MATÉRIEL ET TECHNIQUE
De même que dans mes investigations relatées plus haut, toutes les expériences, dont nous allons nous occuper maintenant, ont été faites sur un Urodèle (Triturus alpestris). Cependant, la technique opératoire employée dans mes recherches antérieures s’est révélée inapplicable aux essais de culture d’explantats en solution d'urée. Dans une telle solution les bords des cupules ectoblastiques ne se soudent pas, les explantats se ratatinent et se plient irrégulièrement, de nombreuses cellules se détachent de l’ectoblaste et se dispersent sur le fond du récipient. J’ai été donc forcé de recourir à un procédé moins parfait du point de vue théorique, mais le seul correspondant aux conditions expérimentales imposées par le but poursuivi dans cette étude. Ce ne sont pas des explantats ectoblastiques qui ont été cultivés dans une solution contenant de l'urée, mais des embryons entiers. Ce milieu de culture a été composé de solution de Holtfreter et d’une solution d'urée à 1%,
J. GALLERA
de telle sorte que leur mélange contenait cette dernière à raison de 0,75% h Ce mélange était légèrement acide, son pH étant de 6,35.
Les embryons-donneurs sont colorés in toto au bleu de Nil et plongés dans notre solution juste au moment de l’apparition de l’encoche blastoporale. Pour faciliter la pénétration de l’urée, la lèvre dorsale du blastopore est excisée et le blastocèle lavé à l’aide d’une fine pipette. Les expériences d’excision de la jeune lèvre blastoporale, récemment reprises méthodiquement par Schenk (1951), sont suffisamment nombreuses pour qu’on connaisse les effets de cette intervention chirurgicale: une partie des embryons opérés révèlent une régulation complète, les autres sont atteints de microcéphalie plus ou moins grave. Evidemment, dans mes expériences, l’action de l’urée s’ajoute encore à ces effets. En fait, la gastrulation de nos embryons est plus ou moins retardée et une partie d’entre eux sont atteints d’exogastrulation partielle, généralement légère.
Les germes sont cultivés dans notre solution jusqu’au moment de l’apparition du sillon médian chez les embryons-témoins. (Etant donné l’irrégularité du développement de nos embryonsdonneurs, leur âge n’a pu être apprécié que selon l’état évolutif moyen atteint par les embryons-témoins, toujours nombreux.) A ce moment les embryons sont opérés. Chaque opération nécessite trois embryons: un hôte (très jeune neurula), un donneur principal (embryon traité par l’urée), un donneur supplémentaire (neurula âgée colorée au rouge neutre). Ces trois embryons sont transportés dans un cristallisoir dont le fond est couvert d’une couche d’agar et qui contient de la solution de Holtfreter additionnée d’un sulfamidé (Elkosine Ciba) dans la proportion de 2 pour mille 1 2 . Tout l’ectoblaste céphalique de l’embryon-hôte est excisé et à sa place sont implantés deux greffons: en avant et jusqu’au niveau de l’extrémité antérieure de la chorde — le greffon principal prélevé
1 Quelques essais de culture de nos embryons en solution d’urée pure à 1% semblent montrer que l’urée à cette concentration diminue déjà sensiblement les possibilités évolutives des greffons qui, transplantés sur la voûte archentérique de jeunes neurulas, perdent toute possibilité de différenciation.
2 Cette solution est nettement alcaline, son pH étant de 8,9. Cependant ce milieu alcalin n’altère nullement le développement embryonnaire, comme l’a prouvé la pratique de ces quelques dernières années, l’emploi d’Elkosine étant devenu courant en technique embryologique.
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de la face ventrale do l'embryon traité par l’urée, plus postérifMireniont le grolïon supplémentaire une large bande d’épiblaste ventral de la nourula âgée et colorée on rouge. Cette dernière intervention est réalisée dans le but de séparer le gretîon principal et le névraxe de l’hôte par une large zone épiblastiquc. En fait, l’épiblaste d’une neurula âgée n’est plus capable de changer la direction de sa dilïérenciation.
Pour faciliter l’adhésion des greffons à leur substratum, adhésion toujours difficile quand il s’agit de l’ectoblaste traité préalablement par l’urée, l’embryon opéré est couvert, pendant une demiheure environ, d’une mince lame de mica. Ensuite, les opérés (porteurs des greffons) sont transportés dans de nouveaux cristallisons contenant une solution fraîche de Holtfreter additionnée d’Elkosine. Ils y sont élevés de 9 à 14 jours.
Dans une autre série d’expériences où il s’agit de matériel de comparaison et de contrôle, le greffon principal est prélevé à partir d’embryons normaux, non traités par l’urée. Ces greffons sont excisés à partir d’embryons ayant atteint l’un des trois stades évolutifs suivants: jeune gastrula dont le blastopore est en fer à cheval, gastrula munie de blastopore circulaire, très jeune neurula au stade du sillon médian 1 .
Les embryons sont fixés au Zenker acétique. La coloration vitale au bleu de Nil est maintenue dans le matériel fixé grâce au bain de 2 heures dans une solution d’acide phosphoromolybdénique à 1% et par le passage dans les alcools additionnés du même acide. Les coupes sont posées alternativement sur deux lames porte-objets. Les unes sont déparaffinées et montées directement dans le cedax, les autres sont colorées à l’hémalun et le mélange d’éosine et d’orange.