‹ L'action française (volume 2)Chapitre 161 sur 180 · PARTIE PÉRIODIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE PÉRIODIQUE

Enquête su»r la Monarchie : 3« partie : La personne du Roi ; VMxil ; la Majesté : Charles Havrras.

Les Livres : D'Ulysse à Panurge Emile Gebhardt. — La Leçon d'amour dans un parc René Boylesve. — Claudine à Vécole Willy. — Boit, nous venons Léon Pontet., — Victor Hugo jugé par son siècle Tristan Legay (^Aeques BafjiYllle).

Mémento.

PARIS

.MMHMMMMMAMMMMM

L<e numéro O flr. OO

ABQNNEIENTS : Paris et Dép«rtBin«ott, Il fr. Etrugsr; 18 fr.

La reproduction des articles de V Action française est autorisée avecrindication de la source et du nom de Fauteur.

L'ACTION FRANÇAISE parait le 1* et le 15 de chaque mois. On s'aBonne à Paris, 28, rue Bonaparte, Paris-6*.

M. Henri Yaugeois, Directenr, recevra Je Vendredi, de 2 à 4 heures.

PRINCIPAUX OOLLABORÀTCURS

Paul Bourget, de TAcadémie française. — Gtp. -- JuLiss SouRY. — Maurice Barrés. — Charles Maubras. — Antoine Baumann. — Jules Caplain-Cortambert. — jMaurigb Talmeyr. — Maurice Spronck. — Hugues Rebell. — Théodore Çhèze. — P. Copin-Albancelli. — Alfred Duouet. — Luqbn Corpechot. — Denis Guibeht, ancien député. — Frédéric

AXOURETTI. — JOACHIM GaSQUET. — AUGUSTB

Cavalier. — Henri Coulier. — Xavier de Magallon. — Théodore Botrel. — Dauphin Meunier. — L. de Montesouiou-Fezensac. — Lucien Moreau. — Octave Tauxier. — Maurice Pujo. -^ Jacques Bawville. — Albert Jacquin. — Robert Launay. • — 0. de Barral.— R. Jacquot.— D^ Boé. — G. Grappe.

FONDATEUR

Le Colonel de Villebois-Marbuil

■•rt aa eham^ d'hoiitteiir

LE COURRIER DE LA PRESSE

BUREAU DE COUPURES DE JOURNAUX 21, Boulevard Montmartre, 81, Paris

Fondé en 1889

Directeur : A GALLOIS

V Action française

^IM^A^tf%nAtfW^WWWW%

Jaurès a bienfait de parler.

Nom tenom enfin le secret et Vâme du Régime du 4 Septembre i870. La troisième République, arrivée à maturité j nous révèle sa substance et sa destinée; elle penche du côté ou elle tombera^ du côté de V Allemagne. Car enfin, il ne faudrait pas que M. Léon Bourgeois nousjyrit, nous tous Français, non ministrables pour aussi faciles à satisfaire que ses collègues du Palais- Bourbon, et qu'il s'imaginât quil suffit de ses deux belles phrases de Vautre jour, imprimées dans VOfiiciel,pour délivrer le parti républicain de lu note d'infamie qu'il vient d'assumer aux yeux des patriotes.

Le parti républicain a une politique étrangère, et cette politique a déjà une tradition, et un avenir tradition et avenir « pacifiques » .

Mais c'est au parti républicain ,etàses traditions, et à son avenir, que prétendent se lier les députés de la Patrie française : c'est sans doute pourquoi il ne s'en est point trouvé un seul pour répondre à M. Jaurès. A ces députés de la Patrie française,!/ me plait de dédier aujourd'hui, histoire de leur rafraîchir la mémoire, les pages suivantes. Elles furent écrites par le républicain lorrain Barrés, puis pro^

iCTIOM rRARÇ. — T. VI. A7

noncées devant plusieurs c^ entre eux, qui, alors en^ core indemnes de toute contagion parlementaire, les applaudirent comme les articles essentiels du programme de la Patrie française, un soir de décembre 1899, À la salle de la rue d^ Athènes :

Débouta côté de nos présidents, Ooppée etLemaître, Barres disait :

Je ne comprends pas qne des Français puissent écrire comme un reproche : « Vous restez hypnotisés par la trouée des Vosges. »Ilya, épars à travers la France,des milliers d'Alsaciens et de Lorrains, arrachés tragiquement de leur terre ; il y a, sur le sol annexé, une population encore unie à la France par des liens moraux dont une administration brutale s'acharne à détruire les fibres. La question d'Âlsace-Lorraine n'est pas le système de quelques patriotes, une vue de l'esprit : elle est un fait, une plaie. Et quand on vous dit quecette plaie est fermée, on vous trompe pour faire le jeu de l'empereur allemandet pour lui permettre d'écarterl'Alsace et la Lorraine des négociations qu'il rêve peut-être d'ouvrir avec nous.

