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MALLET DU PAN

La Contre-RévolutioD, qui n'eul que des praticiens incapables quoique braves, ou inhabiles à profiter des plus belles parties, quoique formés à Tintrigue, compta tout de suite au contraire des théoriciens éminents. Les écrits des Constitutionnels n'ont de lecteur que M. Wallon, de la littérature girondine il ne reste que Faublas, Téloquence des Jacobins est inutile à qui possède un Contrai social^ el si l'on fait quelque exception en faveur des discours de Danton, c'est bien par déférence pour Auguste Comte. Le véritable écrivain révolutionnaire, c'est Sieyès dont on a dit: « L'horame qui « s'exprime ainsi pèche non seulement contre ce le français, mais contre la métaphysique des ce langues , et serait barbare en tout temps et « en tout lieu. » Mais la cause de Tordre politique fut défendue par tous les auteurs qui avaient du style : car la possession d'un bon langage accompagne d'ordinaire une ferme raison.

Parmi ces écrivains de la Contre-Révolution, et non loin du Joseph de Maislre des Considérations à qui, avec un remarquable courage, quelqu'un (i) rendait l'autre jour un des pre-

(1} M. Edmond Biré, dans le Correspondant,

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miers rangs dans la liliérature du xix"^ siècle, il faut nommer Mallet du Pan. On Yappellera brièvementici quels traits distinguent ce monarchiste, ce vigoureux ennemi des erreurs libérales et de la gnose démocratique.

Né protestant et républicain, Mallet du Pan pourrait servir de palron à plusieurs royalistes nouveaux que Ton connaît. Mais ce n'est pas, comme chez nos amis, l'intérêt national, la nécessité du salut public, qui frappèrent son esprit et le gagnèrent à la politique traditionnelle de la France. Issu d'une famille» de pasteurs, citoyen de Genève, il fit la critique des « idées suisses » et condamna leur application parce qu'il les jugeait dangereuses pourla civilisation lout entière.

On voit donc la place particulière où il faut mettre Mallet du Pan parmi les théoriciens de la Contre-Révolution. Rivarol (pour qui l'on trouve Maurras bien sévère) se tenait toujours à un point de vue positivement et strictement national. Catholique, Joseph de Maistre défendait l'ordre et l'autorité. Ce n'est ni sur la patrie, ni sur la religion que se fonde la politique de Mallet. Cosmopolite, et plus sagement irréligieux que Voltaire, un des maîtres de sa jeunesse, il formule pourtant les mêmes conclusions que les défenseurs de l'Eglise et que ceux de la prospérité française. C'est qu'en somme il veut sauver avec eux de la barbarie et de l'anarchie des biens qui sont précieux à tous les civilisés.

Un patriote de l'école de M. Joseph Reinach ne manquera pas de s'indigner qu'on honore Mallet du Pan sous le prétexte que, durant les

guerres de la Révolution, cel écrivain servît de sa plume Télranger contre la France. Le plus fort de son œuvre, dont on lira des extraits plus loin, est composé en elTet des rapports qu'il adressait sur nos affaires à l'Empereur d'Autriche, aux cabinets de Turin et de Lisbonne. Mais n'étionsnous pas pour l'Europe un danger public? Mallet écrivait en 1796 :

Les vues révolutionnaires sont de porter, les armes à la main, la doctrine et la désorganisation françaises aussi loin que les victoires pourront le permettre, ou d'atteindre le même but par une paix telle qu'en affaiblissant l'autoritéja considération et la puissance des gouvernements étrangers, on puisse attaquer avec succès la fidélité de leurs sujets, montrer une protection puiseante à la déloyauté et à la rébellion, et travailler en sùrelé la tranquillité des peuples par la corruption du propagandisme.

Savons-nous si, à cette heure, quelque correspondant nMnformo pas les souverains étrangers des périls que crée pour l'ordre européen l'accession de nos collectivistes aux affaires? Mais si ce correspondant était d avis que la Monarchie établie au lieu d'un foyer de révolutions serait une garantie de sécurité intérieure pour les Etats, comme elle est une garantie de prospérité pour notre pays même, des nationalistes réfléchis ne devraient-ils pas voir chez un tel homme un « avertisseur » précieux? Et c'est bien ainsi qu*il faut regarder Mallet du Pan. C'est à ce titre que Taine lui voua une estime particulière, elle consulta si souvent dans ses Origines, Nous aussi nous pouvons à bon droit compter parmi nos maîtres ce Monarchiste de raison. Voici quelques

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pages de ses œuvres : c'est de Thistoire, mais la politique la plus actuelle y éclate k chaque mot. On laisse à la malice du lecteur le soin d*en faire des applications.

