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L'action de Benoît XV pendant la guerre

La Revue de Paris estime venue l’heure de l’échenillage des consciences politiques. M*** s’est chargé de l’opération.

^ Qu’on ne s’y trompe pas : il n’est pas question de regarder de près, le fer à la main, la politique de M. Malvy et de M. Caillaux, celle de M. Ribot et de M. Fainlevé, celle des quatre présidents du conseil qui ont étonné la France, beaucoup plus que la Haute Cour, en juillet derf}nier.

ar- Des pages calmes et impitoyables, sur les dQ erreurs, les contradictions, les insuffisances de pl toutes ces politiques, auraient eu pourtant leur / utilité . Les poilus, tout entiers à la guerre, la 5 grande foule des Français de barrière, tout çjentiers à travailler et à pleurer, ou à jouir, n’ont T*guère réfléchi sur la chose publique. Dans un ^ pays régi par le suffrage universel, à cause même S de l’abondance des journaux payés ou passionnés, ^la réflexion civique est aussi rare qu’elle serait ^indispensable. Quel éminent service (Jue de pro- -Jjvdquer l’attention des électeurs sur les respon-

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l’action de BENOIT XV

sabilités des gouvernants! Les ministres et les majorités qui furent leurs complices sont fort loin de savoir, ou de se rappeler, l’exact degré de leur malfaisance. Et combien le pays aurait besoin d’être débarrassé de commis aussi médiocres, aussi incohérents et aussi pusillanimes ! Aider à ce renvoi est une besogne patriotique, qui s’offrait aux travailleurs de la Revue de Paris , en souci de la sécurité nationale.

Que si la Revue tenait absolument à regarder hors de nos frontières, elle aurait pu énumérer, sans amertume comme sans faiblesse, les inconvénients de Yegoismo sacro des Italiens, les suites de la roideur britannique, le péril de quelques abstractions américaines. La politesse envers des alliés est une grande chose ; la vérité en est une plus grande. La France a assez souffert, assez tenu, assez éclairé la marche victorieuse des armées, pour avoir le droit de parler haut, même à ses amis.

Toute vérité n’est pas bonne à crier sur les toits, dira-t-on ; et il y a une censure. Soit. Mais alors un autre problème se pose. La censure, qui n’aurait pas permis à une grande revue parisienne de donner aux alliés des leçons publiques, si justes soient-elles, a laissé outrager le pape, de qui le gouvernement français a sollicité et obtenu pendant la guerre de grands services ; et qui, en dépit de la loi de 1905, demeure le chef

spirituel de cent millions et plus de catholiques français, belges, italiens, anglais et américains. Au nom de quelles convenances et de quel intérêt national, un si haut personnage, créancier du pays, a-t-il été livré à de basses attaques de presse? M*** le saura peut-être.

En tous cas, voici son thème, dans la Revue de Paris. L’Entente, la France ont un ennemi des plus redoutables : l’homme blanc qui veille au pied de la colline vaticane. Son action politique, pendant la guerre, a été énorme, tortueuse, néfaste ; elle a menacé de dislocation l’unité française et l’unité de l’Entente.

Heureusement M*** était là ; après quatre ans, il jette son cri d'alarme ; dénoncer le péril c’est le conjurer, surtout quand la guerre est virtuellement finie.

Lorsqu’on a écouté jusqu’au bout les histoires que M*** raconte en deux articles, et qu’on s’efforce d’en coordonner les dates, on s’aperçoit que beaucoup de ces histoires sont vieilles et ressassées. Que conclure? Que M*** a la découverte difficile ou un courage à explosion retardée ? Peut-être. Il est pourtant plus vraisemblable que cette lenteur est un calcul.

A l’heure où paraît le premier article de M*** dans la Revue de Paris (15 octobre), la victoire est certaine. La Bulgarie a capitulé, la Turquie est perdue, l’Autriche a demandé une discussion

confidentielle en vue de la paix, l’Allemagne sonde les dispositions du président Wilson ; les soldats de l’ Entente occupent la Syrie, bordent le Danube, sont à Vouziers, aux portes de Lille et à Bruges. A Paris, une affiche artistique, annonçant le quatrième emprunt français de la guerre, représente le kaiser l’épée brisée, marchant à sa destinée, la tête basse et les épaules courbées, sous le souffle irrésistible des drapeaux alliés portés en avant par d’invisibles mains. Et chacun sent que ce symbole n’est point une fanfaronnade.

Le sang des morts, l’héroïsme des poilus, l’énergie lucide d’un grand chef, l’effort américain, le sursaut anglais, certains gestes d’un premier ministre résolu, ont acculé l’Allemagne à demander grâce. Commencée sur le front oriental, sa déroute va s’achevant sur nos frontières. L’armistice est en vue. Demain ce seront les préliminaires de paix; demain ce sera le Congrès de Versailles.

