VILLE-MARIE
Ville-Marie ! Ce mot évoque un paysage cVhistoire héroïque où flotte une atmosphère de légende. En aucun point de notre pays Von ne vit pareille floraison d'héroïsme dans un décor aussi surnaturel. Jamais réalité ne ressembla plus à de la fiction.
Ecoutez bien ! Cela débute comme une légende dorée: ""Le dessein des Associés de Montréal est de travailler purement à la gloire de Dieu . . . Les Associés espèrent de la bonté de Dieu, voir en peu de temps une nouvelle Eglise qui imitera la pureté et la charité de la pi'imitive."
Ville-Marie, cest d'abord le choix d'un poste dangereux, poste d'avant-garde, qui permet tout de suite de mesurer les âmes. Ville-Marie est au point de rencontre de toutes les grandes routes fluviales par ow descendent les sauvages. Ville-Marie est un lieu sinistre. Les premiers Algonquins qui viendront rendre visite à la petite colonie, diront en montrant la plaine au pied de la montagne: '^Nous sommes de la nation de ceux qui ont autrefois habité cette île . . . Voilà les endroits où il y avait des bourgades remplies cVun grand nombre de sauvages. A'os ennemis en ont chassé 7ios ancêtres et c'est ainsi que cette île est devenue déserte et inhabitée."
Les premiers fondateurs ne redoutent point les pas périlleux. S'ils n'étaient si simples et si doux, on dirait des guerriers en dentelles qui affectent de se battre et de mourir en beauté Quand de Maisonneuve arrive avec sa petite flottille
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et ses cinquante-trois colons, quarante-huit hommes et cinq femmes, la guerre iroquoise bat son plein. "Ils ont rompu la paix, dira M. de Montmagny, d'une façon qui les fait voir plus animés que jamais.^' A Québec 07i multiplie les efforts pour retenir à l'île d'Orléans le petit parti des Associés. A toutes ces instances, Paul Chomedey de Maisonneuve fait la fière réponse que Von attend de lui. Et quelle résonance chevaleresque en ces paroles promises au bronze: "Je ne suis pas venu pour délibérer, mais bien pour exécuter; et tous les arbres de l'île de Mont-Réal seraient-ils changés en aidant d'Iroquois, il est de mon devoir et de mon honneur d'aller y établir une colonie." Et la colonie est fondée, et la guerre commence, sans retard, sans répit, harassante, épuisante.
Ville-Marie, c'est encore la fidélité héroïque à défendre un poste d'honneur. Pendant vingt ans, de la fondation au départ de Chotyiedey de Maisonneuve, la colonie naissante fut un noviciat de chevalerie. Le péril est de toutes les heures, de tous les moments; il faut que la vaillance le soit aussi. Ces coloris doivent labourer, semer, bâtir leur hutte et les forteresses et l'enceinte de la petite cité,sans que jamais l'épée ou le mousquet ne se sépare de la hache ou de la charrue. Du reste, l'établissement de la Pointe-à-C allier e a tous les aspects d'une place forte; toute nouvelle construction, les moulins, l'hôpital, la brasserie, les fermes, les ynaisons deviennent des moyens de défense et les points d'appui d'une chaîne de redoutes. La petite cité grandit dans un décor militaire. De temps à autre, une alerte survient, dans la forêt prochaine des coups de feu retentissent, de sanglants corps-à-corps s'engagent. Le soir, un, deux, trois noms manquent à V appel, et le deuil maintient les âmes dans les habitudes tragiques.
