OLIVAR ASSELIN
Sur une allocution de S. G. Mgr Bruchési
Malgré notre admiration profonde pour le directeur dlu Devoir, malgré l'opinion que nous avons bonjours entretenue, que c’était l'a supériorité même de Ses connaissantes et 'de son talent, encarte plus que les défauts de son caractère, qu|ii T’ empêchaient d’arritver aux plus hauts honneurs dans un pays de culltuine intelliliectuelle presque partout inférieure et touille part mieux que médiocre — oui, mialligré tout cala, nous, craignons fort qu’il rte soit tombé un fois de plus -dans son erreur coutumière eto faisant de l’éruldibion quand il lui aurait suffit de se retrancher dans le gros bon sens.
Bout la grande masse, M. Bourassa rte prouva rien avec sa savante distinction entre may et shall, dont il n’avalirt pas besoin et où il fallit rester. Combien qu'il puisse avoir raison sur le fond ides choses, il n’en prouvera pas davantage par son analyse du' dérnier Livre Blanc anglais. Quand sir Edward Grey dit à l'ambassadeur français que l’ Angleterre ne peut pas s’engager, cela n’e9t pas très satisfaisant pour la France, mais d Allemagne Serait eüle-mê-
nue peu exigeante si eil-e y trouvait uni sérieux motif d’espérance. Sir Edward Grey est un diplomate, et, en s:a qualité de diplomate, s’Üj ne serait pas justifiable de dire le contraire de la vérité, il a blien le droit d’user de toUs lies artifildeis du 'langage pour ne lialisser connaître la vérité qu’au moiment qui convienne le mieux à liilntérêt angtajils. L’étude des textes officiels sera forcément vaine tant qU’bn ne saUra pas ce qui se passait dans lia coulisse pendant que l'Angleterre affirmait 'hautes ment devant la galerie sa détermination de ne pais . . . s’engager.
Nous laissions donc à M. Bourassa le •soin d’expliquer à la Patrie ce qu’il entemdait par “l'attitude irréprochable, digne de toute admiration, de la France et de l’ Aivgleterre, avant comme après la déclaration des hostilités" , avant qu’il eût luli-mêmie entrepris de disséquer le Livre Blanc.
Ceci déclaré, nous .serons d’autant pluls à l’aise pour demander à la Patrie ce qu’eillle entend prouver ipar l’allocution, de Monseigneur iF Archevêque de Miontréal aux soldats expéditionnaires du 65 e. NoUs avons beau être en guerre, IHenvoi de troiupe's Canadiennes à l’étriangeir teste utile question 'politique — et une question politique où l’intérêt religieux n’a rien à voir. Lors donc que Mtgr Bruchési dé-
clare: “Nous ici, au Canada, nous savons “que l'Angleterre nous protège et nous “protégera; personne ne peutt, à l'heure “actuelle, savoir les complications qui “pourront surgûr de cet était )dle choses. “Aussi, après avoir donné à d'Angleterre “nos produits de La terre, nous lui d’on- “noins nos enfants, et oafla parce que nous “Savons la haute protection que nous de- 'Vons attendre d’elle,” il dit sans doute quelque chose qui fera plaisir au notoirement anglophile cardinal Merry dlefli Val aoimime aux évêques irfllanldlais impérialistes du Canada, mais sa parole a juste l’autorité qu’aurait en pareille matière celjlte de M. Coderre, de M. Nantel , de M. Médéric Martin. Si la Patrie n’était pas un journal mercenaire, dont l’attitude est ordinairement affaire d’intérêt, loin d’applaudir aux paroles de Monseigneur -de Moult réa’l, — et quoi qu’elllle pût d'ailleurs en penser quiant au fond, — elllle protesterait, comme nous le faisons m ce montent, contre une ingérence d’autant plus déplacée qu’aux yeux de la masse, en notre pays, et même dans les questions libres, quand les évêques ont parlé les laïques n’ont plus qu’à se taire.
(De N Action du 16 septembre 1914-)
Sur un mandement
Ni les Etats-Unis, nli lie Mexique, nii! îe Nicaragua, ni le Sain- Salvador, ni le Guatemala, ni le Cosltia-Riica, ni1 le Honduras, nii le Panama, ni la Colombie, ni fBqu'ateur, ni le Vénézuiélia, ni le Brésil, ni l’ Argentine, n|i l’Urulguiay, ni le Paraguay, ni le Pérou, nli la Bolivie, nlii le Chili, ni la Patagolnie, ne sont directement affectés par l'a guerre européenne.
De tous les pays d’ Amérique, le Ganada est le s'eull iquii, du fait que l’Europe est en guerre, est 'en guerre.
De Canladla doit cet honneur à ce qu’il est unie si|mpllle dépendlanee d’un des pays en guerre, la Grande-Biretagne. Il n 'avait par luimême aucun sujet de querelle avec Ifefe Allemands : c’est son état de colonie anglaise qui l 'entraîne dans lie co*nfllit, >et qui! lui fera dépenser en une seule année cent à cent cinquante millions de piastres.
En défendant ses côtes, son territoire, contre lies ennemis de lia Grande-Breta-
gne, — et 'les nationalistes sont 'les premiers à demander qu’il ille fasse, — le Canada contribuerait effectivement à la défense de ftem'pire et ferait encore pllîus que n’est obligé de faire toult autre pays américain . Le Sud africain n’a pas envoyé d'e troupes en Europe : esit-ce à dire qu’il n'e remplit pas tout sou devoir en sé gardant contre une agression qu'il! ne 'doit lui aussi qu'à son était de colonie ?
C’est devant cette situation de toute évidletnlce qu’on ne craint pas d'affirmer que nous remplissons un devoir en envoyant nois soldats à l’étranger.
Pendant que le gouvernement anglais, ét avec Hui Ha presse anglaise, reconnaît de Hui-même que notre aide est volontaire, il est pour le mOinls étrange jqu!e lies évêques canadiens- français fassenit de cette aide un devoir dans un mandement que — chose curieuse — les évêques de languie anglaise ont cru pouvoir épargner à leurs ouailles. Selon la politique propre à P Anglais, de sauter à deux malins sur tout Ce qui lui est, même par polliilteslse, of fert, le duc de Cormaïught, gouverneur du Canada et oncle du roi d’Angleterre, s’est empressé, en dieux lignes aussi significatilves que brèves, de remercier nos évêques d’avoir bien voullu reconnaître notre obligation de
participer aux guerres die 'la Grandie- B retagnle.
Nous avons ainsi l'épiscopat -qui offre au nom -d'os catholiques, .et le .représentant autorisé d'u souverain qui accepte au nom du gouvernement ilmpé rj'lail.
Sans doute i/1 ne faudrait pas exagérer rilmpontamlee d’avaniaes faites par nos évêques aü notm de leurs ouailles en matière puremlent politique. L’at/tflüUde .die Pépiscopat n’en prendra pas moins un -caractère d'extrême gravité, si, eoim-me on 'noms QT'a donné à entendre, la praslsie -sie voit refuser lie droit de Ha discuter.
Nous ne voulons pas mettre en doute les tnotiifs de cette attitude. D’imniomlbrablas évêques, au .cours de l’histoire, se sont trompés en matière politique, depuis le pourceau mitré qui vendit slainlte Jeanlnie d’Arc aux Anglais, jusqu’aux serviles prélats concordataires du Troisième Empire, en passant par ceux qui trafiquèrent des libertés irlandaises alvec lord Oastiîereagh en 1800. L’erreur des évêques canadiens- français n’eist ij3*as intéressée. Peultêtire la main leur a-t-elll'.le été forcée. Peutêtre aussi ont-ils simplement voulu .dire — à quoi personne n’eût trouvé à reprendre — que nous avons le devoir de participer à
la dé feins e de Helmpiire (i), et ont-ils outrepassé ®eur pensée en posant gratuitement que ce d'enodr consistle à envoyer des troupes à l’étranger. Mais fila parodie est 'là, et dte's 'poUîticieus comme M. T bornais -Ta- FlbeUe Ohapais, et 'die vulgaires filles à politiciens commle notre troisième mère-Ilatric, ont déjà ooniimidnleé à isVn (servir pour bâillonner les partisans die l'a tradition politique canadienne en matière de défense impériale.
Par respect pour ulne (Liberté d’OpIbion Sans laqulol Le il n’y a pas de gouvernement possible en pays britannique, mais aussi dlatnis l’intérêt 'de l’Eglise, nos évêqUels né devraient -dis pas corriger lieuir mandement en ce qu’il a d’excessif ? Pour 'le moment, ils n’otnt rien à craindre. Pour le moment Ils seront probablement applaudis s’ils prennent, contre les journaux qui oint le courage de l'es contredire en matjlène polliltilqUe. les (Sanctions de rigueur que réclame la racaill’e des 'politiciens. Mais dans cinq ans, dans dix anis, quand le Canadien'., écrasé d’impôts, commencera à maudire l'itmpérialisme militaire comme un fléau, que
(i) L 'empire, c’est le Canada aussi bien que l’Angleterre.
gagneront-ils à ce qu'on dise que, sans égard à l’intérêt national ni à la liberté des consciences, ce furent eux quii érigèrent cette infâme doctrine en dogme intangible ?
(De Y Action du 24 octobre 1914.)
A propos d’une campagne de “l’Action Catholique” 11
“L’organe du Cardinal-Archevêque de Québec”, “le journal de son Eminence" — comme la Patrie appelle l’Acticni catholique avec un luxe de majuscules qui devrait vailoir à Ma Tante Louis-Joseph beaucoup d’indulgences — est inquiet. Il croit voir une divergence entre l’attitude des feuilles nationalistes et le sentiment des Canadiens- Français. Il craint que les nationalistes, “après avoir accru contre nous l’animosité d’une partie de nos compatriotes d’origine anglaise”, ne nous aliènent maintenant “les sentiments d’affection et d’admiration que nous gardaient nos frères de France, et que la noble conduite de nos soldats alliait encore considérablement augmenter”. Et il
(1) Ce qui suit a paru du 11 septembre au 9 octobre 1915, dans l 'Action de Montréal, en quatre articles, sous le titre de “L’Action catholique, les évêques et l’a guerre”.
part de ilà pour ajouter ceci, que notre troisième mère-Patrie, probablement payée, cette fois encore, au pouce carré, reproduit comme “une admirable analyse des liens qui nous attachent à la France”:
Dans le présent conflit mondial, l e Canada entier, et les Canadiens-français en particulier, ont-ils intérêt à ce que la France ne soit pas amoindrie, à ce qu'elle ne soit pas vaincue, mais victorieuse ?
La question paraîtra impertinente et ridicule à la plupart des lecteurs, mais il est malheureusement nécessaire de la poser, pour aider à la réflexion sinon les quelques Snobs décodants et vaniteux, qui croient poser en beau en accusant l’ Angleterre, la France et la Russie, pour excuser implicitement et même explicitement l’Allemagne , du moins des hommes capables de réflexion, qui devraient voir que leurs qualités de catholiques et de Canadiens leur font un devoir et un bonne ur de ne pas trahir la cause à laquelle la Providence les a attachés, pour une autre qu'ils ne sauraient embrasser sans trahir leur légitime souverain, leur propre patrie, leurs plus chers et plus réels intérêts (ouf !)
Encore qu’on en ait ri dédaigneusement , en certains quartiers, au nom de l'égoisme national, il reste irrai et bien vrai que les Canadiens peuvent et doivent encore, pour
longtemps, parler de l’Angleterre et de la France comme de leurs deux mères-patries, les deux patries dont le Canada a reçu, avec ses deux races et ses deux langues principales, ses traditions, sa civilisation, sa foi chrétienne et catholique. Même indépendanment des liens politiques qui nous unissent indissolublement à l’Angleterre pour un temps indéf ini, un partie des Canadiens reste attachée à l’ Angleterre par les liens du sang, de la langue, de la religien, de mille relations et intérêts, et une autre partie reste attachée à la France par les mêmes liens qui font que la disparition du prestige de la France nous causerait à nous Canadiens d’origine et de culture française, un tort mortel.
Actuellement, l’empire britannique a un intérêt immédiat à la résistance et au triomphe de la France, et le Canada également, puisqu'il fait partie de cet empire sur lequel le roi d'Angleterre règne légitimement. Si la France était vaincue, tout l’empire britannique Serait directement atteint et non pas seulement menacé et nous le serions nous-mêmes, comme partie intégrante de cet empire.
