IL FAUDRAIT LE DIRE
i" mai 1902.
Elle a parlé, la « voix nationale ». Est-ce parce qu'il pleuvait beaucoup, dimanche, qu'elle se révéla si lamentablement enrouée? Le certain, c'est qu'on n'a rien entendu. Est-ce oui? Est-ce non? La majorité dans la nouvelle Chambre est-elle « ministérielle », bu « antiministérielle »? Nul ne peut le dire après ce premier tour de scrutin.
Quant à nous, que ne pouvait contenter même une majorité « antiministérielle »
écrasante, notre tristesse est profonde, à constater aujourd'hui cet aboutissement du
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grand élan nationaliste de 1898, — mais cette tristesse n'est pas une déception.
Depuis plus de dix-huit mois, — depuis VEnquête sur la Monarchie^ cet inoubliable programme que Maurras nous rapporta de Bruxelles, — nous avons su mettre notre espoir de Français révoltés au-dessus d'un simple jeu de pronostics électoraux. Mous n'avons jamais été mus par l'idée de ce qui pourrait arriver, ni des « chances » de telle ou telle ff écurie i» parlementaire. Non! nous n'avons point, — transportant vicieusement dans l'action politique ces mœurs infernales des champs de courses suburbains, que grave d'un style si terrible le maître moraliste Maurice Talmeyr, — nous n'avons pointvoulu « prendre » ni « donner » la France, fût-ce « à deux contre un » ! Ce qui nous passionne, nous qui tenons pour le nationalisme intégral, et ce qui nous met, du même coup, à l'abri de toute déception, ce n'est pas l'altente plus ou moins optimiste de la <( boime aventure » que la Fortune (ou laProvidence, ou simplement l'ordinaire Retour des choses) peut apporter demain à notre pays; ce qui nous tient en haleine et garde à notre volonté toute sa tension, c'est la certitude où nous sommes, — en éclaircissant, pour l'élite dirigeante de ce pays, les conditions naturelles, inéluctables de la vie nationale, — de préparer cette élite dirigeante à
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utiliser, à fixer la « bonne aventure » dès qu'elle arrivera.
Nous n'aurions aucun motif d'inscrire le beau mot d'action en tète de ces feuilles de méditations écrites, si nous ne connaissions point le vieux secret de toute œuvre humaine, à savoir : Thumble et joyeuse complicité que doit offrir aux lourdes choses comme aux heures fugaces, l'intellect fécond et toujours prêt.
Mais qu'importerait notre patiente ardeur, et que vaudrait cette force de vérité, que nous accumulons, que nous concentrons, que nous chauffons ici; que pourrait ce glaive que nous forgeons pour le libérateur et le vengeur de la Patrie française, si déjà cette Patrie commençait de se résigner, si bientôt elle en venait à aimer sa honte mal lavée, à se parer de sa chaîne légèrement dorée ?
Parlons clair : ce dont nous avons entrepris, nous, nationalistes intégraux , de délivrer la France, c'est du Parlementarisme nécessairement vénal et enjuivé.
Et c'est sur le Roi seul que nous comptons et que nous démontrons que doivent compter nos innombrables amis et compagnons de la révolution antidreyfusarde commencée avec Jules Lemaltre, rue de Grenelle, le 19 janvier 1899. Eh bien ! il ne faudrait pas que ce grand effort fut arrêté au 12 mai 1902
par eeux-là in6ine que nous crûmes dignes de le diriger avec nous : il ne faudrait pas que, devant un ministère Bibot, ou Doumer, ou même Méline, les nationalistes et les conservateurs envoyés à la Chambre comme antidreyfusards, s'imaginassent. — Dreyfus oublié, — de consolider de leurs votes le Régime <(ui a créé Dreyfus. Ah ! qu'ils ne s'endorment pas ! ou bien je le leur déclare, nous sommes quelque3-uns qui garderons et qui publierons le souvenir de cette grande mission que tant de braves gens leur imposèrent et qu'ils acceptèrent.
De bonne foi, ce fut bien contre le Régime, ce fut bien contre la Constitution parlementaire, ce fut bien contre le système du bavardage irresponsable et payé, ce fut bien contre le règne des « majorités » de couloirs et des ministères de Bourse ou de « coulisse » que Ton dressa la Patrie françaièe. Il faut donc que la Patrie française aboutisse, qu'elle arrive ailleurs que dans les couloirs, jou bien elle perdra son nom.
<c Mais, — va-t-on dire (ou plutôt ne va- « t-onpas dire, car on aimera mieux se taire) (( — mais, si nous dépassons les limites de « ce terrain d'entente électorale, de cet antia. mnistérialiame où nous avons réussi à faire a un blaCf nous allons nous diviser. Si vous « nous obligez à. dénoncer l'alliance (qui fç seule nous rendit possible un demi-succès)
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tt avec les Parlementaires, nou« devrons, ic abordant enfin notre vœu propre, profond, «réel, notre préférence^ dire, les uns : <c Restauration ! — les autres : Empire / »
:— . Eh bien! dites-leJ Dites : Empire/ Nous ne vous demanderons point autre chose. Gela nous suffit. Car alors, la crise nationale sera ouverte, ou plutôt rouverte, et vous aurez fait votre tâche, laquelle ne fut jamais, en rintention de vos mandants, en votre première et sérieuse intention, que de mettre, en effet, voire pays en face de son mal, et de lui proposer une opération. .
