‹ L'action française (volume 2)Chapitre 167 sur 180 · LA PRUSSE EN 1806 DAPPÈS VON DER GOLTZ · texte numérisé non relu

LA PRUSSE EN 1806 DAPPÈS VON DER GOLTZ

développer toutes les aspirations anarchiques qui sont dans les individus.

Bien vite en effet, dans toute la Prusse, se donna carrière « l'enthousiasme produit par le « mouvementfrançaispour les droits de Thomme « et la dignité de l'individu, toutes choses qui « comptaient pour bien peu sous le grand Frédé- « rie. L'expression « homme honorable d fut a mise en vogue. La personnalité seule comptait a pour quelque chose :le rang, la position, l'ori- « gine n'étaient plus rien; il était de bon ton de « sembler les ignorer. Uhommê devait être tout, le « rang et Ut dignité plus rien- ».

« Progrès, honorable, digne, sont trois expressions qui reviennent partout. On répondait à rhonorabie salut d*un ami. Les officiers, en recevant un nouveau commandant de régiment s'en disaient les honorables fils dans les vers qu'ils lui adressaient pour la circonstance. Le vieux Môllendorf lui-même donna à la nation tout entière l'épithète d'honorable, suivant en cela l'exemple de Jean Sobieski qui avait autrefois anobli toute son armée.

(( Ainsi se confirmait ce fait d'expérience,que les hommes parlent de préférence des qualités qui leur manquent. Il n'y eut peut-être jamais dansla patrie allemande d'époque plus légère et plus frivole que celle-là.

(( L'amour du bien-être croissait sans cesse; les charges restaient les mêmes qu'autrefois; le prix de Texistence augmentait, le désir d'en jouir avait pris les proportions d'une maladie contagieuse. Les relations du monde se développèrent sousV influence des idées nouvelles qui,adop-

iées el répétées à la légère, servaient à alimeDter la conversation, mais ne/urent cC aucune utilité dans la pratique de la vie,

« L'éducation raflinée, le savoir-vivre, les jeux d*esprit,un rationalisme superficiel étaient en honneur, et on était très fier de ces produits éclos au ^< soleil du progrès »...

« De la bonne opinion que chacun avait de lui-même, du culte de Tindividualité, de la civilisation, de Tesprit de jouissance, naquit à la fin un égoïsmequi domina fout. Au lieu du simple commerce social, du rapprochement et du mélange des situations, chacun se mit à vivre dans un isolement désespérant; les relations extérieures du monde n'étaient pas basées sur la simplicité et la modestie, chacun était satisfait de luimômeetplein de suffi sance;onportaitdes souliers à boucles, des jabols extraordinaires on jetait la tête en arrière et on portait le nez haut, comme nous le font voir les vieillesestampeset gravures représentant la vie à Berlin. Chacun s'occupait exclusivement de lui-même^ parlait de son intégrité, de sa valeur personnelle et de son éducation.

(c Le sentiment national avait disparu et avec lui les passions solides et saines^ le feu sacré et V amour violent de la patrie. Le dilettantisme spirituel avait détruit le sens pratique,

« L'intérêt de l'Etat ne pouvait manquer de sombrer au milieu de cet égoïsme et de ce culte du bien-être personnel. Au temps de Frédéric tout lui avait été sacrifié ; maintenant c'était le contraire. UEtat devait être le souffre-douleur dont chacun exigeait des efforts, protection au dehors , sé^

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curiié au dedans y sans consentir à lui rien aborder pour cela. »

Nous arrivons à Tessenliel : comment cet état libéral était-il capable d'assurer ses frontières? LMndividualisme démocratique est le plus fort dissolvant de l'organisation militaire. Voyez où il conduisit Tarmée du grand Frédéric I

« Malgré un extérieur brillant, note von der GoUz, son état était très précaire en 1806. Le désir de mener une vie facile avait gagné le corps d*ofiiciers. L*existence isolée qui avait pénétré dans la vie publique était également entrée dans l'armée. L'acceptation d'éléments étrangers avait déjà détruit rhomogénéité, maintenant la camaraderie était également détruite par la diversité dans la manière de vivre 1 ! » Lesofficiers riches menaient un train considérable, tandis qu'un grand nombre de leurs camarades pauvres vivaient misérablement. La solde était insuffisante, étant donnée la mesure où tout avait augmenté. La stagnation complète de l'avancement, causée par des raisons d'économie, avait détruit les espérances d'avenir. Et a cela nétait pas fait pour stimuler la confiance en soi et l'esprit d'entreprise ».

