PARTIE PÉRIODIQUE
iS'OTEtï ET Dl3(;ussjONS : Courtoise erreur de M. de Prèssertsé. — Les pudeurs de M. FalUrres. — Conseils au Mikado. — D^ine part, d'autre part, — Les raisons de Fianquetot : lEiidoxe). — J-^E Théâtre : Les Complaisanves, do M. Gaston Dc^vore : (Fclleien Pascal)
Les Livres ; lilith, par M, Ueniy <lo (JoLinij(»nt ; (P. L.).
PARIS
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Le nuinêro O fV. OO
ABOMEtEHTS: fifit dt Ogpjrtemants, 12 fp. Etranger, 18 |p.
Là reprodacuoni des articles ànV Action française est autorisée avecriûdication de la source et du nom de l'auteur.
L'ACTION FRANÇAISE parait le 1" el le 15 de chaque mois. On s'aoonne à Paris, 28, rue Bonaparte, Paris, fi*.
M. Henri Vaugeois,» Directeur, recevra Je Vendredi, de 2 à 4 heures.
PRINCIPAUX aOLLABORATCURS
Paul Boukget, de rAcadémie française. — Gyp. — JuLKsSouRY. — Maurice Barrés. —^Charles Maurras. — Jules Caplain-Cortambert. — Maurice Talmeyr. — Maurice Spronck. — 1
Hugues RebelI. — Jean de Mîtty. — F. Goi'in- Albancelli. . — Alfred Duquet. — pRéDÉRic Plessis. — Lucien Corpecuot. — Denis Gui- BEUT, député. — Frédéric Amouretti. — Joa- 1
CHiM Gasouet. — Auguste Cavalier. — Hetsrï CouuER. — Xavier de Magallon. — Théodore BoTREL. — Dauphin Meunier. — L. de Mon- * , \
TES0UIOU - FEZENSAG. — LuClEN MoREAU. — . j
Octave Tauxieh. — Maurice Pujo. — Jacques j
Bainville. — Albert Jacquin. — Robert j
Launay. — 0. DE Barral. — R. Jacquot. I
— ^ Georges Grappe. i
FONDATEUR
Le Colonel de Villebois-Maheuil
llori au chaïup d'hoDueur
LE COURRIER DE LA PRESSE
BUREAU DE COUPURES DE JOURNAUX 21, Boulevard Montmartre, 21, Paria
Fondé en 1889
Directeur : A. GALLOIS
U Action française
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Dédié :
à PUnion pour rAction morale, à la Ligue des Droits
de r Homme
et^ nommément^ à MM. Trarieux, Buissou, Scailles, de Pressensé, Lapiaque, Brunschwig, etc.
L'Action i«rancaise supplie ces messieurs de bien vouloir lever les scrupules de l'Artilleur pacifîque, par une formule précise du nouveau devoir civique et moraly formule telle quelle n'oblige point leur disciple à renier sa foi « chrétienne » et républicaine.
Un concours est ouvert; l'auteur de la formule satisfaisante recevra en prix un exemplaire de la Sonate à Kreutzer.
Le soldat qui ne veut pas manier des
armes.
Besançon. — 'i^ janvier, — Aujourd'hui a comparu devant le Conseil de guerre du 7® corps d'arinèo^ siégeant à Besançon^ l'' artilleur Grasselin^ deuxième servant au 9* IfatuUlon d'artillerie à pied, à Belfort, (Test ce soldat tolstotisant, qui rêva de fonder une
ACTIOM F&ANÇ. — T. VI.
secle^ et n'a rémsi à former qu'un disciple^ U fantassin Dèlsol condamné avant hier.
U audience s ouvre à deux heures^ devant un pU" Mie très nombreux.
L'audience est présidée par le colonel Chrétien, commandant la l"" léyion de yendarmerie à Besançon. On introduit Vacçusé, Grasselin [Frédéric' Joseph) jette autour de lui un coup d'œil tranquille, son r«sage pâle et glabre exprime la volonté et la résignation. Il s'assied sans manifester d^ émotion, à côté de son avocat.
Le colonel procède à son interrogatoire d'idefitité.
L'accusé est né à Giromagny, territoire de Belfort, sa
famille habite actuellement Tarare {Rhône); il est
cultivateur de son état et a été ajourné une fois par le
conseil de revision imur chéliviié.
Voici une partis de l'interrogatoire :
D. — Zé 18 novembre 1901, quatre jours après votre incorporation, vous avez refusé d'obéir à votre capitaine qui vous ordonnait d'ouvrir la culasse d'un canon ?
R. — Je n'ai pas refusé, f ai dit que je ne pouvais pas.
D. — Pourquoi ne pouviez-vous pas?
Silence.
D. — On vous a lu le code de justice militaire?
R. — Oui, mon colonel.
D. — Le \^ novembre, le lendemain, le même ordre vous est donné; vous refusez encore de V exécuter. Les jours suivants, vous opposez la même attitude. On vous a lu le code pénal jusqu'à cinq foi^ . Prières, menaces, objurgations, rien n'a réussi à vaincre votre obstination. Pourquoi agissiez- vous ainsi?
