UNE ACTION INTELLECTUELLE
Je n'ai nul mérite à reprendre ce mauvais poncif: nous sommes à une heure périlleuse de notre durée française. Nous n'avons pas oublié, je suppose, les graves secousses de ces derniers temps. Et s'il n'est pas sûr que le fanatisme ait désarmé, nous gardons devant nous l'inconnu et la complexité troublante des problèmes de l'après-guerre.
Notre volonté plus expresse de nous défendre est déjà le symptôme d'un péril prochain. Le vent est à l'action, aux méthodes plus énergiques. Ce sont des mots plus vifs, des brusqueries plus fières qui indiquent une patience lassée. Le nom de notre revue ne révèle-t-il pas à lui seul un état d'âme autant qu'un programme ? Ici même, le mois dernier, M. Edouard Montpetit,en nous conviant vers In. supériorité, a-t-il préconisé rien d'autre qu'un moyen de défense et de durée ? Ce jeune maître de l'heure rabroue sans merci notre culte de l'incompétence; et s'il veut tant discipliner et tant fortifier le faisceau de nos énergies, ce doit être, j'imagine, pour parer à quelque chose.
Tout nous présage, et pour avant peu, un grand effort littéraire. Voulez-vous en être sûrs? Mettez-vous aux écoutes de la génération qui vient. Elle s'accroît tous les jours la pléiade de ceux qui portent au front l'ardeur d'une pensée, et qui veulent la dire et qui la disent avec des mots d'artiste. Du reste, nous avons été menacés, froissés; nous avons craint et souffert: c'est plus qu'il ne faut pour un réveil intellectuel. Il suffit qu'une race ne s'affaisse pas en décadence pour que, de la conscience du danger, jaillissent les meilleurs sursauts de ses énergies. Observez
Vol. I, No 2, Février 1917
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qu'il en fut de même en 1840 et en 1860, les deux grandes dates de notre vie intellectuelle: 1840, date de l'Union, où il fallait s'affranchir d'un décret de mort; 1860, où se posait, dans les heurts politiques, tout l'inconnu de la fédération prochaine. N'en doutons point: en ces heures plus graves les vieux ferments héroïques se réveillent dans l'âme héréditaire. Les idées qui voltigent et passionnent les têtes; les émotions, les angoisses qui secouent et étreignent, toutes ces puissances d'ébranlement vont atteindre jusqu'au fond certaines sensibilités plus vibrantes et plus fines. Les voix éparses, les inquiétudes communes se forment en écho net et puissant au fond de quelques âmes choisies, là où le sang de la race, par des mystères cachés, s'est infusé plus généreux et plus fort. Et alors nous avons les poètes, les écrivains, les penseurs des heures tragiques, ceux qui deviennent les guides et les donneurs de mots d'ordre.
Qui nous fera croire que nous n'allons pas recommencer l'histoire? Pas plus qu'en 1840 et qu'en 1860, nous ne sommes, malgré nos misères, un peuple en goût de finir. On l'a dit: nous avons perfectionné nos instruments; nous avons discipliné nos esprits. Ceux de la génération nouvelle peuvent prétendre à des formes d'art plus parfaites. Et nous savons qu'une plume ne fut jamais un instrument inactif au bout d'une main française. Mais toutes ces promesses posent un problème: qu'allons-nous faire entrer dans cet effort littéraire ? Quelle sera cette littérature de demain dont nous saluons Tardent avenir? Oh! de grâce, ne traitons pas ce problème à la légère. Le temps est déjà loin où l'on pouvait croire la littérature un jeu inoffensif. Toute notre tradition littéraire proteste contre ce dilettantisme. Chez nous, écrire c'est vivre, se défendre et se prolonger. Incarnation d'une pensée et d'une vie, l'œuvre par cela même qu'elle enferme l'âme d'une race dans des
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formes immortelles, atteint à la vertu d'un principe de durée. Et voilà, ce nous semble, qui indique à nos travailleurs de la pensée, l'urgence de leurs devoirs. Qu'ils y songent: toute réforme, toute détermination prend sa source dans une impulsion d'idées; toute action libératrice procède des penseurs à la foule. N'est-ce pas le temps pour les "esprits d'en haut" de chercher ce qu'ils vont mettre dans les œuvres prochaines ? Il faut sans retard faire la revision de nos valeurs intellectuelles; il faut chercher avec ardeur et conscience si les idées qui palpitent au cerveau de la race, sont de cette qualité qui inspire les déterminations victorieuses. Oh! certes, nous soupçonnons bien un peu la part de déterminisme qui pèse sur les débuts d'une époque littéraire. Chaque œuvre vient éclore au confluent mystérieux de courants lointains. Mais tant d'idées en ébauche et tant d'orientations imprécises appellent d'elles-mêmes une action directrice et constructive. Et c'est d'une telle action que nous voudrions voir s'aviser opportunément tous ceux qui réfléchissent et ont quelque souci de notre avenir.