Lit dans le Canada, ceux qui seraient le plus directement et le plus gravement atteints par la victoire de l’Allémagne sur la
France et sur l’Angleterre, seraient les Canadiens-français et les catholiques.
“Le journal de Son Eminente” ne serait pas à la 'hauteur de ses fonctions s’il n’ envisageait la guerre comme toute autre chose au point de vue des intérêts catholiques. Voyez comme sur ce terrain il arrange M. Bourassa :
Quoi qu’en puisse dire ceux qui ont la prudence de ne pas exprimer trop clairement leur avis et la sagesse de n en pas trop faire connaître les motifs, tout en prétendant mieux défendre les intérêts catholiques que les évêques en union avec le Pape, nous croyons que la défaite de la France et des Alliés serait humainement plus fatale à la religion catholique que celle de l’Allemagne cl de ses alliés. Même dans compter que la liberté des catholiques est beaucoup mieux respectée sous l’égide de George V que sous l’égide de Guillaume II, il est difficile de ne pas voir que la France, la Belgique et l'Italie font oeuvre plus utile pour l’Eglise, chez elles et dans le monde, que la seule Autriche, cyui fait assez peu en dehors de chez elle. . .
Nous n’aimons pas, pour notre part , devancer le Pape et les évêques dans la défense des intérêts catholiques, et il serait bien à souhqj-ter, croyons-nous, que ceux qui nous accusent de méconnaître ces intérêts
catholique parce que nous défendons la cause de l’Angleterre et de la France, au nom des devoirs et des intérêts qui nous lient à ces deux pays aujourd’hui unis, eussent la discrétion de ne pas devancer ni d admonester ceux dont ils devraient prendre les avis, les conseils et les ordres, au lieu de leur en adresser plus généreusement que sagement, du haut de leur seule prétention...
Nos intérêts et nos devoirs de sujets britanniques sont d'être avec l’Angleterre. Nos intérêts et nos devoirs de catholiques ne contredisent en aucune façon nos devoirs et nos intérêts de sujets britanniques et de Canadiens-français, et il serait aussi contraire à la vérité qu'à la prudence de vouloir établir cette contraliction.
1,1 est assez naturel que l'article de Barrés ait réjoui les adversaires de l\a thèse nationaliste canadienne, et qu’ils s’en fassent une arme. Ce nébuleux -et infécond écrivain, espèce de magister allemand égaré dans la politique et les lettres françaises, et qui, dans un pays en pleine révolution sociale, s'est fait une originalité de pacotille auprès des vieilles marquises en présentant comme une découverte de son génie les antiques for' mules du conservatisme, en réduisant à quelques aphorismes mélancoliques et maigres comme sa personne la doctrine des de Mais-
tre, des Banaîlid et des Saint-Bonnet, est bien lia machine qu’il f aillait mobiliser contre lie Devoir, où Bob a porté la reconnaissance pour ses quelques beaux gestes jusqu’à tout vanter de lui, même de lourdes niaiseries comme la Colline inspirée. Héroux est richement payé ! Mais à part cette valeur de circonstance, bien fûté qui en trouverait une quelconque, de valeur, à ce qu'il vient d’écrire sur les devoirs du Canada envers l’Angleterre. Il y a peut-être en France trois ou quatre hommes qui ont étudié le régime colonial britannique d’assez près pour en parler en connaissance de cause, et ceux-là, avant de se porter juges entre nationalistes et impérialistes canadiens, voudront entendre autre chose que la cloche fêlée de 1 ’ Action Catholique. Inutile de le dire, Barrés n’est pas, ne sera jamais du nombre. Nous doutons même que cet écrivain, que l’admiration désordonnée des conservateurs de France a érigé en prototype de l’idée française, comprenne jamais tout à fait que des sujets anglais puissent prétendre à faire du français une de leurs langues officielles. Nous du Canada français, nous avons cent autres raisons d’aimer la France et de souhaiter son triomphe ; mais, de grâce, ne nous faisons pas illusion sur le degré d’intérêt qu’en dehors de milieux très restreints,
comme la Canadienne, les intellectuels français nous portent. Pendant mon séjour en France, il y a trois ans, j’ai eu l’honneur d’assister à une réception chez un des membres les plus illustres de l’Insititut, j’ai pris part à un dîner de Parisiens normands et bretons, des amis du Canada m’ont aimablement invité à leur table en même temps que des publicistes et des hommes politiques français censés connaître et aimer notre pays de façon particulière. A part MM . Bardoux et André Siegfried, je ne crois pas avoir rencontré, parmi tant d'hommes distingués, personne qui d'ans la discussion de nos relations avec l’Angleterre ne partît de ce principe que la métropole peut tout exiger de ses colonies, tout imposer à scs colonies, et dans la discussion de nos questions scolaires, du principe qu'en pays anglais l’anglais seul peut avoir des droits. Essayer de les convaincre eût été superflu : nous ne parlions pas la même langue. Le directeur de l 'Action catholique a passé plusieurs années en Europe. Il connaît comme nous cette impuissance de l’esprit français à comprendre un empire organisé autrement que celui de Napoléon — qui s’appelle aujourd’hui la République française. Il sait parfaitement que Barrès parle du Canada comme il ferait du Thibet, avec cette malheureuse différence
qu’à l’heure actuelle le Canada lui fournit plus de plats pour y mettre ses longues pattes d’échassier égoïste et bien lissé, posant au philosophe pendant que, d’un oeil froid, il guette au fond de la mare un naïf goujon. Mais avec la malhonnêteté qui finit par être le trait caractéristique de tout casuiste, il n’hésite pas à s’appuyer sur Barrés, certain que le défenseur des clochers de France en imposera toujours au coeur reconnaissant de nos curés, même en des matières où il est encore plus insensible à la lumière qu’il ne le fut, Germain barbare, à l’harmonieuse clarté du Parthénon.
Le diinedteur de (l’Action catholique sait également qu’il n’a pas Ile droit d’excuser la politique francoprobe du gouvernement d’Ontario par la timide résistance qu’y ont opposée des populations naturellement respectueuses des lois. Il n’aurait qu’à remonter de quelques mois en arrière pour trouver, dans l’Action catholique même, tout ce que M. Bounasisa, M. Hénoux, M. le sénateur Landry, M. Beieourt, ou les RR. PP. Obllats d’Ottawa, ont jamais dit ou écrit sur la question scolaire ontarienne. Mais pour des raisons que nous soupçonnons sans les connaître — et sur lesquelles il faudra revenir, — “le journal de son Eminence” veut mettre l’épiscopat
canad'ien-français bien en cour à Londres et à Rideau-Hall : tant pis pour les Canadiens-Français d’Ontario s’ils sont vraiment des frères trop compromettants ; •ils seront exécutés d’un mot perfide, par un de ces petits abbés jésuites et italiens comme il s’en faisait il y a quatre siècles et comme il ne s’en fait, hélas ! presque plus ; qui manient avec une égale habileté les “canons” de l’Eglise et le stylet, et pour qui nulle besogne ne fut jamais ni trop ardue, ni trop scélérate, ni trop vile.
Je le confesserai à plat ventre s’il le faut, je n’ai pas qualité pour discuter avec “l’organe du Cardinal-Archevêque de Québec”, non plus d’ailleurs qu’avec le journal qui a servi tout à tour de feuille de joie à tant d’Anglo-Protestants distingués, si le catholicisme gagnerait plus à la victoire des Alliés qu’à celle des empires germaniques. Je laisse à ceux qui croient pouvoir mener de front lia propagande religieuse et la propagande politique cette tâche glorieuse. Ce qu’il me paraît plus important de relever, dans “l’admirable analyse” de la feuille à Son Eminence, ce sont les insinuations qui en font la substance et qui,
comme presque toutes les insinuations des casuistes, sont mensongères.
Personne en notre pays, que nous sachions, n’a “rii dédaigneusement” de ceux qui appellent l’Angleterre et la France les deux mères-patries du Canada : on a seulement envoyé faire lanlaire les fumistes qui, ayant jusque-là emprunté leurs opinions sur la France tantôt à M. Graham, tantôt à M. Shaughnessy, tantôt à M. Wainwright. tantôt à M. Peter Lyall, tantôt à M. McGibbon, tantôt à M. “Bob” Rogers, s’étaient mis tout à coup à exalter la France hystériquement sur des harpes de tôle, pour mieux “entôler” les Canayens au profit de . . . l’Angleterre.
Personne, que nous sachions, n’a accusé P Action catholique de “méconnaître les intérêts catholiques parce qu’elle défend la cause de l’Angleterre et de la France” : on a seulement prétendu, et très justement, qu’elle compromet les intérêts catholiques en faisant intervenir la religion dans une question où Son Eminence le cardinal Bégin et S. G. Mgr Bruchési ont exactement la même autorité que notre ami Phidime Phidimous, de Terrebonne, — et même un peu moins, puisque de par leur état ils sont moins libres d’exprimer toute leur pensée.
Personne que nous sachions n’a pié tendu que “nos intérêts et nos devoirs de sujets britanniques” ne sont pas “d’être avec l’Angleterre”, que “nos intérêts et nos devoirs de Canadiens-Français” ne sont pas “d’être avec la France en autant (sic) que ,1e permettent nos devoirs envers l’Angleterre”, ou que “nos intérêts et nos devoirs de catholiques” contredisent de quelque façon “nos devoirs et nos intérêts de sujets britanniques et de Canadiens-Français”. On prétend seulement que le Canada serait plus fidèle à ses intérêts, sans manquer à son devoir envers l’ Angleterre ni envers la France, en limitant son effort > militaire à son immense territoire — quitte à faire en sorte qu’un Carruthers ne soit pas décoré pour avoir réalisé d’un seul coup, par l’accaparement des blés canadiens destinés aux Alliés, des profits qui suffiraient pour lever en Angleterre une armée de cent mille hommes. Tout le reste est inventé par Y Action catholique, apparemment -dans l’unique but d’inciter l’autorité religieuse à quelque abus d’autorité où le D’Amours, sinon d’autres, trouverait son sompte.
Personne que nous sachions n’a mis en doute que “la disparition du pestige de la France nous causerait, à nous Canadiens d’origine et de culture française,
un tort mortel”: on a seulement crié:
Ta çmeule! aux faquins ensoutanés (i) comme île d’Amours de Y Action catholique (né Damours à T rois-Pi stofes), qui avec Mgr Roy et Adjutor Rivard donnèrent au premier Congrès de la langue française une tournure presque antifrançaise, qui en 1913 firent une campagne de presse pour opposer, au nom de prétendus intérêts catholiques, la pensée canadiennefrançaise (sic) à la pensée française, qui en août et septembre 1914, alors que la France 'semblait avoir plus besoin de l’Angleterre que celle-ci de la France, écrivaient sans brancher que si' jamais les Camlaldiilens- Français étaient appelés à servir contre lia France, Nos Seigneurs lies Evêques sauraient leur indiquer leur devoir, tout leur devoir, qui ont cadenassé et verrouillé lie Canada français contre les idées françaises de peur de voir un peuple improbe et veule, mais dévot, contaminé par un peuple probe, héroïque, mais ipe'u dlévôt, et qui feignent de s’alarmer pour l’avenir de la culture française maintenant que, de leur propre aveu, c’est l’Angleterre qui a besoin de la France! Il y a, touchant le
( i ) NOTE POUR LES MANES DU JUGE CIMON: “Faquin” doit ici s’entendre au sens journalistique.
devoir du Canada français envers la France dans ila guerre actuelle, un article à faire et que je ferai un jour ou l’autre si Dieu m’en laisse le loisir. Dans cet article je montrerai que si chacun de nous doit à la France une reconnaissance proportionnée à ce que la culture chrétienne et française a fait pour lui, cette dette ne 's’étend pas nécessairement à l’Etat dont il fait partie ; que l’Etat ne peut pas assumer tous les devoirs qui incombent à chacun de ses sujets en particulier, car autrement la France, qui a un devoir de solidarité à rempliT envers les groupes français du monde entier, serait tenue d’intervenir officiellement auprès Je l’Angleterre en faveur des Canadiens-Français d’Ontario — chose qu’elle ne fera point, que nous savons qu'elle ne peut point faire; — et ainsi de suite. En attendant, je crois pouvoir, quoique nationaliste, me dire aussi bon ami de la France que les fausses barbes de patriotes dont le venin antifrançais, propagé avec une habileté digne d’une meilleure cause, s’est distillé au début de la guerre du haut d’e vingt chaires de vérité.