Les vrais mots, les mots durs une fois prononcés, nous avons confiance, nous, en la généreuse raison de nos compatriotes : incapables qu'ils sont de se guérir eux-mêmes, ils sont capables d'accepter la décision de la science. Or, la science, en matière politique et sociale, vous le savez bien, elle est avec nous, royalistes : vous n'avez, Bonapartistes d'aujourd'hui, que la brève séduction de la Légende, et tout ce que vous pouvez faire, c'est d'enchanter l'agonie du malade, avec le souvenir stérile de Tune de ses dernières, de ses plus belles et de ses plus épuisantes aventures. La France centralisée de la Révolution et du Consulat est quasi morte. Avant vingt ans, le fonctionnariat l'aura toute recouverte. Elle sera pauvre. Ce que nous voulons, ce n'est pas ressusciter ce triste squelette. Nou&
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voulons, sur notre sol qu'il encombre, faire de la place, pour que, peu à peu, lentement et par un travail de la nature dont nous ne verrons pas nous-mêmes les fruits, puissent renaître, ou plutôt croître, car déjà ils sont nés malgré tout ce qui fut fait pour les étouffer, les groupes économiques et moraux tout neufs et tout armés, dont la libre coopération formerait la figure d*un peuple renouvelé.
^( Mais, direz-vous, nous ne songeons pas à empêcher ce travail de reviviscence des forces et des richesses françaises, si vraiment il doit se produire. Nous ne sommes pas collectivistes. Nous voulons défendre la famille et la propriété. »
-— Vous ne le pourrez pas. Né dans les cadres administratifs de la Révolution et obligé de les garder (on Ta déjà démontré assez abondamment ici), sous peine d'anarchie, l'Empire sera collectiviste et juif dans la mesure même où il voudra être fort, unique moyen de tenir les individus, éléments anar* chistes par définition dès l'instant qu'ils sont adaptés à votre statut égalitaire et libertaire de 89, votre unique moyen de tenir cette masse amorphe, c'est de la prolétariser : et je n'ai pas besoin de vous rappeler les théorèmes de Marx qui lient tout ce mouvement de IdL prolétarisation des citoyens, jadis capitalistes, à un accroissement des charges de l'État, seul capitaliste, obligé de les salarier.
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Déjà^ en fuce des classes tout nouvellement prolétarisées (les bacheliers^ par exemple, dont parle M. Henri Bérenger), TËtat se ruine pour faire crever de faim ses clients en même temps qu'il les tyrannise.
Mais pourquoi donc démontrer, raisonner ? Ne suffit-il pas, pour avoir par anticipation une idée terrible de ce dessèchement, de cet aspect glacé, dépouillé et qui évoque les m paysages » de la croûte lunaire, vers lequel marche notre monde social français post-révolutionnaire, — ne suffit-il pas de jeter un coup d'œil sur les colonies? — Là apparaît à nu, dans un schéma, la forme du du Régime : la matière à laquelle il s'applique, à savoir, la population, étant peu dense, peu profonde, sans racine, cette poussière est vite volatilisée, et il reste 2 habitants : un fonctionnaire et un colon, celui-ci payant celui-là, pour que celui-là joay^ celui-ci !
Ah ! braves nationalistes républicains, qui « ajournez » votre rêve bonapartiste, je vous comprends. L'Empire, nous l'avons.
Demandez plutôt à M. Doumer ! Il est bien évident que vous pourriez vous entendre avec le Bonaparte de Tlndo-Chine. Prenez garde, seulement, avant de rien conclure, de réfléchir si la République, que vous n'aimez pas, au fond, n'y aurait point à gagner un peu plus que la France que vous avez juré de préférer à tout.
'ïSG l'action française
Et puis, si tel est votre plan^ il faudrait, d'abord, le dire ! Ce serait loyal»
Henri Yaugeois.
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SG&NBS BT DOCTRINES
DU NATIONALISME
[Notre ami et collaborateur Maurice Barrés pu&lîe sous ce titre : Scènes et doctrines du nationalisme, tin vohune où tous ceux qui aiment les mouvements si libres de son esprit^ seront heureux de le retrouver f page à page., tel quHls le virent s' affirmer y à propos de chaque événement de la récente crise nationale.
Barrés a agi^ parlé et écrit en, citoyen consciencieux y et passionnément inquiet, chaque jour, de discerner son devoir et de le faire tout entier. Les articles et discours réunis dans ce volume ont paru déjà. Avant de se donner le plaisir de les relire et de les méditer , on s'arrêtera avec intérêt sur le chapitre préliminaire^ inédit, oit V auteur résume son expérience de ces quatre années^ et dont il a bienvoulu nous communiquer les épreuves.]