DE GOARYBDE EN SCYLLA
taires ; Télecteur ne s'en préoccupe guère. L'exode des religieux le frappe beaucoup moins que les coups portés à notre puissance militaire ou à notre prospérité matérielle. Si parfois un retour de sympathie lui vient pour les victimes de la persécution religieuse, c'est à la réflexion et en considérant les menées de leurs adversaires, comme faisant partie d'un plan d'ensemble et dirigées toutes vers le même but : la destruction de notre organisme national. Le patriote seul vibre chez la plupart des Français d'aujourd'hui : le chrétien est plus froid.
Longtemps les catholiques se sont refusés à comprendre ce cas psychologique. Leur désir le plus vif était d'obtenir en France des triomphes égaux à ceux de leurs coreligionnaires dans d'autres pays. Ils ne doutaient point d'y parvenir en reniant l'idée monarchique. Les revendications des royalistes leur apparaissaient comme la manifestation d'esprits chagrins, aveuglés par l'amour-propre déçu, attardés dans des idées toutes faites. Ils ne se doutaient pas à quel point ces cerveaux étroits possédaient, souvent inconsciemment il est vrai, la claire vision des choses françaises ; les rèfractaires étaient, en réalité, nous allons chercher à le démontrer, des hommes très pratiques et très sensés.
L'erreur des ralliés fut de prendre certaines manifestations d'attachement au culte pour exactement représentatives de la pensée des masses. Le bigot esl, chez nous, encore plus rare que l'athée. Tel exigera l'éducation religieuse pour ses enfants, mais ne pratiquera
guère et ne tolérera pas Vinti'usion du prêtre dans sa vie de chaque jour. Les chefs du parli catholique n'ont jamais voulu le comprendre. Gomme tous les hommes grandis entre les limites d'un cénacle, ils ont généralisé, en quelque sorte, leur mentalité. On a reproché la même tendance aux monarchistes. Mais Tindividu élevé dans certaines pratiques rigoureuses est, de tous, le moins apte à se mêler au monde extérieur, à en posséder la compréhension. Aujourd'hui, où les défaites de la politique pontificale ont, en partie, désabusé nombre de ses partisans, cette vérité éclate encore.
Le but est moins vaste, les visées sont moins hautaines. On ne cherche plus à obtenir une majorité catholique. Rares sont les candidats qui joignent encore sur leurs affiches celte épithète à celle de républicains. Les moins avancés se réclament du libéralisme ; les plus hardis réclament la liberté par la dénonciation du concordat. Et ceux-là ont raison. L'idée les indigne, à juste titre, d'une Eglise asservie à un gouvernement sectaire d'évêques désignés et entretenus par lui. En réclamant l'autonomie des cultes, ils s'attachent à la solution la plus juste et la plus équitable. Ici, d'ailleurs, où l'on connaît notre devise : « Le roi de France, protecteur des libertés françaises », nous ne pouvons que les encourager à poursuivre la conquête de la première de ces libertés : celle de l'Eglise. Mais pourquoi le pays reste- t-il sourd à cette prétention si peu exorbitante ? Pourquoi les sages, les hommes de gouvernement l'ont-ils jusqu'ici énergiquement repoussée, nonobstant