LES NOMS GÉOGRAPHIQUES
Dans la Revue hebdomadaire (13 janvier 1917), M. Bellessort, après avoir raconté une anecdote des Anciens Canadiens, et dit combien il aime qu'on baptise les villes de noms de saints et de saintes, qui les mettent "sous la protection de grands intercesseurs", ajoute: "Mais j'ai encore plus de tendresse pour les jolis noms mystérieux éclos sur le sombre miroir des légendes et qu'on voudrait cueillir avec leurs racines: Bâton-Rouge, les Trois-Saumons; ou pour ceux qui entreraient si bien dans une chanson et qui sont si gentils qu'il est aussi difficile de s'imaginer que de mauvaises gens aient vécu là que de se représenter un assassin respirant une fleur d'aubépine: Saint- Jean-Port- Joli. Le bas Canada est tout fleuri de ces noms-là."
Et cela nous rappelle que récemment une grande revue de Paris, les Etudes, qualifiait l'Abord-à-Plouffe de "nom si joliment Vieille- France."
N'allons donc pas, comme quelques-uns semblent portés à le faire, méconnaître le charme de ces appellations pittoresques, et par crainte d'un ridicule qui n'existe souvent que dans nos imaginations, travailler à les expulser de notre langage géographique.
Nous faisons d'aiUeurs nôtres ces paroles de jNL Adjutor Rivard, dans le Parler français, du mois dernier: "Quand, dans une paroisse, on apprend que le nom de la station doit être changé, les habitants devraient s'adresser à la compagnie de chemin de fer pour obtenir que le nouveau nom soit un beau nom français; mieux encore, là oii le nom actuel n'est pas convenable, on devrait s'efforcer de le faire changer." N'est-ce pas là de la véritable action française?