Allons à Metz, Messieurs : quel silence! quel enchevêtrement de lignes stratégiques et de travaux d'art sur un sol bosselé encore par les tombes de 1870 ! La Lorraine messine n'est plus qu'un glacis. J'ai vu la campagne de Rome et ses fièvres, les marécages de Ra venue o(i siffle la vipère, la plaine du Maroc qu'empoisonnent des charognes abandonnées, les sierras de Cas-

l'alsace et la lorraine 1003

tille systématiquement dénudées deleurs arbres ; rien d'aussi triste pour un Lorrain, fils de Lorrains, que ce qu'ils ont fait de la vallée mosellane à Metz.

Les Allemands, qui brûlèrent et rebâtirent avec magnificence des quartiers de Strasbourg, n'ont ici rien modifié. Metz, une fois franchis les travaux qui l'enserrent, apparaît dans sa servitude identique à elle-même. Elle émeut d'autant plus, esclave qui garde les traits et Tallure que ses amis et ses fils aimaient chez la femme libre. La reconnaissant encore française, lorraine et messine, nous sentons, avec une vivacité qui nous trouble, une nuée d'impressions se lever des uniformes, des visages prussiens, des inscriptions olTicielles. Tout signifie clairement que nous sommes des vaincus chassés et, désormais, des étrangers suspects. S'il vous est arrivé de passer, après des années, devant l'appartement où vous vécifttes, avec vos parents, votre petite enfance heureuse, et si vous avez donné suite à la pensée qui certainement vous vint de visiter ces chambres, occupées maintenant par des inconnus, vous les avez traversées avec cette contrainte, ce malaise qu'éprouvent des Lorrains revenant dans leur ville de naissance, et comme eux vous disiez : a Quoi! c'était si petit, l'endroit où je place des souvenirs si nombreux et si grands ? »

Tout l'univers, gêné par cette ville, s'étonnerait de la voir basse et resserrée, avec ses rues étroites et cerclées par Tancicn système de ses murailles françaises, comme un vieux bijou mérovingien monté sur fer.

Les femmes de Metz touchent par une délicatesse, une douceur infinie, plutôt que par la beauté. Leur image, quand elles parcourent les rues étroites, pareilles aux corridors d'une maison de famille, s'harmonise au sentiment que communique toute cette Lorraine opprimée et fidèle. Quelque chose d'écrasé, mais qui éyeille la tendresse ; pas de révolte, pas d'esclaves frémissantes sous le maître, mais l'attente quand même, le regard et le cœur tout entier vers la France. Avec cela un parfum, une manière vieille province. Depuis 1870, la France a reçu des transformations profondes, mais ici, où ne sont restées que les classes moyennes, et dans les conditions qui les soustraient à l'inOuence de Paris comme à celle des centres allemands, on trouve cette douceur et ce calme que l'imagination prête aux temps passés.

Les anciens Lorrains sont détachés de tous intérêts vivants : pour le commerce, les troupes se fournissant dans des coopératives ne peuvent être d'aucun profit; la vie intellectuelle est abolie; la colonie française s'est Jetée dans la piété, parce que l'évêquefit d'abord le centre de la résistance, parce que c'est une opposition à l'Empire protestant, parce que chacun se sentant accablé, replié sur soi-même, trouve devant les autels espoir et consolation et que les appels à l'infini soustraient le cœur à l'écrasement de cette ville conquise.

Cette Metz charmante, c'est le château de la Belle-au-Bois-dormant; c'est plus exactement et plus tragiquement une caserne dans un sépulcre.

l' ALSACE ET LA LORRAINE 1005

Des Parisiens, souvent, viennent à Strasbourg. Il se font guider par un cocher, ou même par un Allemand à qui on les a recommandés. Â leur retour, parce qu'ils n'ont pas su voir la vérité sous les apparences, et qu'ils ont accepté sans contrôle des récits intéressés, ils racontent de bonne foi quelesStrasbourgeois sont devenus Allemands.

Permettez-moi de vous dire des choses minutieuses. Ces mauvais voyageurs rapportent que toutes les enseignes des magasins sont en allemand. Eh bien ! avant de rien conclure de ce fait, il faut savoir que Jes Allemands ne se contentent pas de bannir la langue française de l'école, de la justice et des administrations, mais qu'ils interdisent l'emploi des étiquettes, des enseignes françaises et imposent à toutes les marchandises un nom germanique. — Ces voyageurs superficiels s'appuient aussi sur des propos qu'ils ont entendus dans les lieux publics, ou sur le silence que des voisins de hasard en chemin de fer, au restaurant, à la brasserie, ont opposé à leurs paroles ardentes. Mais il faut connaître le système d'espionnage et d'agents provocateurs qui explique la défiance des annexés après tant d'années de mesures brutales, de vexations, de contrariétés et de dénonciations sans nombre. Beaucoup d'Allemands parlent le dialecte alsacien et le français, aussi les indigènes sont-ils devenus circonspects et refusent de lier conversation avec un inconnu, quel que soit son accent. Ce n'est qu'après avoir reçu des gages sérieux qu'ils se laissent aller, peu à peu, à découvrir leurs sentiments intimes.