Ce qui nous intéresse encore davantage dans “l’admirable analyse”, c’est la
menace non 'déguisée de la fin, qui a cause tant de joie à la Patrie.
S'il devait jamais — dit /'Action catholique — y avoir conflit entre ces devoirs et ces intérêts divers ( religieux et patriotiques), nous avons des chefs pour nous guider avec sagesse et autorité. QUE PER¬ SONNE N’OSE les devancer ni leur susciter d'embarras.
La menace aurait sa rafson d’être si quelqu’un avait osé “'devancer l'épiscopat” ou lui “créer des embarras” dans les choses de son ressort. Etant dionné tes circonstances, force nous est d’y voir une tentative de réduire au silence, par l'intimidation, ceux qui se permettent de rappeler à nos évêques, si respectueusement que ce soit, le pas de petits clercs qu’ils ont fait en se prononçant d’autorité pour une politique conte stable où ils se garderont bien de faire la deuxième gaffe de prétendre officiellement que la religion est intéressée, h’ Action catholique y est revenue dans un autre article que la Patrie a également reproduit. Nous y répondrons par des arguments sur lesquels lesdobar québecquioês pourra, s’il le veut, casser sa p’Jutne, ou que nos évêquies pourront réfuter pluls sommairement et plus 'sûrement par unie interdiction, s'il est vrai — ce que nous
ne croyons pas — qu’ils s’apprêtent à instaurer dans le Canada français, pour le compte 'des politiciens impérialistes, 'le régime qu'il paraît que lies Allemands dut établi à Varsovie.
Dans les circonstances où nous sommes — ddt Y Action catholique, que il'a Patrie, pair une distraction évidente, appelle encore Y Action sociale — le clergé des campagnes, comme tout le clergé en général, se rend compte quil manquerait doublement à son devoir s’il fournissait volontairement le moindre prétexte à ceux qui pourraient mettre en question sa loyauté et son attachement à la cause de la métropole britannique, s'il allait, sans profit aucun pour la religion et pour le plaisir de suivre une orientation justement discutée et dépourvue des approbations de nos chefs religieux, exposer notre race et la cause catholique, déjà suffisamment attaquées, à de nouveaux soupçons, à de nouveaux ressentiments, à de nouvelles attaques.
D'ailleurs ceux qui accusent injustement notre clergé de s’attacher aujourd’hui au “ Bourassisme” , devraient savoir que la discipline et les traditions de notre Eglise sont toujours respectées et fidèlement conservées
par notre clergé tout entier. La discipline de l'Eglise fait que le clergé marche à la suite des Evêques, et les traditions de notre Eglise, depuis plus de cent chiquante ans, comprennent le fidèle accomplissement de tous nos devoirs envers t Angleterre. Les preuves manifestes et constantes qu’en a plusieurs fois données la sagesse de notre épiscopat) ne seront ni oubliées ni contredites par le Aergé, à l'heure si grave, si décisive peut-être pour nos destinées, que nous traversons aujourd'hui.
Nos éz’êques, qui s’efforcent de faire pénétrer et de faire accepter les principes chrétiens dans tous les partis, n’ont pas accepté l’idée d’ organiser les cathodiques en un groupe distinct sur le terrain politique. Ils accepteraient encore bien moins de voir le clergé s’inféoder à une organisation politique, s’inspirer de ses principes, engager le prestige et l’influence de l’Eglise au service de ce parti, en dehors ou à rencontre de leur direction.” * * *
Le directeur de l’Action catholique n’écrit assurément pas cela pour démontrer que le prêtre qui compromet volontairement le réputation de loyalisme du clergé manque à l’un dos devoirs élémentaires de son ordre. S’il connaît un seul prêtre canadien- français qui ne règle sa conduite de citoyen sur cc principe, qu’il le nomme, et nous crierons
à l’univers entier quie l’abbé d’ Amou r s n’est ni jésuite, ni italien, qu’il' est loyal et véridique, mû par le seul amour d!e la Religion et de la Patrie.
Ce n’est pas non plus pour établir que le prêtre canadien- français qui irait, “isans profit aucun poulr la religion, et pour le plaisir de suivre une orientation justement discutée et dépourvue des approbations (sit) de nos chefs religieux, exposer notre race et la cause catholique à de nouveaux soupçons, à de nouveaux ressentiments, à de nouvelles attaques”, serait coupable et cotmme prêtre et comme Canadien-Français : les lecteurs de Y Action catholique sont peut-être plus bêtes qute la moyenne; cela est même probable, étant donné l’ali mu ît intellectuel qu’ils trouvent clans ce journal; mais parmi les gens raisonnables, personne, croyonsnous, n’a encore osé contester l’évidence d’une telle proposition
Ce n’est pas non. plus pour nous rappeler que la discipline de l’Eglise exige l’obéissance du clergé à P épiscopat dans lies choses qui relèvent de l’épiscopat, et que “les traditions de notre Eglise comprennent le fidèle accomplissement de nos devoirs envers l’Anglieterre”. Sans sortir des droits de la critique historique, et sans abuser de lia liberté Ide pardi e qui alpjpairtj lient aux catholiques en notre pays comme ailleurs,
on peut apprécier diversement la manière dont nos évêques ont compris à certaines heures leur devoir envers la métropole ; ®e demander si, dans leur impatience de nous attacher pour toujours à la Couronne angolaise, ils n’ont pas parfois montré pfius de zèle que de dignité; si en décriant la France pour mieux nous en détacher, et en détruisant ainsi à sa source, dans lame des Canadiens-Français, la fierté de race, ill's n’ont pas inutilement compromis la survivance de la langue et de la pensée française au Canada. Mais nous isommes encore à trouver ifn catholique cainadilen-français, clerc ou laïque, qui ait jalmaliis mis en doute ll’autorité de l’épiscopat en matière religieuse, ni que la doctrine de l’Eglise, telle qu’elle est écrite dans les encycliques des papes, dans l’enseF gnemenlt des Pères, et jusque dans les Evangiles, comporte lie respect du pouvoir civil fondé sur la justice, compatible avec Certains dro its essentiels de l’individu dans île domaine de la conscience, ou même dans l’ordre purement mlatériell.
Et si le directeur d*e l'Action catholique croit sincèrement que personne — nationaliste ou autre — désire voir le diergé “s’inféoder à une organisation politique. . . engager le prestige et l’influence de l’Eglise au service de ce parti', en delhors ou à l’encontre cle leur direction”, il est plus naïf ou
plus ignorant des affaires cotntemiporaines que ne Je furent jamais les easuisltes, à commencer par Escobar et tels autres petits d’Amours si proprement déshabillés par Biaise Pascal dans ses provinciales.
Non, ce n’est 'pas, ce ne peut pas être pour raip|>eler des vérités aussi évidentes, aussi incoutesttées, que l’abbé d’Amours fait tonner une fois de plus les lourdes batteries de cuisine de sa dialectique.
Et ce n’est pais davantage pour défendre le clergé de l’accu sait ion de s’attacher, comme il dit, au “Bfourassiiisme”, car, à part que pas un journal, pais un homlme politique de quelque valeur, n’a porté cette accusation, ou du moins l’a fait sérieusement, 'l’Action catholique en appuyant aussi pesalmlmlent sur les devoirs du clergé, a plutôt l’air de travailler à la justifier.
Réduit à sa plus simple expression, l’article de l’Action catholique veult forcément dire :
Que le prêtre canadien-français qui n’admet pas la prétention des évêques touchant la guerre à savoir que le devoir du Canada comporte l’envoi de troupes en Europe, “fournit volontairement des prétextes” à ceux qui “mettent en question lia loyauté (sic) et rattachement du clergé à la cause de la métropole britannique” ;
Que le prêtre canadien-français qui, eu
politique ou ailleurs, “suit une orientation discutée et dépourvue ries approbations de nos chefs religieux”, expose par cela même, de coeur gai, “notre race et 'lie cause catholique à de nouveaux soupçons, à de nouveaux ressent imernts, à de nouvelles attaques” ;
Que riu seul fait qu’un certain nombre rie prêtres oanadietns-frança'is préférant telle opinion politique à telle autre, — en l’espèce, le nationalisme à l’impérialisme, — le clergé “s’inféode à une organisation politique, s’inspire rie ses principes, engage le prestige et l'influence rie l’Eglise” au service de ce parti ;
Que le prêtre canadien-français qui nie l’obligation riu Canada d’envoyer des troupes en Europe, qui1 sur cette question se prononce à l’encontre die la direction épiscopale, ou seulement en dehors de cette direction, manque “à la discipline et aux traditions” de l’Eglise canadienne comme à son “devoir envers l’Angleterre”.
Or, tout ceci n’est qu’ impudent sophisme, et pas autre ohoise.
Supposons pour un instant que le nationalisme soit une erreur politique; et supposons aussi — ce qui n’est nullement prouvé, bien qule 1 ’ Action catholique, encore que fois, ail une manière de le contester qui équivaut à l’admettre, — supposons que nos prêtres.
en leur for intérieur, adhèrent pour lia plupart à Ü’ild'ée que Y Action catholique appelle le Bourassisme et qui, dans son esprit, n’est que l’opposition à l’ impérialisme : en quoi ces deux faits seraient-ils de nature à compromettre la réputation dte loyalisme du clergé? Depuis le commencement de la guerre, on a vu des centaines dfc des milliers de ministres protestante, mus les uns par un loyalisme sincère mais exoesisif, Iles autres par une soif manifeste de notoriété et d'applaudissements, transformer la chaire en trilbumie politique. Le clergé cainladien-françaiis, — et ici comme dans toute la suite de cet article nous parlons du clergé par apposition à Yépiscopat, — notre dltergé a cru que sa dignité luli; imposait une pllus grande réserve. Cette réserve n’est certes pas pour plaire aux politiciens laïques qui trouv ent aujourd’hui excellent que l’épiscopat intervienne en leur faveur, quittes à l’injurier demain s’il a le mauvais goût de les critiquer. Et il se peut aussi qu’elle contrarie 'Certains de oes politiciens en camaiil violet qui, de tout temps et en tout pays, ont jugé qu’un chapeau rouge vaut toujours la peine d’être ramassé, fût -ce d'ans le sang inutilement répandu de cent mille hommes. Mais elle n’autorise personne à conclure que nos prêtres, quld’qu'es Légitimes motifs de désaffection qu’ils pourraient avoir, ne sont pas à l’heure actuelle aussi fidèles à l’Angleterre
qu’en 1776, en 1812 et en 1837, alors que la métropole mous refusait le gouvernement conistitutionnell, ou en 1867, alors qu’on leur prédisait et qu’ils avaient raison de craindre ce qui est arrivé depuis aux Canadiens -Français dans les provinces anglaises. Et î’ Action catholique, en feignant d’y voir unie adhésion tacite au nationalisme, prouve de toute évidence qu’à ses yeux le crime du clergé n’est pas de garder le silence, mais de ne pas faire des sermons impérialistes.
