‹ L'action de l'urée sur les compétences cérébrogènes et sensorielles de l'ectoblasteChapitre 3 sur 5 · RÉSULTATS EXPÉRIMENTAUX · texte numérisé non relu

RÉSULTATS EXPÉRIMENTAUX

11 est logique de commencer l’examen de nos expériences par l’analyse des résultats des greffes de l’épiblaste présomptif normal. De plus, c’est une occasion de comparer les résultats des expé-

1 II va de soi que le choix du stade évolutif des donneurs employés dans notre première série d’expériences a été dicté par l’analyse des résultats de ces expériences de contrôle.

J. GALLE RA

riences, où nous avons prélevé des greffons à partir d’embryons entiers, avec ceux des expériences d’implantations de fragments de l’ectoblaste cultivé in vitro.

Depuis longtemps déjà on a remarqué une certaine différence dans le développement de ces deux genres de greffons (greffons prélevés d’embryons et greffons excisés de l’ectoblaste cultivé in vitro). En effet, les modifications de la réactivité de l’ectoblaste vieillissant ont été étudiées par de nombreux auteurs et à l’aide de techniques variées. Rappelons seulement les translocations de territoires ectoblastiques effectuées par Lehmann (1929), les greffes de la lèvre blastoporale sous l’épiblaste ventral des embryons de plus en plus âgés (Machemer, 1932) et, enfin, les recherches déjà mentionnées de Holtfreter (1938) qui a examiné le développement des greffons provenant de l’ectoblaste cultivé plus ou moins longtemps in vitro. Cependant, la comparaison des résultats obtenus par les auteurs cités, vu les différences de techniques employées, ne peut être poussée très loin. Néanmoins, ces résultats suggéraient qu’un fragment quelconque de l’ectoblaste cultivé hors de l’organisme, en solution saline, garderait plus longtemps ses compétences neurogènes que le même matériel laissé en place, dans son ambiance embryonnaire normale. Ce phénomène s’expliquerait aisément. L’ectoblaste isolé de tout contact avec le chordomésoblaste ne produit qu’un amas cellulaire indifférent; toutes les différenciations du feuillet externe, qu’elles soient nerveuses, ganglionnaires, pigmentaires ou épidermiques, sont le résultat de l’action inductrice exercée par le matériel chordomésoblastique sous-jacent. Par conséquent, la direction du développement de l’ectoblaste ventral est déjà plus ou moins orientée au cours de la gastrulation par l’action exercée sur lui par le mésoblaste latéro-ventral. Or, toute orientation implique déjà une certaine limitation. Le grand mérite des investigations de Lehmann a été de démontrer qu’un greffon ectoblastique (même s’il est prélevé à partir d’un embryon très jeune — d’une gastrula au blastopore circulaire, par exemple), placé dans une nouvelle position, ne rallie que fort progressivement son nouveau mode de développement. C’est particulièrement frappant quand il s’agit de la cytodifférenciation. Autrement dit, l’organe neural formé aux dépens de l’épiblaste présomptif s’ébauche d’une façon atypique et n’acquiert son organisation normale que petit à petit.

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Dans mes expériences, contrairement aux travaux cités plus haut, la technique opératoire de même que la localisation dos greffons et leurs dimensions ont été toujours identiques.

Les résultats de mes expériences plus anciennes (greffes de l’ectoblaste cultivé in vitro) et des actuelles (greffons prélevés d’embryons entiers) sont rapportés globalement sur le tableau 1.

Si l’on compare les résultats des implantations de ces deux sortes des greffons on constate d’une part une analogie parfaite, en ce qui concerne le caractère et l’allure générale de l’épuisement progressif de compétences de l’ectoblaste greffé, et, d’autre part, une différence nette dans le moment de la manifestation de ce phénomène. Dans les deux cas, l’affaiblissement de la réactivité de l’ectoblaste greffé se manifeste par la réduction des dimensions du cerveau, cette réduction frappe tout d’abord et en premier lieu la région infundibulaire et la voûte diencéphalique, d’où suppression précoce de la constitution de l’infundibulum et la non-formation fréquente de l’épiphyse. Ensuite, on constate une simplification générale de la structure du cerveau dont la subdivision en vésicules cérébrales secondaires devient de moins en moins accentuée. Enfin, les greffons plus âgés ne peuvent constituer que des amas neuraux de caractère indéfini. Un cas typique de ce genre est illustré par nos figures 1 et 2. Ce sont, faits à l’aide de la chambre claire, des dessins de deux coupes transversales de la larve 229. Le greffon, comme le prouve la présence de grains de bleu de Nil sur les coupes-témoins, a constitué l’épiblaste épaissi de la tête, deux balanciers et un cordon neural plein (voir fig. 1). Un peu plus vers l’arrière on trouve un amas