Toutes les mesures d'ailleurs tendaient à faire perdre tout esprit guerrier à l'armée, a quelque encens qu'on lui prodiguât, elle était toujours considérée comme Tenfant illégitime de la patrie ». La peur que les gouvernants avaient de la révolution leur dictait des précautions démoralisantes pour le soldat. « Mollendorf ne cessait de recommander aux postes et aux sentinelles, lorsqu'il s'agissait de dissiper les rassemble-

ments et en général dans les cas où ils avaient à rétablir Tordre, d'agir toujours avec patience et ménagement et de n'avoir recours à une rigueur modérée que lorsque les moyens de conciliation étaient impuissants. On ne devait pas exciter les bourgeois à des offenses par paroles ou actions, ou à la résistance, ni même leur en fournir l'occasion. Il était absolument défendu de maltraiter un tapageur arrêté, on devait au contraire le traiter convenablement.

« Les événements qui se passèrent à Breslau en 1793 sont très caractéristiques pour cette époque. Un compagnon tailleur, d'origine hongroise, avait été expulsé par la justice, pour une infraction aux lois de la corporation. Les autres compagnons tailleurs trouvèrent la chose mauvaise, et, soutenus par d'autres corps de métiers, ils provoquèrent du désordre dans la ville, détruisirent, sans en être empêchés, la maison du chef de police, le conseiller secret Werner, mirent des prisonniers en liberté, et, lorsque la troupe, qu'on avait enOn fait sortir arriva, ils la narguèrent, espérant que, comme toujours, elle agirait avec modération et ne jouerait qu'un rôle passif. Ils provoquèrent les artilleurs en leur disant que leurs canons étaient chargés avec du beurre, la foule repoussa la cavalerie, finalement il fallut faire feu pour empêcher le désordre d'augmenter. Il y eut des morts et des blessés.

ce Cependant le chef de la police fut mis de côté et on assura Timpunité aux fauteurs du tumulte. Les morts furent enterrés avec accompagnement de musique militaire. Pour ré-

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concilier les compagnons avec les autorités militaires, le comte Kamecke, dut sur Tordre du ministre Ho^m, référendaire de la Chambre, boire publiquement, devant toutes les corporations réunies, un vin de bienvenne avec le tailleur hongrois, qu'on alla chercher, et qui vint solennellement, accompagpé par un adjudant de régiment I »...

a On sait avec quelle sévérité le roi Frédéric- Guillaume III tenait à ce que le plus petit bourgeois ne fut pas molesté par les officiers. Ce qu'on sait moins, c*est que Vélèmmt militaire était absolument subordonné aux autorités civiles de la classé la plus inférieure, »

« On peut encore admettre que les soldats aient été forcés de prendre, auprès des cabaretiers dont ils fréquentaient les établissements, des attestations de bonne conduite, car il ne s'agissait là que d*invidualités; mais que des corps de troupes entiers aient dû, comme cela se vit en 1805, faire attester leur bonne conduite par les maires, c'était là une mesure d'autant plus extraordinaire qu'à cette époque les commandants de compagnie étaient des hommes de vingt-cinqàtrente ans de service >...

« Les autorités civiles ne faisaient nul cas des militaires.