Quand Y Action catholique dit vouloir prévenir “de nouveaux soupçons, de nouveaux ressentiments, de nouvelles attaques”, elle reconnaît implicitement qu’avant la guerre comme aujourd’hui' notre race et la cause catholique étaient attaquées. Il serait intéressant d’apprendre d’elle ce qu’il aurait fallu faire pour empêcher les soupçons, les ressentiments, les attaques; si, par exemple, elle croit que nos évêques auraient amélioré la situation de la race canadien nefrançaise et de la religion catholique en ôtant aux clercs, dans les questions politiques, la liberté de parole que la loi du pays reconnaît à tout citoyen. Pouir oe qui est de lia race, on pourrait poser en principe que l’individu qui trahit ses compatriotes ne peut plus, sans doubler d’hypocrisie sa lâ-
cheté, invoquer à quelque fin que ce soit l’intérêt national ; et que pourrait dire en suifté l’onctueuse canaille quii, dans on ne sait quels louches desseins, va exhumer des paperasses jaunies de feui Metlternich cet épouvantail poussiéreux et mité, le “principe révolutionnaire des nationalités”, pour en effrayer, par une fenêtre mal éclairée de sacristie, la vaillante, mais à lia foi)s si croyante, si naïve, minorité canadiennie- française d’Ontario. Le moins qu’il incombe à l’abbé D’Amours, c’est de prouver que le silence de notre clergé, ou même l'adhésion individuelle de nos -prêtres au nationalisme, touchant la guerre, est pour quelque chose, par exemple, dans la politique scolaire du gouvernement d’Ontario; que l’adhésion politique du .clergé caradiem-f rançais à l’impérialisme apaiserait enfin ceux que son passé Lout de loyalisme n’a pas détournés de proscrire le français dans toutes les provinces anglaises ; enfin, qu’une conduite irréprochable en soi devient condamnable, et doit être évitée, du fait que de malhonnêtes gens non pas en prennent — car Y Action catholique n’établira pas même que cela est - — - mais pourraient en prendre prétexte pour consommer une injustice décidée depuis longtemps, qu’il est clair comme le • jour qu’aucune mesure de prudence ne pourrait empêcher. Et pour ce qui est de la reli-
gion, à quelques attaques que l’on prétende que l’expose le manque de zèle Impérialiste du clergé, ces attaques ne seront pas pires que celles que lui a values jusqu’ici et que dud vaut encore, dans les pays protestants, son Inébranlablle attachement au Saint-Siège; et ce serait donc à dire que le clergé canadienfrançais, si l’Intérêt de la religion iliu.il tient à coeur, devrait eommenéer par se séparer d'e Rome. Notre faquin, recourant comme toujours au truc du distinguo , nous fera sans doute observer que dans «la manifestation éclatante de notre attachement à Rome il y a profit pour la religion, tandis que la religion, en notre pays, n’est intéressée au sort d’aucun parti, «politique. Et même cettle réponse ne le couvrira pas, puisque toute sa campagne tend à faire croire que lia religion est intéressée au succès de son parti à lui, b impérialisme ; et l’on ne violerait pas l’étiquette du journalisme en «luli jetant au nez, pour toute réplique, le mot de Cambronne. Mais rien «que pour lui prouver qu’il n’est pas besoin d’avoir été quinze ans Jésuite pour savoir jouer du distinguo, nous lui riposterons que, pour ne point l’être au sens qu’il prétend, les droits politiques des clercs n’en sont pas moins, à un point de vue • plus digne de journalistes catholiques, une question religieuse; qu’il n’«est pas indifférent à l’ Eglise que ses prêtres soient par ar-
bivtraire privés de leurs droits politiques ; que si, au regard du peuple, île prêtre, c’est lia religion', il n’est point de question rel igieuise plus grave que de savoir si 3e prêtre, du seul fait qu’il est un prêtre, dloiit être réduit au rang d’ilote et virtuellement rayé de la société civile. “L’organe de son Emimertce” veut-il dire qu’un prêtre doive s’éear ter d’une cause politique par cela seul qu’efllle est discultée, 'et qu’elle est, comme il dit, “dépourvue 'des approbations de nos chefs religieux”? Mais alors, le conservatisme ou le libéralisme devraient également être ^interdits aux clercs, puisque l’un et l’autre sont discutés et que ni l’un ni l’autre n’a reçu, que l’on sache, “les approbations” (sic) de l’épiscopat. Ici encore le casuiste quôbecquois pûlaeera Un distinguo : — L’épiscopat, dira-t-il, n’interdit pas les partis politiques au clergé pour la seule raison qu’ils sont discutés : i’1 faut qu’ils soient justement discutés. — M(ais de grâce dites-nous, cher escobar, est-ce l’épiscopat qui1 entreprendra de faire savoir aux clercs si la politique de M. Laurier, de Sam Hughes, de M. Gouin, de M. Cousineau, est discutable ou non, et dans quelle mesure? On aurait donc depuis 1896 (affaire du Manitoba), 1905 (Saskatchewan et Alberta) et 1911 (Kéwatin), trouvé, pour toutes les questions politiques, le secret des inber-
vent ions épiscopales qui ine provoquent aucun ressenfciimlâiDt? Voyons, y a-t-il vraiment à l’Action catholique des gens assez bêtes pour ne pas voir qu’à frapper nos prêtres d’incapacité politique comme ce journal le voudrait faire, nous ne préviendrons aucun soupçon, aucun ressentiment, aucune attaque, mai-s au contraire nous ferons quelque chose pour avilir le clergé aux yeux de ses ennemis et pour mériter comme race la réputation d’obéissance servile et irraisonnée à l’épiscopat que nos ennemis travaillent depuis vingt-cinq ans à nous créer?
Il nous rappelle bien avoir lu quelque part que la question de grouper les catholiques sur le terrain électoral s’était timidement soulevée — sans doute comme bâillon d’essai — à l’un des derniers congrès de la Jeunesse 'catholique. Et au risque d’étonner la Jeunesse catholique elle-même, j’ajouterai que pour ma part je ne serais ni scandalisé ni alarmé de voir se réaliser entre catholiques, pour la défense de leurs droits constitutionnels, — et pour cela seulement — l’entente dont Iles protestants, en notre pays même, .leur ont tant de fois donné l’exemple. Mais si l’on a réellement voulu former au Canada un parti catholique, nous n’en savons rien ; et que les évê-
ques aient ou non désapprouvé ce projet, — d’ailleurs étranger aux nationalistes, — le fait arrive dans l’admonition de l'Action catholique comme un cheveu sur la souîpe ; î!l n’autoriise pas Y Action catholique à confondre délibérément die jugement individuel et en tout cas très réservé des clers avec une action collective comme, par exemple, celle qu’èlle a trouvée si louable de Ilia part des évêques. Les prêtres oanadiens-français sont en général plus instruits que leurs ouailles, plus dégagés des soucis matériels, et, à raison même de la discrétion à laquelle ils sont tenus, plus capables de réflexion personnelle dans les questions politiques où l’intérêt de leur ordre ne leur paraît pas en jeu. Il est donc Ceut 'r.latUrü', qui if U sle montrent plus fermés à 1 esprit étroit, terre à terre, presque toujours abrutissant, des deux vieux partis ; qu ils s'attachent de préférence à des idées neuves et qui au moins se recommandent par ceci, que tour à tour la gent rongeuse des vieux partis s’en fait des ailes pour monter au pouvoir. Ils n’ont pour cela aucune permission à demander aux évêques, car si toutefois iil est vrai qu’ils “s’inféodent à une organisation politique” et “s’inspirent de ses principes”, ils ne le font que dans la stricte mesure die leur
droit, et, quioi qu’en 'diise V Action catholique, delà n’engage ni le prestige ni' l'influence de l’Eglise.
Sur “,1a discipline et les traditions de l’Eglise canadienne” à l’égard de l’Angleterre, nous n’avons pas la prétention d’être aussi ferré que notre escobar. Nous savons cependant que discipline se confond loi avec tradition; que le mot ne signifie pas La pression qu’à un moment donné il peut prendre fantaisie aux évêques d’exercer sur le clergé et sur les fidèles pour les faire entrer dans des voies nouvelles. Et nous savons également qui si en matière politique la tradition de l’Eglise canadienne, comme de toutes les Eglises, a été la soumission aux pouvoirs établis, cette tradition ne comprend pas l’envoi de troupes en Europe. Qu’on relise tous les mandements des évêques depuis' 1760:
on y trou'vera bien que nous devons être fidèles à l’Angleterre, et au besoin défendre sa cause par les armes ; mais on y verra en même temps que, ni dans les guerres de la Révolution et de l’Empire, où l’Angleterre incarnait pourtant à Heurs yeux la justice divine, ni dans la guerre de Crimée, où pour la première fois depuis des siècles “nos deux mères-patries combattaient ensemble, ni dans l’affaire
sud-afrioaine, où l’on put croire un instant que le David du veldt allait frapper à mort le géant britannique, les évêques n’ont cru sage de réclamer ou d’approuver, selon le cas, l’envoi de troupes canadiennes outre-mer. Par quels moyens le mandement de 1914 a été obtenu, c’est un point que les historiens ne sauraient examiner trop Attentivement. On a rapporté d'assez bonne source que le passage fatidique relatif à nos devoirs envers l'Angleterre y avait été glissé subrepticement à la dernière heure par des personnages qui ne sont pas étrangers à la inédaction de Y Action catholique. On a dit aussi que nos évêques étaient revenus de leur Non possumus de 1899 à (la suite de certain avertissement donné à Saint-Sulpice par lord Grey, qui aurait, avec son audace coutumière, délicatement insinué aux fills de Monsieur Olier que, ce que le roi de France, c’est-à-dire le gouvernement français, leur avait donné pour LE SOUTIEN DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE, le roi d’Angleterre, successeur et héritier du roi de France, pouvait leur en demander compte. Ce que nous savons par nous-mêmes, c'est que ce mandement s’écarte de la tradition ; que nos évèquas ont pour la première fois pris suir eux d’interpréter au sens impérialiste et
antinational les obligations militait es du Canada envers la métropole ; et que d'affirmation contraire die l'Action catholique est uine fausseté.
Cette autre affirmât ion du casuiste, que “la discipline de l'Eglise fait que le clergé marche à la suite des évêques’’, ne doit son apparence de vérité qu'à l’équivoque qui en fait la base. Les prêtres sont soumis aux évêques en matière religieuse — et encore, avec le droit d’appel que l’Eglise accorde à tous ses enfants, et qui, pour nous borner à lui et pour ne pas remonter plus loin en arrière, permit plusieurs fois à un certain Veuiïiot de faire tirer les oreilles par le pape aux évêques de France. En matière pollitique, les clercs comme les laiques ne doivent obéissance aux évêques, ou même au pape, que dans les questions qui intéressent manifestement la religion ou lia morale ; et cela est si vrai que, du consentement tacite de Rome, la Révolution française, tant qu’elle n’entra pas sur le terrain religieux, n’eut pas contre les évêques, moins attachés au peuple qu’à la cour, de plus ardents partisans que les petits curés qui avaient vu si souvent — quoi qu’en dise M. Gautherot — le bon peuple de France réduit à manger de l’herbe. La question que cherche à embrouiller l’Action catholique se ré-
(luit donc à savoir si le catholique caniadienfrançais, prêtre ou laïque, manque à son devoir en désapprouvant — ou seulement en n’ approuvant pas — l’expédition officwelile
de troupes canadiennes en Europe.
Le devoir en pareil cas peut être de di- \ erses sortes. Entre le devoir constitutionnel, le devoir de conscience, le dez’oir patriotique et lie devoir de reconnaissance oui de piété filiale, 3a casuistique a 'beau jeu. Dieu sait ce que, sous la plume ingénieuse d’un d’Amours, ces multiples expressions peuvent, selon les nécessités du moment, admettre de distinguo ou de confusions.
Ecartons tout de suite du débat le devoir qui naît de conditions toutes particulières et qui/ ne saurait lier que certains groupes de la population. L’Grangiirte canadien doit bien une reconnaissance particulière — il ,1e croit du moins, et c’eist un sentiment digne de respect, — à la puissance qui incarne encore le plus fidèlement la résistance au papisme : est-ce une raison pour que l’ Irlandais catholique du Canada aille se battre sous les drapeaux anglais en Europe ? Il paraît que les Irlandais du monde entier, ceux du Canada compris, doivent une reconuaisanoe particulière à l’ Angleterre de ce qu’elle a restitué à l’Irlande une partie des libertés qu’elle lui avait volées : est-ce une
raison pour que Des Orangilstes unionistes du Canada soient forcés de contribuer aux lrai's d’une expédition militaire canadienne en France ou aux Dardanelles? Les Canadiens-Français — nous l’avonls dilt, plus que cela, nous l’avons soutenu, alors que les cafards de 'l’Action catholique propageaient activement dans les sacristies et les presbytères la haine de la France, — les Canadiens-Français doivent! une reconnaissance particulière à la France, d’où leurs sont venues les quelques bonnes qualités, les quelques belles vertus, qui se mêlent encore aux défauts et aux vices qu’ils itienriemt d'e leuirs voisins 'anglo-saxons : est-ce une raison pour lies collons amérécains de l’Alberta et de la Saskatchewan de se taxer au profit de la France? De toute évidence, chaque citoyen canadien en particulier peut se reconnaître dans la guerre actuelle, à cause de ses origines, de ses opinions religieuses ou sociales, de ses attaches domestiques et que sais-je encore, des obligations morales qui n 'incombent nullement -à l’Etat dont iil fait partie. Ceux qui sont dans ce cas, qu’est-ce qui les empêchait de s’associer selon leurs préférences ou leurs affinités, pour remplir à leuirs frais De devoir dont ils ont prosaïquement préféré se décharger sur ille dos die Monsieur Toult-le- Monde? Et si ï Action catholique répond
que seule l’intervention officielle die l’Etat pouvait permettre à chacun de ipayer la dette d’honneur qu’il avait en propre^ cela revient simplement à admettre que dans lies mouvements patriotiques créés à coups de grosse caisse et de mandements, îles gens qui ne cherchent pas à faf're .payer leuir éoot pair lies autres sont encore l’inlfilme minorité.
