‹ L'action française (volume 2)Chapitre 135 sur 180 · L'antisémitisme et la première affaire Dreyfus · texte numérisé non relu

L'antisémitisme et la première affaire Dreyfus

La formule antisémitique avait huit ans, la Libre Parole en avait un peu plus de deux : c'était à Tautomne de 1894.

Un oQicier juif, stagiaire à TEtat-Major général du ministère de la Guerre, Alfred Dreyfus, se trouvait inculpé de haute trahison. FI allait passer en conseil de guerre et, selon la règle commune aux procès de ce genre, allait être jugé à huis clos. Jamais, en France ni ailleurs, on n'a jugé publiquement de tels procès de police militaire internationale. Non par une règle de droit, mais parce que le contraire est impossible en fait. On ne peut pas, parce qu'on ne peut pas. La force des choses prescrit le huis clos, comme elle impose aux Etats la raison d'Etat et le secret d'Etat. Tant que subsisteront les Etats, la raison d'Etat, le secret d'Etat, le huis clos de certains procès de police militaire internationale en résulteront forcément. L'armée française ayant survécu à l'Etat français et ici le représentant, sa juridiction héritait de tous les attributs de l'Etat défunt ; même en France, même sous le régime des quatre Etals Confédérés, on avait toujours trouvé cela naturel.

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H^O l'action française

Gainelli. La Cour de cassation a d'ailleurs implicitement admis cette pratiq^e, puisque, au lieu d'annuler la première condamnation de Dreyfus, comme irrégulière de forme, elle s'est bornée à casser le jugement comme douteux en fait. La Cour s'est rendu compte que les généraux Mercier et Boisdeffre avaient eu mille fois raison de multiplier les précautions et le secret. Dans le cas d'exception, il n'est rien de plus juste qu'une justice d'exception.

Le traître juif fut donc jugé, et, à l'unanimité condamné, puis dégradé et embarqué pour le lieu de sa détention. Je prie le lecteur de peser chacun de ces motset de considérer qu'ils expriment des nouveautésprofondes. En France, jusque-là, les choses ne se passaient jamais de la sorte. Quand un grand juif, comme Jacques de Reinach, l'oncle et le beau-père de Joseph Reinach, était menacé d'une perquisition dangereuse, il se trouvait un président du conseil des ministres pour jouer des farces indignes à son procureur général a6n de fournir au criminel les quarante-huit heures dont il avait besoin pour cacher ses papiers et s'éclipser lui-même : M. Quesnay de Beaurepaire a conté cette histoire dont il fut lehérosavecM.Loubet. D'autre part, quand un petit juif est condamné à mort, il échappe, de droit coutumier, à la guillotine : an n'estime point convenable qu'un mortel circoncis s'avance les pieds entravés, ni que, suivi de son rabbin, il verse devant la canaille le précieux sang de sa veine aristocratique. Le traitement ainsi appliqué à Dreyfus tint du prodige et du scandale : l'infortuné subit exactement

le sort d'un ofRcier français qui se fAl trouvé dans son cas. Aucun privilège : le droit commun, le sort commun. Tel fut l'effet de Vantisémitisme.

Mais cet événement dut réveiller Tinquiétude héréditaire non seulement dans Israël, mais dans les Etats limitrophes, fédérés avec Israël. Nos vainqueurs virent leurs avantages compromis, c'est-à-dire, dans leur langage, leurs refuges violés et leur sécurité perdue, toute garantie leur paraissantincertaine à moins d'être fondée sur la domination. Sans doute Tanlisémitisme continua quelques années son noble effort de reconstitution nationale : dès ce jour il fut observé.

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