‹ L'action française (volume 2)Chapitre 171 sur 180 · liE TRAÎTRE joiF Drbyfus. — Lettre à Maurice Barrés · texte numérisé non relu

liE TRAÎTRE joiF Drbyfus. — Lettre à Maurice Barrés

— Lettre à Charles Maurras. -^ Hantise. — L^è réactions morales.

IL Les Juifs. — La Rédemption d'Israël. — L'Emplro romain et les Juifs. — Luther et lès Jui&. — L'esorit universitaire et rame juive. — Suspicion légitime. — Légalité.

— Edouard Drumont. — La Race. Juifs et Aryens.

— III. La Porcherie comtbupoiuunc. ^- Le socialisme de Jaurès dans l'école. — La Ligue des Droits de PHomme.

— Les Droits de la Fenmie et de. TEnfant. -^ Taxes mtuûcipales. — Guignols d'assommoirs. — La décérébratiol

française.

IV. L'Alliance russx. •— L'alliance russe et là grâce de Proscrits. —1896-1901. Visites de tsar* •» Résurrectioii

V. La Tradition. — La Tradition. — Sur un banc d Thabor. A Maurice Barrés, — A Renan. Commémoratlo des Morts. — Fêtes de Pâques; A Oscar Havard. — Clèrî

calisme.

VI. Oratoire st Laboratoire. — oratoire et Liabori toire. — Science et Religion. — Science et croyance. -

Méditations.

Appf.ndick. — Extrait de la Déposition de M. le généi Mercier devant ie Conseil de guerre de Rennes»

i -^- PARIS. — IMPRIMSUIE F. LVTÉ, 17, EUE O^kSSSnTTK.

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noncées devant plusieurs d'entre eux, qui^ alors en-core indemnes de toute contagion parlementaire, les applaudirent comme les articles essentiels du pro^ gramme de la Patrie française, un soir de dé^ cembre 1899, à la salle de la rue d^ Athènes :

Débouta coté de nos présidents, Coppèe etLemaître, Barres disait :

Je ne comprends pas que des Français puissent écrire comme un reproche : « Vous restez hypnotisés par la trouée des Vosges. » Il y a, épars à travers la France, des milUersd'Alsaciens et de Lorrains, arrachés tragiquement de leur terre ; il y a, sur le sol annexé, une population encore unie à la France par des liens moraux dont une administration brutale s'acharne à détruire les fibres. La question d' Alsace-Lorraine n'est pas le système de quelques patriotes, une vue de l'esprit : elle est un fait, une plaie. Et quand on vous dit quecette plaie est fermée, on vous trompe pour faire le jeu de l'empereur allemandet pour lui permeltred^écarterTAlsaceetla Lorraine des négociations qu'il rêve peut-être d'ouvrir avec nous.

Allons à Metz, Messieurs : quel silence ! quel enchevêtrement de lignes stratégiques et de travaux d'art sur un sol bosselé encore par les tombes de 1870 ! La Lorraine messine n'est plus qu'un glacis. J'ai vu la campagne de Rome ot ses fièvres, les marécages de Ravenne oix siffle la vipère, la plaine du Maroc qu'empoisonnent des charognes abandonnées, les sierras de Cas-

tille systématiquement dénudées deleurs arbres ; rien d'aussi triste pour un Lorrain, fils de Lorrains, que ce qu'ils ont fait de la vallée moseU lane à Metz.

Les Allemands, qui brûlèrent et rebâtirent avec magniOcence des quartiers de Strasbourg, n'ont ici rien modifié. Metz, une fois franchis les travaux qui l'enserrent, apparaît dans sa servitude identique à elle-même. Elle émeut d'autant plus, esclave qui garde les traits et Tallure que ses amis et ses fils aimaient chez la femme libre. La reconnaissant encore française, lorraine et messine, nous sentons, avec une vivacité qui nous trouble, une nuée d'impression» se lever des uniformes, des visages prussiens, des inscriptions officielles. Tout signifie clairement que nous sommes des vaincus chassés et, désormais, des étrangers suspects. S'il vous est arrivé de passer, après des années, devant l'appartement où vous vécûtes, avec vos parents, votre petite enfance heureuse, et si vous avez donné suite à la pensée qui certainement vous vint de visiter ces chambres, occupées maintenant par des inconnus, vous les avez traversées avec cette contrainte, ce malaise qu'éprouvent des Lorrains revenant dans leur ville de naissance, et comme eux vous disiez : « Quoi! c'était sipetit, fendroit où je place des souvenirs si nombreux et si grands ? i»