Ecartons également ce vague devoir de conscience et d'honneur qui, aui dire de X Action cathodique, existerait pour tous les Canadiens indistinctement, en dehors du point de vue constitutionnel. “L’organe de Son Eminence” .parle évidemment ici d’un devoir collectif, puisque, ce qu’elle réclame pour l’Angleterre, ce n’est pas de concours de particuliers, nli même d’associations privées, mais celui de l’Etat. Or, je surprendrai peut-être notre escobar, mais, tantôt pour voir comment ils conçoivent la morale privée, tantôt pour voir (au chapitre des ■douanes, par exemple,) quelle importance ils attachent aux droits de d’Etat qui ne sont pas en même temps des droits de l’Eglise, tantôt pour le seul plaisir de suivre des .savantes contorsions des casuistes, voilà des années que je lis moi aussi les théologiens : et je le défie d’y trouver qu’en matière militaire L’ETAT ait des devoirs DE CONSCIEN¬ CE, ou que ces devoirs dépassent de l’épaisseur d’un cheveu ses devoirs- constitutionnels.
Du citoyen canadien à l’Etat anglais le devoir constitutionnel Lexiiste pas, 'puisque, en vertu d'un contrat passé entre les provinces 'canadiennes et le gouvernement angliats, le gouvernement du Canada est à Ottawa, non pas à Londres.
Il L'existe pais davantage die la colonie à la métropole. Notre statut politique n'a pas changé depuis 1899 : or, cette annéelîà encolle, l’Angleterre accueillait notre aide comme une faveur et les autorités canadiennes pouvaient impunément déclarer que l’envoi de quatre à cinq mille hommes en Afrique ne devait pas être regardé comme un précédent. Le gouvernement impérial peut imposer le service militaire aux peuples de Grande-Bretagne, 'd’Ecosse et d’Irlande, parce qu’ils ont accepté son autorité et que c’est pour eux qu’il existe: il ne peut pas l’imposer au Canada sans déchirer comme un chiffon de papier le contrat de 18G7, sans méconnaître l’existence du gouvernement qu’il a lui-même laissé instituer à l’usage exclusif du peuple canadien. Par ce même traité nous nous sommes engagés de notre côté à défendre la partie de 1 empire que nous habitons: notre devoir de conscience comme peuple, le voilà ; hors hors de là, contingente, arbitraire, confusion, pêche en eau trouble aux anneaux
épiscopaux et aux chapeaux cardinalices, et tout ce qui s’en suit. . .
Que nous avons en principe, dans la guerre actuelle, l’obligation d’aider les faibles, de faire des sacrifices pour la cause de la civilisation, de verser au besoin notre sang pour empêcher que des petites nations comme la nôtre ne soient foulées aux pieds par des puissances de proie comme la chrétienne Allemagne et la catholique Autriche, nous sommes les premiers à le reconnaître. Mais l’erreur grossière cU le mensonge éhonté, c’est de prétendre que nous ne falistelms rien pour l’Angfleterre, il la France, la Belgique, lia Serbie, e'rw défendant lie ft'efflitoir'e 'Confié à notre garde daims le plan général! die défense d'e 'l’empire et qui', à l'heure alctuéï-'e, ne doit qu’à sein état de cd'.bnie britannique l'insigne honneur d’être en gudrre iavec ’a Sublime-Porte, sains pairldr deis S a irnts - Em p ire s .
En tout état de cause, avant de voter un seul dollar pour l’envoi de troupes en Europe, nous avions le droit de consulter nos moyens, de voir si notre participation à la guerre européenne était compatible avec les intérêts primordiaux du Canada; en d’autres termes, lequel de deux devoirs devait l’emporter dans notre conscience.
On peut avoir accumulé dans V Action catholique assez de distinguo poulr jeter le trouble dans tous les esprits faibles du pays. Iil se peut aussi que M. Bourassa, en déclarant qu’il ne s’opposait pas à l’envoi de troupes en Europe, en cherchant, sans preuve aucune, à faire porter la responsabilité de la guerre à la Russie et à l’Angleterre, en écrivant que l’offre de $35,000,000 faite à l’Angleterre en 1912 n’était pas suffisante si les ministres canadiens étaient au fait du péril allemand, en nous proposant comme exemple d’un iinltélligielnt -et légitime égoïsme national des erreurs coimhie If’aibanldion du Luxembourg, “petit pays sacrifié parce que son existence n’est nullement liée aux intérêts vitaux de l'Angleterre”; il se peut que M. Bourassa, par ces maladresses commises avec le peu de souci des contradictions d’un grand esprit enclin à toutt ramener à sdi et 'irrité . Savoir, touchant lfe péril allemand, joué avec bien d’autres (qui ont au moins l’esprit de s’en battre l’oeil) le rôle toujours un peu ridicule de faux prophète; — que M. Bourassa, dis-je, ait affaibli la doctrine nationaliste dans un certain nombre d’esiprits qui pour leur honneur ne la confondent pas idolâtrement avec sa personne, et qui cependant ne l’eu dissocient pas suffisamment pour la juger avec l’impartialité qu'il
faudrait. Mais on attend encore de l’Action catholique — à plus forte raison de simples poubelles comme la Patrie — la preuve qu’au point de vue canadien la participation officielle du Canada à la guerre européenne n’est ipas un acte die démence nationale.
Tout homme a le devoir de conscience d’aider les pauvres, de travailler à faire régner la justice sur l'a terre. Ce devoir, nul ne sera sauvé qui ne l’aura pas rempli dans toute La mesure de ses moyens ; mais l’Eglise n’a jamais, que je; sache, prétendu qu’il faille se miner 'pour sauver les autres. Le Canada a tout à redouter die lia politique militaire où itl* vient tie s’aventurer. Une forte partie des capitaux allemands, belges, français, qui ont jusqu'ici contribué à son développement économique sous le nom de capitaux anglais (de ce qu’ils llui arrivaient par le canal de la Banque d’Angleterre), lui feront défaut après Ilia gUerire. Nous lisons par exemple dans le Bulletin de la Chambre de Commerce française de Montréal, au compte-rendu d’une causerie faite le 26 mai devant cette association par un délégué officiel du gouvernement français:
“Les fonds étrangers qui ont été placés en France par l’intermédiaire de grosses institutions, banques françaises , etc., ont nui
considérablement au développement de noire industrie parce qu’ils absorbaient l’épargne française qui aurait dû être destinée à développer l'industrie des diverses région* de la France. Le gouvernement français prend lies mesures nécessaires pour empêcher l’exode des capitaux français et noindustrie en bénéficiera.”
Ce retrait de capitaux européens, outre qu’il compromettra notre croissance économique, aura pour conséquence die nous mettre sous la dépendance éoonomiique des Etats-Unis — de toutes les éventualités la plus grosse de dangers pour notre avenir national; d’autant pins dangereuse qu’un peuple comme les Etats- Unis, sans dignité devant la force, est toujours tenté de prendre sur les faibles ses revanches d’amour-propre. L’Angleterre, si elle triomphe, aura des compensations pou'r ses effroyables sacrifices. Nous, n’importe II" issue de la gulerre, nous sereins perdants. Nous n’aurons pas même ce petit bonheur qu’on nous avait tant promis, d’avoir pu révéler le Canada sous son vrai jour à toute l’Europe: un Maurice Barrés — que notre conduite, U1 est vrai, autorise bien à nous prendre pour de simples frères cadets des Sénégalais, pourra continuer d'emprunter à FenimOre Carpe r 'les portraits die soldats canadiens
qu’il propose à l’ admiration attendrie du peuple de France. La Suisse, la Hollande, la Roumanie, ‘pourraient, sans engager l’avenir, se jeter dianis Ha lutte pour etapêcliei une victoire allemande qui sera le pîas funèbre des petites nationalités en Europe: comme nations indépendantes, elles conserveraient dans les guerres ultérieures leur liberté d’action. Le Canada, loin que son état de icôloniie lui crée des devoirs particuliers dans la guerre actuelle, devait rester chez lui parce qu'il est une colonie, qu’en défendant a la fois son territoire et la métropole il paie double impôt, et qu’en aocqptant de participer aux guerres de l’Angleterre hors de son territoire, ill renonce pour toujours à une liberté politique dont la conquête lui a coûté un siècle de luttes. Que le directeur de l 'Action catholique réponde à ces arguments autrement que par un abuis sacrilège de la 'parole de Dieu, et il pourra ensuite ergoter à son saoul sur notre devoir de conscience. Maie il restera toujours que sur ce terrain mon opinion, en bonne doctrine catholique, vaut la sienne, et celle de Mgr Bruchési, et celle de Son Eminence ; et que si les évêques n’ont pas le droit de nous forcer à croire que le Canada avait les moyens d’envoyer- des troupes en Europe, le devoir de conscience du Canada comme pays n’exés-
te que dans leur imagination ou dans celle de l’abbé d’ Amours.
Quand à moi, je ne conteste pas lia noblesse du sentiment qui1 ankp'e l'a plupart des impérialistes canadiens. J’écrivais l’automne dernier que le gouvenement seul devait être tariu responsable de l’orientation 'politique du pays; qu’il fallait admirer et applaudir ceux qui s’enrôlaient sans y être poussés par la crainte de la police, par la faim au quelque autre cause semblable. Bien plus, si j’avais demain à choisir entre M. Borden et M. Laurier, je voterais sans hésiter pour celui des deux qui, voyant dans l’iimpérilalis/me un devoir, met 'consciencieusement toutes les ressources du Canada à la disposition de la Grande-Bretagne ; non pour le politicien qui a balancé toute sa vie entre impérialisme et nationalisme, et à qui l'effroyable crise actuelle, où le Canada court risque de laisser sia vie, n’est qu’une nouvelle occasion de cabotinage. J’ai toujours cru et je persiste à croire que le devoir le plus urgent de tous fes bons Canadiens, c’est de s’entendre pour balayer de la scène connue une ordure les hommes d’expédfents, de mensonges, afin que la question impérialiste puisse enfin se poser sans ambiguïté. Aussi les 'présents articles n’ont- ils pas pour objet de rouvrir, sur le fond même de la question militaire,
une controverse qui aurait moins pour résultat d’empêcher le mal, que de diminuer le bien relatif qui en peut sortir. Mais ce que nous, les vrais natibnailfetes, nous n’ admettrons jamais, c’est qu’au nom des évêques on tente de faire passer en dogme un principe politique sur lequel le pape luimême, parlant ex-cathedrà, n’aurait pas autorité pour se prononcer.
Dans unie ail locution prononcée récemment à Sainte- Amne-dc-ia-Pocatière, à l’occasion d’une exposition agricole et horticole, le gouverneur de 'la Province, l’honorable M. Leblanc, a, paraît-ij, “exprimé sa satisfaction du concours dbnné par le Canada et par les Canaldiens-Françails à la métropole, dans la guerre actuelle”. Voici comment le directeur dé Action catholique 'répond “à un jeune homme instruit, inltelll'igent, doué de belles qualités”, qui lui disait ne pas avoir goûté “ces déclarations d'impérialisme” :
Il est donc bien vrai que nous en sommes là, non pas seulement avec quelques professionnels de l'injure, qui auront toujours l excuse, qui ne leur a jamais manqué, d'être déséquilibrés et de ne pouvoir raison-
tierf mais avec de braves gens qui ont glissé peu à peu , d’eux-mêmes ou poussés par d'autres , vers cette stupidité, que l ignorance d'un sujet aussi vaste et compliqué peut, il est vrai, partiellement excuser, de prendre sincèrement et aveuglément pour de /'impérialisme, l’admission de cette vérité toute simple et élémentaire que nous avons comme colonie anglaise des devoirs et des intérêts qui nous lient à l’Angleterre.
