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LETTRE DE M. LANDRY AU DROIT

La lettre suivante a été publiée en tête des colonnes du Droit, le 5 juin 1917:

La publication de la lettre que Sa Grandevu' Mgr l'archevêque d'Ottawa a communiquée au "Droit", au "Devoir" et à quelques autres journaux autorise, ce nous semlîle, les remarques suivantes.

Et tout d'abord nous sommes parfaitement de l'opinion de Sa Grandeur quand elle dit:

"L'Esprit-Saint nous enseigne qu'il y a un temps pour toute "chose sur la terre, un temps pour se taire et un temps pour parler. "Après les graves et tristes événements de ces derniers jours, que "vous connaissez tous, et que nous devons tous déplorer, l'heure est "passée du silence patient et le moment est venu des paroles claires et "nettes."

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Parmi les paroles de Sa Grandeur nous remarquons les suivantes:

le Dans le mois d'août 1910, les évêques des provinces ecclésiastiques de Kingston et de Toronto, alarmés pour l'avenir des écoles séparées pour un motif pécuniaire: "Montant des sommes payées par les différentes compagnies", représentèrent au premier ministre leur opposition aux demandes du Congrès. (1) Ce n'était pas réclamer l'article 17, c'était demander le maintien de l'état de choses existant;

2o luorsque cette démarche fut tentée auprès de Sir James Whitney, Mgr Gauthier était alors archevêque de Kingston.

3o En septembre 1910, Mgr Gauthier devenait archevêque d'Ottawa, laissant im diocèse presque exclusivement anglais pour devenir l'évêque d'une population en immense majorité de langue française;

4o Ce changement lui imposait de nouveaux devoirs (!);

5o Depuis cette époque il n'a pris aucune part aux délibérations des évêques des provinces anglaises, voulant désormais seconder les légitimes aspirations du nouveau troupeau devenu le sien;

6o II n'a pas craint de se rendre à Toronto auprès des ministres du gouvernement pour leur faire connaître ses oVjjections contre le règlement No 17 agissant ainsi suivant la direction de Sa Sainteté Benoît XV;

7o Jamais, ni directement ni indirectement, il n'a provoqué, ni encouragé, ni approuvé la campagne contre les écoles bilingues;

8o II est franchement favorable aux écoles bilingues, afin que les enfants y soient instruits selon la volonté de leurs parents;

9o Avec le souverain Pontife il est heureux de déclarer que les Canadiens-français ont le droit de réclamer l'enseignement du français;

lOo II importe avant tout de sauvegarder l'existence des écoles séparées.

Voilà en dix hgnes les paroles que Sa Grandeur ^Monseigneur l'archevêque d'Ottawa vient d'incruster dans sa lettre. Que Sa Grandeur nous permette d'applaudir de tout cœur à cette déclaration réconfortante qui décuple nos forces, car il est doux pour le troupeau d'apprendre que le pasteur est ferme, qu'il défend contre les loups

(1) X 'aurait-il pas été temps pour ces évêques d'aller au gouvernement si les Canadiens-français avaient refusé d'admettre la démonstration que leurs demandes étaient une menace pour les écoles séparées ?

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de l'orangisme et contre le fanatisme des loges colombiennes, les agneaux confiés à sa garde.

Nous sommes particulièrement touchés de cet appel fait à tout un diocèse, demandant à tous les catholiques de s'unir dans une même charité comme dans une même foi, sous la môme direction épiscopale, afin de ramener la paix parmi nous et d'assurer la prospérité de toutes nos écoles catholiques.

Monseigneur l'archevêque d'Ottawa nous permettra-t-il d'attirer son attention sur une lettre très importante que nous lui écrivions en date du 15 mai 1915 et dans laquelle, au nom de l'association, nous lui demandions précisément, cette union de tous les catholiques de son diocèse sous la direction de leur pasteur, ajoutant que seuls les évêques de l'Ontario avaient en leurs mains la vie ou la mort des écoles séparées confessionnelles ?

Cette lettre du 15 mai 1915 est toujours restée sans réponse.

Le 8 juin 1915, nous revînmes à la charge.

Le 30 juillet, nouvelle demande à Mgr Gauthier, qui resta sans réponse.