(( Funk (1) raconta ceci dans son Journal :

<i La Saxe avait joui de près de trente années de paix et d'une administration dans laquelle rélément militaire était tenu à l'écart presque partout. Les baillis^ les bourgmestres regardaient

(1) Lieutenant général saxon, en 1806, !•'' adjudant du général von Zezschwitz

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fièrement, du haut de leur grandeur^ les officiers supérieurs^ cei'tains que ceux-ci^ en cas ds conflit^ seraient condamnés par toutes les instances, »

« Ce que dil Funk pour la Saxe s'applique également bien à la Prusse. Là aussi Vofficier avait des raisons de croire qu'en toutes circonstance il se tirerait 9nal d'un conflit avec les bourgeois ou les autorités civiUs.

a Cette assertion trouvera certainement des contradicteurs : citons donc un témoignage que personne n*osera récuser.

« Scharnhorst écrivait alors :

c< A notre époque, les punitions sont inûigées d'une manière particulière dans la plupart des armées de rAlletnagne. Lorsqu'un soldat a une discussion avec un paysan ou un employé de TEtat, on le punit rigoureusement. Mais, si dans une bataille malheureuse il jette ses armes, s*il quitte le combat avant ses camarades, on ferme les yeux...

« Lorsqu'un officier, dans une discussion avec un bourgeois ne cède pas immédiatement, lorsqu'il commet une faute légère envers l'autorité civile, lorsqu'il se bat avec les étudiants, en un mot lorsqu'il donne des preuves d'une vivacité de caractère naturelle et inséparable du métier militaire, il est puni bien plus sévèrement qu'un simple particulier qui aurait commis la même faute ..

(( Tandis que les bourgeois, reprend von der Gollz, regardaient comme tout naturel qu'en cas de guerre l'armée dut les protéger au dedans et au dehors, les autorités civiles, au contraire, refusaient à l'armée tout droit de participer aux

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délibératioDS sur les faits qui louchaient à Tintérêl commun.

« A Menin, raconte Scharnhorst, où pendant des années on fut en présence de Tennemi, où ^ deux fois on fut repoussé par lui avec des pertes considérables, où presque tous les matins on échangeait avec lui des coups de feu, on n'avait cependant pas le droit de construire un retranchement à une place favorable, avant qu« le propriétaire d'un moulin k vent qui se trouvait en cet endroit eût consenti à la destruction de son moulin, contre indemnité, et il fallut plusieurs mois de pourparlers pour en arriver là...

a En France, l'autorité civile donne toujours la main à l'armée, tandis qu'en Allemagne, l'esprit qui domine aussi bien dans le gouvernement que dans le peuple, est de mettre toujours des obstacles dans le chemin de l'autorité militaire. »

Voici la conclusion assez piquante de Scharnhorst :

Œ Les Français , avec un gouveriiement républicain^ sont régis monarchiquemeni^ tandis que Us puissances alliées^ avec un gouvernement monarchique^ sont régies comme si elles étaient en république. >

Au milieu de tels errements, a V armée », s'écrie von der Goll z, « avait fini jar dégénérer en une crain^ tive milice bourgeoise ; craintive^ non par peur de Vennemiy mais par peur des conflits » .

Que voulez-vous que fassent, sur un champ de bataille, ces hommes qu'on a accoutumés à trembler à chaque minute de leur existence?

A la veille d'Iéna la Prusse croit posséder une armée incomparable. Et véritablement elle

est superbe d*aspect extérieur. A la parade,dan8 les revues, elle semble encore telle qu elle était du temps de ses victoires, composée d'hommes de belle prestance, manœuvrant avec un ensemble, une rectitude qui font l'admiration des spectateurs, commandée par des officiers en général actifs et laborieux. Maïs, dans ce corps dont tous les mouvements sont automatiques il n*y a plus d*âme, plus de vie. Chez ses soldats ' sont éteintes les fortes passions, attachement à la terre, loyalisme, amour du métier, désir de gloire 1

<c Ce qui devait garantir Tarmée contre la corruption intérieure, contre Tintroduclion des tendances révolutionnaires, dit ironiquement von der Goltz, c'était le pas cadencé, le maniement d*armes en faisant sonner la crosse, la répétition sans On des exercices, dont la longueur et la sévérité étaient poussées jusqu'à ce que toute initiative ait disparu et soit remplacée par rhébétement.

