UN COMMIS FRANÇAIS, S'IL VOUS PLAIT
La meilleure ligne de conduite pour un Canadien-français est de faire ses achats chez un compatriote. Nous avons dans l'est de la ville d'excellents magasins de langue française. Préférons-les à ces grands
l'action française 207
magasins anglais de l'ouest où l'on nous traite avec hauteur et mépris et où les conunis de notre langue ne sont pas en nombre proportionnel à la clientèle française.
Le Canadien-français qui a des raisons sérieuses d'aller chez un marchand anglais doit toujours à la question "How can I serve you?" répondre: "Un commis français, s'il vous plaît."
Parmi les magasins anglais de l'ouest, la maison Goodwin's est certainement la plus sympathique aux Canadiens-français. Soixantecinq pour cent des employés sont de nos concitoj'ens pour la raison jugée bonne que la clientèle française y est de soixante-cinq pour cent. Les affiches françaises y sont nombreuses et l'on s'y sent un peu chez soi.
Les grands magasins Goodwin's distribuent à leurs vendeuses de petites cartes bilingues remplies de bons conseils qu'elles doivent suivre vis-à-vis de la clientèle.
^'oici ce ciu'on peut y lire:
"If spoken to by a French customer and you do not know the language, say "Pardonnez-moi, un instant, s'il vous plaît," and immediately call a French speaking salesperson."
C'est là un conseil bien inspiré et suivi la plupart du temps. Une vendeuse de langue anglaise l'oubha dernièrement et se mêla de répondre brusquement qu'elle ne parlait pas le français à un de nos amis qui s'était adressé à elle dans cette langue.
Le chent offensé écrivit au service des réclamations de la maison qui répondit aussitôt à sa plainte par la lettre suivante:
Montréal, le 7 juin 1917.
Monsieur X. . .,
rue Saint -Denis,
Montréal.
Monsieur,
Nous avons reçu en son temps votre lettre se rapportant à l'impolitesse dont vous avez été l'objet à notre rayon de bijouterie. Nous avons fait une enquête au sujet de cette affaire et regrettons d'avoir à appuyer avec vous toute la justesse de votre remarque. A la suite d'observations que nous avons faites à l'employée incriminée, vous pouvez être assurée que semblable fait ne se présentera plus.
Nous désirons vous remercier d'avoir porté pareil fait à notre connaissance, vous certifiant que c'est absolument contraire à l'esprit de
208 l'action française
nos magasins; la carte ci-jointe vous fixera d'ailleurs sur les recommandations que nous donnons à notre personnel.
Dans l'espoir que ceci vous donnera satisfaction, nous demeurons,
Vos dévoués,