Jacques Bainville.

L'Europe et la France révolutionnaire.

28 décembre 1794.

Traitée dans les conjonctures présentes, avec une révolution dont le seul élément immuable est de renverser tout ce qui n'est pas elle-même, et signée après des désastres, la paix en sera le complément. Elle détrônera moralement les gouvernements : en perdant leur considération, ils perdront le principal soutien de leur puissance. Le triomphe légalisé de la Révolution sera une patente d'insurrection adressée à tous les peuples : partout le vulgaire, dans toutes les conditions, entraîné par le spectacle de l'humiliation des couronnes, vouera son admiration et bientôt son attachement à leurs destructeurs.

L'aveu public de la nécessité de céder à des hommes armés contre les droits publics et privés, souillés du sang d'une famille souveraine et dont les principes sont incompatibles même avec ceux d'une république organisée, cet aveu serait le plus redoutable propagateur des maximes conquérantes d'une anarchie systématique, en encourageant l'inquiétude, l'infidélité et la révolte par l'exemple d'un succès aussi

solennel. On ose le dire; c*en eslfait de la religion, de rautorité, de la propriété en Europe, si la Révolution survit au traité définitif qui en consolidera les résultats...

Il n'échappe d'ailleurs à aucune personne réfléchissante que cette pacification précaire restant subordonnée aux vicissitudes des différentes factions populaires qui se disputent et se disputeront l'empire dans la Convention, elle forcerait les puissances à des précautions presque aussi dispendieuses que l'état de guerre.

Tous les six mois la politique étrangère de la Convention change de nature. Au moment de ses revers en Champagne, elle décréta que la République française ?ie voulait point faire de conquêtes.

Après la victoire de Jenimapes, elle proclama que la France ne souffrirait autour d^eUe que des républiques pour former une république universelle.

Battue en 1793, elle décréta que la France ne voulait plus se mêler d'aucun gouvernement étranger.

A la fin de la seconde année 1793, décrété que la France ne posera les armes qu'après la chute de tous les rois et la destruction de totis les trônes.

Le 19 novembre dernier, elle annonça qu'elle pardonnerait aux peuples et même aux rois.

Le 10 décembre, déclaration que cétait à genoux que les rois devaient demander pardon à la Liberté de s'être armés contre elle.

Ainsi, à chaque changement de faction ou de circonstances, les bases du droit public de la Convention changent de nature.

Ou ne jugerait que superficiellement la nature de la Révolution, française, en se flattant d'échapper à l'influence de ses principes élémen-^

taires : elle en renferme qui sont indépendants de la chute ou du triomphe de ses différents partis, plus puissants que l'autorité passagère des factions ; celles-ci sont et seront forcées de se soumettre à ces dogmes fondamentaux, tant que la République n'aura pour gouvernement qu'une assemblée qui, centralisant tous les pouvoirs, ne peut maintenir cette monstrueuse usurpation que par des sacrifices continuels à la popularité et à une opinion corrompue, et que Danton, l'un des anciens chefs, nomma très justement le Grand Comité de l'insurrection générale de tous les peuples.

Ces principes immuables sont les droits de l'homme et la souveraineté du peuple, la haine des distinctions et de l'autorité, la fureur de les abolir partout; la domination des indigents sur les propriétaires, l'idée dominante de s'entourer d'une ceinture de républiques et de s'étendre pour se conserver. Des conquérants * ordinaires limitent les bornes de leurs invasions; mais des fanatiques politiques ou religieux n'en souffrent aucune aux succès de leur prosélytisme : or, la doctrine révolutionnaire est une véritable religion ; ses sectateurs auront beau poser les armes, l'impulsion de l'enthousiasme les portera bientôt à les reprendre ou, dans l'intervalle, à poursuivre contre tous les peuples la guerre d'opinions.

Le seul devoir des modérés.

ÎS décembre 1794.

Si Tanarchie républicaiae subsiste, ces dangers (pour l'Europe) se développeront même sous le règne de la faction qui prévaut en ce moment sous le nom de modérés^ et malgré le système mitigé qui la conduit. Ce système est lui-même un aliment de Tanarchie, car il tend à rendre Tindépendance aux passions et aux usurpations populaires. Et en supposant que la faction dominante, sous le nom de la Convention, pût conserver des pouvoirs répressifs de la licence démocratique, il est moralement impossible qu'elle échappe elle-même au principe de désorganisation qui divise sans relâche rassemblée des Tuileries : ainsi l'anarchie sera dans la Convention, ou elle sera dans la République entière ; dans les deux cas, Tintluence des dogmes désolateursdela Révolution et des passions qu'elle a soulevées aura très probablement les effets qu'on vient de détailler.