a On entendait par bonne discipline Tabandon de toute initiative, la soumission absolue de la volonté au désir des supérieurs... »

« Ce n'était pas là des moyens propres à maintenir l'armée à la hauteur de ses obligations... ))

Les chefs les plus intelligents participent nécessairement aux erreurs de leur temps. En eux tout élan est tombé. « La guerre leur parait un jeu dans lequel on peut déployer plus du moins d'art, de méthode et de savoir, un jeu qui se joue d'après des règles déterminées et pour le-

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quel il faut plus de réflexion que de coups d'estoc ou de taille. »

Il ne faut pas croire qu'après la mort du grand roi on resta inactif dans Tarinée. L'application se fît même de plus en plus grande. Mais Tes^ prit guerrier s'éteignant de jour en jour, on en vint h travailler dans le vide. On fit de la métaphysique, c'est-à-dire qu'on confondit les moyens avec le résultat visé. Des procédés recommandés par Frédéric pour atteindre un but devinrent le but lui-même. Les exercices du champ de manœuvres trouvèrent leur fin en euxmêmes. Les exigences les plus extrêmes s'accrurent d'année en année, pour rien, ou si Ton veut pour l'art. « En dernier lieu l'infanterie exécuta à un commandement donné, l'un après l'autre, les 108 temps du maniement d'armes. On plaça sur les demi-piques des sous-ofïiciers des astrolabes pour marcher droit comme en suivant une corde... La tactique de Bulow, appelé la tactique « tête à droite, yeux à gauche », donnait ses plus beaux fruits. Pour les intellectuels de l'état-major, la stratégie était une science mathématique. Un vrai tacticien de cette époque ne croyait plus pouvoir conduire trois hommes au delà d'un fossé sans une table de logarithmes. Landeneau reprochait à la haute tactique prussienne de ne pas être basée sur la géométrie. Les généraux allemands de ce temps, comme les hommes politiques, comme la plupart de leurs compatriotes avaient perdu le sens du relatif. lis considéraient les choses en soi et non dans leurs rapports ; au lieu, dans leurs recherches de partir de vérités d'expé-

riences, ils s'ingéniaient à prendre leur point de départ dans l'absolu mathématique et mettaient la guerre en équations.

Le roi, quelques hommes avisés, sentaient confusément la faiblesse du système militaire et qu'une réforme était nécessaire. Mais leur tournure d'esprit entaché de libéralisme et de métaphysique les empêchait d'en adopter aucune. Dans chaque proposition de réforme, on découvrait des difficultés et des défauts et on cherchait inutilement la perfection qui satisferait toutes les exigences.

« Pour opérer des réformes utiles, il faut un système exclusif, car il s'agit toujours d'institutious humaines, imparfaites comme tout ce qui est sur terre. Il est impossible de se faire un idéal chimérique^ parce qu'il faut tout rattacher à des chosesfragiles ; mais ilfaut se décider , en temps utile, pour des choses imparfaites destinées à en remplacer d'autres plus imparfaites »...

« Les techniciens et les théoriciens politiques et militaires firent plus pour la chute de la vieille monarchie que les jeunes gens et les aristocrates obstinés.

c C'est au grand respect accordé aux techniciens qu'il faut attribuer l'adoption du malheureux système de laisser des commissions décider du sort des réformes.

« Les commissions sont bonnes pour fixer, par un vote individuel, le mode d'exécution, lorsque la pensée dirigeante a été donnée d'une manière absolue par la volonté du roi. Le conseil peut aider à la solution des cas particuliers, mais jamais la destinée du plan tout entier ne doit en

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dépendre. Si ce plan est élaboré par une réunion d'hommes, les avis seront partagés et comme le prouve l'exemple d'alors, en fin de compte il n'y a rien de fait :»...