Or, il est un homme dont la Russie, l’Angleterre et la France, en 1915, ont juré, dans les mains de l’Italie, qu’il ne serait, en aucun cas, admis au Congrès de la paix (1). Un tel pacte est

1. Cet article 15 du traité de Londres (26 avril 1915) a été avoué, le 6 décembre 1917, à la Chambre des Communes, par Lord Cecil. Il est le pendant de l’exclusion prononcée contre le pape, en mai 1899, à la demande de l’Italie, sur la question de savoir si un représentant de Léon XIII serait admis à la Conférence de La Haye.

très sot, de bien des façons, et il est une injure à tous les catholiques de France et de l’Entente. Qu’importe ? Peut-être l’animosité anticléricale de notre gouvernement a-t-elle besoin d’être réveillée, pour ne point faiblir au moment décisif. Si l’action charitable de Benoit XV pendant la guerre, si même son programme de paix internationale mieux apprécié dans le recul du temps, allaient inspirer à l’Entente quelques vagues remords... Ah! quel suprême malheur! Vite, qu’on rende le pape odieux, pour le rendre impossible. Alors l’Europe chaotique, qui déjàtente de s’organiser, s’organisera sans lui ; 1918 ne reproduira pas 1815 ; et l’Italie de M. Sonnino, pour se consoler de ne point gagner tout ce qu elle prétendait, aura au moins la certitude qu’un nouveau Gonsalvi ne soulèvera pas, devant les peuples, la question romaine.

Voilà qui est intelligent, politique, magnanime.

Il se peut que M*** se défende d’avoir fait une minute ce beau raisonnement. On accordera tout de même que, s’il l’avait fait, il aurait publié précisément les articles parus dans la Revue de

Paris , le 15 octobre et le 1er novembre 1918.

Ceci déclaré, venons au procès fait à la politique de Benoît XV. La Revue de Paris , sur la déposition de M***, cite à la barre de l’opinion le pape qui demeure, en droit international, le sou-

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verain le plus considérable du monde. : — Aucun tribunal n’admet, même contre les pires scélérats, les témoignages' anonymes.

M*** fait savoir, pour mieux accréditer ses intentions et ses dires, qu’il est catholique. — Ce catholicisme sera d’une essence à part, puisque M*** ignore certains préceptes du Décalogue qui défendent la calomnie, la malveillance, la perfidie, la témérité, etc., et certain autre précepte qui enjoint aux fils de l’Eglise d’honorer le Père des pères.

La déposition du témoin masqué, et médiocre chrétien, qu’est M***, tient en une phrase : Benoît XV a deux politiques, l’une officielle et apparente et qui est impartiale ; l’autre secrète et réelle et qui est de servir l’Allemagne.

Depuis les derniers mois de 1914, nous connaissons ce langage; il a été tenu dans les journaux, les revues, les clubs, les salons. Une campagne existe — le mot est juste ici — pour répandre cette opinion partout.

Dans sa lettre du 22 mai 1918, à l’épiscopat lombard, Benoit XV a dénoncé « à la conscience des fidèles et à celle de tous les honnêtes gens », les échos persistants de ces calomnies haineuses. « Gardien de l’honneur de l’Église », il a protesté hautement contre le système de ceux qui « faussent ses paroles, suspectent ses intentions, incriminent son silence », comme s’il absolvait la

guerre sans foi ni loi, et souhaitait la paix sans justice. Par cette protestation solennelle, qui date de six mois, le pape rendait caduques par avance les assertions de M***. A moins de croire que le christianisme de M*** est de qualité très supérieure à celui de Benoît XY, le procès est jugé.

Mais la discussion ne nous fait pas peur ; et nous allons voir de près ce que contient la déposition anonyme recueillie, comme un rare trésor, par la Revue de Paris.

Les moyens de démonstration de M*** consistent : 1° à écarter les textes officiels -émanés du Vatican parce qu’ils sont, à ses yeux, « pour la plupart équivoques, et sujets à deux interprétations contradictoires » ; 2° à faire état de « commentaires officieux, d’interviews, de campagnes de presse, d’innombrables manifestations, qui, étudiées ensemble, sévèrement critiquées, contrôlées les unes par les autres, donnent leur sens authentique aux textes officiels et aux actes publics, manifestent les secrets penchants et révèlent, avec le secret de certaines démarches diplomatiques qui se croyaient plus sûrement dissimulées, le vrai jeu de la politique vaticane (1) ».

M***, qui a dû faire des études historiques

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