Ils seront pires encore si les Jacobins ouïe tiers parti qui, ainsi qu'on le dira plus bas, est séparé de la faction des modérés, viennent à reprendre leur ascendant. Leur but final est la république démocratique, agricole et militaire : ils projettent d'y parvenir par rétablissement de lois agraires, par la division des propriétés entre les armées et le bas peuple. Pour atteindre k ce plan de communauté et d'égalisation, ils projettent de maintenir le régime révolutionnaire dans toute sa violence, et de ressusciter

les mesures de Robespierre dont ils ont hérité

le système politique

Les deux dernières années ont déjà fort avancé cette entreprise comprimée depuis la mort de Robespierre ; elle ne peut même être radicalement renversée que par le rétablissement de la royauté ! On ne craint pas d'avancer que, quels que soient en ce momentles succès des modérés^ la prédominance de leurs adversaires reparaîtrait avant peu de mois, par la

FORCE NÉCESSAIRE QUE LEUR PRÊTE l'ÉTAT DÉMOCRA- TIQUE, par la clientèle immense de sans-culottes que le régime populaire débarrasse de tous les freins, et par l'intérêt qui les pousse à s'assurer des fruits de la Révolution, en consommant la spoliation absolue des propriétaires.

On ne connaîtrait donc qu'imparfaitement la France actuelle en se persuadant que les inconvénients et la fragilité de la paix sont prévenus par Tascendant momentané qu'obtient la faction des modérés. Cette faction périra par les mêmes causes qui ont fait périr toutes celles qui Tont précédée, à moins qu'elle ne tire la France de l'état de République.

La clientèle républicaine.

8 janvier 1793.

... Le nombre des républicains opiniâtres se réduit donc aujourd'hui : 1° à la clientèle du parti des jacohins et de celui des républicains mitigés de la Convention ; 2** aux enthousiastes pour qui le dogme de' 'égalité est beaucoup plus

cher que la liberté même, ou à ceux qui dans ce même dogme trouvent une ressource de fortune ou de vanité ; 3^ aux gens bornés, qui, ne voyant aucun milieu entre la république et rancien régime, se rattachent à celle-là pour ne pas retomber dans celui-ci ; 4^ enfin à de jeunes romanciers politiques, gâtés par la lecture de Rousseau et de l'histoire des républiques anciennes, pour qui le palais des Tuileries est le Capitole, la Convention le Sénat de Rome, une irruption dans deux ou trois provinces voisines de la France, la conquête du monde, et qui, de bonne foi, se persuadent que la République française est appelée à déployer les mœurs de Sparte, la législation de Platon et la grandeur de l'ancienne Rome.

Ce sont Jà presque tous de méchants écrivains, des régents de collège, des gens de lettres, des orateurs de cafés.

« lueurs figures » en 1795.

ler février 1795.

La notion essentielle qu'aucun des ennemis de la France ne doit perdre de vue est celle de la trempe d'hommes qui composent la Convention, et avec lesquels les puissances sont appelées à combattre ou à traiter. J'ajouterai à ce que j'ai pris la liberté de dire à ce sujet, qu'à l'exception de la diflférence de parti, il n'en existe presque aucune dans les principes fondamentaux de cette assemblée et dans le degré de

AOtign mAHç. -s- t. vu 30

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perversité des iiiembiea quelle rourcr»iic. Loa fédéralistes seuls forment une classe séparée et moins méprisable. Jacobins, modérés, républicains mitigés sont à peu près au même niveau de bassesse, d'endurcissement dans le crime et d'audace à le commettre. C'est un assemblage d'histrions, de copistes, de procureurs, de gens d'affaires subalternes qui ont volé les dépouilles de leurs maîtres, de curés qui ont renié Dieu, de folliculaires, de sujets de la plus vile origine, perdus de dettes, de mœurs, de réputation. C'est sans exagération aucune que j'ose avancer qu'en choisissant dans les prisons de l'Europe un nombre de malfaiteurs à choix, pour en former un conseil législatif, on trouverait certainement parmi eux une scélératesse moins approfondie...

La plupart de ces députés sont sortis de la canaille : à ses vices ils ont ajouté celui d'une hypocrisie plus effrontée que leurs mœurs, et ils donnent le premier exemple connu de l'impudence dans le crime et de la profanation journalière des mots dejuslke^ de rer/u^ de probilé, de (fésintéressemmi, de clémence.