En 1806, Tarmée prussienne « ressemblait à une vieille arme de famille, soigneusement conservée, à laquelle on attribuait un pouvoir magique et qu'on vantait beaucoup pour que personne ne mit en doute ses qualités, et pour qu'on ne f6t pas dans l'obligation d'en acheter une autre. Au printemps et à Tautomne on la sortait, on la frottait, on la nettoyait et on la fourbissait avec soin ; lorsqu'elle brillait au soleil, on la remettait à sa place avec satisfaction ; on déclarait qu'elle était toujours la meilleure arme du monde, qu'il n^était pas nécessaire de pousser plus loin les recherches qui pourraient même ôtre nuisibles, car mettre une arme aussi parfaite entre les mains d'un ouvrier inhabile, ce serait s'exposer à la détruire »...

C'est un fait bien digne de remarque que la grande catastrophe d'Iéna n*a pas frappé a une armée paresseuse et pourrie, mais une armée travailleuse, disciplinée, remplie de bonne volonté, une armée propre, peignée, brossée, surveillée, exercée et instruite dans laquelle on pensait, on travaillait, on réfléchissait, on discutait et on écrivait mieux que dans aucune autre...

a ...Donc il n'est pas nécessaire d'en être arrivé à une décadence évidente pour être exposé à une défaite ; bien plus, la défaite peut aussi, comme le prouve l'exemple de 1806, frapper une armée brillante, qui se présente

superbe aux revues et aux mouvements de parade, qui répond aux exigences les plus sévères, aux exercices les plus stricts, qui est plus agile et plus exacte qu*aucune autre, si elle méconnaît les conditions nahfrelUs êtèternelUment thangeantes svivantles circonstances nécessaires pour le succès d'une guerre, »

Je voudrais avoir assez bien enchaîné ces citations, tirées des derniers chapitres de Rosbachet léna, pour avoir rendu flagrante la décomposition des forces du royaume de Frédéric le Grand, sous l'influence de cet état d'esprit et de sentiment qualiflé par von der GoUz de libéra^ iisme. Etre libéral c'est prétendre introduire dans le monde physique une liberté, une égalité et tout un « humanitarisme » dont ]e concept est purement métaphysique. On ne prend pas impunément de telles privautés avec Tordre des choses. La Prusse nous a offert un exemple insigne des ruines que la métaphysique des a Droits de Vhomtne », que o les idées Suisses » comme s'exprime Maurras, peuvent accumuler dans un Etat. Les conseils du roi s'en sont trouvés faussés comme toutes les idées du peuple qui, après s'être pénétré de son a honorabilité», s'est mis à croire à la fraternité universelle, à négliger les nécessités de la concurrence et de la guerre. C'est prodigieux que cette nation féodale et militaire en soit arrivée un instant à mépriser le métier des armes ! « Jadis, écrivait en 1807 un poète allemand, la plus grande gloire d'un héros consistait à mourir en combattant pour sa patrie et son roi. Mais depuis que le monde et les hommes cultivent la

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civilisation et la philosophie, on appelle combattre jusqu'à la mort a organiser l'assassinat ». De sorte que la civilisation nous amène à ménager môme le sang de Tennemi. La question est donc de savoir ce qui est plus humain et plus grand, ou d'avoir le courage de s'attirer la raillerie de ses contemporains en aimant la vie, X)u d'avoir, auprès de la postérité, la gloire d'être mort de la mort des héros. L'armée, animée du plus grand courage, se rendit. »

Je continue h m'interdire des identifications trop aisées. Mais il n'est peut-être pas inutile de rappeler que les mêmes causes engendrent toujours les mêmes effets. C'est très beau les envolées intellectuelles, les rêves de liberté, les aspirations morales vers la fraternité des peuples, le dédain de la force brutale, mais comme dit Taine, « quand un peuple ne sait plus se battre, son indépendance n'est que provisoire, il vit par grâce ou par accident ».

Les Prussiens payèrent leur métaphysique par les sanglantes défaites d'Iéna et d'Auerstaëdt; au moins ce désastre eut-il l'heureux effet de ramener la Prusse dans la voie physique du « développement purement allemand, de la politique purement nationale, qui Taidèrent depuis à remplir son rôle avec bonheur et gloire ».

Lucien Corpechot.

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