‹ L'action de Benoît XV pendant la guerreChapitre 32 sur 33 · VI.— Conclusion : Le Pape et le Congrès de la paix · texte numérisé non relu

VI.— Conclusion : Le Pape et le Congrès de la paix

Les événements, rapides comme la foudre, nous ont mis — et contre toute attente, en quatre mois — au seuil de la paix par la victoire. Ceux qui comptaient, en juillet dernier, dicter à Paris un traité d’airain, semblable à ceux de Brest- Litovsk et de Bucarest, ont imploré de nous la fin de la guerre. Tandis que ces lignes s’écrivent, les cloches joyeuses et les canons en fête annoncent la signature de l’armistice, les drapeaux apparaissent aux fenêtres, les rues s’emplissent de Français dont les yeux brillent de fierté.

Dieu soit loué de mettre nos armes au repos, dans la gloire ! Le jour de saint Martin 1918 demeurera un fameux anniversaire.

D’autre part, que de problèmes redoutables se posent, dans toute l’Europe, et jusque dans les domaines lointains de l’ancienne Turquie d’Asie ! Depuis vingt mois, la Russie se débat dans l’anarchie ; sous le vent de la défaite, le trône des Hohenzollern s’est effondré et l’Auti'iche des Habsbourg est tombée en morceaux ; la Bulgarie est réduite à l’impuissance, l’empire ottoman se trouve démembré une fois de plus par l’épée des vainqueurs; de jeunes nationalités cherchent leur statut politique en même temps que leurs frontières.

Au milieu de ces convulsions, où un ordre

PENDANT LA QUERRE

ancien s’apprête à s’abîmer, quelle lumière souveraine doit éclairer la pensée des négociateurs de l’Entente ?

Le pape s’est avancé, la torche de l’Évangile à la main. Les chancelleries ont paru embarrassées ou irritées. On a compris pourquoi, lorsque l’indiscrétion des révolutionnaires russes a jeté au vent le traité dans lequel l’Italie s’était arrangée pour exclure le pape du futur Congrès de la paix,

Démasqués brusquement, les signataires ont eu honte. M. Sonnino a été plus gêné encore que lord Cecil, pour s’expliquer devant le Parlement. Et cette confusion publique donne la mesure de la faute commise. Mais l’odieux article 15 du traité de Londres (25 avril 1915) n’existât-il pas, il est à peu près certain que les portes du Congrès de la paix auraient été fermées à Benoit XV, par la logique laïque dont les rigueurs ont, en 1899, tenu Léon XIII à l’écart des Conférences de la Haye.

Il n’empêche que le Pontife romain est désigné, plus que tout autre souverain, pour être arbitre des conflits internationaux. Sa mission apostolique, son autorité dans l’Église universelle, le rôle historique de la papauté, devaient assurer à Benoît XV autre chose qu’une excommunication diplomatique.

En tous cas, le Congrès de Versailles ne saurait, sans se vouer à des erreurs fatales, méconnaître

l’action m BENOIT XV

les principes proclamés à plusieurs reprises par le pape : respect de la justice, souci des légitimes aspirations des peuples, préoccupation de l’équilibre, désir de contribuer, par un culte plus absolu du droit — et même au prix de quelque sacrifice — à l’ordre harmonieux du monde.

Le traité qui». va clore la guerre doit être le châtiment de l’injuste agresseur. Pendant quarante-quatre ans, l’Allemagne a imposé à l’Europe le fardeau grandissant de la paix armée et le cauchemar d’un conflit toujours imminent ; depuis 1914, elle a mené, en des conditions qui sont sa honte, une guerre longtemps rêvée, persévéramment préparée, déchaînée par elle, au moment de son choix. Cela se paie. Il faut que les perturbateurs du repos mondial soient mis, pour longtemps, dans l’impossibilité de nuire.

Toutefois, une simple liste de clauses vengeresses n’assurera jamais la paix. Un autre esprit que la vengeance doit régner dans l’âme des justiciers. On' se souvient, mais on pardonne. On prend des sûretés, mais on ne refuse pas une place au soleil à ceux dont on a le plus souffert. Ainsi triomphe l’honneur et se fait la paix qui dure.

Page 1