La reconstitution politique
Tous les Français étant comme de la limaille au quadruple aimant juif, monod, huguenot et maçon, on ne peut demander à chaque granule de la poudre de fer une conscience précise de l'intérêt commun. Après Texil du comte de Paris qui avait espéré les grouper aux élections d'octobre 1885, les Français n'avaient d'autre chance de salut national que la volonté du hasard ou l'initiative personnelle d'un combattant. Ce hasard, jusque-là si dur, nous sourit enfin. Edouard Drumont parut et l'antisémitisme se formula. Comme toutes les œuvres grandes, celle-ci surpassait les calculs de son inventeur. Mais elle visait cependant avec une sûreté extraordinaire à la cause même du mal. Le vieux parti républicain était touché au point le plus apparent et le plus sensible : la
bourse. Des quatre Etats Confédérés, on atteignait le plus éloigné de la France et le plus étranger à notre sang français.
J'appelle raniisémitisme la première idée organique, la première idée contre-révolutionnaire, la première idée nationaliste et naturaliste qui ait depuis cent ans joui, en France, d'une popularité vraie et forte (i).
Maistre, Bonald, Comte, Renan, Taine,Fustel, avaient observé et calculé de loin. Mais Drumont venait et frappait. Il infligeait aox maximes contre nature un échec matériel.
L'antisémitisme s'oppose, en effet, directement à la théorie des droits de l'homme et du citoyen, puisqu'il établit, dans notre droit civil et politique,des différences capitales sur la condition des personnes. Le Juif est homme. Il est nominalement citoyen. Mais la qualité de Français lui est refusée par l'antisémitisme, qui introduit dans cette qualité de Français, des éléments historiques , traditionnels, héréditaires, et, en un moi, physiques. L'antisémitisme en appelle à la nature des volontés momentanées du législateur. Ces volontés sont révisables : ce qui ne l'est pas, c'est l'ensemble de ces conditions permanentes, qui font les nations faibles ou fortes, prospères ou démunies. On n'est pas Français pour avoir dressé sa tente
(1) L'idée socialiste n'est pas moins contre-ré^olationnaire que rantisémitisme. On l'a gâtée par un alliage constant de rêveries démocratiques. Mais Texistence en France, en Europe et sur la planète entière d^un parti de l'Organisation du travail constitue, en soi, un témoignage très grave contre les idées suisses.
chez les Français. Nos familles occupent le territoire de la France : nobles, bourgeois ou gens du peuple, notre nom s'y inscrit avec les sueurs de nos pères tenant Théritage des leurs. Ce capital, la France, créé, entretenu, amélioré par nos ascendants, étant œuvre française, appartient d*abord aux Français ; la loi française, l'Etat français ne seraient rien s'ils ne formaient une institution protectrice du premier fonds français. La France ne peut être entourée du mur de la Chine, mais elle n'est pas ouverte comme un désert.
Les maximes contre nature ne tenaient pas compte de ce fait naturel. L'antisémitisme repose dessus tout entier.
En ramenant à la nature, il nous éloigne des idées égalitaires. Sous la démagogie apparente, l'antisémitisme constitue l'aristocratie : chez les plus humbles Français de France, il fait paraître les quartiers d'autochtonat français. La vraie notion de la noblesse en est ressuscitée.
En ramenant à la nature, l'antisémitisme subordonne aussi, dans l'ordre politique, les idées purement religieuses à l'intérêt du sol et du sang de la France. I) met avant tout l'intégrité du territoire, la prospérité de la race et le maintien de notre civilisation. Il ignore donc toute religion et ne se montre l'ami du catholicisme que parce que le catholicisme est un ingrédient de notre nationalité.
L'antisémitisme contient donc en puissance la destruction des idées suisses : que la 'masse à peu près entière de la nation en soit pénétrée quelque jour, quel avancement des esprits!
Quelle conquête de la raison française sur l'antique superstition! Une renaissance politique peut en résulter.
La France Juive avait paru en 1886. Six ans plus tard, le 20 avril 1892, sortait le premier numéro de la Libre Parole, Voilà donc seize années qu'Edouard Drumont exerce sa fonction parmi nous. Je ne connais pas de Français contemporain de qui les moindres circonstances aient été aménagées plus heureusement. Il est né à Paris, où la France a vécu ^on xix* siècle. Le malheur de notre centralisation est devenu en lui une bonne fortune. Drumont est né, en outre, dans cette bourgeoisie moyenne, Télément le plus intelligent, le plus actif et le plus représentatif de la France dans la seconde moitié de ce même siècle. Centre de préjugés, mais aussi centre de vérités. L'influence d'un de ses oncles maternels, l'érudit Buchon, l'inclina aux recherches d'histoire qui l'initièrent aux méthodes de la science. Il y a pris en outre des vues précises sur le composé français. Il a saisi les plus anciennes manières d'être de la France.
Reflétant ainsi la sensibilité nationale, il avait donc prise sur elle, des prises qu'elle avait sur lui. D'un bout à l'autre du pays, les Français Técoutèrent aussitôt comme un frère aîné; le conscient, Tinconscient émus ensemble, ils se mirent à montrer aux concitoyens d'occasion un visage de maîtres plutôt que de valets. L'Administration dut en tenir compte parfois. Certaines impudences juives furent réprimées à peine commises; et d'autres, retenues avant même d'être exhalées.
Petit progrès assurément; progrès sensible, que l'on appréciera quand on aura analysé le plus considérable de leurs coups d'audace manques.