Pas plus qu'il n'est vertu temporaire, l'héroïsme n'est chose d'une élite à Ville-Marie. Il y a sans doute de beaux noms aux résonances épiques, ceux que l'histoire retient pour
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ses majuscules: Le Moyne. Closse, Dollard des Ormeaux, de Brigeac, Saint-Père, de Rouvre, Picoté de Bélestre, de la Place, de Lavigne, Claude Robertel, de Saint-André, Jeanne Mance, Marguerite Bourgeoys, Jeanne Le Ber. Mais à Ville-Marie, la vaillance n'a pas de rang social; elle est la vertu commune. Uhéraisme est demandé à tous et il est offert par tous comme la besogne quotidienne, comme le simple devoir de la vie. Pour protéger les travailleurs des champs et hâter la conquête du blé sur la forêt, on décide d'organiser un camp volant. Ce furent d'abord les soldats de la très sainte Vierge, confrérie militaire renouvelée du temps des a'oisades. Le devoir de ces braves n'est pas un jeu. Il s'agit de faire le guet autour de l'enceinte et des champs qui s'ensemencent; il faut épier et prévenir un ennemi rusé, insaisissable, féroce. Les soldats de la très sainte Vierge assument à tour de rôle le devoir périlleux de gardiens de la cité; ils sont un pour chaque jour. Chacun en prenant son poste se tient prêt à mourir; il se confesse, il communie et il part pour sa ronde. Le soir, on le ramassera quelquefois mort et sans chevelure; une balle invisible partie d'un buisson, un tomahawk surgi de derrière un arbre l'a abattu traîtreusement. Qu'importe. Les rangs se reforjnent; le lendemain un autre soldat de la sainte Vierge reprend le poste du mort, car personne ne voudrait se dispenser de l'espérance de mourir. "C'est, dit la Sœur Morin, qu'ayant l'honneur d'être soldats de la très sainte Vierge, ils avaient la confiance que s'ils mouraient dans l'exercice de cet emploi, elle porterait leur âme en paradis." Ces hommes connaissent si peu la peur qu'en 1663, trois a7is après le sacrifice tragique de Dollard, les soldats de la très sainte Vierge qui s'appellent maintenant les militaires de la sainte Famille, seront cent quarante, de soixante-douze qu'on les comptait au commencement. Cent quarante ! cela veut dire tous les hommes valides en état de porter les armes.
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Ville-Marie, c'est la culture merveilleuse des vertus primitives. Nulle part en Nouvelle-France, l'on ne vit pareille efflorescence de belles âmes surnaturelles. J'ai parlé tout à l'heure de chevalerie; mais on dirait des chevaliers qui auraient été des chrétiens primitifs. Il ne faut qu'un petit effort d'imagination pour se représenter les hommes avec le heaume d'or et l'épée haute des paladins; on se les figure aussi bien, les femmes surtout, avec une auréole et des palmes dans les mains. A cela quA)i d'étonnantl Ces colons sont de bonne venue, de la meilleure noblesse chrétienne et française, et le vent qui passe sur les redoutes de la Pointe-à-C allier e, descend des plus purs sommets. Pendant des années, ils ont vécu, coude contre coude, témoins de l'héroïsme de chacun, unis dans les mêmes périls, dans les mêmes souffrances, dans la même nostalgie de la patrie lointaine; pendant des années ils ont fait à leur tour le sacrifice de leur vie pour le salut de la cité, faisant assaut de galanterie chevaleresque. Comment toutes ces âmes ne seraient-elles pas hautes ?
En plus, ils ont soin de s'abreuver aux grandes sources. Tous assistent à la messe quotidienne qui, pour les hommes, se dit à quatre heures en été, et à huit heures pour les femmes. Et voyez donc comme se tient le conseil de ville de ce temps-là. Les édiles d'alors s'appellent Maisonneuve, Mère Bourgeoys, M. Souart, Mlle Mance, dames d'Ailleboust, Migeon de Bransac, Le Moyne, Le Ber. Chaque séance débute par la messe, tous y communient, y font l'action de grâces; et ce n'est qu'après toutes ces prières qu'on aborde l'ordre du jour. Et il ne paraît pas, s'il faut en croire les vieux chroniqueurs, que les affaires de la ville fussent alors plus mal conduites qu'aujourd'hui. C'est le beau temps oii rien ne se ferme à clef, ni les maisons, ni les coffres, ni les caves. Les mauvais garnements, s'il s'en déclare, sont bannis sans pitié. Et de 1656 à 1665, alors que la population s'élève pourtant jusqu'à mille
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et douze cents habitants, cest à peine s'il faut réprimer douze délits, dont plusieurs des peccadilles.