Tout l'univers, gêné par cette ville, s'étonnerait de la voir basse et resserrée, avec ses rues étroites et cerclées par l'ancien système de ses murailles françaises, comme un vieux bijou mérovingien monté sur fer.

lOOi l'action française

Les femmes de Metz touchent par une délicatesse, une douceur infinie, plutôt que par la beauté. Leur image, quand elles parcourent les rues étroites, pareilles aux corridors d'une maison de famille, s'harmonise au sentiment que communique toute cette Lorraine opprimée et fidèle. Quelque chose d'écrasé, mais qui éveille la tendresse ; pas de révolte, pas d'esclaves frémissantes sous le maître, mais l'attente quand même, le regard et le cœur tout entier vers la France. Avec cela un parfum, une manière vieille province. Depuis 1870, la France a reçu des transformations profondes, mais ici, où ne sont restées que les classes moyennes, et dans les conditions qui les soustraient à Tinfluence de Paris comme à celle des centres allemands, on trouve cette douceur et ce calme que l'imagination prête aux temps passés.

Les anciens Lorrains sont détachés de tous intérêts vivants : pour le commerce, les troupes se fournissant dans des coopératives ne peu* vent être d'aucun profit; la vie intellectuelle est abolie; la colonie française s'est jetée dans la piété, parce que l'évêque fit d'abord le centre de la résistance, parce que c'est une opposition à l'Empire protestant, parce que chacun se sentant accablé, replié sur soi-même, trouve devant les autels espoir et consolation et que les appels à l'infini soustraient le cœur à l'écrasement de cette ville conquise.

Cette Metz charmante, c'est le château de la Belle-au-Bois-dormant; c'est plus exactement et plus tragiquement une caserne dans un sépulcre.

Des Parisiens, souvent, viennent à Strasbourg. Il se font guider par un cocher, ou même par un Allemand à qui on les a recommandés. A leur retour, parce qu'ils n'ont pas su voir la vérité sous les apparences, et qu'ils ont accepté sans contrôle des récits intéressés, ils racontent de bonne foi quelesStrasbourgeois sont devenus Allemands.

Permettez-moi de vous dire des choses minutieuses. Ces mauvais voyageurs rapportent que toutes les enseignes des magasins sont en allemand. Eh bien ! avant de rien conclure de ce fait, il faut savoir que les Allemands ne se contentent pas de bannir la langue française de Técole, de la justice et des administrations, mais qu'ils interdisent l'emploi des étiquettes, des enseignes françaises et imposent à toutes les marchandises un nom germanique. — Ces voyageurs superficiels s'appuient aussi sur des propos qu'ils ont entendus dans les lieux publics, ou sur le silence que des voisins de hasard en chemin de fer, au restaurant, à la brasserie, ont opposé à leurs paroles ardentes. Mais il faut connaître le système d'espionnage et d'agents provocateurs qui explique la défiance des annexés après tant d'années de mesures brutales, de vexations, de contrariétés et de dénonciations sans nombre. Beaucoup d'Allemands parlent le dialecte alsacien et le français, aussi les indigènes sont-ils devenus circonspects et refusent de lier conversation avec un inconnu, quel que soit son accent. Ce n'est qu'après avoir reçu des gages sérieux qu'ils se laissent aller, peu à peu, à découvrir leurs sentiments intimes.