Tableau

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composé do neuroblastes au centre et <Tun manteau névroglique, amas que nous voyons à un plus grand grossissement sur la figure 2. Il est creusé d’une petite cavité excentrique et de sa face ventrale émergent deux excroissances (ébauches de nerfs ?) dont la gauche contient de nombreux lemnoblastes. (La petite sphérule fortement pigmentée qu’on voit en haut de notre dessin représente un nodule épithélial.)

Même embryon que sur la figure 1.

Coupe plus postérieure.

Quant aux organes des sens, les ébauches oculaires sont les premières touchées. Grâce à la réduction progressive de la région infundibulaire du cerveau, les yeux communiquent largement entre eux et avec la cavité cérébrale. Dans les greffons plus âgés ils ne se forment même plus. La capacité de bâtir un organe olfactif persiste au moins aussi longtemps que celle de fournir des structures neurales.

Bien que la nature de la diminution de la réactivité de l’ectoblaste vieillissant soit la même dans nos deux catégories d’expériences, elle se manifeste remarquablement plus tôt dans les greffons prélevés d’embryons entiers que dans les greffons excisés d’ectoblaste cultivé in vitro. Pour ces derniers, l’affaiblissement des com-

J. GALLERA

pétences cérébrogènes et sensorielles est à peine perceptible dans les greffons implantés au moment où les embryons-témoins ont atteint le stade de la gastrula munie d’un blastopore circulaire, tandis que 30% environ des greffons prélevés des embryons du même âge ne peuvent plus bâtir ni un organe neural ni des ébauches oculaires et olfactives. De 20 implantats prélevés d’embryons au début de la neurulation (stade du sillon médian) un seul (larve 229) a pu constituer un rudiment neural; en revanche la plupart des greffons excisés de l’ectoblaste cultivé in vitro et ayant atteint cet âge ont encore fourni des structures cérébrales hautement organisées et accompagnées d’organes des sens correspondants.

Greffes de V épiblaste ventral des embryons traités par Vurée.

Tous les implantats sont excisés de la face ventrale des donneurs un peu en arrière de l’ébauche hépatique future. L’opération est faite exactement au moment où chez les témoins débute la neurulation (blastopore en pertuis ou linéaire, sillon médian bien prononcé, liseré pigmenté pas encore formé, plaque neurale pas visible extérieurement). Comme l’ont démontré les expériences décrites plus haut, chez l’embryon normal à ce stade évolutif, l’épiblaste ventral a déjà perdu définitivement ses compétences sensorielles et cérébrogènes. Afin de répondre à l’objection éventuelle que l’état évolutif de nos embryons traités par Purée ne peut être comparé à celui des embryons normaux du même âge (à cause d’un certain retard de la gastrulation et de l’excision précoce de la lèvre blastoporale), insistons dès à présent sur le fait que l’excision de la lèvre blastoporale porte exclusivement sur le matériel chordomésoblastique dorsal. Donc l’épiblaste prélevé est déjà dans l’embryon doublé de mésoblaste ventral. D’ailleurs, cet ectoblaste est sensiblement plus mince que celui d’une gastrula et de plus l’extensibilité de nos greffons prouve que cet ectoblaste est déjà modifié dans sa structure interne sous Pinfluence du mésoblaste ventral, ce qui est le seul facteur vraiment important pour l’interprétation exacte des résultats obtenus.

Les résultats individuels de 23 transplantations de ce type sont groupés dans le tableau 2 L

1 Les embryons, après avoir été examinés microscopiquement, ont été numérotés à nouveau pour simplifier l’exposé.

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