite fille âgée de 13 ans, de la ville de Hidl: Les 'spectateurs sont plusieurs garde-moteurs, conducteurs et même un inspecteur de cette même compagnie. Le temps, lundi 2Jf. septembre vers 5 heures de l'après-midi.

"La fillette qui fréquente le couvent dans la ville d'Ottawa, s'avance dans le bureau de la compagnie, avec la somme d'argent requise pour la circonstance et demande au commis de lui vendre une carte d'écoliere, pour voyager sur les tramways de la compagnie.

"Comme la demande a été faite en français, on lui refuse la carte et on lui dit qu'elle doit la demander en anglais.

"La fillette répond qu'elle vient acheter un billet de la compagnie, qu'elle apporte de l'argent et qu'elle a le droit de demander ce qu'elle désire en français. Les cinq ou six jeunes filles du bureau se mettent alors à rire et à se moquer, lui disant qu'elle est une bad girl.

"Comme ce n'est qu'une fillette, on pense la réduire facilement par l'attente et la fatigue. Aussi, on la laisse attendre dans le bureau, de 5 heures à 7 heures 30 du soir, c'est-à-dire jusqu'à la fermeture du bureau

"Entre temps, comme elle ne se décidait pas à faire sa demande en une autre langue qu'en français, un des conducteurs, qui a pitié de la petite, s'avancovers elle et lui dit de dire deux mots en anglais et qu'immédiatement, grâce à la magie de ces deux mots, le commis va lui libeller son billet. Et il lui offre de lui enseigner ces deux mots si elle les ignore. Il lui conseille aussi de le dire en anglais pour ne pas faire rire d'elle.

"La petite répond qu'elle sait dire ce qu'elle veut en anglais, comme en français, mais qu'elle a le droit d'obtenir ce qu'elle veut en français, parce que la langue française est officielle dans tout le Canada et que, d'ailleurs, le commis l'a très bien comprise quand elle a fait sa demande la première fois. De plus, s'il a honte de sa langue, lui, elle n'en a pas honte. Ils lui offrent alors de l'argent pour qu'elle le dise en anglais. La petite répond qu'elle ne veut pas de leur argent, qu'elle veut un billet pour lequel elle paiera.

"Le temps s'écoule lenlement, et les représentants de la compagnie ne vqient pas venir le moment oùla petite va céder. Alors, avec un grand courage et une délicatesse de sentiments dignes de ces gens, ils tentent de la prendre par un autre moijen, et ils éteignent toutes les lumières, espérant que la petite va s'en aller.

"La petite a vu, cependant, que les commis et les employés ont laissé leur argent sur les tables et elle suppose que ce n'est pas de cette manière que ces getis prennent soin de l'argent des actionnaires. . . et elle attend.

"Vers 7 heures 30, comme on se préparait à f entier le bureau, et qu'il était assez tard pour qu'elle retourne, la petite se dispose à partir. Alors, une des filles du bureau lui donne une correspondance, mais lui refuse son

billet.

"La petite s'en retourna donc sans obtenir satisfaction, quoique la majorité de ceux qui étaient là sussent fort bien ce qu' elle voulait et comprissent le français.

"Ce fait est bien insignifiant en lui-même, mais il n'en dénoie pas moins une étroitesse d'esprit extraordinaire chez ceux qui se sont rendus coupables d'une telle conduite.

"Les employés de la compagnie, qui comprenaient parfaitement ce que la petite voulait, n'avaient qu'à lui donner son billet sans un mot, et l'incident aurait passé inaperçu. Mais, ce fut le contraire. La haine du français a trouvé là une belle occasion de se manifester, et elle s'est manifestée dans toute sa laideur et sa bêtise.

"On refuse la petite, on lui dit de demander en anglais. Comme elle ne cède pas, on veut la chasser et pour mieux le faire, on éteint les lumières.

"Voyant que la petite reste quand même, on cherche à la gagner par l'appât de l'argent, dans l'espoir que pour quelques sous, la petite reniera

sa langue.

"Il s'est trouvé que la petite était aussi insensible à la corruption qu'aux moqueries, aux ténèbres et à la peur."

344 l'action française

Ce sobre récit fit passer chez tous ceux qui le lurent un frisson de colère et d'admiration. L'un des hommes qu'il avait le plus émus, M. l'abbé Baillairgé, curé de Verchères, se souvenant de l'héroïque enfant dont le souvenir illumine l'histoire de son propre village, voulut connaître le nom, discrètement voilé jusque là, de la fillette qui continuait à deux siècles de distance le geste de Madeleine de Verchères. Il apprit qu'elle s'appelle Marie-Thérèse Archambault et qu'elle est la fille du maire de Hull, M. le Dr Archambault, la petite-fille de feu le juge OUvier, de Jouette. D'accord avec leur curé, les jeunes filles de Verchères décidèrent d'offrir à Mlle Archambault une médaille d'or qui lui fut remise dans la salle Notre-Dame de Hull, le 11 novembre, par l'un de nos confrères du Droit, M. Thomas PouUn. Cette médaille, sortie des atehers de la maison Caron de Montréal, porte, à la barette, l'inscription: A Marie-Thérèse Archambault; sur l'écusson: Les jeunes filles de Verchères; en haut de l'écusson, un castor; en bas, de chaque côté, quelques feuilles d'érable; en exergue: 24 septembre 1917, au verso: Lutte -pour le français. Elle était accompagnée de la lettre suivante:

"Fieres de Marie-Thérèse Archambault qui, le 24 septembre dernier, "luttait si courageusement pour le français, contre la morgue haineuse et "insolente des commis (garçons et filles) au bureau des tramways, à Ottawa, "les jeunes filles de Verchères lui offrent une médaille d'or, comme témoi- "gnage d'admiration et comme encouragement à la cause du français dans "Ontario.

"Puisse la jeunesse canadienne française être animée partout d'un "tel esprit, et l'avenir du français est assuré.

"Honneur donc à la courageuse enfant !

"Honneur à ses parents !

"Honneur à ses maîtresses !

F. -A. B., ptre, curé." Verchères, 8 novembre 1917.

Mlle Archambault a gentiment, en quelques phrases simples, remercié ses jeunes amies de Verchères.

La Société Saint- Jean-Baptiste de Montréal a voulu, elle aussi, présenter à la petite écohère son respectueux hommage. L'Action française est heureuse et fière, de lui adresser aujourd'hui le sien, au nom de la Ligue des Droits du français et de tous ses lecteurs.

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