Les mêmes esprits légers, mal informés^ argumentent'sur ce que la population parle allemand et non pas français. Mais aujourd'hui, en Alsace, les indigènes savent plus de français qu'avant la guerre, ce qui s'explique parce que les hommes qui avaient dix ans en 1870 avaient tous appris le français que souvent ignoraient leurs pères. Ceux-ci parlaient leur dialecte, par laisser-aller et parce que la France tolérante ne songeait pas à l'interdire. Depuis 1870, les Alsaciens reviennent au français par esprit de protestation. N'en savent-ils que trois [mots, ils les placent. Le français'est devenu la langue a aristocratique » et doit distinguer des Allemands. On vit des pères de famille, des ouvriers gagnant 150 francs par mois, se saigner pour arriver à payer des leçons. A table, il était défendu de parler patois sous peine d'être privé de dessert, etc., etc. Les Allemands, un beau jour, interdirent à tout individu des deux sexes n'ayant pas son diplôme allemand de donner des leçons particulières. Des centaines de pauvres professeurs et institutrices furent mis sur le pavé [et encore aujourd'hui ils forment une classe particulière d'indigents, soutenus quelquefois par leurs anciens élèves. Depuis ce temps ce sont les parents qui les remplacent, et dans les familles, le soir après dîner, iljn'est pas rare de voirie pauvre employé, le contremaître, le petit commerçant, malgré la fatigue de la journée, s'ingénier à faire saisir à ses enfants les difficultés de notre grammaire.

La principale préoccupation de Tadministrateur allemand, c'est de convai ncre l'étranger et

surtout les Français que; TAlsace etia Lorraine se germanisent.

Pour connaître Tétat vrai, il ne faut pas un voyageur rapide qui erre avec son cocher le plus souvent 'allemand, ou avec un homme aimable, directement préoccupé de nous dégoûter de nos anciennes provinces ; il serait préférable de circuler sans guide, et de bien ouvrir les yeux en usant de son propre bon sens.

Entrez par exemple au cimetière Sainle- Hélène. Voici la tombe du dernier maire français de Strasbourg, M. KfJss, mort à Bordeaux, frappé au cœur, peu de jours après la cession du pays qu'il représentait à l'Assemblée. Et quinze* mètres plus loin est enterrée la femme du premier maire français Dietrich — enseveli, lui, au Petit-Picpus de Paris, avec des guillotinés — chez qui est née la Marseillaise, Le premier, le dernier ! Et dans cet étroit espace, où la destinée de ce pays s'affirme d'une façon si saisissante, associée aux vicissitudes françaises, combien de tombes d'ofliciers français! Eh bien, regardez si elles sont soignées et comment elles le sont. Les Allemands, toujours préoccupés de servir l'honneur militaire, qui est un des fondements de leur empire, entretiennent les monuments funéraires, aussi bien de nos soldais que des leurs; il suffit de les signaler aux autorités. Mais les Strasbourgeois n'ont pas voulu recourir à des soins étrangers. Ils protègent d'une grille basse, ils plantent de lierre la terre où reposent nos morts abandonnés ; ils les fleurissent de chyrsanthèmes à la Toussaint. Humble solli-

citude, qu^ils s'appliquent à vouloir modeste, pour laisser tout leur deuil à ces ensevelis dans l'exil. Pourquoi sur cette tombe une croix brisée? N'y voyez pas une négligence, mais devinez avec voire cœur ce que vous dirait le Strasbourgeois : « Elle fut brisée par un obus du siège; nous avons voulu laisser à ce soldat sa suprême blessure. )) Nulle inscription tombale en français. C'est que les Allemands les interdisent. Libre à qui passe rapide devant ces pierres vieillissantes de croire à l'indifférence et à l'oubli des cœurs ; mieux averti, il reconnaîtrait la plus touchante piété pour les moindres souvenirs de l'époque française.

En vérité n'est-il pas triste de voir des Français croire au progrès de la germanisation, alors que l'Allemagne reproche à tout moment aux Alsaciens d'être d'intraitables c têtes françaises » {Franzosenkopfé) qu'on ne peut gouverner qu'avec le fouet I ....

Maurice Barrés.

Jaurès 71' est pas une « intraitaUe têtefrançaise » : pas besoin de cravaches! A ce gros enfant niais ^ la fessée suffirait.

DU l*"' JUILLET PROCHAIN

publiera l'Édition critique

Page 1