Avec ce mot, mal défini et encore plus mal compris, de /'impérialisme, on a fait un épouvantail, ou plus exactement une équivoque épouvantable, pour effrayer ceux qui n'ont pas le temps d’étudier et d’obserzer, pour jeter l’injure et les suspicions sur les évêques comme sur les plus humbles journalistes, sur les hommes de tous les partis politiques, sur tout le monde.
Quand on a lancé ce mot aveuglant, on croit avoir tout dit. Et de fait, avec certaines gens, on est exempté d examiner, de prouver, de raisonner, dès qu’on a accuse un adversaire d’être impérialiste. Aux yeux de ces gens, on est impérialiste quand on demande le maintien du statu quo de nos relations actuelles politiques et constitutionnelle3, avec l'Angleterre; et l’on est adversaire de l’impérialisme, défenseur de l’autonomie canadienne, quand on réclame d’être lié plus étroitement à (empire par
une représentation permanente dans ses conseils, représeyitation qui nous lierait constitutionnellement à toute la pohtique étrangère de ï Angleterre, et ne nous laisserait plus la faculté de décider ici, au Canada, quelle part de concours no^s pouvons et nous entendons prendre dans les conflits où l’Angleterre se trouvera engagée.
Nous l’avons dit et nous île répétante, c’est fausser il’hilsitoire que de prétendre •que le mandement épiscopal de l’année dernière et lia campagne 'actuelle de l 'Action catholique soint dans Ilia tradition dte l’Eglise canadienne. Nos évêques s’étaient jusque-là bornés à nous prêcher d’une manière générale la fidélité à la Couronne anglaise ; pour la première fois en 1914 ils se sont aventurés à nous faire un devoir d’envoyer des troupes en Europe.
Les relations politiques et constitutionneililes d’un Etat, ce ne sont pas seulement celles qui sont prévues et réglées dlans les constitutions : ce sont toutes celles qui sont 'formellement ou tacitement acceptées et reconnues par les gouvernements : notre participation à lia guerre du Transvaal changea quelque chose à nos relations envers T Angleterre, malgré la fameuse condition du no precedent; la guerre actuelle les révolutionne. Il n’est
dtaruc pas vrai qu'en acceptant — volontairement ou non, peu importe, — comme une obligation l’envoi cle troupes à 1 étranger, le Canlaldia “reste dans le statu quio ide ses relations actuelles politiques et constitutionnelles avec l’Angleterre”, comime dit si pittoresquement ï Action catholique. Et si cela n’est pas vrai, il l’est encore bien moins de dire que ceux qui font un 'devoir de conscience aux catholiques 'camaldiens-ifrança'is d’approuver cette, politique militaire, non seulement ne demandent pas lia modification de notre statut politique, mais “DEMANDENT’ positivement qu'il reste ce qu’il est.
Quant à nos propres opinions sur les devoirs du Canada envers la métropole, sachant à qui nous avions affaire, nous avons pris gran|d soin de les bien préciser. Ce n’était certes pas -facile besogne que -de mettre le nez à notre ca'suiste d'ans ses malpropretés ; car il faut bien lui rendre cette justice — tëi c’en est urne — qu’31 s’y entend à les couvrir. Mais si nos articles ont pu paraître longs, ilis avaient au moins, croyons-nous, le rnlérite d’être clairs. Et nous défions l’abbé d’ Amours d’y trouver une ligne, un. mot, qui puisse s'interpréter comme la négation des devoirs véritables du Canlada 'dans la guerre actuelle. Nous avons seulement contesté aux évê-
ques comme à Y Action catholique le droit de nouls créer, de leur soude autorité, de nouveaux devoirs.
■Même si) elle pouvait établir que nous, 'es nationalistes, nous voulons ipour de Canada, dans d’empire britannique, une situation politique correspondante à l’étendue de ses sacrifices mid.taires, et qu’au contraire les évéqu'es, tout en faisant die ces sacrifices un devoir, sont opposés à toute fédération politique de l’empire, l'Action catholique fi 'améliorerait ni la situation de l’épiscopat ni la sienne. Les évêques, en effet, n’ont pas plus le droit de se prononcer d’autorité entre lia politique de M. Borden ('impôt et représentation) et celle de M. Llaufier (impôt sans représentation) que de recommander l’une ou l'autre de préférence à la politique nationaliste. Maliis nos lecteurs — et avec eux l’abbé D’Amouirs^— savent que M. Bourassa a souvent déclaré, de la façon la p'us catégorique, envisager la fédération impériale comme un moindre mal, et que, pour ce qui nous concerne, nous n’avons jamais montré la moindre inclination à l’accepter, ni comme moindre mal ni autrement.
Pourtant, à lire ce bon apôtre dé D'Amours, ne dirait-on pas :
i° Que les évêques et V Action catholique n’ont jamais fait “qu’admettre cette vérité toute simple et élémentaire que nou's avons
comme colonie anglaise des devoirs et des intérêts qui nous Olient à l’Angleterre” et qu’ills “demandent lie maintien du statu quo de nos relations actuelles (sic) 'politiques et constitutionnelles, avec l’Angleterre” ;
2° Que nous niions, nouls, ‘‘cette vérité toute, simple et élémentaire”, tout en réclamant “d’être liés plus étroitement à l’empire par une représentation permanente dans ses conseils”.
Tournez et retournez son article dans tous les sens, et vouls n’y trouverez pas autre chose.
On a là un spécimen de l’honnêteté professionnelle du bonhomme à qui les évêques permettent de parler en leur nom.
En vouliez- vous un autre ? Nouls le tirerons de V Action catholique du 29 septembre.
h’ Action catholique a trouvé au Progrès du Golfe des gens qui ne s’en laissent pas imposer .par son faux nez de théologien, et quii lui tiennent tête. Voyez comment elle leur réplique :
. . . Où donc êtes-vouA rendu ? Qui vous a jamais dit ou fait entendre qu’il y a profit four la religion de s’inféoder à f impérialisme ? Ce doit être encore votre inspirât eur Asselin qui vous a soufflé cette sottise, en accusant les évêques d'être impéria listes.
Pour nou$, tous nos lecteurs un peu séi ieux le savent, nous ne voulons pas plus inféoder la religion et le clergé à l’impérialisme qu’au nationalisme , qu’à aucun parti politique. Nous vous défions de trouver le contraire dans aucun article de notre journal, en dehors de votre imagination trop excitée. Et nous vous défions aussi de citer une seule ligne écrite par nous en faveur de l' impérialisme . . .
Nous ignorions qu’il y eût une thèse 'nationaliste sur cette question.. Nous avons entendu à ce sujet des opinions variées, quelquefois même opposées , émises par des nationalistes, mais ces opinions ne sont pas encore arrivées à la cohésion et à la stabilité nécessaire pollr former ce que l’on pourrait appeler la thèse nationaliste. Le Progrès, après avait consulté ses inspirateurs, serait bien aimable de nous dire quelle est enfin cette thèse nationaliste sur nos obligations présentes envers l’Empire, telle que formulée et admise par le groupe nationaliste.
Le tort du Progrès, en toute cette polémique, comme celui de ce^x qui l’inspirent de loin ou de près, c’est de tomber, par aveugle ~ ment d’esprit de parti ', dans cette faute très lourde contre la logique et contre la plus élémentaire prudence de dire et de vouloir faire croire qu’on peut être qu'impérialiste du moment qu’on refuse d’admettre toutes
les opinions et tous les procédés des nationalistes, qui ne s’accordent pas même entre eux . . .
Voici en effet des gens qui se nomment nationalistes, qui représentent comme partisans de l’impérialisme tous ceux qui approuvent au Canada le concours donné à la métropole en hommes et en argent. Or, ceux qui approuvent ce concours, c’est tout le monde , excepté eux; ce sont, à peu d’exceptions près, tous les représentants autorisés du peuple canadien dans notre parlement fédéral et dans nos assemblées législatives. Pour tous les partisans du parlementarisme , pour les tenants de la souveraineté du peuple agissant par ses représentants, pour les adeptes du principe des nationalités disposant librement d’ elles-mêmes, il y a là uu argument très fort fourni très maladroitement aux vrais partisans de l’impériaisme. Ceux-ci, en effet, peuvent dire, et avec une logique un peu plus solide que celle qui s'écroule sur elle-même dans /'Action1 de Montréal et dans le Progrès de Rimouski : De l’aveu de nos plus chauds adversaires, les nationalistes, tout le monde, excepté eux, est pour l’impérialisme au Canada. Or, ils ne sont, dans les parlements et dans la presse, qu’une très petite minorité. Donc, les Canadien’s en général sont pour l’ impérialisme et
il ri y a pas à se refuser à l’accomplissement de leurs aspirations nationales.
Vous saisissez bien1 ? Le mandement des évêques ne contenait pas lie mot impérialisme : ■donc, tes évêques n’bnt pas fait d'impérialisme. Il n’existe pas de pairti nationaliste, la doctrine nationaliste n’a jamais été codifiée: donc, il n’y a pas de thèse nationaliste sur les devoirs du Canada envers l’Angleterre, et V Action catholique a île droit d’adcuiser d’insoumlÎ9SÎoln à l'épiscopat ceux qui désapprouvent l’envoi de troupes en Europe.
'L’Action catholique pourrait s’en tenir là, et ce serait déjà très bien. Mais notre escobar de D’Amours ne saurait s’arrêter en •si beau chemin. Lui qui a maintes fois dénoncé .le suffrage universel comme une erreur ilîibéraJte (lisez : une institution maçonnique), il trouve encore ceci: que la thèse nationaliste, ou ce qu’on est convenu d’appeler de ce nom, n’a pas de droits, et que tes évêques ‘peuvent lia condamner, parce qu’elle n’a qu’un petit nombre de partisans, tandis que les deux vieux partis, tout en se faisant pour l’assiette au beiurre une gu'erre au couteau, s’entendent au moins sur la nécessité de ruiner lie Canada au profit de la métropole ! ! !
Voilà où en est rendu Un journal qui est
censé traduire en l'occurence la pensée de l’épiscopat.
Mais ici se pose la question: h' Action catholique est-elle vraiment autorisée à parler pour l’épiscopat ?
L’intervention officielle et collective de nos évêques dans le débat impérialiste était par elle-même un attentat injustifiable à nos droits de citoyens. Si bref qu’il soit, le passage du mandement de 1914 relatif aux devoirs du Canada envers la métropole contenait en principe l’avalanche 'de lourde prose crétino-théologique que l 'Action catholique a fait rouler depuis sur les adversaires de la politique impérialiste.
Cette intervention, les évêques auraient dû s’en garder avec d’autant plus de soin que les circonstances étaient de nature à la rendre particulièrement odieuse aux Canadiens-Français.
Les nationalistes les plus autorisés, à commencer par MM. Bourassa et Lavergue, répètent à satiété depuis 1899, et je crois avoir moi-même clairement démontré, d'ans mon petit trafté alnglais sur le nationalisme, qu’en raison pure les Canadiens de toute origine peuvent envisager l’impérialisme de la même manière; que,
pour condamner cette politique, le Cana dien-h rançais n’a pas besoin d’invoquer les intérêts particuliers de sa nationalité. Il n’en est pas moins évident que tout déplacement d’autorité d’Ottawa, où ils peuvent encore compter pour quelque chose, à Londres où ils ne compteront jamais pour rien, affectera plus que leurs concitoyens ceux des Canadiens que la majorité anglaise cherche déjà à priver de leurs droits constitutionnels; et nos évêques sont peut-être les seuls à ne pas voir que cette conséquence éventuelle de la centralisation du gouvernement à Londres est pnétoisément ce qu'i rend si arrogant si rageur, si aveuglément entêté, l'impérialisme de tant de Canadiens anglais. Que les Canadiens d’origine allemande et autrichienne, qui ne s’enrôlent pas, jouissent partout de la plus parfaite tranquillité, soient même — notamment en Ontario et dans la Nouvelle-Ecosse — accablés de prévenances, choyés et m mouchés par les politiciens, pendant que les Canadiens- Français, qui s’enrôlent, continuent d’ètre vilipendés, cela n’est certainement pas l’effet du hasard, et cef'a, au contraire, dépend peut-être de ce qu’Allemands et Autrichiens n’ont pas au Canada de droits constitutionnels particuliers, et que les Canadiens-Français en ont.
