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COLONISATION ET AGRICULTURE

Le but de l'Action française est de favoriser, d'activer tous les éléments de notre conservation nationale. Or, la colonisation et l'agriculture étant deux des principaux éléments fondamentaux de cette conservation, elles constituent naturellement une partie essentielle de son programme. Il n'y a qu'une voix au Canada pour proclamer que le grand besoin du moment est l'augmentation de notre population et de notre production agricoles, non seulement dans notre propre intérêt, mais encore afin de fournir aux nations épuisées de l'Europe le pain, les aliments dont, de plus en plus, elles vont avoir besoin.

Les gouvernements d'Ontario et du Xouveau-Brunswick préparent des projets de loi dans le but de favoriser d'une façon pratique, par des avances d'argent, la culture de leurs terres. Or, il n'est pas une province dont l'avenir dépend autant que la nôtre de l'augmentation de notre population et de notre production agricoles. Le défricheur et le laboureur ont été les principaux artisans de no.s destinées nationales, les conservateurs les plus fidèles de notre caractère religieux et moral, de nos traditions les plus chères. Plus que jamais il faut compter sur eux povu" assurer notre bonheur, notre prospérité et notre influence dans la Confédération. Les livres, les discours et les écrits ne manquent pas pour proclamer le bien-fondé de cette assertion et, à cette occasion, j'appelle l'attention de nos hommes publics sur le livre que le P. Dugré vient de publier

Vol. I. Xo 5. M.u 1917

SOUS le titre de Vers les terres neuves; ils y trouveront les renseignements et les conseils les plus utiles.

Mais il ne suffit pas de proclamer certaines vérités; le mérite consiste surtout à les appliquer, à leur donner un effet pratique; c'est la tâche dévolue à ceux qui gouvernent un pays, c'est leur devoir, leur mission. A quoi sert de prêcher le retour à la terre, l'œuvre si ardue du défrichement, à des gens qui vous disent: "Nous voulons bien suivre vos conseils, mais donnez-nous en les moyens; nous n'avons point un sou pour nous rendre dans les territoires de colonisation, pour y faire les premiers défrichements, les premières semences." Et ceux qui ont un peu d'argent se plaignent des ennuis causés au colon par le manque de chemins, par les rigueurs de certains marchands de bois et l'application de lois et de règles dont la modification est devenue nécessaire.

Afin de remédier à ces obstacles et à ces abus funestes à la colonisation, j'ai, après consultation avec des hommes d'expérience, exposé comment on pourrait aider le colon pauvre à faire les premiers défrichements et concilier ses intérêts avec les droits du marchand de bois. Quant à l'agriculture, ]M. Fortier, ancien président de la Chambre de commerce, et plusieurs autres ont indiqué comment on pourrait favoriser son développement. Je connais les ministres actuels de la colonisation et de l'agriculture; je sais qu'ils font tout ce qu'ils peuvent avec les lois, qui les lient et les moyens mis à leur disposition.

J'ai pensé qu'une forte expression de l'opinion publique donnerait à la Chambre et au gouvernement l'autorité nécessaire pour faire ce que les intérêts les plus chers de notre province exigent.

En 1848, le fléau de l'émigration commençait à exercer ses ravages; les Canadiens-français quittaient par milliers

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le sol natal, poussés,en grand nombre,par l'esprit d'aventure, le goût du voyage, mais beaucoup par la nécessité, par la difficulté de s'établir sur les terres neuves. Lorsqu'ils eurent colonisé les premières concessions des seigneuries situées sur les rives de nos fleuves et de nos grandes rivières, nos compatriotes se trouvèrent en face de forêts oii ils ne pouvaient pénétrer, faute de chemins, ou parce que les grandes compagnies qui les possédaient leur en interdisaient l'entrée. C'est ainsi, par exemple, que les cantons de l'Est leur étaient entièrement fermés. Une croisade patriotique fut organisée pour faire face à ce danger national et décider le gouvernement à opposer une barrière au fléau de l'émigration en mettant fin aux abus qui entravaient la colonisation. Des assemblées publiques eurent lieu; on 3' vit figurer côte à côte l'évêque de Montréal, Mgr Bourget et Louis-Joseph Papineau, toute la jeunesse ardente de l'époque et les citoyens les plus émincnts de notre ville.

Le cabinet La Fontaine fut heureux de répondre à l'appel de la population; il Hvra à la hache du colon de grandes étendues de terre,en divers endroits,et spécialement dans les cantons de l'Est. Des trouées considérables furent faites dans des forêts encore vierges et l'on y vit surgir de nombreux établissements qui forment aujourd'hui de belles et riches paroisses.

Aujourd'hui, comme en 1848, les intérêts les plus chers de notre province demandent que l'on cherche dans la colonisation et la culture de nos terres,le secret de nos destinées nationales. Aujourd'hui comme alors, nosseigneurs le.-^ évêques et nos citoj^ens les plus estimables devraient organiser la croisade de la colonisation et de l'agricultm-e, par la chaire et la tribune, par la prédication, la plume et la parole, par l'adoption de résolutions dans des assemblées publiques.

Aujourd'hui comme alors, le gouvernement répondrait à leur appel, et même s'il était jugé nécessaire d'établir une taxe ou de créer un fonds spécial pour le triomphe de la plus patriotique, de la plus sainte des causes, notre population ne refuserait pas de faire sa part de sacrifices.

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