Que Dollard paraisse' maintenant, héros de tempérament, mais grandi, achevé par tant d'influences ennoblissantes; que, du plus pur des émanations spirituelles de Ville-Marie, il forme son beau rêve héroïque, et quand, par les petites ruelles, il s^en ira, lui, le beau gars aux allures de jeune croisé, tenter sa récolte de braves et jeter son fier appel: "As-tu peur de mourir pour Ville-Marie, compagnon ?" vingt-cinq jeunes preuoc, fils comme lui des mêmes vertus et du même grand air, lui répondront: "Pas plus que toi !"
Quelques années plus tard, les mêmes influences pousseront la petite Jeanne Le Ber à son holocauste suprême. Elle est née en 1662; son père, Jacque Le Ber, est de la huitième escouade des miliciens de la sainte Famille; sa mère est Jeanne Le Moyne, sœur de Charles, le futur baron de Longueuil; elle a eu pour parrain et pour marraine M. de Maisonneuve et Jeanne Mance. Son oblotion sera sa manière de servir . . . à la Dollard. Jeanne Le Ber et Dollard sont les incarnations les plus parfaites de l'héroïsme militaire et religieux de Ville- Marie. Tous deux, le héros et Vhéraine s' apparentent fraternellement; ils enseignent que Vambiance morcde se solidifie, et qu'imprégnée de vertus hautes, elle produit de l'humanité supérieure.
Ah ! puissions-nous songer que ces hoinmes et ces femmes furent de notre race et que ces souvenirs peuvent fortifier notre vie intérieure! Aujourd'hui comme autrefois, nous devons garder le goût des postes périlleux; coyitre la barbarie nouvelle, nous devons nous préparer aux sacrifices suprêmes pour la défense de la cit^ française; pour que nos gestes soient continués, nous avo7is besoin de léguer à nos descendants la poussée des vertus héréditaires. Souhaitons que les fêtes prochaines nous affranchissent, pour quelques heures, du cauchemar et du maté-
rialisme criard de la grande cité bruyante. Pieusement, comme des fils qui s'en vont vers les tombes jamiliales, nous conduirons nos esprits en pèlerinage au vieux Ville-Marie. Et là, dans révocation vivante de la petite cité militaire et mystique, devant le défilé des héros et des héroïnes au fier et doux visage, puissions-nous nous souvenir de quelle race et de quels devoirs nous sommes.
Lionel GROULX, ptre.
LA LIGUE DES DROITS DU FRANÇAIS
Nous rappelons, pour répondre aux demandes de certains lecteurs et pour faciliter la propagande de nos amis, que la Ligue des Droits du français se compose de membres adhérents, de membres coopérateurs et de membres fondateurs. Tous s'engagent à travailler dans le sens et suivant les directions de la Ligue. Les premiers versent une cotisation annuelle d'une piastre, les seconds de cinq piastres; les derniers, afin de lui permettre d'étendre son action, lui font un don minimum de vingt-cinq piastres.
POUR LA FONTAINE
L'Action française veut, sur tous les terrains, dans tous les domaines où peut rayonner son' influence, glorifier les héros de l'énergie nationale, tirer de leur exemple une féconde leçon.
Elle est heiu"euse de s'associer à l'hommage que rendent aux fondateurs de Ville-Marie les Montréalais d'aujourd'hui; elle sollicite l'honneur d'apporter sa pierre au monument qui, à Grand-Pré, commémorera le martyre, .prélude d'une triomphale résurrection, de la très noble Acadie. On ne sera point surpris qu'elle profite d'un glorieux anniversaire pour rejeter en pleine lumière un geste fameux, pour en faire saillir l'immortel enseignement.