Le 4 janvier 1917, les officiers de l'Association canadienne-française d'Éducation d'Ontario s'adressent à Mgr Gauthier pour lui demander de vouloir intervenir auprès de M. O'Meara, et d'obtenir de ce dernier qu'il se désiste de ses poursuites judiciaires.

Le 15 février 1917, nouvelle lettre à Mgr Gauthier pour le même ol)jet.

Le 3 mars 1917, M Landry écrit à Mgr Gauthier lui exposant la nature de nos réclamationb et ce que nous pourrions considérer comme le minimum de nos revendications et de^nandant son intervention auprès de O'Meara.

Mgr Gauthier ne répond à aucune de ces lettres.

Le 30 avril, nouvelle prière de la part de l'association demandant l'intervention épiscopale dans l'affaire O'Meara.

Mgr Gauthier suivant son habitude n'accuse pas même réception de la lettre.

Le 22 mai. lettre de J\L Landrj- à Mgr Gauthier. Celui-ci persiste dans son silence.

Le 28 mai M. Landry s'informe à l'archevêque si la cause devant le tribunal des évoques de l'Ontario a été renvoyée à un autre tribunal par suite de sa récusation du 22 mai.

La réponse de l'archevêque est encore à venir.

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L'heure du silence patient dure toujours pour nous et pour Mgr Gauthier.

Il y a des exceptions toutefois.

Quand un prêtre soumis à l'autorité épiscopale de l'archevêque d'Ottawa lance contre son prédécesseur, de regrettée mémoire, les accusations les plus outrageanteG et contre Son Éminence le cardinal Bégin les diatribes que sa plume sacerdotale ramasse dans la boue irlandaise, Mgr Gauthier, alors qu'il est archevêque d'Ottawa, trouve le moyen d'imposer silence à ceux qui auraient voulu venger la mémoire du mort et l'honneur des vivants.

Cette défense sauvait le coupable et des coups qu'il pouvait recevoir et de la condamnation qu'il avait méritée en attaquant ses supérieurs.

Mgr Gauthier prétend qu'il est franchement favorable aux écoles bilingues !

Qu'il nous permette de lui dire que nous ne pouvons pas considérer comme franchement favorable à nos écoles bilingues l'évêque qui a laissé nos enfants français courir les rues de la ville, des mois durant, qui a vu d'un œil froid les instituteurs et les institutrices religieux et laïques souffrir de la retenue de leurs salaires, qui n'a jamais eu une parole nette et claire poiir ceux qui souffraient et qui a toujours refusé de forcer ces coreligionnaires à abandonner leurs procédés vexatoires contre les nôtres.

La lettre de Mgr Gauthier en date du 20 août 1910, ne porte-t-elle pas, d'ailleurs, la signature de l'archevêque d'Ottawa. . . et tant qu'elle existera elle incrustera dans l'intelUgence la moins développée l'indestructible conviction que Mgr l'archevêque actuel d'Ottawa n'a jamais été im partisan de nos écoles bilingues et que, bien au contraire, il a grandement contribué à l'éclosion du fameux règlement No 17.

Malgré sa dénégation nous avons, à part sa lettre du 20 août 1910 et la résolution du 15 août, le document suivant en date du 27 juillet 1914. C'est une lettre de Mgr J.-O. Routhier, vicaire général de Mgr Gauthier. Elle est écrite à un personnage distingué et met parfaitement en relief l'assurance positivement donnée par Mgr Gauthier qu'il était l'un des évêques qui avaient demandé ce règlement Xo 17 pour protéger la langue anglaise contre l'envahissement graduel et constant de la langue française.

"Ottawa, 27 juillet 1914, "A Monsieur X. . .

"Monsieur,

"Je viens vous confier ce qui menace d'être pour moi une difficulté. Je l'avais confié au suffragant, Mgr Il en a parlé

au Délégué. Le Délégué m'en a parlé en présence de Mgr Sinnott.

"Voici, il s'agit du règlement No 17.

