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Le 4 mars 1916, Benoît XV écrit au cardinal vicaire

«. Au nom de Dieu qui est justice et charité, nous avons conjuré les belligérants de renoncer à leur dessein de mutuelle destruction ; d’exposer une bonne fois leurs vues avec franchise ; de tenir compte, dans la mesure du juste et du possible, des aspirations des peuples ; d’accepter, s’il y a

lieu, en faveur de l’équité et du bien commun de la grande société des nations, les nécessaires sacrifices d’amour-propre et d’intérêt. Là est l’unique moyen de mettre fin à l’horrible conflit, selon les normes de la justice, et d’arriver à une paix, qui, n’étant pas profitable à l’un des partis seulement, sera parla même juste et durable. »

33. Le Souverain Pontife tente, le Ie1 août 1917, une suprême démarche ; il formule, dans une note adressée aux chefs des Etats belligérants, et qui devait rester secrète, le thème des discussions diplomatiques relatives à la paix générale.

a) Le principe fondamental de la Note pontificale est énoncé en ces termes : « Il faut substituer à la force matérielle des armes la force morale du droit. »

Évidemment, le remède essentiel est là. Du droit respecté ou méconnu, mieux que de certaine toge historique, sortent la paix ou la guerre.

b ) Mais les passions humaines étant toujours en ébullition, des oublis sont à redouter toujours. Pour rendre plus difficiles, sinon impossibles, les abus de la force dans l’avenir, il faut des précautions. Le pape en énumère trois :

1° Le désarmement général, sauf les troupes requises en chaque État pour la tranquillité publique ; et, pour mieux assurer ce désarmement, l’abolition de la conscription;

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2° Un tribunal arbitral qui règle, selon les normes du droit, les conflits des peuples;

3° La liberté des mers qui sont les véritables voies internationales, les véhicules de la prospérité et du progrès mondial.

c) A ces garanties, destinées à assurer la paix dans l’avenir, il faut joindre des conditions qui règlent équitablement la guerre présente :

1° Benoit XY reprend à son compte la formule indiquée par M. Wilson, répétée par M. Ribot : « Ni indemnité, ni annexion » ;

2° Toutefois si des dommages injustes et graves ont été commis, les auteurs seront tenus de les réparer ;

3° Tous les territoires envahis sont remis à leurs anciens possesseurs ;

4° Les questions territoriales pendantes entre la France et l’Allemagne, l’Autriche et l’Italie doivent être examinées dans un esprit conciliant. En Arménie, dans les Balkans, en Pologne, il faut arriver à un statut qui tienne compte des justes aspirations des peuples. La Belgique doit être réintégrée dans sa pleine indépendance politique, militaire, économique.

34. De tous les souverains étrangers au couflit, Benoît XV était le premier et le seul à proposer des solutions aussi nettes. Il manquait bien peu de chose à sa Note pour la mettre à l’abri de

toute critique raisonnable. Au parlement italien (20 février 1918), le député socialiste Lucci en a loué l’inspiration et marqué l’accord avec les suggestions de M. Wilson et deM. Lloyd George. On sait pourtant ce qui advint. Il faut expliquer cette révolte de l’opinion française.

Les journaux et le gouvernement y sont pour beaucoup. Même avant que le texte en fût connu, la Note fut blâmée. Dès lors, quand elle parut, elle ne pouvait être lue qu’avec précipitation et défiance. Certaines omissions regrettables, quelques formules moins heureuses, de fâcheuses coïncidences retinrent toute l’attention et nourrirent les colères. Et puis chacun sentait que la situation, en août 1917, ne pouvait comporter pour nous un traité honorable. Nous voulions des couplets héroïques et non des cantilènes de paix.

La révolution, en désarmant la Russie, l’avait livrée à une invasion progressive; la Roumanie était acculée à ses dernières défenses ; la Grèce, qui venait de rompre avec l’Allemagne, après l’abdication de Constantin, était incapable, même avec le secours de l’armée de Salonique, de bousculer la Bulgarie. Il est vrai, l’empereur d’Autriche avait écrit, aux derniers jours de mars 1918, sa lettre fameuse. Mais cette lettre était un secret d’Etat; et, d’ailleurs, du printemps à l’été, combien la fortune avait souri aux Empires centraux ! De leurs conquêtes mêmes, ils se promettaient

des ressources alimentaires qui, en remédiant à leur pauvreté économique, les rendraient capables de prolonger la lutte. Maîtres sur le front oriental, ils étaient, sur nos frontières, incrustés au sol. Notre offensive (pour des causes inconnues, même aujourd’hui, à beaucoup de Français) (1), s’était arrêtée comme impuissante. Le principe de l’inviolabilité des fronts, proclamé souvent dans les milieux politiques et militaires, gardait tout son prestige. L’Amérique avait bien envoyé, en France, avec le général Pershing, quelques soldats, mais ce n’était qu’une annonce de secours encore à venir.

Dans ces conditions, la paix était impossible. Pour négocier, en effet, selon l’esprit d’équité conciliante expressément marqué par le Saint- Père, il aurait fallu que l’Allemagne, partout conquérante, fut disposée à faire preuve de magnanimité. Or, toute sa conduite diplomatique et militaire, de juillet 1914 à août 1917, fournissait la plus péremptoire démonstration que la griserie de la force augmentait en elle avec le succès de ses (armes. La Note pontificale qui invitait les vainqueurs à se souvenir de la justice, des légitimes aspirations des peuples, de l’équilibre de l’Europe, n’avait donc aucune chance de persuasion.

1. L’article si décisif écrit par un journaliste américain n’a jamais pu être traduit par un journal français.

On le vit bien, par la réponse des Empires centraux. Plus avisés, plus courtois que le gouvernement français, ils adressèrent au pape des lettres déférentes et longues. Toute explication y faisait défaut sur le programme de pourparlers indiqué par Rome. Ce silence calculé témoignait que la Duplice était aussi peu disposée que l’Entente à négocier.

Malgré tout, l’échec fatal de Benoît XV ne nuisait en rien à la noblesse de sa démarche. Ses intentions étaient hautes. On eût dû les respecter et non les méconnaître iniquement. Une fois de plus, le Pontife avait montré, non seulement son émotion profonde en face des horreurs de la guerre, mais l’impérieuse nécessité qu’il y avait de rasseoir, sur la base du droit, l’Europe ébranlée par les secousses de la force brutale.

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