Il y aura soixante-quinze ans le 13 septembre 1917 que, dans l'assemblée législative des Canadas unis, La Fontaine, chef du cabinet et député d'York, le Toronto d'aujourd'hui, déchirait solennellement le linceul d'infamie où l'on avait prétendu ensevelir notre langue; il y aura soixante-quinze ans le 13 septembre que retentissait sous les voûtes du parlement canadien la parole fatidique, la parole libératrice: ". . .Quand même la connaissance de la langue anglaise me serait aussi familière que celle de la langue française, je n'en ferais pas moins mon premier discours dans la lajigue de mes compatriotes canadiens-français, ne fût-ce que pour protester solennelletnent contre cette cruelle injustice de l'Acte d'Union qui tend à proscrire la langue maternelle d'une moitié de la
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population du Canada. Je le dois à mes compatriotes, je me le dois à moi-même ^
U Action française veut qu'en ce soixante-quinzième anniversaire la pensée du peuple canadien-français se tourne vers la grande figure du héros; elle veut que nous demandions à La Fontaine la raison profonde de son acte, que nous en dégagions tout à la fois les hautes conséquences et l'émouvante actualité; elle veut que nous haussions vers son cœur magnanime nos cœurs tentés par toutes les défaillances et qui doivent pourtant assurer aux gestes de demain leur rythme sauvem*.
U Action française n'entend pas-enfermer dans un cercle clos les manifestations que devrait susciter l'anniversaire du discours de 1842; elle entend encore moins s'en attribuer le monopole. Trop heureuse si son initiative devait provoquer de multiples hommages, prête à seconder les efforts extérieurs, comme à utiliser les concours qui pourraient lui permettre d'élargir ses projets, elle s'est contentée d'établir un programme minimum qui servira du moins à éveiller l'opinion distraite.
Le 13 septembre 1917, dans une grande réunion publique — nous en donnerons plus tard l'heure et le lieu — l'un de ses directeurs rappellera le motif de cette patriotique commémoration, M. l'abbé Groulx dira les circonstances et les conséquences du geste de La Fontaine, un orateur du dehors en montrera la perpétuelle et bienfaisante actualité. On ne sera pas surpris que VActioyi française ait prié M. l'abbé Groulx de faire l'étude maîtresse de la soirée. Le jeune professeur d'histoire de Laval a scruté cette période à fond, il en a montré déjà le caractère tragique. Il saura placer dans son milieu vrai, et en marquer par là la portée
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réelle, l'acte de La Fontaine. Pas plus ce soir là qu'à l'Université, il n'hésitera, nous en sommes sûr, à dire que jamais la désespérance n'eut plus d'emprise.
C'était l'heure où sur nos têtes flottaient tant de nuages, où de si lourds souvenirs pesaient sur nos épaules, que, même après le geste sauveur et ses premiers fruits, Garneau laissait glisser dans une lettre à Emile de Girardin cette douloureuse appréhension: "Quel que soit, monsieur, le sort que l'avenir réserve cl notre race, nous aimons à repoiier les yeux vers cette ancienne France d'où sont soiiis nos pères, et, comme le chevalier normand couché sur le tombeau de marbre des vieilles cathédrales anglaises, si nous devons perdre notre nationalité, nous voulons du moins laisser un nom français écrit sur notre mausolée"; c'était l'heure dont Chauveau pouvait écrire dans sa vie de Garneau: "Ce n'était plus seulement avec inquiétude, c'était avec une grande crainte, c'était presque ixvec désespoir que l'on se demandait ce qui allait advenir de tout ce qui nous était cher. Quelques-uns disaient tout haut que Von ne pouvait plus être rien dans ce pays à moins de se faire anglais . . . d'autres ajoutaient à demi-voix: et protestants"; c'était au lendemain, enfin, du jour où le Canadien lui-même écrivait: "Nous croyions et nous croyons encore qu'il eût été d'une sage politique pour V Aiigleterre de favoriser l'extension et l'affermissement dans le Bas-Canada d'une nationalité différente de celle des États voisins; mais les hommes d'État du jour chez la métropole le pensent différemment, et les Canadiens-français n'ont plus rien à attendre de ce côté-là pour leur nationalité. Que leur reste-t-il donc à faire pour leur propre intérêt et dans celui de leurs enfants, si ce n'est à travailler eux-mêmes de toutes leurs forces à amener une assimilatioii qui brise la barrière qui les sépare des populations qui les environnent de toutes parts, populations déjà plus nombreuses qu'eux et qui s'accroissent d'une immigration annuelle considérable? Avec
la connaissajice des dispositions de l'Angleterre, ce serait pour les Canadiens-français, le comble de V aveuglement et de la folie, que de s'obstiner à demeurer un peuple à part sur cette partie du continent. Le destin a parlé ..."
