INDÉPENDANTS
La Société des artistes français put trop long temps disposer des directions de l'art contemporain et de la réputation des artistes. Son jury, organiquement absurde, était incapable de sa tâche qui était de relever, de préciser les mouvements d'art. 11 était au moins nécessaire qu'il exigeât des talents. Depuis les temps romantiques, l'inspiration fréquente suffisamment les ateliers, et le génie éclate trop dans les premiers essais des moindres débutants. Il ne pouvait que chercher à plaire à ses électeurs et à ses clients et il n'eut que le déplorable pouvoir de pervertir, au dernier degré, le goût public et de s'obliger ainsi à patronner des œuvres d'année en année plus mauvaises. Nativement dénué d'intelligence et de toute sensibilité à la peinture, réduit à des soucis de boutique, il eut bientôt dépassé la limite du ridicule tolérable et de l'odieux. Une autre société fut nécessaire et put se constituer, grâce â la glorieuse collaboration de Puvis de Ghavannes, à quelques peintres célèbres, à de petits intérêts submergés dans la cohue du Salon des Champs-Elysées.
PAHTIE PÉRIODIQUE 813
Obligée de réagir pour se justifier, la Société nationale fit quelques expositions d'un grand intérêt qui révélèrent les efforts de jeunes talents et les recherches d'artisans ingénieux. Elle est privée du prestige que lui prêtait les œuvres de Puvis, elle n'est plus qu'une succursale inutile de l'autre maison. On s'étonne qu'elle existe encore.
MM. Rodin, Besnard, Cotlet, Simon, Ménarc^ fondèrent une société nouvelle, les expositions individuelles se multiplièrent. Elles ne sont guère possibles pour le plus grand nombre des jeunes artistes et ils affluèrent à la Société des artistes indépendants fondée povr permettre aux artistes de présenter librement leurs œuvres au jugement du public. Reste-t-il un public après un si long règne de Gérôme, Bouguereau, Lefebvre et autres malfaisants, après les œuvres de vulgarisation artistique de nos éducateurs.
Nous voici donc en présence d'une manifestation libre et elle permet les plus intéressantes constatations.
Le fait le plus frappant est le déclin de l'art impressionniste et le retour à l'intelligence classique, il y a dans toutes les œuvres qui comptent un effort d'organisation, des volontés et même le goût du sujet et des beaux-arts.
Levénérable maître Cézanne préside logiquement à celte réaction avec un paysage et une nature morte de l'art le plus traditionnel, rattaché à tous les maîtres français par sa force, sa franchise et sa simplicité. On eut raison de placer près de lui quelques œuvres de Toulouse- Lautrec poignantes et profondes, tracées avec
une extraordinaire âcrelé. Quand donc Texposition posthume de ce grand artiste?
Rien n*est plus démonstratif que Texposition de M. Charles Guérin, dans la même salle. La a dame en violet » est évidemment une œuvre ancienne. M. Guérin savait son métier et pouvait être un de nos plus notoires hors-concours, mais il a cherché mieux ; ses natures mortes montrent ses efforts, ils aboutissent au portrait du docteur D... et à sa « Circé », qui exprime ce qu41 veut désormais. Ces belles toiles, un si beau souci et de tels dons promettent une œuvre.
M. Louis Sue expose un c< jardin à la française » qui est une composition solide, riche, voulue pour une décoration. Si fortement voulue, que Ton désire Tebsemble nécessaire pour la faire valoir. Une série d'études montren toutes les qualités du peintre.
M. Maurice Denis a les mêmes préoccupations dans un paysage décoratif et une esquisse de tapisserie. Il traduit avec agrément la grâce des enfants et la tendresse des mères.
Plusieurs des œuvres de M. Bernard sont d'une belle gravité, d'un noble dessin. Pour cet artiste Tart impressionniste n'a même pas existé : les œuvres paraissent dater de 1840.
Au hasard de notre promenade, voici maintenant M. Laprade, qui malheureusement s'exprime à peine ; les études de M. Roussel, celles de M. Yuillard, admirables de finesse, exquises à regarder ; le triptyque de M. Bonnard; un buste de femme et une nature morte de M. Fluchaire dont chaque panneau est une