AVERTISSEMENT
Ë8t-il jaste et est- il utife de parler à*une monarchie démocratique? Et, si Ton sacrifie cette première locution, est-il juste et est-il utile de dire que la mouarchie organisera un étal social démocratique ou tentera d'y correspondre?
Ce double et quadruple problème a été posé et résolu, voici trois années, dans la Gazelle de Finance des 1*% 4, 6, 10 et 16 mai 1899. C'est un fait que personne n'y a répondu rien. On n'a pas essayé de discuter, faute de pouvoir contester des évidences et Ton n'a même pas su maintenir la thèse d'abord soutenue.
Mais cette thèse reparait. — Sans doute fortifiée de preuves nouvelles? Ou purgée des anciennes erreurs, peutêtre jugées trop criardes ? -~ Point du tout. Elle reparait telle quelle, avec ce caractère d'afiirmation gratuite qui l'expose à être repoussée par une simple dénégation. Quod gratis asseritur gratis negalur, dit l'école.
Je me h&te de dire que celle-ci ne réparait point dans les mêmes bouches. Le héros du Transvaal, fondateur de cette Revue, qui devint plus tard notre ami, n'eut pas le temps de prendre part à ces études communes qui tournèrent le plus grand nombre des rédacteurs de VAciion française contre le formulaire démocratique. Mais d'autres qui tenaient jadis pour l'emploi abusif de ce mot menteur paraissent au moins s'en déprendre. Ils ne le renient point : ils ne l'écrivent presque plus. Qu'ils en soient assurés (ils le savent du reste), ce n'est pas à eux que nous répondons ici, et nous imiterions même leur tolérance s'il ne s'agissait d'un véritable péril public.
Une sorte de charité dicte nos paroles, et rien ne pourra lasser cette charité. Nous avions fait l'aumône de quelques leçons de français, d'histoire et de philosophie
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politique ; on feint de ne pas les comprendre : rééditonsles sans retard.
Il faut, eu effet, il faut absolument que les royalistes connaissent le yigoureux travail d'organisation, c'est-àdire de différenciation et d'aristocratie qui se poursuit dans les profondeurs de la nation française. Mais qu'il n*7 ait pas d'équivoque. Quand nous parlons d'aristocratie, c'est d'aristocratie en général. Il ne s'agit pas proprement, ni uniquement d'une certaine classe aristocratique, telle qu'elle est organisée ou plutôt désorganisée aujourd'hui.
Du reste, s'il y a de yieilles familles qui se ravalent, d'autres se maintiennent. Un Saluces et un Montesquieu en^seront ici les garants : ni l'un ni l'autre ne nous parlent de démocratie. En même temps de nouvelles familles, de nouvelles classes s'élèvent aux endroits laissés vides par les déchues et ces dernières nées de la France ne demandent qu'à s'installer, à s'établir solidement dans les postas ainsi conquis. Ne leur parlez pas de l'égalité démocratique : c'est à la liberté, aux aristocratiques libertés qu'elles visent, à la libre puissance de plier leurs conditions prochaines selon leurs désirs et selon leurs desseins. Familles, syndicats, communes, provinces, c'est le régime du droit particulier et du privilège qu'exige la secrèto ambition de tout ce que les couches nouvelles comptent de puissant. Toute la France contemporaine, en ses meilleurs éléments, conspire à ce but. Le vrai monde moderne, la véritable vie moderne, ce à quoi aspire le peuple en réalité, le voila. La démocratie niveleuse, la démocratie uniforme, la démocratie centralisée sont des fantômes surannés, des Nuées vieilles de trente ans. Elles existent dans les lois : les idées, les mœurs tendent à les dissoudre. Pour ce qui est d'une démocratie sans nivelage, sans uniformité ni centralisation, autant vaudrait parler d'un cercle carré, ou d'un carré sphérique ou d'une sphère dont les rayons seraient inégaux I
Certains démocrates chrétiens, nos adversaires, soutiennent une thèse fausse mais présentable. Ils disent : la hiérarchie, même héréditaire, doit exister socialement, mais non politiquement. Le gouvernement doit être démocratique, mais non pas la société. U est aisé de faire voir l'insuffisance de ce langage et l'inexactitude de cette
iOiâ l'action française
théorie. Cependant, elle a une cohérence intrinsèque, et elle te peut concevoir. Mais comment ceux qui combattent la démocratie jusque dans la politique peuventils bien l'admettre dans la société? La hiérarchie en politique, en société, le niveau? La tradition sur le trône et autour, la démocratie, l'anarchie, la révolution!... La royauté et l'état social démocratique !
Ce système sans nom peut bien être trouvé risible. Ce qui ne prête pas à rire, c'est l'emploi de grands mots que Ton a justement qualifiés d'explosifs : démocratie, égalité, etc., par des enfants incapables de se traduire avec conscience et clarté.
Nous ne sommes pas des enfants. Et quand nous fournissons un avis, il est motivé. Lorsque cet avis motivé se trouve vérifié par l'impuissance d'y contredire, nous nous y tenons.
Les paroles auxquelles je réponds auraient pu être avantageusement remplacées par une suite de sons inarticulés. Sans prétendre orgueilleusement à développer des vues politiques, de pareils sons auraient suffi à témoigner les sentiments de rancune et de basse haine dont on veut bien honorer depuis bientôt deux ans nos travaux, nos paroles et notre personne. Articulé ou non, ce langage nous fournira du moins Toccasion d'une preuve utile. Ëir réimprimant un écrit d'il y a trois ans, VAclUm française montrera combien le sillon que je trace est droit. Plusieurs moin avant la fondation de VAclion française^ une année entière avant que l'Enquête sur la Monarchie commençât, s'établissaient toutes nos idées directrices avec leurs conséquences déterminées et ordonnées; le troisième des articles que l'on va lire (6 mai 1899) est surtout riche en indications de ce genre, pages 1034 et 1035; il nous justifierait, si cela était nécessaire, de trancher sans pitié quelques mauvaises herbes qui se sont mises sur le passage de notre soc.
Ch. m.
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