‹ L'action française (volume 2)Chapitre 49 sur 180 · PARTIE PÉRIODIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE PÉRIODIQUE

choses d'an, de son utilisation des arts pour de bas intérêts et pour la récompense de ses soutiens et de ses valets. Mais faudrait-il démolir Notre-Dame, si la fantaisie de nos maîtres la désaffectait? Conservons donc l'Ëcole de Rome pour des temps meilleurs.

M. Bafïier a constaté lui-même, avec quelle émotion et quelle force ! quand le bon état de choses,quand le mauvais. UsLdiiqix'nnesociétédoU être ordonnée selon une science d'observation ba§ée sur Vétude approfondie de la nature des choses. Comment ne serait-il pas avec nous? Qu'il nous aide donc à reconstituer un ordre, une organisation où toutes choses et TEcole de Rome seront les meilleures possibles. Le gouvernement pourra être encore un client judicieux et équitable» Ah ! oui, que l'on commande à d'autres architectes qu'à M. Guimard, à d'autres sculpteurs qu'à M. Puech, à d'autres peintres qu*à M. Bonnat. Il connaît dix siècles d'expérience, tout son sentiment vit avec ces siècles. Il est déchiré de regrets et de colère devant le spectacle de cet art magnifique, qui faisait à chaque nouvelle saison de nouvelles fleurs sur le môme tronc, tranché des mêmes mains aussi bassement, aussi stupidement que la tête de Chénier.

M. Bafûer s'est laissé entraîner à un sentiment qui n'est pas le sien, qui ne peut être le sien, tel que nous connaissons son art, ses écrits et son aspect physique. Il s'est laissé gagner, sans la reconnaître, à cette étrange irritation que cause à certains l'Ecole de Rome. Elle est en effet une institution originale, souple, vivante, elle gêne les symétries désolées, l'uni-

formité égalitaire,les perspectives républicaines ; elle est encore debout au milieu des ruines des barbares. Ce n'est point pour ce qu'elle compte au budget. Elle est un prix magnifique et royal, nous comprenons que Tenvie démocratique la haïsse.

Et enfin, où est le mal, si Ton ne tombe point d'accord sur son utilité? Ce ne sont point des loisirs dans l'un des plus beaux sites du monde, avec sous les yeux le plus magnifique spectacle de beauté et d'histoire, loin des tracasseries et des soucis, qui peuvent épuiser le génie 1 Et pourquoi encore mépriser uae si glorieuse récompense qu*elle peut exciter une application extraordinaire, susciter une force, aider aussi la formation d'un génie ?

Supprimer r Ecole de Rome, c'est diminuer la Patrie.

Le séjour de Rome fait un honnête homme même de l'artiste qui s'est développé sans culture classique et bien mieux que nos meilleurs universitaires. L'exemple de Lorrain, complètement ignorant et dont l'œuvre est si imprégnée d' « humanité », est tout à fait frappant.

Le républicain qu'est M. Baffler devait nécessairement aboutir à uae solution de cette qualité. Mais nous espérons avoir montré que le bon Français qui est en lui est avec nous pour garder l'Ecole de Rome.

Henri Mazet

p. s, — Nous ne nous tenons pas de signaler ces mots do M. P. Foncin, président de l'Âllianco Française, auteur de l'admirable petit livre Le» paya de France : a La langue italienne et la langue française sont deux Ailes d'une mère commune. Elles sont faites pour vivre en parfaite intelligence. »

liOS Énigmes de runlvers, par Ernxst H^ckbl, traduit de rallemand par Camille Bos (Schleicher frères f écUt.),