Notre littérature de demain, ne voudront-ils pas qu'elle soit catholique? Et j'entends par là que nous la ferions encore, plus que dans le passé, avec la loyale intégrité de notre âme. Paul Claudel a écrit de la littérature de France : "Dieu, d'un côté et le monde de l'autre; pas de lien entre les deux. Qui se douterait à lire Rabelais, Montaigne, Racine, Molière, Victor Hugo, qu'un Dieu est mort pour nous sur la croix ? C'est cela qui doit absolument cesser." Assurément ce paganisme littéraire n'est pas de chez nous. Mais si la pensée fut toujours chrétienne, les œuvres en furent-elles le prolongement? L'influence de je ne sais quel mauvais laïcisme n'aurait-elle pas habitué nos lettres à l'expression trop timide d'un catholicisme trop latent?
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Il faudra nous souvenir que l'alliance de la pensée et de la foi est devenue chez nous un impératif catégorique de la tradition. Qui donc voudrait prétendre faire œuvre constructive en s'isolant de la pensée des ancêtres? Et ne savons-nous pas que les peuples commencent de mourir le jour où ils cessent d'être la même expression de l'histoire ? Il faudra bien que nous soyons de chez nous et de notre passé, si nous voulons continuer quelque chose. Et qu'estce là, en définitive, que demander à ceux qui écrivent de le faire dans la logique et la sincérité de leur foi ? Si, hommes de foi réelle, ils portent en eux la conviction des forces sociales et indispensables du catholicisme, peuvent-ils volontairement ne pas faire entrer ces forces dans leur pensée et dans leur action ? Une simple attitude de neutralité et de respect à l'égard des vieilles croyances ne saura plus leur suffire. Hommes de foi, ils voudront penser et écrire comme des hommes de foi. Ils seront des écrivains catholiques, parce que, dans un pays aux croj^ances si diverses, c'est un devoir de nos esprits de confesser le Christ, l'Evangile et l'Eglise; parce que la vie surnaturelle peut et doit vivifier le talent; parce que c'est diminuer sa pensée que de la vider de sa substance religieuse et que c'est mal servir l'Art que de le découronner de la vérité. J'oserais dire aussi qu'ils feront œuvre de croyants pour mieux s'adapter au rythme de leur génération. Ce n'est guère une illusion: les heures graves que nous venons de vivre, nous ont fait réfléchir aux vertus du catholicisme. Beaucoup qui jusqu'ici n'y prenaient point garde, en laissent maintenant échapper l'aveu de plus en plus explicite : ils entendent cette voix profonde, dont parle Barrés, voix qui les hêle, qui réclame son ascension à la lumière, qui s'efforce mystérieusement de redresser le cours de leur vie. Mais surtout il faut que nous entendions ceux qui viennent derrière nous,
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si nous voulons qu'entre leur effort et le nôtre il n'y ait point de brisure. Or, il y a là toute une jeunesse qui entre dans la vie avec la notion et la pratique d'un catholicisme social et vivant. Elle professe que l'activité intellectuelle, précisément parce qu'elle est une des plus hautes, ne peut rester étrangère aux fins supérieures. Un jeune homme de cette génération nous en confiait l'autre jour l'attente non équivoque, lorsqu'il écrivait à propos de ce réveil intellectuel: "Le mouvement inspire d'autant plus confiance que son orientation est franchement, bravement catholique. Trop longtemps nos meilleurs talents ont manqué de sens catholique." ^ Rappellerai-je enfin qu'une génération ne peut rester indifférente au legs moral qu'elle laisse après elle ? Nous travaillons pour le plus long avenir. Si vraiment nous parvenons à susciter un des grands moments de la pensée française au Canada, c'est une action sans fin qui s'en ira toujours agissante dans la vie de notre race. Comme il importe, dès lors, que cette action porte avec elle-même toutes les vertus de la vie, du progrès et de la durée!
