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POUR QUE GRANDISSE U ACTION FRANÇAISE

J'ai trouvé l'autre jour, dans mon courrier, accompagné de trois piastres, le billet suivant:

Mon cher monsieur,

C'est un pauvre qui vient vous offrir son humble obole jiour que grandisse l'Action française. Pauv.e de nom et pauATe de fait, puisque je suis rehgieux et que la maison que j'habite, vivant d'aumônes — et celles-ci s 3 faisant rares en ce temps de crise — ignore si demain elle aura encore de quoi nourrir les siens.

Et cependant mon supérieur me permet de répondre à votre appel et de vous offrir ces quelques piastres. EUes m'ont été do: nées pour soulager quelque misère. J'ai pensé à la grande misère de la langue française, cette noble dame, première souveraine de notre pays, aujourd'hui exilée de ses terres, séparée d'un bon nombre de ses enfants, trahie par d'autres, persécutée et meurtrie.

Vous voulez, vous et vos camarades ligueui's, replacer sur son trône celle que des lois injustes en ont chassée, rétablir son sceptre, lui redonner ses anciens attributs.

Généreuse entreprise à laquelle mon patriotisme ne peut rester insensible. Je connais les armes dont vous vous servez, de quel franc métal elles sont trempées, quelles mains loj^ales et fortes les manient, quels coeurs ardents et quels esprits fermes et clairs en dirigent les coups.

Acceptez donc, mon cher monsieur, j.our que grandisse l'Action française, cette humble obole. Et puisse le geste du pauvre déterminer le geste du riche.

On aura lu cette page, j'imagine, avec ime émotion égale à la nôtre.

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Le geste du pauvre déteruiinera-t-il le geste du riche ? Nous l'espérons, mais les pauvres n'auraient, en tout cas, qu'à multiplier et additionner leurs gestes pow que grandisse V Action française .. .

Il n'est personne dont l'indigence soit telle qu'il ne puisse nous donner secours. S'il n'a point d'argent, qu'il dise une bonne parole, qu'il recommande l'œuvre aux lecteurs et aux clients. Et s'il a de l'argent, qu'il songe, pour modeste que soit son obole, à cette antique et féconde vérité: les gouttes d'eau font les ruisseaux, les ruisseaux font les grandes rivières.

Nous voulons que V Action française grandisse parce que nous devinons l'immensité de la tâche qui l'attend. Nous devinons les faits qu'il faudrait noter, les gestes qu'il conviendrait d'honorer, les lacunes qu'il importerait de signaler, les pièces et les consignes qu'il est urgent de jeter à la foule.

Chaque mois, devant les documents qui s'amassent, nous nous désolons d'avoir si peu d'espace, d'écarter ou de remettre tant de choses. Ah ! que l'on soit bien tranquille là-dessus, c'est le fonds et la bonne volonté qui manquent le moins !

Il faudrait si peu de chose, cependant, une parcelle des trésors que l'on prodigue ailleurs, pour nous permettre de porter à quarante ou quarante-huit pages notre brochurette mensuelle. . . Et plus tard peut-être, qui sait !

Nous tendons la main sans scrupule: c'est pour Sa Majesté la Langue française. Qu'on y jette du cuivre ou de l'or, nous accepterons le tout avec gratitude et nous en ferons de solides armes pour la défense de la plus "délitable parlure^' qui soit.

Pour que grandisse V Action français'. . .

Omer HÉroux.

PARLONS MIEUX

Des journalistes parisiens ont prétendu nous apprendre ce que lisent les soldats français: selon les hasards de leur chasse à la copie, ils nous ont assuré que ceux-ci lisent quelques classiques qui ont illustré la France et ceux-là, certains romanciers qui la calomnient. Mais, n'en déplaise à ces journalistes parisiens, celui qui sait le mieux ce que lit le soldat, c'est peut-être un soldat; c'est pourquoi nous en croirons plutôt M. Jean de Goitisolo, qui a fait les observations suivantes (l'Opinion du G janvier): "Cette guerre fera faire des progrès à la connaissance de la langue française, non seulement à l'étranger, mais en France, ce qui est particulièrement désirable. Dans les cantonnements de repos et les tranchées, les trois livres que l'on est à peu près sûr de trouver et que l'on se passe dévotement sont: une grammaire française, un dictionnaire, une histoire d'école primaire. Quand un village possède un grand Larousse sauvé de la bibliothèque du notaii'e, du curé ou de l'instituteur, on en préfère les volumes même à un roman. Les exercices français font prime, le code est assez recherché, l'on aperçoit souvent dans une cartouchière entr 'ouverte, à côté d'une boussole et d'une pipe, les petits classiques à 0 fr. 25 de la Bibhothèque dite Nationale. Pendant un fort bombardement, rien ne distrait comme de poser des colles aux camarades sur l'emploi d'où adverbe, conjonction ou substantif. Sont recommandés pour les gardes nocturnes: les jeux de mots, charades, losanges et carrés du Bulletin des Armées, de VÉcho de Paris ou de VlUudration.