R. — Jésus-Christ a dit : « 7'u ne tueras point. Aimons-noHs les uns les autres. » Je ne voulais pas nuire aux autres.
D. — Ouvrir une culasse^ ce n'est nuire à personne, [Sourires.)
R' — Mais plus tard on m'aurait donné un fusil \ le fusil sert à tuer, de même que le soc de la charrue sert à labourer,
D. — Enfin ^ vous n'aviez pas à discuter, on vous donnait un ordre.
R- — Au-dessus de mes supérieurs, qui sont des hommes, il y aie Christ.
^' — Le Christ n'ordonne pas de désobéir aux lois de son pays.
Le président du Conseil de guerre revient au refu>s de^ Grasselin de porter les armes et lui demande ce quU ferait si on Vattaquait.
R' — Je ne me défendrais pas.
D, — Pourquoi f
K. — Pour ne pas tuer.
D. — Que ferùz-vous f
R' — Je me sauverais. [Hilarité.)
D. — Et si des malfaiteurs venaient incendier la maison de vos parents, essayer d'assassiner votre père, votre mère, vos frères f
R* — Je tâcherais de Us empêcher.
L>. — Comment?
R. — Sans les frapper.
D. — En Us regardant? Aloi's, vous ne vouUz pas faire la guerre?
R. — Non.
D. — ÂccepUZ'VOUs du moins de vous soumettre à la loi?
i2. — Pas pour tuer. Quon me fasse faire autre chose.
D. — OuvrireZ'VOus les culasses maintenant?
R. — Je voudrais bien promettre, mais je ne tiendrais pas. Je ne pourrais pas Unir. Ce n^est pas de Vinsubordination, c'est la soumission à ma conscience,
D, — Votre conscience devrait vous ordonner d! obéir à vos chefs, comme Ufont d^ ailleurs tous les Français.
L'interrogatmre est terminé. H a été mené avec préckiùn^ mais avec bienveillant^ par le président.
Au début ^ U accusé avait la voix altérée par V émotion.
Le greffier Oontanier donne connaissance de d^ux pièces du dossier. L'une émane de lu maison Martin, de Lyon, où V accusé a travaillé comme apprêfeur. M. Martin expliquée quaux yeux de ses camarades de V usine ^ Orasselin passait pour un illuminé , un mystique. Il jouait à Tapotre, portant des bibles, catéchisant tout le monde et se livrant à de véritables prêches humanitaires et évangéliques. Avec cela, excellent cœur, il prélevait sur ses salaires de quoi venir en aide aux pauvres.
Pendant la période d'observation, le médecin mUitaire a pu se convaincre qm Grasselin n'est ni contaminé, ni alcoolique, ni èpileptique. Chez lui aucune tare constitutionnelle, nul vice organique, pas d'incoordination d'idées, mémoire lucide, fo7u:tions viiules régulières, sommeil normal.
Le docteur Olivier conclut à l'entière respojisabilité de Grasselin, Dans les nombreux entretiens qu'il a eus avec lui, celui-ci a reconnu les faits qui lui sont reprochés; ses idées, il ne les renie ni les regrette. Il espère qu'elles triompheront dans un avenir pro" chain.
Le commandant Recordon, commissaire du gouvernement, a la parole :
« Sans doute, dit-il, toutes les co7ivicfmis sont res' pectables, mais celui qui les professe devient coupable quand il désobéit aux lois de son pays et sacrifie V intérêt général. Les chefs de Grasselin ont tout fait pour le ramener dans la vaie du devoir, ils ont échoué. Il jouit de la plénitude de ses facultés mentales, il doit faire son service milititire comme tous 1rs citoyens, car on ne saurait admettre qu'il interprète les préceptes de l'Evangile autrement que les ministres ds sa religion, mieux qualifiés que lui.
« OÙ trions^noîcs si chacun se réservait d'obéir suivant que cette obéissance s'a^wrderaitavec ses opinions politiques ou religieuses ? Il ny aurait bientôt plus d'armée? Grasselin savait ce qu'on lui demanderait au régiment^ il n'avait pour y échapper qu'à s'expatrier dans un pays plus en harmonie avec ses théories. Le devoir du Conseil est de mettre un terme à ds pareils agissements. L'accusé a réussi à entraîner un malheureux soldat de la garnison de Belforf; vous Vavez condamné à deux ans de prison. Soyez sévères aussi pour celui qui a donné le mauvais exemple. Il est d'autant moins excusable qu'on lui avait offert de U verser dans le corps des infirmiers quand il aurait fini ses classes .»
Le commandant requiert l'application sévère de V article 218 du Code pénal militaire^
M. Mougeoty avocat^ se présente pour Grasselin. Il débute par un exorde philosophique et par des considérations sur la guerre ; il fait l'éloge de son client^ cœur droit et simple^ intelligence moyenne. Le défenseur insiste particulièrement sur la sincérité absolue de Grasselin^ écrite au D' OHtner.
Cette confession nous montre à nu Vâme du canonnier gréviste^ élevé entre un père brutal et une mère aigrie par la douleur. Grasselin y donne quelques renseignements sur les péripéties qui ont scandé son être moral. Il a beaucoup lu^ trop peut-être^ passant d^ Bh-chmann-Chatrian à Tolstoï^ de Victor Hugo à TEccIésiaste.
Le président adjure une dernière fois V accusé de revenir à d'autres sentiments et d'accepter les obligations du service. Grasselin répond :
« — Impossible! Tout ce qu'on voudra^mais pour tuer /... »
Le Conseil de guerre rapporta un arrêt de condamnation à deux ans de prisoHy comme pour DelsoL
l»»" février 1902.