Pour quelques-unes de ces mêmes raisons nous voulons que notre littérature de demain soit en plus française. Oui, je n'ai point peur du mot: elle sera française, résolument française. Et peut-être est-ce le moment de dissiper certaines équivoques, pour arrêter ces flamboiements dans le vide d'inutiles mouHnets d'épée. Il nous revient que l'on s'inquiète de la survivance de la culture française en notre pays, parce que quelques-uns de nos prêtres et de nos éducateurs enseigneraient la désaffection de la France. Disons tout d'abord qu'en droite logique quelques intempérances de langage, quelques frasques d'isolés ne. constituent nullement une opinion commune ni même une
Voir le Devoir — Page littéraire — 12 j anvier 1917.
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opinion courante. Il reste que ne datant pas de 89, beaucoup parmi nous, prêtres et laïques et laïques aussi bien que prêtres, ne croient ni à la République ni à la France indivisibles. Oh! je sais bien que Montaigne aimait Paris "tendrement jusqu'à ses verrues et ses taches". Mais impose-t-on l'amour tendre des verrues et des taches? Le bon sens, non moins qu'un très noble sentiment de fidélité française, ont fait un devoir à nos professeurs et à beaucoup d'autres de distinguer dans les influences d'outremer. En définitive c'est pour mieux rester Français qu'ils entendent ne pas l'être d'une certaine façon! Et je crois comprendre qu'ils se défendent contre deux périls, l'un religieux et l'autre intellectuel. S'il s'agit du premier, peut-on faire un crime à des prêtres et à des catholiques de défendre leur catholicisme? Leur attitude restera inattaquable aussi longtemps qu'on n'aura pas démontré que rester catholique n'est plus une façon de rester Français. Et pour ma part, je constate que des étrangers à notre pays et à notre foi, tels EHsée Reclus et André Siegfried, ont vu dans notre fidélité aux croyances traditionnelles une garantie de longévité française.
Que l'on feuillette après cela les manuels et les programmes d'enseignement — ceux qui remontent à moins de trente ou de quarante ans — et l'on verra de quelle façon les maîtres de notre jeunesse pratiquent le protectionnisme littéraire. Ils font très large la part des grands maîtres de la littérature de France, et je présume que par cet honneur fait aux classiques, nos professeurs n'ont que le mérite d'agir en éducateurs. Mais ils tiennent aussi la porte ouverte, quoique avec discrétion, aux meilleurs écrivains modernes et aux plus contemporains des contemporains. Et ils font ainsi, non seulement parce que les maîtres de la pensée de France doivent rester les maîtres de notre in-
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suffisance; mais parce qu'il importe à notre durée que les courants de la pensée française nous apportent cette substance d'art et de morale, ces vertus de la race et de l'esprit qui font l'essence de notre culture. Non, nos professeurs ne sont pas de si grands Barbares, ni surtout des Barbares barbarisants. C'est encore au nom de la culture originelle et pour la sauvegarder, qu'ils réclament le droit de prononcer certaines proscriptions. Il en est d'un peuple comme de tout être vivant: celui-là s'inocule un principe de mort qui introduit dans sa vie un élément inassimilable. Faut-il donc tenir si grande rigueur à nos maîtres s'ils se refusent à faire de certains IVIétèques — si illustres soientils — les dieux de la jeunesse, parce qu'ils veulent protéger contre les brouillards germaniques ou slaves, la clarté de nos cerveaux latins ? Pour le dire très nettement, nous n'avons que faire d'œuvres et d'esthétiques qui ne servent point la culture française et qui, par cela même, ne sont point de l'art ni n'en peuvent créer. Mais ce sont là, je puis le dire, nos seules réserves. Et aucune ne devra nous empêcher de faire de Paris, et pour longtemps, notre Mecque littéraire. Qu'importe que, dans le passé, nous ayons reproché quelquefois à nos écrivains et à nos poètes leur manie de l'exotisme. Ce n'est point, que je sache, pour désapprouver la recherche vivifiante d'influences nécessaires. Mais nous les blâmions d'avoir élevé cet exotisme presque à la hauteur d'une esthétique, et d'être allés chercher en France, des recettes et des artifices d'école, plutôt qu'une discipline de l'esprit et de hautes intuitions d'art. Quand il fallait n'être que des disciples, nous ne ne leur savions pas gré de s'être faits des pasticheurs.