Les forfaits dont ils ont couvert la Révolution comme hommes publics ne surpassent point leurs vices comme particuliers. De simples citoyens qui, à leur exemple, se permettraient publiquement le péculat, le brigandage, le vol, la trahison, le mensonge, le trafic des vies et des propriétés, les outrages à la pudeur, au lien conjugal, à l'autorilé paternelle, à la morale, aux principes religieux, seraient condamnés au dernier supplice.

Voilà l'espèce des législateurs dont les armées, la corruption et les inlrigues ébranlent l'Europe entière. Au-dessus de tous les remords, journelleaient ils s'applaudissent des actions les plus criminelles; ils les commettent par instinct, ils les justiûent par réflexion. Tout sentiment du juste et de l'injuste est éteint parmi eux; leurs passions cesseraient qu'ils resteraient éternellement méchants, parce que la nature les a faits tels, parce que l'éducation n'a point chez eux rectifié la nature, et parce que leur esprit es| aussi perverti que leur cœur.

La résurrection de Sieyès.

28 février 1793.

L'abbé Sieyès a rompu le silence qu'il gardait depuis deux ans par une Notice de sa vis el de ses ouvrages^ dirigée contre les désorganisateurs et les constitutionnels de 1791, où il rappelle ses principes, la théorie de l'art social dont il fut IMnventeur, son mérite, son désintéressement, et où il élève l'étendard d'une constitution républicaine artistement travaillée. Cette brochure, en annonçant le réveil de l'auteur, a mis sur pied tous ses partisans : on Ta beaucoup célébrée et encore plus censurée; preuve que le parti n'a pas encore de la consistance. Nombre de journaux et d'écrits évidemment dirigés par des royalistes secrets ont outragé l'auteur et son ouvrage : les plus modérés se sont contentés d*accuser l'un et Tautre de la plus extrême médiocrité.

Malgré l'accueil équivoque fait en général à cette résurreclion de Tabbé Sieyès, on peut attendre de son caractère, du fanalisme philosophique et de l'incorrigible prélenlion de tous les sectaires, des efforts soutenus pour convertir l'anarchie actuelle en une démocratie représentative, où tous les principes de la révolution se trouveront fondus, placés et coordonnés. Ce sera un mélangé de presbytérianisme politique, du gouvernmentdes Etats-Unis et de toutes hsvisims populaires Morties du cerveau des mètaphysidms politiques. Moins la France comprendra ce fatras, plus elle s'en engouera.

L'abbé Sieyès est l'homme le plus dangereux qu'ait fait connaître la Révolution. Dès le premier jour il Ta mesurée théoriquement, mais sans en prévoir les horribles accidents. Républicain avant les Etats-Généraux de 1789, il n'a pas perdu un point dé vue : le renversement du trône, de l'église, de la religion catholique et de la noblesse. Heureusement cet opiniâtre et pénétrant novateur est le plus lâche des mortels : aussitôt qu'il a vu le danger, il s'est enseveli dans l'obscurité: quiconque lui fera peur le maîtrisera toujours. Misanthrope atrabilaire, de l'orgueil le plus exclusif, impatient et concentré, charlatan impérieux et jaloux, ennemi de tout mérite supérieur au sien, personne n'a plus que lui Tart de s'emparer des esprits en afifectant le seul langage de la raison, de couvrir d'apparences plus froides ses passions, son maintien, son style. Dans un pays où tout le monde se mêle de raisonner et où les prestiges de la philosophie ont séduit tous les rangs, l'abbé Sieyè«

est UQ homme important. Cependant, jamais il n*oblint ni dans la première Assemblée Constituante, ni dans la Convention actuelle, dont il est membre, de crédit permanent. Mirabeau, qui le connaissant, le méprisait et le haïssait Tavait réduit au silence.

L*abbé Sieyés est capable d'ordonner les plus grands crimes pour faire adopter ses théories. Nul ne prémédita plus longtemps, plus froidement, avec plus de réflexion, 1 abolition de la Royauté. Ennemi de tout pouvoir dont il ne sera pas le directeur spirituel, il a anéanti la noblesse parce qu'il n*était pas noble, son ordre parce qu'il n'était pas archevêque, les grands propriétaires parce qu'il n'était pas riche, et il renverserait tous les trônes parce que la nature ne l'a pas fait roi.

Tous les écrits, les discours, les démarches, les actions de ce Calilina en petit collet doivent être observés : le plus grand malheur sera de lui voir reprendre de l'influence.