En outre, nous n’avons pas mémoire qu’à l’occasion de la guerre l’épiscopat canadien ait adressé des mandements loyalistes à ses ouailles irlandaises, écossaises, allemandes, autrichiennes ou russes. Pourquoi réserver à nous seuils le douteux honlneUr de ces admonitions, comme s|i;, dent trente-neuf ans après 1776) cent trois ans après 1812 et quarante-huit ans après 1867, nous en avions plus besoin que les autres membres de la grande famille catholique? Surtout, d’un mandement loyaliste d’opportunité déjà discutable, pourquoi faire, — discrètement, peu importe — un manifeste impérialiste qui vaudra peut-être aux évêques, de la part des puissances politiques, quelques complaisances de plus, mais qui confirme l’étranger dans l’absurde croyance qu’en politique comme en religion l’on nous mène à coups de crosse.
L’ impair commis, 'la prudence la plus élémentalire conseilliait aux évêques de nie rien faire 'pour d’aggraver. Dès ,1e lendemain du mandement, des journaux canadiens-français avaient, commle l’Action, nettement déclaré, ou bien, comme le Devoir, le Progrès du Golfe et une couplïe d’autres, clairement fait comprendre, qu’ils n’entendaient pas en tenir compte. L’épiscopat pouvait, sans trop sacrifier de sa dignité,
reconnaître son erreur en laissant dire ; tout le monde eût été heureux de croire que sa bonne foi avait été surprise, qu’une plume inhabile avait trahi sa pensée, ou qu/’ill n 'avait cédé aux suippUicationis et aux menaces de nos vice-rois impérialistes que mollement, de guerre lasse, et pour mieux se reprendre à la première occasion favorable. On disait que le mandement avait été modifié à Québec après sa signature, et que seule la crainte du scandale avait fait faire le silence sur ce coup d’audace. Des prêtres rapportaient, sur la foi de certains évêques, que ceux-ci avaient d’abord refusé de signer, mais qu’un autre prélat, jouant au Cromwell pour la couronne qu’il n’hésiterait pas à ceindre, lui, mais qu’il n’aura probablement jamais, leur avait forcé la main en disant: “Moi je signe : si les autres veulent passer pour déloyaux (sic), c’est leur affaire.” Voilà des histoires qu’il fallait laisser courir — versions d’autant plus favorables à la majorité des évêques que le caractère des personnages en cause leur prêtait plus de vraisemblance. Au lieu de cela, nous avons eu la campagne de sophisme, de mensonge et d’iiitilmi'id'ation de f Action catholique.
Eh bien, en dépit des apparences, nous nous refusons encore à croire que l'Action
catholique soit dans la que&tiotn) impérialiste l’interprète 'de tout l 'épiscopat.
J’écrivais l’année dernière sous le pseudonyme du “K'ronprinz” :
On sait le rôle que joue dans le journalisme canadien l 'Action sociale. En marge d’un mouvement intitulé l’Action sociale catholique, inauguré par l’archevêque de Québec et béni par le Souverain Pontife, des catholiques québecquois, les uns laïques, les autres ecclésiastiques, ont fondé un journal qui s’intitule lui-même: “ YJ Action sociale, organe d’action sociale catholique”. L’Action sociale en caractères romains et l’Action sociale en italiques oint toutes deux la même devise : Instaurare omnia in Christu. Elles ont aussi, du moins apparemment, les mêmes chefs, la même direction. Quand il se fait une quête dans les églises de l’archidiocèse de Québec pour l’Action sociale catholique, ce n’est évidemment pas pour “l'Action sociale, journal d’action sociale catholique”, mais au fond, nul ne peut jurer que la direction de l’Action sociale en caractères romains et avec majuscule n’en versera pas Le produit, en tout ou ein partie, à l 'Action sociale en italiques, pour l'excellente action sociale, en caractères romains et avec minuscule, dont ce journal entremêle son action politique. Si par hasard vous risquez l’avis que “l’Action sociale, journal d’action sociale catholique”, est l’organe de l’archevêché de Québec, vous serez bientôt rappelé au respect
des faits. Mais que, sur la foi de cette rectification, vous vous avisiez de trouver à redire alu genre d’alctfbn sooifaile, en caractères romains et avec mimuscuflle, (de V Action sociale en italiques et avec majuscule, et vous apprendrez à vos dépens que l’action sociale de Y Action sociale est celle de l’Action sociale catholique en caractères romains et avec majuscule, et partant, a l’approbation de l’archevêché. Grâce à cette équivoque, et à la canaille exploitation que l’on en fait, “l 'Action sociale, journal d’action sociale catholique”, est l’organe de l’archevêché de Québec sans l’ètre, et peut, sans compromettre l’autorité épiscopale, en exploiter le prestige au profit de toutes ses idées, y compris ses idées politiques. Aussi est-il compris d’avance qu’en approuvant l’envoi de trente mille volontaires canadiens en Europe le “journal d’action sociale catholique” ne parle “ que pour lui-même” ; mais dans le clergé, et parmi les laïques qui suivent en tout l’avis du clergé, l’on saura quand même que Son Eminence le cardinal Bégin, S. G. Mgr Roy, et tout le reste du haut clergé québecquois, sont pour l’envoi de troupes canadiennes en Europe.
Une équivoque ainsi dénoncée ne dure jamais longtemps: bientôt le jour vint où le zèle des Dames de Sainte-Anne et des Enfants de Marie pour les oeuvres d’action sociale éprouva des hésitations. L’on ne fut pas lent non plus à constater que pour forcer Baptiste à dire comme ses
évêques sur la guerre — lui qui en 1896 était prêt au schisme, avec Laurier pour 'pa'pe, — il n!e suffisait pas de le faire sermonner par une gazette qui pouvait bien, après tout, n’être pas l’organe de Monseigneur, puisque “c’était pas écrit” en toutes lettres.il fallait de toute nécessité trouver aiu journal uln titre qui ne compromit pas le succès des quêtes diocésaines, et qui à la fois, dans les questions politiques, en imposât assez aux fidèles pour leur ôter à peu près toute tentation de regimber: de là la transformation de V Action sociale en Action catholique. En même temps il fallait parer au désastre qu’auraiit été l’épuisement, même partie!!, du Troimc des Pauvres. On se doute bien quel Pactole inépuisable ce doit être qu’un sanctuaire à miracles opérant en dehors de tout contrôle médical, où se dirigent chaque armée, poiuir cinq mille personnes vraiment pieuses, quatre-vingt-quinze mille hystériques. Grâce au seul Frère André, iil entre plus d’argent en dou?e mois à il’Oratoire de la Côte-des-Neiges qu’à la maison Dupuis Frères. Une enquête impartiale montrerait qu’il n’y a rien d’exagéré dans l’opinion que les RR. PP. Rédemptoristes de Sainte-Anne-de- Beaupré envoient bon an mal an un quart de million au siège de leur ordre en Bel-
giqme. L’Action catholique, journal lourd, ennuyeux, rédigé et administré par des abbés aussi inhabiles aux affaires qu’insensibles aux goûts les plus légitimes du public, ne pouvait pas eslpérer jalmajis “attacher”, comme on dit, “les deux bouts”: à chaque exercpce, c’était dans la caisse uin- trou à donner le vertige à l’archange Saint Michel. Allons, q-utci de plus simple que de se tourner vers la Bonne Sainte Anne, et de l’inviter, le couteau sur la gorge, — sur la gorge aux Rédemptoristes, — à partager sa recette avec Mgr Roy et l’abbé d’Amours? Nous tenons de deux sources différentes — dont l’une au moins nous paraît digne de toute creance — que c’est bel et bien ce que l’on a fait. En tout cas, s’il est juste d’exiger des journaux le nom de leurs actionnaires, — et eella est juste, — - nous mettons l 'Action catholique au défi d’établir, par des comptes, qu’on ne vide pas aujourd’hui dans sa baitee, après ou avec le T-ronc des Pauvres, le Tronc des Miracles.
On a aussi cherché des soutiens au journal en dehors du diocèse de Québec. Et il y a des chances qu’on en ait trouvé.
J’ai eu, durant mes quelques années de journalisme, mainte occasion de consta-
ter comment un archevêque peut s’arranger pour tirer parti de feuilles avec lesquelles il ne voudrait -pour rien au monde se reconnaître des accointances.
Oue de fois, par exemple, à propos du drapeau du Sacré-Coeur, qu’il me disait désapprouver comme moi, j’ai demandé à Mgr Brulchésli :
— Mais pourquoi diable laissez-vous la Croix propager ce prétendu drapeau au nom de la religion?
— Vous savez bien, répondait Monseigneur, que l'a Croix n’est pas l’organe du clergé.
— Vous me le dites, Monseigneur, et vous l’avez probablement dit à d’autres ; mais le public?
— Mon Dieu, le public sait où s’adresser pour savoir ce que nous pensons ; nous ne sommes pas responsables de tout ce qui paraît dans les journaux.
— Evidemment non, Monseigneur, et ce n’est pas non plus ce que je prétends; mais vous savez bien que, si vous n’y mettez bon ordre, un journal qui s’appelle la Croix passera toujours aux veux de nos populations pour un organe du clergé.
Supposons que demain je me mette à publier un journal qui s’appellerait te Rosai-
Je vous répète que la Croix n’est pas
re . .
notre organe. Tenez: si vous saviez omnie son directeur me fait de la peine ! (Et avec une grosse voix) Je ne sais ce qui me retient de le condamner!
— On ne vous en demande pas tant, Monseigneur. Dites publiquement, une fois pour toutes, que M. Bégin ne parle pas en votre nom, et nous serons contents; on saura ensuite l’importance qu’il faut attacher à ses paroles ; et dans telles écoles que vous connaissez, on ne distribuera plus gratis aux élèves, par baJUÎots, des nu'méros de la Croix où je suis, moi, traité de franc-maçon parce que je tiens, avec tout catholique éclairé, — et avec vous-même, — que 'le drapeau du Sacré-Coeur est un chef-d’oeuvre de mauvais goût, qui expose la religion au ridicule sans aucun profit.
Ht Monseigneur, invariablement, de s’écrier les bras au cifel :
— Vous ne savez pas !... Vous ne comprenez pas!... Mon rôle... ma situation. . . Je ne puis faire taire les gens. . .
J’eus beau faire, je ne puis jamais faire sortir Monseigneur de cette discrétion , qui devait certainement avoir sa raison d’être, puisque apparemment elle profitait à l'Eglise, mais que chez tout autre qu’un archevêque on n’hésiterait pas à qualifier de duplicité.
Cette même... habileté, j’en eus d’autres échantillons à propos du Sou de la Pensée Française — alors que d’un côté Monseigneur se déclarait personnellement content de moi et de l’autre me laissait attaquer par tous les journaux soi-disant catholiques ; qu’ostensiblement il approuvait notre mouvement et que ses familiers répondaient à ceux quii 'demandaient unie diraction à i1’ Archevêché : “Ne faites pas de zèle.” (i)
J’affirmerais que Mgr Bruchési est aujourd’hui, dans l’ordre religieux tout au moins, un des piliers de VAction catholique, que Sa Grandeur, — qui est, à peu de chose près, de la même famille intellectulellle quie l’abbé d1’ Amours, — ne serait pni9 lente à me démen'ti'lr. Je préfère rapprocher, par exemple, des grotesques et canailles dissertations de '¥ Action catholique >slur “le principe révolutionnaire des nationalités”, ce que je SAIS être la pensée intime de Mgr l’Archevêque de Montréal sur les droits du français à l’école.