i006 L*AGTION FRANÇAISE

Les mêmes esprits légers» malmformés,argnmentent 'sur ce que la population parle allemand et non pas français. Mais aujourd'hui, en Alsace, les indigènes savent plus de français qu'avant la guerre, ce qui s'explique parce que les hommes qui avaient dix ans en 1870 avaient tous appris le français que souvent ignoraient leurs pères. Ceux-ci parlaient leur dialecte, par laisser-aller et parce que la France tolérante ne songeait pas à l'interdire. Depuis 1870, les Alsaciens reviennent au français par esprit de protestation. N'en savent-ils que trois [mots, ils les placent. Lefrançais'estdevenula langue «aristocratique » et doit distinguer des Allemands. On vit des pères de famille, des ouvriers gagnant 150 francs par mois, se saigner pour arriver à payer des leçons. A table, il était défendu de parler patois sous peine d'être privé de dessert, etc., etc. Les Allemands, un beau jour, interdirent à tout individu des deux sexes n'ayant pas son diplômé allemand de donner des leçons particulières. Des centaines de pauvres professeurs et institutrices furent mis sur le pavé [et encore aujourd'hui ils forment une classe particulière d'indigents, soutenus quelquefois par leurs anciens élèves. Depuis ce temps ce sont les parents qui les remplacent, et dans les familles, le soir après dîner, il {n'est pas rare de voirie pauvre employé, le contremaître, le petit commerçant, malgré la fatigue de la journée, s'ingénier à faire saisir à ses enfants les difficultés de notre grammaire.

La principale préoccupation de Tadministrateur allemand, c'est de couvai ncre l'étranger et

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surtout les Français que; TAlsace etia Lorraine se germanisent.

Pour connaître l'état vrai, il ne faut pas un voyageur rapide qui erre avec son cocher le plus souvent 'allemand, ou avec un homme aimable, directement préoccupé de nous dégoûter de nos anciennes provinces; il serait préférable de circuler sans guide, et de bien ouvrir les yeux en usant de son propre bon sens.

Entrez par exemple au cimetière Sainte- Hélène. Voici la tombe du dernier maire français de Strasbourg, M. Ktlss, mort à Bordeaux, frappé au cœur, peu de jours après la cession du pays qu'il représentait à l'Assemblée. Et quinze • mètres plus loin est enterrée la femme du premier maire français Dietrich — enseveli, lui, au Petit-Picpus de Paris, avec des guillotinés — chez qui est née la Marseillaise, Le premier, le dernier 1 Et dans cet étroit espace, où la destinée de ce pays s afïirmo d'une façon si saisissante, associée aux vicissitudes françaises, combien de tombes d'officiers français! Eh bien, regardez si elles sont soignées et comment elles le sont. Les Allemands, toujours préoccupés de servir l'honneur militaire, qui est un des fondements de leur empire, entretiennent les monuments funéraires, aussi bien de nos soldais que des leurs; il suffit de les signaler aux autorités. Mais les Strasbourgeois n'ont pas voulu recourir à des soins étrangers. Us protègent d'une grille basse, ils plantent de lierre la terre où reposent nos morts abandonnés ; ils les fleurissent de chyrsanthèmes à la Toussaint. Humble solli-

citude, qu'ils s'appliquent à vouloir modeste, pour laisser tout leur deuil à ces ensevelis dans Texil. Pourquoi sur cette tombe une croix brisée? N*y voyez pas une négligence, mais devinez avec votre cœur ce que vous dirait le Strasbourgeois : « Elle fut brisée par un obus du siège ; nous avons voulu laisser à ce soldat sa suprême blessure. » Nulle inscription tombale en français. C'est que les Allemands les interdisent. Libre à qui passe rapide devant ces pierres vieillissantes de croire à l'indifférence et à l'oubli des cœurs ; mieux averti, il reconnaîtrait la plus touchante piété pour les moindres souvenirs de l'époque française.

En vérité n'est-il pas triste de voir des Français croire au progrès de la germanisation, alors que l'Allemagne reproche à tout moment aux Alsaciens d'être d'intraitables c têtes françaises » {Framosenkop/e) qu'on ne peut gouverner qu'avec le fouet! ....

Maurice Barrés.

Jaurès n'est pas une « infraitahU tête/rançaise » .pas besoin d^ cravaches! A cp gros enfant niais ^ la fessée suffirait .

DU l**' JUILLET PROCHALN

publiera l'Édition critique

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