IMais, grâces à Dieu, ces temps paraissent bien finis et notre Httérature de demain, catholique et française, se fera aussi bravement régioiiahste. Après bien des années de
vagabondage intellectuel, nous reprenons enfin les chemins de retour. Hier encore c'était M. Louvigny de Montigny qui nous disait sans cérémonie: "Débarrassons-nous donc de ces clichés d'exotisme et de tous ces procédés hétéroclites qu'il est d'ailleurs si malaisé d'utiliser à coup sûr. . . Nos jeunes littérateurs n'arriveront à rien en s'écartant de la
nature canadienne "^ C'est M. Montpetit qui convie
les poètes "d'assurer,par des œuvres qui soient canadiennes, notre personnalité httéraire." ^ C'est M. Jean Charbonneau qui nous assure "qu'à l'avenir l'influence française ne sera ni un procédé, ni un artifice de composition; mais un moyen pour arriver, par échelons, à une originalité conforme aux aspirations de notre race, à l'indépendance de notre tempérament et de nos idées." Pour l'effort prochain, nous allons donc rapatrier nos esprits. Nous allons finir par comprendre que si la littérature ne fortifie et ne fait durer que ce qu'elle exprime, elle ne peut être chez nous un principe de force ou d'immortalité, que par l'expression de notre vie, de notre pensée, de notre âme à nous, notre âme canadienne-française .
Souhaitons que l'on s'avise une bonne fois de la richesse de la matière canadienne et de la nécessité d'oeuvres urgentes. Je voudrais qu'on se penchât tout d'abord sur le trésor de notre histoire. Je ne développerai pas ce lieu commun du rôle de l'histoire pour l'éducation du sens patriotique. A quoi bon redire qu'en nous faisant communier à l'âme des ancêtres, en nous aidant à nous comprendre comme "la minute d'une chose immortelle", nulle influence mieux que l'histoire ne révèle, avec la continuité de la tradition, le sens d'une solidarité nationale? Peut-être
^ Préface de Maria Chapdelaine p. XIII.
^ Préface, Des influences françaises au Canada, tome premier p. XVII
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vaut-il mieux nous demander par quels moyens nous allons drainer vers les âmes ce large et profond courant d'héroïsme. Nous attendons toujours notre grande histoire définitive, le panthéon vaste et bien aéré, où, dans leur pleine lumière, pourront loger toutes nos gloires. De notre histoire déjà faite, nous ne connaissons guère que des événements politiques et militaires. Nous savons fort peu de chose de notre effort économique, presque rien de la vie du petit peuple, le vrai créateur de la patrie.
Et la terre ? et notre géographie esthétique, historique, sociale? Nous nous promenons en aveugles et en étrangers dans un paysage de beauté et de souvenirs. Si nous songions aux cicatrices que la patrie porte encore à son visage aimé, aux leçons d'énergie qui jaillissent du sol rude devenu producteur de blé, je me dis que partout, à la surface de notre sol, affleurent des amitiés françaises qu'il serait bienfaisant de révéler. Fort peu parmi nous ont su se pencher sur le petit coin de terre pour en humer la poésie intime, la vertu inspiratrice, pour décrire ou chanter ce régionalisme de mœurs et de coutumes qui déjà se dessine un peu partout. Quand donc allons-nous faire cesser cette scission déplorable qui sépare nos âmes de la contemplation de notre pays ?
