‹ L'action française (volume 2)Chapitre 83 sur 180 · DE GHARYBDE EN SCYLLA · texte numérisé non relu

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tous les programmes et toutes les professions de foi? Parce que les illusions subsistent dont nous parlions tout à l'heure. Parce que les défenseurs catholiques de la séparation des Eglises et de TEtat ne veulent pas se placer sur un terrain pratique et rassurer l'opinion.

Leurs adversaires ne sont pas tous, en effet, des sectaires avides de conserver à leur disposition un instrument d'oppression. Beaucoup la redoutent par politique, non par haine religieuse. Leur raisonnement prouve une compréhension fort Juste du régime actuel. Sous ses apparences de scepticisme absolu, ce dernier est, en réalité, le bouillon de culture du cléricalisme. La persécution maçonnique elle-même n'est pas autre chose qu'un cléricalisme au rebours. Cette situation n'a rien d'inexplicable. Reposant entièrement sur l'élection, soumis aux fluctuations de majorités éphémères, le gouvernement républicain ne saurait négliger aucun des éléments qui les composent et les réclamations des violents, dont l'intransigeance se cabre au moindre refus, ont forcément dans sa balance plus de poids que les doléances des modérés timides et disciplinés. Cette loi entraine fatalement la domination des minorités, et il en a été ainsi depuis l'introduction du système électif dans notre constitution. Aujourd'hui, le syndicat ministériel va de la gauche à l'extrême gauche ; celle-ci a imposé k ses alliés Millerand, Baudin et le projet Béraud. Que demain le pouvoir passe aux mains du centre et de la droite et nous pourrions bien assister à une violente réaction cléricale ! Celte perspective effraie la

foule qui s'en va répétant : « Nous avons aujourd'hui une Eglise officiellement en dehors de TEtat^ à laquelle son indépendance donne une influence effrayante ; c'est la Franc-Maçonnerie; nous souffrons trop de sa tyrannie pour permettre à ses adversaires, en les plaçant dans une situation identique, de prétendre exercer l'oppression contraire. »

Folie, 'évidemment! Nul ne saurait mettre l'action destructrice des loges en parallèle avec celle bienfaisante et civilisatrice de la religion catholique. Mais ce préjugé est ancré dans les esprits. Le levain anticlérical ne cessera jamais d'y fermenter. Avouons-le d'ailleurs. Les faits justifient trop souvent cette appréhension. J'honore le prêtre à l'autel dans ses augustes fonctions de ministre divin; je l'écoute respectueusement, quand il laisse tomber du haut de la chaire chrétienne des paroles qu'aucune éloquence ne remplacera jamais ; je l'admire enfin lorsqu'il porte aux vaincus et aux déshérités de la vie les consolations d'en haut. Malheureusement une tendance fâcheuse le pousse à sortir de ce r(Me, à se mêler aux luttes du forum, aux intrigue&de la place publique tout en continuant à se réclamer de son caractère sacerdotal. Certes je veux que la doctrine chrétienne ne cesse d*inspirer les lignes générales de la politique. Mais pour un Bossuet glorieux dans ce rôle, que d'abbés démocrates égarés par une ambition malsaine! Le tact est partout nécessaire; ici il est indispensable ; mais on ne l'enseigne nulle part, pas même au séminaire. Or, la lâche en exige beaucoup d'amener les autres hommes à

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joindre aux pouvoirs spirituels d'un de leurs semblables une autorité temporelle, si faible fût elle. S'y prendre maladroitement n'est pas pour calmer l'opinion, inquiète des empiétements possibles du clergé. Si nous voulons obtenir d'elle la liberté nécessaire, il nous faut d'abord calmer ses inquiétudes.

Comment y parvenir ?Devra-t-on, comme certains, dissimuler ses véritables opinions sous le masque d'un vague libéralisme ? Cette méthode n*a guère obtenu de résultats. Bien des exemples contemporains sont là pour prouver à quel point la tactique la plus digne est parfois la plus avantageuse. Du reste il n'est pas nécessaire d'abdiquer sa foi pour s'occuper des affaires humaines; le catholique de France peut unir dans ses préoccupations les besoins matériels et les intérêts religieux de son pays. S'il trouve une formule, une conception de l'Etat français qui garantisse à la fois et les uns et les autres, rien ne lui interdit de travailler à la réaliser dans la constitution. Ce résultat obtenu, personne ne s'étonnera de le voir logique avec lui-même, tirer du principe toutes ses conséquences et en réclamer les bienfaits dans l'ordre spirituel comme dans l'ordre temporel.

Or, l'histoire du passé nous montre précisément à l'œuvre cet Etat idéal autant que peut l'être une institution humaine. Elle fait justice des légendes et des contes avec lesquels la Révolution, nourrice avariée, endormit les générations du siècle passé. Les libertés, au pluriel, ne furent jamais si florissantes en France, qu'à l'époque où la liberté, au singulier, n'était

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inscrite ni sur les murs ni dans les lois. Et parmi elles rindépendance religieuse demeura toujours au premier rang. Faisons la part des temps et des mœurs. Les mesures dites d'intolérance reprochées avec tant d'amertume à la Monarchie française par les tyranneaux d'aujourd'hui étaient politiques et non sectaires. La lutte contre les protestants, par exemple, avait pour but de conserter l'unité nationale. Le fanatisme huguenot, les menées des réformés Imposèrent à Richelieu la digue de La Rochelle, à Louis XIV la révocation de l'édit pacificateur rendu par Henri IV, Les dragonnades consistaient dans une simple opération de police contre les énergumènes cévenols. Plus tard Louis XV et Louis XVI laissèrent aux novateurs du xviii* siècle pleine et entière faculté de penser et d'écrire. Les empiétements du clergé catholique ne reçurent d'ailleurs jamais un autre accueil que ceux des dissidents. De saint Louis à Louis XIV et plus loin encore, les exemples abondent de la hautaine résistance opposée par nos rois aux prétentions de Rome. Ils n'eussent jamais toléré ce fait inouï : un souverain étranger donnant ses direcHons politiques à des citoyens français. Nous montrer un tel spectacle était réservé à la troisième République.

C'est que les combinaisons plébiscitaires ou parlementaires n'entraient pas en jeu dans les calcul? du pouvoir royal. À l'origine de la monarchie le consentement national avait été posé : il suffisait. Indépendant des partis le roi pouvait tenir équitablement la balance entre tous. La liberté religieuse ne lui portait pas ombrage; il

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