Un rationaliste d'Outre-Rhin (quoique rare, Tespèce existe) définissait récemment M. Hœckel un « dogmatique aussi intolérant qu'obscur ». Tout en respectant le savant qui, selon les hommes de compétence, est considérable, on doit bien s^égayer des prétentions du philosophe. Le D' Hœckel laisse trop clairement voir sur quel amas d'hypothèses, dont certaines sont des plus saugrenues, s'élève ce fameux Monisme soi-disant scientifique. Le Docteur ne se doute pas de la belle part qu'il prend dans ce qu'il nomme avec une ironie supérieure « l'épouvantable charivari de la métaphysique moderne ». Il serait trop aisé de retourner les plaisanteries tudesques qu'il fait sur « Tâme gazéifiée » et le « liquide d'immortalité », contre ses conjectures sur Téther et son « essence cosmique ». Herr Teufelsdrœckh avait déjà trouvé le nom de tout cela, qui est « Supematuralisme naturel ». On espère qu'il ne se rencontrera personne, qui, après une pareille promenade dans la transcendance à la suite de M. Hœckel, refuse au physiologiste éminent le titre d'honorable théologien.

LêBS Grèves, par Jules Huret, préface de M. Millerand, ministre du commerce (éditions de la a Revue Blanche »).

On connaît l'art intelligent que possède M. Jules Huret de faire parler, et à propos, nos plus notoires contemporains, littérateurs, hommes politiques ou héros de causes célèbres. L'enquêteur publie cette

fois une suite de conversations qu'il a tenues à plusieurs personnes qualifiées sur le projet de loi de MM. Millerand et Waldeck-Rousseau qui institue, dans les conditions que Ton. sait, la grève et Tarbitrage obligatoires. G*est auprès de quelques grands patrons, les Motte, les Rességuier, les Nicolas Savon, et auprès des administrateurs d'importantes sociétés industrielles, comme celles du Greusot et d'Ànzin, que M. Huret est allé recueillir des opinions. Elles témoignent — nous ne le relevons pas sans tristesse — que les Français les plus capables, les hommes qu'on estimait le plus raisonnables et le plus pratiques ne sont pas ceux dont les idées soient le moins égarées. Quoique portant à l'autorité patronale une atteinte que nous ne saurions approuver, le projet du ministère offre l'avantage certain — ainsi que l'a très bien vu M. Japy, le grand horloger de Besançon — de mettre la réglementation au lieu d'une intolérable anarchie. La plupart des industriels se prononcent néanmoins contre ce projet. Ils sont mus, dira-t-on, par un sûr instinct de conservation. Qu'ils l'expriment mal et dans quelles erreurs ils tombent en essayant de donner des raisons de leur opposition I Oui, en démocratie, dans un Etat qui n'a point souci de leurs intérêts, où le pouvoir est aux mains du plus grand nombre, ils n'ont certes pas tort de redouter une pareille loi. Et on leur connaît de bons sujets de craindre qu'elle ne soit toujours appliquée contre eux. Ce projet de réglementation des grèves ne doit donc plus être regardé comme une question seulement économique. Il ne faut pas se borner à eu critiquer telles dispositions. Ici encore le problème se retrouve politique : elil est évident que cette loi sur les grèves recevrait une application équitable d'an pouvoir indépendant, uniquement occupé de Tinté-, rét général. Or les malheureux, nourris de Nuées et

abusés par le vocable, répondent non pas c réforme politique », mais c liberté du travail ». Gomme si ce n'était justement de cette « liberté du travail », de la sainte concurrence, que les hommes d'aujourd'hui s'accordent à ne plus vouloir sachant bien qu'elles signifient, l'une et l'autre, isolement, insécurité, incertitude du lendemain. — Et maintenant ne quittons pas ce livre sans noter la platitude extraordinaire (si l'on ose s'exprimer ainsi) de la préface écrite par M. Miilerand. On ne peut être aussi éteint que de propos résolu. Ce ministre doit imposer à ses amis un métier vraiment pénible.

La Résurrection des dieux (Léonard de\Vinci), par Dmitri Mkrejrowskt, traduction et préface de S. M. Persky {Lib, acad, Perrin et Cie).