"Mgr l'archevêque d'Ottawa entre un jour dans ma chambre; j'écrivais à M. Rhéaume, ministre. Il m'a demandé à qui j'écrivais. Je lui dis. — Ecrivez-vous contre le règlement No 17? — Je répondis: je voudrais savoir quel est le status légal de notre langue. Il me dit: "Monseigneur, vous êtes mon vicaire général, un autre moi-même. J'avais confiance en vous. Il ne vous est pas permis d'écrire contre votre évêque. Le No 17, nous l'avons demandé pour la garantie de notre langue. Vous savez bien les difficultés du passé et le besoin que nous avions de conserver notre langue" — "Mgr, nous avons les mêmes besoins et nous sommes vos ouailles." — "Je vous défends d'écrire " Je pris ma lettre, je la déchirai et la jetai au panier. Je racontai cette conversation au Délégué en présence de Mgr Sinnott. Après m'avoir entendu il m'a dit qu'il y avait probablement malentendu quelque part. Mgr Sinnott ajouta: "J'ai vu les évêques à ce sujet, évidemment il y a malentendu."

"Je ne tiens pas à condamner mon évêque ni à l'accuser. Je suis heureux que les Anglais aient obtenu la garantie de leur langue, mais je crois qu'ils doivent faire la même chose pour nous. Maintenant j'apprends que Mgr le Délégué prétend que Mgr Gauthier aurait répondu à cette accusation en disant que c'est une calomnie.

"Avant notre entrevue on disait partout que les évêques approuvaient le No 17 et Mgr Gauthier ajouta: C'est nous les évêques qui l'avons demandé.

"Avec ma vive reconnaissance et mes vœux sincères de longue vie. "Bien reconnaissant,

(Signé) J.-O. ROUTHIER, V. G,

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, Parmi les paroles de Mgr Gauthier voulant gagner à sa cause tous ceux que ses actes en ont écarté, j'admire l'assertion suivante qu'il n'a pas craint de se rendre à Toronto auprès des ministres du gouvernement pour leur faire connaître ses objections contre le règlement No 17.

A la réunion des évêques de l'Ontario, le 26 janvier dernier, un sous-comité composé de Mgr McXeil et de Mgr Latulippe fut nommé pour s'aboucher avec le gouvernement de Toronto et obtenir de lui toutes les concessions possibles dans le cas d'un arrangement à l'amiable. Ce qui caractérisait ce sous-comité, c'était sa propre composition de deux membres, appartenant l'un et l'autre aux deux partis intéressés. Les deux évêques devaient agir de concert, voir ensemble le gouvernement, bref marcher dans une union complète de sentiments et d'intérêts. Or, il est de notoriété publique que Monseigneur Gauthier vit le gouvernement en a\Til dernier, avant les délégués officiels des évêques, rendant nulle par le fait même leur action concertée. Il est difficile de comprendre pourquoi Mgr Gauthier n'a pas respecté cette entente et pourquoi il s'est présenté lui-même quelques jours avant l'entrevue officielle du sous-comité réguUèrement constitué.

Mgr Gauthier prétend enfin que les demandes des écoles l^ihngues mettaient en danger le sort des écoles séparées qui, elles, étaient en instance auprès du gouvernement pour en obtenir une distribution plus équitable, en faveur des écoles catholiques, des taxes scolaires prélevées sur les différentes compagnies commerciales et industrielles.

Cette crainte n'a aucunement sa raison d'être, quand on sait que précisément les demandes des écoles bihngues appuj-aient les prétentions des écoles séparées anglaises au lieu de les combattre et que toutes les écoles séparées, bilingues et unilingues, demandaient la même chose.

La futihté des raisons invoquées par les évêques des provinces ecclésiastiques de Kingston et de Toronto (1) pour combattre les écoles bilingues s'épanouit dans toute sa criante injustice et ce n'est certes pas une parole claire et nette que cette malhem'euse affirmation qui sert de base à une campagne déplorable.

(1) On avait eu soin de ne pas inviter les évêques des provinces ontariennes où se trouvaient des évêques de langue française qui, eux aussi, avaient à cœur le bien-être des écoles séparées.

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L'Esprit-Saint nous l'enseigne: il y a un temps pour se taire et nous caressons l'espoir qu'on n'invoquera plus cette erreur pour 6tayer l'édifice des prétentions qui sortent du cadre de l'éternelle vérité.

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