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Aux moments calmes, on vérifie le fonctionnement d'une ligne téléphonique en discutant sur le sens d'une expression, puis l'on écrit à .un académicien pour se mettre d'accord."

J'ai éprouvé, en lisant cela, une joie que je voudrais vous voir partager. J'y ai trouvé aussi une justification de la petite rubrique que je tiens dans cette petite revue, et qui pourrait me donner figure de prétentieux ou de présomptueux, si l'on ne reconnaissait les bonnes intentions que j'apporte à cette besogne nécessaire.

Besogne nécessaire ici autant que là-bas. Celui qui sauve la langue française sur la Somme et celui qui, sur l'Outaouais, — selon l'heureux rapprochement d'Edouard Montpetit — combat pour sa maintenance au Nouveau- Monde, celui-là qui défend la racine et celui-ci qui protège le rameau sentent le besoin de conserver à l'arbre sa beauté première.

Surprendre

Dans le numéro de février, on lisait. Tribune des lecteurs: "Pris par surprise: Voilà une expression qu'on rencontre souvent dans nos journaux. Ne serait-ce pas un anglicisme ? Quelqu'un pourrait-il la signaler dans un auteur français ? ?"

Pas moi. Et ne seriez-vous pas vous-même surpris de la trouver chez un bon écrivain ? Surprendre veut dire prendre au dépourvu, prendre en arrivant à Vimproviste, — prendre par surprise, quoi ! Alors pourquoi cette répétition inélégante ? et pourquoi emploj'er trois mots quand un seul sufi&t ?

Pourquoi ?

Ce qui nous manque le plus, parmi les qualités françaises qui nous manquent, c'est, je crois, la concision.

Nous sommes prolixes, diffus, verbeux; nous sommes interminables. Nous entravons le jaillissement de notre pensée dont l'expression est sans cesse embarrassée par des pléonasmes et des clichés, par des redondances et — si j'ose dire — des tautologies. Aux mots utiles nous ajoutons des parasites qui les affaiblissent: Songeons que tout mot qui ne donne pas de force à la phrase lui en ôte. Réfléchissons, et le mot inutile, qui est nuisible, laissera percer son inutilité, — tels certains hommes, quand on les observe un peu. Sarclons. Êchenillons. Habituons-nous à faire mentalement la petite analyse grammaticale apprise à l'école. Isolons chaque vocable, afin de le mieux voir. Évitons surtout l'abus de l'adverbe et de l'épithète, nous souvenant que s'ils n'ajoutent rien, ils doivent disparaître.

*'Wait and see"

Rien n'est plus puéril que de mesurer la concision d'une langue à la traduction d'une formule.

On se souvient qu'à la mémorable séance du 7 mars, au parlement du Royaume-Uni, M. John Redmond, reprochant son indécision à M. Lloyd George, disait que la politique irlandaise du premier ministre pouvait se formuler par "Wait and see." Or, le Manchester Guardian rapporte que l'extrême concision de cette phrase a découragé les correspondants des journaux de langue française à Londres, et que M. Coudurier (Journal de Genève), qui a seul essayé de traduire ces trois mots, a dû en employer sept: "Attendez et vous verrez ce qui arrivera."

Un jour qu'à la Chambre des députés M. Briand ou M. Ribot répondra à quelque interpellateur par un impénétrable "Nous verrons," il est probable que le correspondant du Manchester Guardian à Paris traduira ces deux mots par

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les neuf suivants: "We shall see to this at some future date." Et un Français ignorant tout de cette langue n'hésitera pas à déclarer que l'anglais manque de concision.

Ce n'est ni l'anglais ni le français qui manquent de concision, — c'est nous.

LÉON Lorrain.

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