Je viens de faire allusion à la conduite
(i) Cela fut répondu à un prêhe de la rive droite que nous nous garderons bien de nommer, et l’équivalent à des douzaines d’ ecclésiastiques dont plusieurs m’ont apporté la chose à moi-même
de certains familiers de Mgr Bruchési dans l’affaire de la Pensée française: Monseigneur lui-même, au moment où il a prétendu plus tard (pour ameuter contre moi l’A. C. J. C.) qulllli avait .secondé nos efforts, débordait de dépit contre l'Association canadienue-'françalise d’Ontario, devant les personnes qu’il croyait capables d’en garder le secret. Il a souscrit $100 au fonds de l’A. C. J. C. ; il a, — sur les instances réitérées de cette association, — pris la parole à une manifestation de sympathie poulr la miiniorilbé ontarienne ; et il a die nlouiveau, à la Société royale, plJaidé lia cause du firançaijs. Mais en même temlps, des journaux comme la Presse — qu|i reçoit presque invariablement de l’archevêché les articles pieux qu’elle entremêle à ses articles... de commerce, et qui ne publie rien sur le compte de Sa Grandeur qui n’ait été préalablement visé à .ï’arohevêché, — tous Ces journaux, d’un commun accord, Opposaient les paroles fermes mais conciliatrices de Monseigneur à la dangereuse agitation nationaliste. Bien plus, pendant qu’Elle multipliait ses manifestations publiques de dévouement à la cause de la minorité ontarienne, Sa Grandeur adjurait privément les chefs de l’Association d’éducation d’accepter pour les écoles catholiques d’Ottawa la direc-
tion substituée arbitrairement, et contre tout droit naturel, par le gouverment d’Ontario, à celle des pères de famille. Ce n’est certainement pas un homme aussi instable (dans ses s'emtkmenifcs nationaux quii déplorera les coups de stylet donnés par Y Action catholique atix 'défenseurs des droits du français. Ce n’eist pas lui notn plus qui jugera de bonne politique , à l’heure actuelle, qu’on mette un frein à l’ardeur impérialiste de Y Action catholique.
Il n’est pas davantage impossible que la misérable campagne de Y Action catholique soit approuvée d’un ou deux autres prélats qui en veulent à mort à M. Bourassa d’aVoir aussi librement prodigué les avis en matière sociale, même aux évêques, et qui voudraient bien, pour lui tordre le cou, profiter de l’isolement où la question de l'a guerre paraît l’avoir mis. Dernièrement, 'lie directeur du' Devoir étant aJlllé répéter à Chicoutimi son plaidoyer pour les droits du français, le clergé de ce diocèse. obéissant évidemment à un mot d’ordre de Mgr Dab'recque, — 'lui-même naviguant évidemment de conserve avec V Action catholique, — f it autour de cet événement ulm silence cdmpïet.
Mais rien de tout cela n’autorise YAction catholique à parler pour tous les
évêques. Blllle a pu, grâce à de tout-puissants protecteurs, se mettre à couvert des embarras pécuniaires. Elle a pu, en dehors de Québec, gagner la faveur de deux ou trois évêques dont elle se trouvait à servir les ambitions, les préventions, les rancunes. Elle n’en reste pais moins, à tout prendre, ce qu’était Y Action sociale : l’organe de l'archevêché de Québec, et rien de plus.
Or. l’archevêché de Québec, à l’heure actuelle, ce n’est pas Son Eminence le cardinal Bégin, comme la Patrie l’affiiirme pour donner plus de vafeur marchandé à ses reproductions de ¥ Action catholique. Son Eminence nous a Elle-même présenté comme son “testament spirituel” u/n discours qu’Eliîe prononçait iil y a quelques mois au jubilé de l’évêque de Rimouski. Personne n’ignore — et c’est même ce qui expliquerait le regain d’eapoir qui se manifeste chez certains de nos candidats perpétuels au cardinalat — personne, disje, n’ignore qu’Elle a compté ses jours, et qu’Elle se désintéresse de plus en plus de la (Erection de son dilocèse. Le véritable maître, c’est l'évêque auxiliaire, Mgr Pauli- Eugène Roy, avec, pour Eminenice Grise, l’ex-J ésuüte d’ Amours, né Dalmours à Troils- Pistoles, P. Q.
Pour quiconque connaît ces deux personlnages, l'attitude de Y Action catholique
n’a rien de surprenant, au contraire.
Un de ces étés derniers, le clergé du dlbcèse de Rimouski était réuni pour sa retraite annuel 'le. Un délégué de 1 Action sociale en caractères roWainisi, c’est-àdire de l’archevêché de Québec, profita de l’occasion pour passer le chapeau en faveur de Action sociale en littialliilqules. La quêté, natuireliteimient, fut précédée de la conférence ordinaire sur les raisons d’être et la nécessité du journalisme catholique. Le conférencier, se voyant en famille. crut pouvoir, comme on dit vulgairement, se “déboutonner”. Ce qui, selon lui. rendait la tâche idu joulrnlaliste cathodique ardue entre toutes, c’est qu’il devait s’arranger pour ne jamais dire oui sans 'pouvoir ensuite dire non, et inversement. Etonnement de l’auldlitoire. Ces bonis curés et vicaires de campagne, peu familiers avec les beautés de la casuistique, n’en revenaient pas. Il y eut des murmures, des critiques ; la quête prouva que le missionnaire de Y Action sociale avait presque gâté son affaire.
Le missionnaire — on s’en doute peutêtre — c’était l’abbé d’Amours. Il pratique aujourd’hui à la lettre les procédés de polémique dont il se faisait devant les prêtres du diocèse de Rimouski un titre à la faveur du clergé : ce qui frappe, en
effet, dans ces écrits dont nous avons reproduit des passages, c’est que rien n’y est affirmé directement ; que tout y est impliqué avec il’alrt consommé d’un Robert Macaire ; que pour en extraire et analyser tout le contenu, il faut être soi-même rompu aux suibtiiiltés de lia scolastique.
Il u'se, 'lui, du procédé propre aux jouirnaliisltias malhonnêtes : 1)1 nie cite jamais il’adversailre. Je l’ai, mot;!, cité longuement, textuellement, parce que l’écrivain qui sie respecte préférera touijoums ennayter son lecteur que de le tromper. Je pourrais appuyer sur l’improbité foncière et la canlteleusC audace qui éclatent 'dans se!s écrits; je n’en ferai rien, elles crèvent les yeux. Ceux-là même qui trOui valent excessive la colère où me mettait la seule vue ■die ce prêtre menteur 'et simoniaque, s’écr'ilemt imaiintaiarut d’ulne seule voix : Quelle fripouille !
Il v avait jadis au Grand Séminaire de Québec quelques jeunes abbés qui s’étaient mis en tête l’idée vraiment démoniaque de lire les Trois Mousquetaires. La permission leur en fut refusée. Heureusement pour eux, le Séminaire abritait un autre abbé, qui lui, pour continuer des études commencées à Rome et à Paris, pouvait lire les livres à l’Index. Ils se réunissaient le soir à sa chambre, et comme
il n’apparaissait nulle part dans la théologie qu’il leur fût défendu D’ECOUTER, il lisait tout haut devant eux le passionnant roman du bonhomme Dumas.
Cet abbé plein de ressources, ceux qui -ont eu depuis l’occasion de l’approcher le reconnaîtront tout de suite : il n’était autre que M. Paul-Eugène Roy, futur évêque-auxiliaire de Québec, — celùi même qui avec M. Adjutor Rivard devait trouver de si savantes combinaisons pour faire du Congrès permanent du parler français au Canada une affaire catholique — exclusivement catholique.
Roy, d’Amours ! de quoi seraient incapables deux personnages de ce calibre, armés, d’un journal qu’ils présentent aux peuples béants comme le porte-parole attitré de l'épiscopat, et que ceiui-ci ne peut rappeler à la raison sans dévoiler les laideurs morales qui se cachent parfois sous Ja mitre. Dans le diocèse de Rimouski, où il est connu, le clergé dit courament de d’Amoufrs 'polémiste : “ C’est urne camaiille.” Dans lie dioicèse de Québec, une bonne moitié des catholiques instruits, itoult en acceptant ihumlbliement l’autorité de Mgr Roy en matière religieuse, ont le plus profond mépris pour son caractère amibitbeux, autoritaire et fourbe. Mais ailleurs, tant qu’ils n’auront pas été
démasqués, on aura toujours un certain respect pour cet abbé, pour cet évêque.
Tout d’abord, interprétant leur silence comme un assentiment, j’ai été tenté, nouveau Père Gaucher, de me sacrifier pour la communauté — pour la communauté canadienne-française — en disant à nos ■évêques :
“ h’ Action catholique, M'esseigmeulrs, ne prétendrait pas parler en votre nom, se bornerait, comme la feue Croix, à se donner pour un interprète vaguement autorisé du dogme, que je vous croirais encore moralement tenus, non pas certes de la condamner, mais de ne pas même lui accorder une apparence de protection. A plus forte raison suis-je excusable de vous ■attribuer tes vuies de Y Action catholique quand elles sont le développement logique de vos mandements- ; que l’Action catholique peut ifibrementt menacer et excommunier en votre nom; que grâce à Y Action catholique, il est -permis à cette Maison Tellier du joUrnafome canadien- f rançars, la Patrie, de mettre son honorable trafic sous votre patronage. Vous êtes trop éclairés pour ne pas savoir qu’on vous tiendra responsables de la conduite d’un journal qui prétend s'appuyer sur vous, où les politiciens impérial istes feignent de trouver votre parole, dont le rédacteur a été nommé-pair l’un d’en-
tne vous, qui’ vit des offrandes à sainte Amie ou deis quêtes diocésaines, et qui au s-utpilius -s’appelle \Y Action catholique après avoir été Y Action sociale, -organe d’une oeuvre d’action sociale fondée par l’archevéché de Québec.
“N’espérez pas non plus vous joindre impunément aux ennemis de votre race -pour Ta piljv-er de ses droits civiques. Si- en 1896 on a contesté votre autorité dans une question où vous aviez voix, puisque il s’agissait jusqu’à un certain point de la formation des âmes, par quelles menaces imposerez-vous comme article de foi une politique étrangère à tout intérêt religieux? Prenez garde ! Vous ne perdrez peut-être pas les masses; T Action catholique gardera queflque temps encore sa clientèle d’institutrices intimidées -par les bedeaux, de bedeaux intimidés par les curés, de curés intimidés par les -espions de l’archevêché de Québec; et tout ce monde bâillera en la lisant, et vous maudira, et plus que jamais se passera, sous le manteau, les journaux comme le nôtre. Et un beau jour vous vous apercevrez de ceci, Messeigneurs, qu’il ne reste derrière vous que les illettrés, les vieilles femmes, les petits enfants qui ne verront pas encore clair dans vos menées tout humaines.
“Surtout, M'esseigneuirs, n’allez pas imprudemment vous imaginer que je parle ici pour moi seul. Jusque dans le clergé — dans ce bas clergé qui a de tout temps vécu de la vie du peuple et que l 'Action catholique pend soin temps à vouloir cantarriniar - — ■ ou s’iinldiilgnle sourdement de votre silence Vous croirez gagner unie victoire en interdisant Y A dion, et peut-être en effet sera-ce une victoire ...à la Pyrrhus. Mais peut-être aussi Y Action eantiimuera-t-el’le de paraître, et cela fera deux, en attendant que cela fasse trois.”
Tel est, encore une fois, le commentaire que tes articles 'de Y Action catholique nous avaient d’abord inspiré. Réflexion faite, il nous a semblé que ce langage, encore trop modéré s’il s’adressait aux deux ou trois politiciens d’Eglise dont ce reptile de d’Amours s’est fait l’âme damnée, nous d'avions pas die droit de le tenir à des patriotes comme Mgr Latulippe, à des sai’nts eommle tel prélat qu!e nous pourrions nommer; que la plupart des évêques avaient manqué surtout en ne déférant pas au délégué apostolique, par crainte du scandale, les faussaires qui abusaient de leur signature ; que. conscients de l’erreur qu’ils avaient commise en signant le mandement sur la guerre, ils ne
patientaient en silence que pour mieux venger, 'd’on seuil icouip, l'honneur et la dignité de l’Eglise, si gravement compromis par les directeurs de ~Y Action catholique.
Pour l’ instant, noos campons dans cette conclusion. Nous demandons respectueusement à l’épiscopat de ne pas nous forcer à en sortir.
Trent
D622 .A69 Asselin, Olivar 'L'Action catholique" les