Nous avons besoin de connaître l'histoire vraie. Nous en avons besoin pour rendre justice aux héros; nous en avons besoin pour faire jaillir de la réalité brutale la parole de courage et d'énergie qu'elle recèle.
— Puisque nos pères ont réussi à sortir de là, se dit-on en lisant la vie de La Pontaine; puisqu'ils ont triomphé de tant d'obstacles et de défaillances, pourquoi ne triompherions-nous pas des difficultés d'aujourd'hui? Et s'ils se sont mis à la besogne au milieu de tant de ruines, sous une tempête pareille, pourquoi nous laisserions-nous effrayer par les nuages ciui montent à l'horizon ?
Doubler d'un appel à l'action le témoignage de la piété patriotique; assurer à la mémoire de La Fontaine le plus délicat et le plus magnifique des hommages: des imitateurs de son œuvre, c'est tout le vœu de V Action française.
Il faut que la fête du 13 septembre soit belle et fructueuse; il faut surtout qu'elle ait un lendemain.
Cela dépend de nos amis, autant et plus que de nous. Ils nous pardonneront de le leur rappeler, et plus d'une fois.
Omer Héroux.
A TRAVERS LA VIE COURANTE
Au cotisai Le nexl meeting est de plus en plus en honneur dans fîîUfliciÙGl ^^^ conseils municipaux. C'est à qui en armera ses lèvres et le lancera, comme un trait foudrojant, à la tête de ses adversaires. Tel qui ne sait que ces deux mots d'anglais les remâche sans cesse, comme s'il avait peur de les perdre, et tel autre aussi, qui ne craint pas de les faire voisiner avec des déclarations d'un patriotisme bruj'ant dont ils détruisent pratiquement l'effet.
Nous n'avons pas à discuter ici la valeur d'une telle arme, mais puisque des échevins de notre langue l'emploient, pourquoi ne s'en servent-ils pas à la française? Ajourné n'est-il pas un joU mot, et bref, et clair? bien supérieur même à l'expression anglaise. x-Vlors pourquoi l'ignorer?. . . Messieurs les édiles, plus de next meeting sur vos lèvres, mais un sonore et franc ajourné. Qui le fera retentir, le premier, sous les lambris municipaux ? Nous promettons à ce brave de consigner ici, pour la postérité, son nom glorieux. Nous ferons de même pour celui qui nous déhvrera de l'expression carried et lui substituera: adopté.
Noms de Corrige-toi chaque année d'un défaut, a dit un auteur ÏUeS ascétique, et tu deviendras rapidement parfait. Le conseil est sage. Nous ne voudrions pas l'ignorer en indiquant, du même coup, à nos échevins toute une série de réformes. Bornons-nous donc aujourd'hui à attirer leur attention sur un seul autre sujet, les noms de nos rues. Pour la bonne réputation de notre ville, qu'ils en soignent davantage le choix, l'orthographe, l'impression sur les plaques indicatrices. Ainsi c'est une erreur d'écrire Brébanf au lieu de Brébcuf, — cette orthographe fautive a trouvé le moyen de se glisser, en février dernier, dans une revue Uttéraire de Québec, — Chomedy au lieu de Chomedey, Delorimier au heu de de Lorimier, de mettre un point après St ou Ste, etc. Nous espérons d'ailleurs pouvoir présenter bientôt à notre conseil municipal un mémoire à ce sujet. Puisse-t-il l'accueillir favorablement !