Encore un Russe? Mais celui-ci, par un efTort nouveau, ne propose pas son « idéal moral » et ne régénère pas les hommes, selon la manie tolstoîenne Ce Merejkowsky n'est pas chrétien et Ton nous informe qu'il a lu Nietzsche. On comprendra tout de suite quand nous aurons dit qu'il s'est fait, pour parler allemand, « une conception artistique et païenne de la vie ». Julien l'Apostat et Léonard de Vinci sont en conséquence devenus ses héros. Et c'est l'histoire du peintre de la Joconde qu'il a mise en ce tomau qu'on vient de traduire et où la Culture de la Renaissance de Jacob Burckhardt est découpée et ranimée d'une manière, somme toute, atCachante. Ajoutons que les éditeurs ont eu l'heureuse idée de reproduire, dans le volume, quelques-uns des chefsd'œuvre de Léonard. On prendrait donc à cette lecture un plaisir sans mélange si l'auteur s'était toujours tiré à son avantage de sa périlleuse entreprise de pénétrer les plus intimes pensées du Vinci. Ce Russe téméraire nous remettait trop souvent en

mémoire ce que l'humaniste Rapin disait d*un poète carthaginois qui se piquait de classicisme : « Semper aliquid prœ se fert Iransmarinœ peregrinitatis. »

La Critique mystique et Fra Angelico, par

J.-C, Broussolle {librairie IL Oudin),

On ne finirait pas d'énumérer les personnes h qui serait profitable la lecture de ce petit livre. Il faut la recommander en particulier à M. Camille Mauclair. Combien d'applications ne ferait-on pas encore des fines railleries que M. Broussolle envoie à ces critiques qui admirent TAngelico pour ce que a les imperfections de ses peintures sont voulues et consenties » et pensent le glorifier en affirmant quMl atteignit du premier coup les limites de son génie ! La piété ne suffit pourtant pas à l'exécution de belles œuvres et la constante recherche du mieux, l'effort vers la perfection qui se manifestent chez l'Ângelico s'accordent mal avec l'état de sainteté et la perpétuelle révélation où la « critique mystique » trouve l'explication de son art. La science du peintre, ses qualités techniques doivent être distinguées de ses vertus et de sa piété... Et ne tardons plus davantage à dire que cette bonne leçon d'ana-* lyse est donnée par un prêtre catholique et à rendre son titre d'abbé à l'excellent esthéticien, au critique positif que se montre M. Broussolle.

La Légende dorée du bienfieureux Jacques de VoRAGiNE, traduite du latin d'après les plus anciens manuscrits par Téodor de Wyzewa {Lib, acad, Perrin),

Un livre de belles histoires, de contes merveilleux, qu'un sceptique ne rangerait pas très loin des Mille nuits et une nuit, tel est sans doute le carac-

tère de la Légende dorée à ne la ref^arder que comme de la littérature. Les fidèles y savent voir antre chose et le trouTeront dans la traduction nouvelle de M. de Wyzewa, qui connaît de longue date Tart d'écrire des « contes chrétiens ». De la préface ingénieuse où il justifie son auteur, nous voulons retenir que M. de Wyzewa semble croire que la Légende pourrait ramener quelques esprits à la foi. Prenant la liberté d'émettre un avis dans une telle question, nous représenterons à M. de Wyzewa que les contemporains ne ressentent à aucun degré le besoin d'humilier et de mortifier leur intelligence. Et s'ils* doivent revenir à la foi, c'est saint Thomas d'Aquin qui les y portera plutôt que Tévêque de Voragine.

Jacques Bainville.

Mémento. — Les généraux Aubert du Bayet^ Carra Saint-Cyr et Charpentier, correspondances et notices biographiques (1757- 1834), par le comte Fazi du Bayet, qui a remis en lumière de belles figures de soldats {H. Champion, édit.), — A la même librairie M. A. Maulvault donne un savant Réper* toire alphabétique des hommes et des choses de Port- Royal, De quelle utilité n*eût pas été ce livre pour les lettrés si Fauteur en avait daigné faire un supplément h Touvrage de Sainte-Beuve ! Mais il ne lui pardonne point de n'avoir pas eu l'esprit janséniste. Faut-il donc choisir entre Sainte-Beuve et M. Maulvault? On voudrait n'y pas être contraint. — L'évolution de la vie, par le D' Laloy, curieux essai d'un ëvolutionniste « cause finalier », {Schleicher frères, édit,)

Le Gérant : A Jacquin.

Paris.— imprimerie F. Levé, rue Gassçtte, 17.

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