L'aveuglement des honnêtes gens.

29 anil 1793.

...Quant à la classe des propriétaires et des gens honnêtes, ils raisonnent comme raisonnaient les constitutionnels en 1792 : les chimères de l'avenir leur font oublier le présent; on vil d'espérance; on ne parle pas de se rallier à la Convention, sans laquelle tout serait perdu; tout ira mieux au futur, sans qu'on courre le risque de î>'en mêler ; la paix va devenir gêné-

raie ; Tabondance renaîtra, les finances se rétabliront, et dans peu d'années la France redeviendra la première nation de l'univers : il suffît de boire, de manger, de digérer, de s'amuser par-dessus tout, sans s'inquiéter comment et quand celte riante perspective se réali* sera: on ne sacrifierait pascent écus,on ne hasarderait pas un coup de poing pour y atteindre.

Tel est Tesprit, tel sont les propos des classes intermédiaires et aisées. L'égoïsme et la peur sont encore là les sentiments dominants. On ne veut rien risquer, on redoute les crises, on n'a pas le courage de les prévenir une fois pour toutes : on les attend avec la résignation de la mollesse, encore plus qu'avec celle de la nécessité...

Il n'est donc point étonnant que la multitude de causes qui se réunissent pour renverser la Convention et la République, contrariées par le caractère national, laissent encore subsister une autorité contre laquelle les trois quarts de la France forment des vœux. Chez un autre peuple, ces causes eussent mille fois dissous le gouvernement actuel. J'ai déjà eu l'honneur de mander à Sa Majesté l'Empereur et Roi que le royalisme était partout, et partout sans force et sans activité, parce qu*il Hotte épars sans ralliement et sans plan de conduite.

Ainsi, au milieu de l'anarchie, du mécontentement public et des calamités de toute espèce, l'Assemblée résiste parce qu'on ne lui oppose qu'une force d'inertie divisée et qu'elle seule dans l'Ëtat agit, décrète, commande, existe comme corps et comme autorité.

NOS MAÏTHE^ 547

Caractères du rég^ime républicain.

26 février 1798.

De jour en jour il devient plu? manifeste que la France approche d'une nouvelle vicissitude révolutionnaire; il n*y a d'immuable dans cette République qu'un changement perpétuel.

Ce changement tient à la nature même des choses, aux antécédents, à la position forcée de ceux qui y ont concouru et aux passions inséparables de leur position. Quiconque gouverne craint la plupart de ses associés, n*aspire qu'à gouverner longtemps et à resserrer l'autorité dans un petit nombre de complices, en dépit des constitutions, de la souveraineté du peuple et de toutes les comédies législatives.

Quiconque ne gouverne pas aspire à gouverner; et s'il trouve des obstacles dans les personnes, il travaille à renverser les institutions. Ainsi les uns poussent au despotisme et les autres à l'anarchie. Ce mouvement intestin est également favorisé par les lois qui existent et par les lois qui manquent, par l'impossibilité de fixer aucun principe et par l'impulsion donnée que nul ne peut comprimer, dont tous cherchent à profiter et dont la rapidité se proportionne aux moindres circonstances qui la favorisent.

Comme il n'existe dans la République ni respect, ni considération pour l'autorité, ni amour quelconque des lois, ni attachement à l'État, le gouvernement délesté dans son mode et dans ses individus n'ignore point qu'aucun

ressort légal ou moral ne pcul sufOre à assurer robétssance publique. La crainte y supplée ; une violence continue entrelient la crainte ; on n'administre pas, on frappe; la faction dominante redoute des surprises au plus léger relâchement de tyrannie; les actions lui sont soumises, mais les intentions ne le sont point ; elle le sait, et cette révolte morale, la fatiguant d'une inquiétude continuelle toujours exagérée, la met en conspiration permanente contre la nation, qui secouerait bientôt le joug si on lui rendait la liberté.

Le bénéfice de rinslilulion républicaine est donc exclusivement réservé au gouvernement et aux Jacobins ; mais cette institution produit contre eux-mêmes les effets qu'elle aurait entre le peuple libre et le gouvernement. Ainsi tandis qu'il existe une tyrannie de l'autorité envers le public, il existe au sein de l'autorité même une anarchie et un principe de dissolution très actif.

De là un effort dans les plus ambitieux ou left plus hardis du gouvernement, pour étendre, pour concentrer, pour perpétuer leur pouvoir et un effort dans les autres pour introduire dans les places, dans les institutions, dans les pouvoirs une mobilité continue.

Mallet du Pan.

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