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Le suffixe En fait de réformes, quelques-uns de nos marchands << nffp " ont adopté une expression qui nous paraît réprouvable. Vous voulez parler de telle substance qui n'est que rimitation de telle autre, vous ajoutez au mot qui désigne celle-ci le suffixe ette et le tour est joué: ainsi chamoiselie, cuireUe, cela veut dire imitation de chamois, de cuir. L'expression est plus brève que le terme fiimili usité en France: simili-chamois, simili-cuir. Est-elle aussi française? 11 semble que non. Rien dans le suffixe elle ne le prédisposait à cette signification. C'est d'-\ngleterre d'ailleurs que nous vient la nouvelle expression. On l'a créée en accolant tout de go la finale française aux mots anglais. Et c'est ainsi que nous avons pu lire dans le catalogue français d'un Ubraire montréalais: "reliure leatherette." Horreur ! La brièveté de certaines expressions anglaises peut parfois nous fasciner; gardons-nous bien de lui sacrifier follement — en utilitaristes vulgaires — la pureté, l'élégance et la clarté de notre langue.
PhotOQïtt- Jg ne sais si les libraires québécois impriment de telles
ùhieS choses,, mais voici la plainte qu'im correspondant
m'adresse à leur sujet. "Les seuls albums de photographies qu'on peut se procurer chez eux, sont marqués : Photographs. Les autres marchands d'ailleurs, ajoute-t-il ,ne font pas mieux. Après une tournée dans nos magasins, j'en suis venu à la conclusion qu'aucun ne vend à Québec de ces albums avec un titre français."
Ceci me remet en mémoire un fait assez significatif. J'avais cherché vainement à Montréal, il y a cinq ans, du papier à photographie avec l'inscription Carte -postale. La succursale de la maison Lumière ellemême n'avait que les inscriptions Posl Card. Or, me trouvant à Paris, quelques mois plus tard, je m'empressai d'aller aux bureaux de la grande maison française et de raconter au gérant mes démarches infructueuses. "Rien d'étonnant, me répondit-il. Cette succursale ne relève pas de nous, mais de notre agence de New- York où se fabriquent la plupart de nos produits pour l'Amérique du Nord. Or cette agence, vous le comprenez, est complètement anglaise."
Si je le comprenais !. . . Ce n'était pas la première fois, au reste, que je me rendais ainsi compte de l'impression néfaste, créée en France, dans le monde commercial, par nos timbres-poste, nos entêtes de lettres, nos circulaires, à savoir que le Canada est un pays anglais.
On m'a.ssura d'ailleurs qu'une demande de papier avec inscription française faite, par une de nos librairies, à l'agence de New- York, serait
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certainement transmise à Paris pour y être remplie. J'en avisai,, à l'époque, qui de droit. Cette démarche eut-elle des suites, je l'ignore. Aux amateurs de photographies de s'en rendre compte. Qu'ils demandent sans se lasser, albums et cartes postales avec une inscription française.
Lci COtnptQbilité La note de notre dernière chronique sur la" d' lliî ÎOUTTIQI comptabilité française nous a valu diverses lettres. Citons celle-ci: "Permettez-moi de vous dire que toute la comptabilité du Journal de Wateiioo ne se fait qu'en français. Nous avons le journal, le Uvi'e de caisse, le livre d'annonces, le grand li\Te... mais non de day-book, cash book, advertising book, ledger. . . ]\Ion grand livre est à feuilles mobiles, avec inscriptions et exphcations en français. Je me suis procuré le tout à la Compagnie nationale de Feuilles mobiles de Montréal.
■'Plusiem'S objectent que la comptabihté française est trop longue et que par conséquent il faut préférer l'anglaise. Pom* ma part, je considère que la comptabihté française est plus brève, plus expéditive et plus claire. . . pour qui la connaît, bien entendu."
Ce témoignage nous vient des cantons de l'Est, d'ime région oii les deux races se coudoient constamment, où la langue et la mentaUté françaises sont par conséquent plus exposées à périchter. Voilà pourquoi nous avons tenu à le faire connaître à nos lecteius. Qu'il ait pour eux l'effet d'un stimulant !
Pierre Homier.