Qui voudra prétendre que notre matière épique, lyrique ou dramatique soit épuisée? Notre poésie en puissance dépasse toujours infiniment notre poésie en acte. Et sans vouloir recommencer Fréchette ni Crémazie, nos poètes ne sont-ils point d'avis qu'une originalité vigoureuse pourrait encore se mouvoir à l'aise dans "ce monde de gloire oii vivaient nos aîeux?"
Voudrions-nous parler de littérature sociale? Qui donc voudra s'employer à définir avec précision notre âme de Français d'Amérique, notre âme canadienne ? Qui vou-
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dra démêler en les analysant, les apports du temps et de l'histoire, au tuf primitif, à la forme éternelle ? Et que d'autres problèmes qui surgissent déjà dans la vie de notre peuple en crise de majorité! Jusqu'à ces tout derniers temps, Etienne Parent, Edmond de Nevers et quelques autres penseurs d'avant-garde sont demeurés des accidents dans notre vie intellectuelle. Et voilà comment nous avons dû lire, dans les livres ou les revues d'Europe, les études les mieux fouillées sur nos problèmes politiques ou sociaux.
Un écrivain de bonne foi n'a-t-il pas gémi tout récemment sur la rareté des thèmes qui s'offrent au romancier canadien ? A-t-il vraiment affaire à matière si pauvre le curieux d'observation morale ou sociale en notre pays? Et avant de nous plaindre de notre pénurie, avec de tel airs résignés, ne conviendrait-il pas de faire traiter notre myopie intellectuelle ? Rien ne serait plus facile que d'allonger ici, toute une liste de thèmes où nos jeunes romanciers n'auraient qu'à choisir. Qui nous peindra, par exemple, avec ses incidents dramatiques, le dualisme religieux et presque toujours national introduit dans nos foyers par le mariage mixte? Qui nous décrira la décadence de l'éducation et des mœurs dans nos familles de snobs qui ont sauté l'étape ? On pourrait encore chercher, dans une société jeune et de croyances catholiques, les causes de tant de pourriture morale. Si j'excepte le Pour la patrie de Tardive}, notre littérature ne compte guère de roman politique. Et pourtant les intrigues de notre sérail parlementaire n'ofïriraientelles point une matière abondante et originale à un moraliste et à un vengeur ? A quand le tableau de ces vieilles mœurs en train de s'évanouir et qui, cette fois, ont échappé à l'observation d'un Phihppe-Aubert de Gaspé? A quand le roman de la régénération agricole ? A quand le roman du colon contemporain? Maria Chapdelaine de Louis
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Hémon - — encore l'œuvre d'un étranger — vient de révéler à notre superficialité, la poésie latente et le drame poignant que recouvre, aux plus petits coins de notre pays, la vie de nos plus humbles gens.
Il y a du drame partout où il y a de la vie. Et c'est clair, nous ne sommes pauvres que de l'ignorance et de l'inexploitation de notre richesse. Cessons d'être aveugles ou expatriés et nous cesserons d'être improductifs ou livresques. Nos jeunes littérateurs vont songer que le temps n'est plus à la bohème romantique ni au dilettantisme patricien. L'œuvre littéraire est trop chargée d'action et d'avenir pour la traiter avec ce superbe désintéressement. En est-il un parmi nous qui voudrait mériter le reproche de n'avoir pas compris la gravité de l'heure? Puisque nous voulons continuer la route des ancêtres, nous ir.ons ramasser dans le passé toutes les vertus anciennes, tous les ferments surnaturels de la foi, toutes les incitations héroïques de la terre et des morts. Mais cette œuvre ne sera l'œuvre ni d'un seul ni de quelques-uns. Et peut-être est-ce le devoir de tous les travailleurs intellectuels de mettre au service de l'avenir, avec la conscience et la force d'une pensée commune, une solidarité d'efforts. Ceux-là, parmi nous, savent la grandeur des choses qu'il faut sauver. Et le temps est venu où quiconque croit posséder une idée féconde, n'a plus le droit de la garder pour soi tout seul.
Lionel Groulx, pire
L'ACTION FRANÇAISE publiera, en mars, un article de M. Philippe Landry, sénateur, sur la représentation des minorités.